Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

À l'opinion publique des travailleurs du monde entier

29-31 juillet 1936 · La conférence pour la IVe Internationale (29-31 juillet 1936) · 1 258 mots

In English: Title: To the Public Opinion of the Workers of the Whole World — traduction assistée par machine.

Le sort de l'Union soviétique tient à cœur de tout travailleur conscient. 170 millions d'êtres humains y conduisent la plus grande expérience d'émancipation sociale de l'histoire. La destruction du nouveau régime porterait un coup terrible au développement futur de l'humanité. Mais c'est précisément pour cette raison qu'il est nécessaire d'adopter une attitude honnête, c'est-à-dire critique, envers les processus complexes et les phénomènes contradictoires que l'on peut observer dans la vie de l'Union soviétique.

Le symptôme le plus alarmant de la vie interne de l'URSS est sans aucun doute la répression sévère, permanente, qui frappe, dans la plupart des cas, non pas les partisans de la restauration capitaliste mais les révolutionnaires qui sont entrés en conflit avec la caste dirigeante. De nombreuses informations sont parues au cours des derniers mois dans la presse mondiale concernant des cas de répression extrêmement sévère contre les membres oppositionnels du parti au pouvoir et, également, contre des communistes étrangers qui ne peuvent pas compter sur la protection de l'ambassade de leur pays. Les prisons se sont déjà montrées inadaptées. Des camps de concentration ont été créés à un degré bien supérieur à celui de la guerre civile. Les prisonniers répondent de plus en plus aux persécutions insupportables par des grèves de la faim individuelles ou collectives ou par des suicides. De nombreux faits tragiques ont été confirmés par des personnes dignes de confiance, prêtes à comparaître devant un tribunal pour confirmer leurs preuves. Tout esprit critique se refuse à concilier ces faits avec l'affirmation officielle selon laquelle une société socialiste a été « finalement et irrévocablement » établie en URSS.

Le 5 juin, la Pravda, principal journal d'URSS, annonçait que le Comité central du parti dirigeant avait accepté un projet de nouvelle constitution, « la plus démocratique du monde ».

L'éditorial qui commentait cette très importante décision annonçait en même temps une nouvelle et plus terrible répression contre les oppositionnels. Cette question est si importante que nous jugeons nécessaire de reproduire mot à mot la déclaration de la Pravda en tant que porte-parole direct des cercles dirigeants. Ayant souligné les « fantastiques victoires du socialisme » qui trouvent leur expression dans la nouvelle constitution, le journal demande en même temps « une attention accrue » contre les « forces de classe hostiles au socialisme ». Il serait cependant erroné de penser qu'il s'agit là des défenseurs de la restauration de la monarchie, la noblesse, ou la bourgeoisie. Au contraire, par une série de décrets et dans le paragraphe correspondant de la nouvelle constitution, l'inégalité des citoyens en fonction de leur origine sociale a été supprimée. Selon les explications officielles, la société socialiste est devenue si forte qu'elle n'a plus besoin de craindre les gens d'origine noble ou bourgeoise. La Pravda explique au sujet des « forces de classe hostiles au socialisme » contre lesquelles des mesures plus strictes sont nécessaires : « La lutte continue. Trop faibles pour lancer une attaque directe, les résidus des groupes contre-révolutionnaires, les Gardes blancs de toutes couleurs, spécialement les trotskystes et les zinoviévistes n'ont pas abandonné leurs bases, espionnant, sabotant et menant des actions terroristes. Nous continuerons à l'avenir à frapper et à détruire d'une main ferme les ennemis du peuple, les reptiles et furies trotskystes, aussi adroitement qu'ils puissent se déguiser. »

Ces mots parlent d'eux-mêmes. Tout en publiant la « constitution la plus démocratique du monde », le groupe dominant de l'Union soviétique promet en même temps de « détruire » les partisans d'une section particulière de la pensée socialiste, en l'accusant de crimes tels que l'« espionnage » le « sabotage » (?) et les « actions terroristes ». L'accusation a de toute évidence un caractère d'hallucination. Elle ne vaut pas mieux que les accusations lancées contre les hérétiques du Moyen âge de causer des épidémies et la sécheresse, ou les accusations contre les Juifs d'utiliser le sang chrétien. Mais cela n'efface pas la terrible réalité de la menace de destruction.

Le soi-disant mouvement « trotskyste » a un caractère international et publie des livres et des journaux dans pas moins de 15 langues. On peut considérer ce mouvement de plusieurs façons. On peut sympathiser avec lui ou, au contraire, le condamner. Mais tout travailleur conscient, tout homme sérieux peut se convaincre, sur la base de documents irréfutables, qu'il s'agit d'un groupement révolutionnaire se fixant comme tâche d'émanciper les travailleurs. Ainsi, durant les événements de juin 1936 la presse bourgeoise de Paris condamna à l'unanimité les « trotskystes » les accusant de déclencher des grèves et la presse du Komintern les accuse de tenter de stimuler artificiellement une révolution. Peut-on croire une minute qu'un même mouvement, dirigé par les mêmes personnes et les mêmes idées, lutte dans tous les pays capitalistes pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie mais tente en URSS de restaurer le capitalisme en s'appuyant sur l'« espionnage », le « sabotage » et les « actes terroristes » ?

Tout ami désintéressé de l'URSS, c'est-à-dire tout ami des masses travailleuses doit se dire : les explications officielles sont totalement et à l'évidence fausses. Tout en préparant ouvertement la destruction physique de ses opposants idéologiques, le groupe dirigeant ne peut pas trouver un seul mot sérieux pour expliquer ou justifier une telle répression. Une telle position peut-elle être supportée passivement et en silence ?

Nous déclarons à l'opinion publique du monde entier qu'il n'est pas vrai que les « trotskystes » et les « zinoviévistes » luttent ou peuvent lutter pour la restauration du capitalisme ; il n'est pas vrai qu'ils ont ou qu'ils peuvent avoir le moindre lien avec les intrigues d'espionnage ou les actes terroristes de la contre-révolution ; il n'est pas vrai que leur activité est dirigée ou peut être dirigée contre le socialisme. Mais, en revanche, c'est une vérité indéniable, comme c'est prouvé par toute la littérature sur la question, que les « trotskystes » s'opposent à la politique du groupe dirigeant soviétique, qu'ils s'opposent à l'inégalité sociale croissante en URSS, qu'ils s'opposent à la restauration de la classe des officiers et, par-dessus tout, qu'ils s'opposent au pouvoir absolu et aux privilèges sans limites de la bureaucratie. Ce n'est pas le prolétariat soviétique qui punit les « ennemis de classe », mais la bureaucratie soviétique qui, dans la lutte pour le maintien de son pouvoir et de ses privilèges, détruit un groupe qui essaie d'exprimer la protestation et le mécontentement des masses travailleuses.

Nous assumons toute la responsabilité pour les mots que nous employons et qui peuvent être vérifiés sans difficulté à tout moment ; le gouvernement soviétique n'a qu'à donner à un comité international impartial la possibilité de s'enquérir sur place des crimes prétendus ou réels des trotskystes, des zinoviévistes et des autres groupes oppositionnels. Nous ne désirons rien d'autre.

Toute organisation ouvrière, tout groupe social progressiste, tout journal honnête, tout ami des travailleurs est intéressé à la clarification totale et définitive de cette question brûlante. Il est nécessaire de tirer au clair une série de tragédies sans fin. Il est nécessaire d'obtenir une enquête. Il est nécessaire de découvrir toute la vérité. Dans les organisations ouvrières, dans les réunions, dans la presse, il faut demander l'envoi en URSS d'une commission impartiale, autorisée à tout entreprendre, dans le but d'enquêter sur les causes réelles de la répression dont la bureaucratie menace les révolutionnaires, à la fois trotskystes et zinoviévistes, et également les représentants des autres mouvements. Si la bureaucratie soviétique n'a rien à cacher à la classe ouvrière mondiale sur cette question elle doit satisfaire une telle demande.

(Traduit de Documents of the Fourth International)

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 162–164 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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