Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Amendements à la résolution politique, présentés par le RCP britannique Sur l'appréciation économique de notre époque et les perspectives économiques immédiates pour l'Europe

avril 1946 · La première conférence internationale après la guerre (3-5 mars 1946) · 7 016 mots

In English: Proceedings of the International Conference — texte anglais publié à l’époque.

L'époque actuelle est celle du déclin définitif du capitalisme. La crise générale du capitalisme se reflète dans la contradiction entre le développement des forces productives d'une part et la propriété privée des moyens de production et l'État national d'autre part. Le capitalisme avait rempli sa tâche historique de développement de l'État national et de création du marché mondial dans les décennies qui précédèrent la Première Guerre mondiale. Le capitalisme ne peut plus servir au développement des forces productives. Malgré l'accroissement considérable de la productivité du travail et le développement continuel de la technique, la production à l'échelle mondiale se trouve freinée et limitée par les entraves de la propriété privée des moyens de production, de transports et d'échange, et par l'État national. Le capitalisme avait déjà accompli son rôle historique essentiel aux environs des années 1850- 1870. Même à cette période, il était devenu une entrave au développement des forces productives. Ceci explique l'erreur de perspective de Marx et d'Engels quand ils crurent que la victoire de la révolution prolétarienne était imminente. Cependant, par le développement du marché mondial, qui lui donna de nouvelles ressources, le capitalisme s'est montré être à cette période non pas déjà une entrave absolue, mais une entrave relative au développement des forces productives. Marx souligna qu'aucune société ne céderait la place à une nouvelle tant que toutes les possibilités qu'elle contenait relativement aux forces productives n'auraient pas été complètement épuisées. Entre 1870 et 1914, le capitalisme se montra comme une économie ascendante. Bien sûr, si le prolétariat était parvenu au pouvoir (les forces productives étaient déjà suffisamment développées pour cela), le développement des forces productives eût été incommensurablement plus grand. Néanmoins, le capitalisme put réussir à se maintenir parce qu'il restait encore un facteur relativement progressiste.

Entre 1870 et 1914, les chiffres de production des plus importantes marchandises en Allemagne, en France, aux États-Unis et en Angleterre montraient une tendance générale à un accroissement rapide. La Première Guerre mondiale indiqua un changement définitif dans le rôle du capitalisme. Le monde avait été partagé en sphères d'influence, en marchés et en sources de matières premières et il ne pouvait être redivisé que par une sanglante guerre impérialiste. On venait d'entrer dans l'époque de la décadence et de l'agonie du capitalisme. Ceci permettait de prévoir la période de guerres, de révolutions, de soulèvements et de convulsions, qui démontrait clairement que le capitalisme avait mené l'humanité dans un cul-de-sac. La crise générale du capitalisme se refléta dans le fait que les forces productives avaient cessé de croître au même rythme que par le passé.

Le cycle inévitable de la production capitaliste suivit alors une courbe quelque peu différente. Finies les courtes périodes de crise suivies de longues périodes d'essor, chaque nouvel essor dépassant le niveau du précédent, mais nous voici dans une époque où de courtes périodes d'essor étaient suivies de longues périodes de crise et de dépression. Les forces productives, compte tenu de l'accroissement de la population et des ressources, oscillaient autour du niveau de 1914. Néanmoins, la première crise d'après-guerre, du capitalisme, pendant laquelle le prolétariat ne parvint pas à s'emparer du pouvoir, mena inévitablement à un nouvel essor économique. L'effondrement partiel immédiatement après 1921 ne dura pas longtemps et n'eut pas d'effets graves. Dans la plupart des pays, les chiffres de production de 1929 étaient plus élevés que ceux de 1914, mais cela ne faisait que préparer un effondrement total des forces productives d'une façon jamais enregistrée par le capitalisme dans le passé. La crise atteignit une gravité exceptionnelle, affligeant simultanément tous les principaux pays capitalistes, entraînant des dégâts effrayants et un déclin chronique dans l'utilisation du potentiel productif. (Le Japon fit exception pour des raisons qu'il n'est pas nécessaire d'examiner ici).

Mais là encore, même cette crise ne pouvait durer indéfiniment. Là où le prolétariat était paralysé par ses partis et ne savait exploiter la crise pour renverser le capitalisme et prendre le pouvoir dans ses propres mains, un nouveau relèvement économique s'amorça. Dans de nombreux pays d'Europe, cette crise n'était pas définitivement résolue au moment où les préparatifs pour un nouveau massacre des peuples (un reflet en soi de l'impasse du capitalisme) étaient en plein essor. Mais sur la base d'un armement préparatoire et de mesures de guerre en général, l'activité économique dépassa même les chiffres de 1929 dans les principaux pays capitalistes (excepté en France). Ainsi, dans la courbe ascendante du capitalisme, on peut voir que la production tend à osciller autour du niveau de 1919-1937, sans être capable de retrouver le rythme d'accroissement constant des décennies qui précédèrent la Première Guerre mondiale, lorsque chaque crise était suivie d'une forte reprise en flèche à un niveau plus élevé des forces productives.

La Seconde Guerre mondiale, preuve supplémentaire de l'agonie du capitalisme, a entraîné une effroyable destruction d'êtres humains et de forces productives, la désorganisation et la désintégration de la production en Europe et en Asie, sous une forme jamais vue auparavant dans l'histoire. L'impérialisme et le capitalisme ont ainsi montré la barbarie dans laquelle leur existence prolongée plongerait l'humanité. Contre les réformistes et les staliniens qui cherchent à duper les masses au moyen d'une perspective de renaissance nouvelle du capitalisme et d'un grand avenir pour la démocratie, la résolution de la Préconférence internationale est entièrement juste en soulignant l'époque de déclin et d'effondrement de l'économie capitaliste mondiale. Mais, dans une résolution qui cherche à orienter nos propres cadres sur les perspectives économiques immédiates — dont dépendra en grande partie la prochaine étape de la lutte de la classe, et par là même notre propagande et notre tactique immédiate — la perspective est nettement fausse. La crise et le bas niveau actuels des forces productives, ce n'est pas la crise économique telle que la conçoivent les marxistes dans le sens classique. C'est une crise de « sous-production » provenant de la concentration impérialiste des forces productives pour la guerre et des destructions de la guerre même. Cela se reflète dans le manque de moyens de production, de moyens de consommation et de produits agricoles. Exactement l'opposé d'une crise économique capitaliste de surproduction telle qu'elle est conçue par les marxistes.

Les famines effroyables qui se sont abattues sur les peuples du monde entier, la désorganisation et le déclin de l'Europe sont des indices de la désintégration du système capitaliste. Ces faits auraient pu aisément conduire à la destruction du capitalisme et à l'organisation de la production socialiste à une échelle pan-européenne et panasiatique, n'eussent été la faiblesse du parti révolutionnaire et la capitulation des organisations de masse de la classe ouvrière. Pour la seconde fois dans une génération, le capitalisme a été capable de retrouver le temps de respirer. La théorie de l'effondrement spontané du capitalisme est totalement étrangère aux conceptions du bolchevisme. Lénine et Trotsky soulignèrent à maintes reprises que le capitalisme trouvera toujours une issue s'il n'est pas détruit par l'intervention consciente du parti révolutionnaire qui, à la tête des masses, profite des difficultés et des crises du capitalisme pour le renverser. L'expérience de la Seconde Guerre mondiale souligne la profonde exactitude de ces conceptions de Lénine et de Trotsky.

Étant donné la prostration du prolétariat résultant de la trahison de ses organisations de masse, le relèvement cyclique des forces productives, l'usure de l'outillage, la réduction des salaires réels mènent à une absorption des stocks et au rétablissement ou à un rétablissement partiel du taux de profit. La voie est ainsi ouverte pour un nouveau relèvement cyclique qui, à son tour, jette les bases d'une crise encore plus grande. Comme Trotsky l'écrivait au sujet de la crise mondiale : « Les classes dominantes de tous les pays attendent des miracles de la reprise industrielle, la spéculation sur les valeurs déjà commencée en est une preuve. Si le capitalisme allait réellement entrer dans une phase de nouvelle prospérité ou même d'une ascension graduelle mais persistante, ceci entraînerait évidemment la stabilisation du capitalisme et en même temps un renforcement du réformisme. Mais il n'y a pas la moindre raison d'espérer ou de craindre que la reprise économique, qui en elle-même est inévitable, sera capable de surmonter les tendances générales de décadence dans l'économie mondiale et dans l'économie européenne en particulier. Si le capitalisme d'avant-guerre s'est développé sous la forme d'une production accrue de marchandises, le capitalisme d'aujourd'hui, avec toutes ses fluctuations cycliques, représente une production accrue de misère et de catastrophe. Le nouveau cycle économique opérera un réajustement inévitable des forces dans chaque pays individuellement aussi bien que dans le camp capitaliste dans son ensemble, principalement vers l'Amérique et aux dépens de l'Europe. Mais il placera, à bref délai, le monde capitaliste devant des contradictions insolubles et le condamnera à de nouvelles convulsions beaucoup plus effrayantes. »

Quels que soient les ravages causés par la crise, si les travailleurs échouent, le capitalisme trouvera toujours une issue à son impasse économique sur le dos des travailleurs et au prix de nouvelles contradictions. La crise mondiale du système capitaliste ne met pas fin au cycle économique, mais lui donne un caractère différent. La théorie que les staliniens mirent en avant dans la dernière crise mondiale, selon laquelle il s'agissait de la dernière crise du capitalisme dont celui-ci ne se remettrait jamais, s'est révélée comme absolument non marxiste. Il y a un grand danger à ce que cette théorie soit reprise à présent dans nos propres rangs. Après la Première Guerre mondiale, les capitalistes eurent à faire face à des grands partis révolutionnaires dépourvus d'expérience qui s'efforçaient d'utiliser la crise de production capitaliste pour renverser le capitalisme. Ceci aggrava d'autant plus le chaos et rendit difficile un relèvement capitaliste. Mais malgré cela la production fut largement rétablie.

Si les partis staliniens avaient été de véritables partis révolutionnaires, la classe capitaliste aurait à affronter maintenant une perspective toute différente, aussi bien économiquement que politiquement. Le prolétariat de France aurait paralysé la tentative des capitalistes de remettre en marche l'appareil de production au prix de nouveaux sacrifices des masses. Mais les deux organisations traîtres du prolétariat tendent toutes leurs forces pour empêcher, frustrer et saboter toute lutte économique ou politique du prolétariat. Pendant ce temps, étant donné la faiblesse des partis de la IVe Internationale qui, à cette étape, restent de petites sections, les capitalistes ont pu trouver une issue à l'effondrement et au déclin de l'économie. En Europe occidentale, ceci a préparé la voie à une reprise ferme et assez rapide. Si un conflit se développe entre Staline et le capitalisme de l'Europe occidentale, et que les organisations staliniennes soient utilisées pour amener une désorganisation et arracher des concessions par des grèves massives, la situation des capitalistes peut se détériorer du jour au lendemain. Même l'aide de la finance américaine ne pourrait barrer la route à la crise qui s'ensuivrait.

La position prise par la Préconférence internationale, et défendue par la minorité du parti anglais, selon laquelle les pays de l'Europe occidentale — France, Hollande, Belgique et autres — resteraient à un niveau approchant de la stagnation et du marasme et ne peuvent atteindre le niveau de production d'avant-guerre, est complètement fausse. La résolution internationale dit : « La reprise de l'activité économique des pays capitalistes atteints par la guerre, en particulier des pays de l'Europe continentale, sera caractérisée par des rythmes particulièrement lents qui la maintiendront pour longtemps à des niveaux voisins de la stagnation et du marasme. »

L'Europe orientale, en particulier, qui se trouve sous le contrôle de la bureaucratie stalinienne, retrouvera et même augmentera sans aucun doute ses ressources productives plus rapidement qu'après 1914-1918. Il est impossible pour l'impérialisme américain et pour la bourgeoisie de l'Europe occidentale de permettre une complète stagnation et un déclin total d'une moitié du continent, tandis que l'activité économique se développerait dans l'autre moitié sous la domination de la bureaucratie stalinienne. Cependant, ces considérations politiques étant mises à part, les lois du capitalisme garantissent par elles-mêmes le relèvement de l'économie et rendent un nouvel « essor » (boom) inévitable. Particulièrement en raison du fait que cette crise n'est pas une crise de surproduction et que les capitalistes ne sont pas attaqués en Europe occidentale par les organisations de masse, mais profitent de l'assistance et du soutien direct de la social-démocratie et du stalinisme, une reprise cyclique est inévitable. Il n'est pas exclu que, notamment en Europe occidentale (à l'exception de l'Allemagne et de l'Autriche), les chiffres de la production puissent même atteindre et dépasser le niveau d'avant-guerre dans la prochaine période. Même en Allemagne, en fonction des rapports entre les impérialistes et la Russie, une reprise plus ou moins importante se produira, bien qu'il soit impossible, en raison du conflit entre les puissances, de la division et de l'occupation de l'Allemagne, d'atteindre les chiffres d'avant-guerre dans la prochaine période.

Tous les facteurs, à l'échelle mondiale et européenne, indiquent que l'activité économique en Europe occidentale dans la prochaine période ne peut être caractérisée par « la stagnation et le marasme », mais comme une période de reprise et d'essor. Le trait caractéristique de la crise capitaliste (« stagnation et marasme »), tel qu'il apparaît par exemple dans la crise classique de 1929-1933 qui prit une ampleur et une gravité sans exemple à l'échelle mondiale, était la surproduction des moyens de production, des moyens de consommation et des produits agricoles. La crise industrielle était ainsi doublée d'une crise agraire simultanée. La reprise économique qui suivit la dernière crise mondiale, comme toujours, fut réalisée en raison de la destruction et la détérioration des moyens de production, par la destruction et la détérioration des stocks de consommation, par la réduction des superficies cultivées, etc. Bien que cela ait entraîné

une

immense

misère

pour

les

travailleurs,

néanmoins, particulièrement avec des préparatifs de guerre aux environs de 1937-1938, les chiffres de production excédaient même clans la plupart des pays du monde les années records de 1928-1929. La destruction provoquée par la guerre a entraîné des résultats semblables à ceux atteints par les capitalistes quand ils se mirent consciemment à détruire des richesses dans une période de crise de surproduction.

Les conditions classiques d'un essor existent à l'heure actuelle en Europe. Disette des moyens de production ; disette des produits agricoles ; disette des moyens de consommation. Ces disettes imposent de nouvelles misères aux masses et de nouvelles tensions dans le système. Ces conditions, engendrées par la destruction volontaire et le processus normal de décadence d'une crise capitaliste, sont ici produites par les dévastations et les ravages de la guerre totalitaire. Cette dévastation ne conduisit pas au renversement du système capitaliste par une victoire du prolétariat. De la même manière que la reprise suit une crise, qui n'a pas abouti au renversement du système, la restauration des forces productives suivra le présent chaos, même sur les bases du capitalisme. Cependant, une telle reprise ne peut, comme Trotsky le montrait déjà ci-dessus, mener à un épanouissement de l'économie capitaliste. Une nouvelle reprise ne peut que préparer la voie à un krach et à des crises économiques encore plus grandes que par le passé.

Les staliniens et les sociaux-démocrates, ont fortement persuadé la classe ouvrière d'accepter le fardeau de la reconstruction aux cris de « Production ! Production ! » Ils eurent ainsi, sans aucun doute, un certain succès parmi les larges masses. La IVe Internationale ne ferait que se discréditer si elle se refusait à reconnaître l'inévitabilité de la reprise, et elle désorienterait ses propres cadres aussi bien que les larges masses en prédisant un marasme permanent et un lent rythme de reprise en Europe occidentale, alors que les événements prennent une tout autre tournure. L'argument des camarades du SWP, auquel la minorité du parti anglais a fait écho, selon lequel ce n'est qu'une fois le prolétariat vaincu de manière décisive que l'impérialisme américain accorderait des emprunts pour aider à la reprise du capitalisme en Europe occidentale, a déjà été infirmé. Le prolétariat n'a pas été vaincu, mais des emprunts ont déjà été accordés. Faux également est l'argument selon lequel une reprise et un relèvement économiques ne peuvent avoir lieu que si le prolétariat est décisivement vaincu. Un tel argument met dans le même sac des problèmes politico-économiques, de sorte que l'un aurait un reflet immédiat sur l'autre. Sans doute, une défaite décisive du prolétariat donne à la bourgeoisie confiance et stabilité. Mais à moins que les prémices économiques pour un essor existent, un essor ne ferait pas nécessairement suite à un tel événement. Ce n'est pas une loi de l'évolution du capitalisme que seule une défaite du prolétariat dans une situation révolutionnaire peut entraîner un essor, pas plus qu'une crise entraîne automatiquement une révolution. L'histoire nous enseigne que le capitalisme, même dans sa période d'agonie se relève après une crise, malgré les possibilités révolutionnaires, si le prolétariat est paralysé ou affaibli par ses organisations et est mis dans l'incapacité de profiter de ces possibilités.

Après que la vague révolutionnaire qui suivit la Première Guerre mondiale eût été endiguée par la social-démocratie, le capitalisme put se relever au moyen d'une exploitation intensifiée de la classe ouvrière. La première vague révolutionnaire qui suivit la seconde guerre impérialiste a été endiguée et paralysée par la social-démocratie et le stalinisme. La reprise économique se produit sous nos yeux dans la plupart des pays de l'Europe occidentale et en Grande-Bretagne. Plus encore, l'État bourgeois, dans les pays occidentaux, qui avait été désorganisé et disloqué après la chute de Hitler, a été graduellement reconstruit sur la base de la démocratie bourgeoise. Une « stabilisation » précaire de l'État bourgeois et une restauration de l'économie, à partir d'un état de désorganisation et de chaos presque complet, se sont produites. Le rythme de la reprise se fait à une cadence assez rapide dans toute l'Europe occidentale, sauf en Allemagne. La paralysie du prolétariat, au moyen de ses organisations, a donné à la bourgeoisie l'occasion de reprendre la direction de son économie. Il n'en découle pas que le prolétariat est vaincu. En réalité, des flux et des reflux du mouvement ouvrier, se produisent tout aussi bien que des flux et reflux de l'économie, sans être pour cela nécessairement en dépendance directe l'un de l'autre. La reprise économique ne dépend pas nécessairement d'une défaite définitive du prolétariat : la révolution ne dépend pas nécessairement d'un déclin économique.

La reprise économique n'est pas nécessairement un passif pour la révolution. Au contraire, étant donné la paralysie du prolétariat, le fait que les masses seront embrigadées et rassemblées dans l'industrie renforcera leur confiance et leur capacité de combat. Cela peut préparer la voie à de grandes luttes (Amérique 1936) qui peuvent poser à nouveau les questions politiques d'une manière claire et aiguë. La reprise économique, de toute façon, ne peut durer que quelques années seulement et une nouvelle crise exposera à nouveau devant les travailleurs la trahison des dirigeants sociaux-démocrates et staliniens qui criaient « Production » ... et produisirent du chômage et des besoins en raison de la « surproduction ». Alors que le prolétariat peut être trompé par ses organisations et se résigner dans une période de disette générale à accepter le joug d'un esclavage accru et les fardeaux d'une production accrue, il trouvera cela intolérable quand il verra l'impasse où ces sacrifices l'ont mené. Mais c'est seulement si la IVe Internationale a soigneusement expliqué le processus d'une manière théorique, que nous pourrons récolter les bénéfices de notre propagande dans les couches avancées de la classe ouvrière. C'est seulement sur ces bases qu'il sera possible de parler de direction des masses. La nouvelle crise révélera une fois de plus, comme l'ont fait les guerres et les crises précédentes, la dégénérescence et la crise chronique du capitalisme mondial. De grandes luttes ouvrières, la révolution et la guerre civile seront à l'ordre du jour.

Le déclin définitif de l'Europe, déjà commencé en 1914, s'est aggravé dans les décennies suivantes et la Deuxième Guerre mondiale a scellé ce déclin. Des remontées cycliques auront lieu et ont lieu en ce moment, mais il ne peut y avoir aucune croissance réelle des forces productives comme par le passé. La crise chronique et l'agonie du capitalisme se révéleront encore dans toute leur ampleur lorsque la catastrophe de la paix s'ajoutera à celle de la guerre : le paradoxe de la pauvreté dans l'abondance, des usines fermées et des ouvriers sans travail, de populations qui meurent de faim alors que des stocks de nourriture pourrissent, des fardeaux d'un nouveau programme de réarmement, posera clairement la nécessité de la réorganisation de la société dans la conscience du prolétariat. Le programme de la IVe Internationale deviendra le drapeau du prolétariat européen et mondial.

La Russie à l'issue de la Seconde Guerre mondiale Ses rapports avec l'impérialisme mondial et le retrait de l'Armée rouge des territoires occupés

Du point de vue de l'évolution de la situation mondiale, en l'absence d'une révolution prolétarienne victorieuse, le fait le plus remarquable à l'issue de cette guerre est que l'Union soviétique en est sortie comme la plus grande puissance militaire d'Europe et d'Asie, et, à l'exception des États-Unis d'Amérique, comme la plus grande puissance mondiale. La propriété étatisée et l'économie planifiée ont fait la preuve de leur supériorité en temps de paix comme en temps de guerre. Ce résultat a inversé tous les calculs de l'impérialisme mondial. Même nous, nous n'avions pas prévu un tel résultat. Les alliés passèrent leurs accords avec l'Union soviétique avec la conviction certaine que celle-ci ou bien serait battue, ou bien sortirait de la guerre si affaiblie qu'elle dépendrait alors complètement, du point de vue économique comme du point de vue politique, de l'impérialisme anglo-américain. Mais, en dépit des erreurs et des exactions de la bureaucratie stalinienne, malgré la carence complète des généraux et officiers ayant échappé aux épurations (et qui furent en grande partie responsables des défaites pendant la première partie de la guerre), l'Union soviétique surmonta ces premières terribles défaites comme aucun autre pays au monde n'aurait pu le faire. Amputée de l'Ukraine et du bassin du Donetz dans lequel les deux-tiers des industries les plus importantes — fer, acier, charbon, aluminium — étaient concentrés, l'Union soviétique, sans aide en fait, battit une Allemagne armée des ressources de l'Europe tout entière.

Ceci fut réalisé grâce au transfert et à la construction de nouvelles bases de l'industrie lourde dans l'Oural et en Sibérie, ce qui, en raison du moral élevé des masses et de la réorganisation de l'état-major et des cadres militaires, fut suffisant pour garantir la victoire militaire sur l'impérialisme allemand. Ceci, malgré la politique réactionnaire et chauvine de la bureaucratie stalinienne, politique visant au sabotage et à la destruction des possibilités de la révolution mondiale. Le système économique de l'Union soviétique résista à l'épreuve malgré les désavantages et la charge que représente la bureaucratie stalinienne. La Russie est sortie de la guerre renforcée et non affaiblie. Les calculs impérialistes furent bien loin d'être réalisés — à savoir que la Russie et l'Allemagne s'achèveraient mutuellement —, l'Allemagne s'est effondrée et la Russie est sortie comme une puissance victorieuse qui domine maintenant la moitié de l'Europe et une grande partie de l'Asie. La bureaucratie stalinienne a réussi à prendre une position dominante dans les Balkans et en Asie qui surpasse de loin les rêves des tsars. Elle s'est assurée des positions avantageuses permettant un extraordinaire bond en avant. La phrase de Churchill sur « le rideau de fer » de Trieste à Stettin est une description pittoresque de la domination de la bureaucratie stalinienne sur cette région. L'Angleterre a perdu l'équilibre des forces qu'elle avait maintenu en Europe durant trois siècles. C'est la Russie qui se tient en selle sur le continent et qui avance comme un danger sérieux pour l'impérialisme anglais en Méditerranée, dans le Moyen-Orient, en Extrême-Orient et en Europe. Seule la puissance gigantesque de l'impérialisme américain peut défier la bureaucratie stalinienne.

La Grande-Bretagne et le Japon sont devenus des bases pour l'impérialisme américain en vue d'une future lutte à mort avec la Russie, lutte qui percera si le capitalisme survit à la prochaine période. Les changements des rapports de forces proviennent des changements dans les rapports économiques. Alors que le capitalisme européen déclinait lentement, un développement sans précédent sur le plan des forces productives et de la production du travail avait lieu en Union soviétique. Près de vingt ans de plans quinquennaux et de planification ont abouti à la création de centaines de milliers de techniciens, de spécialistes et de dizaines de millions d'ouvriers qualifiés. C'est sur cette base solide que le développement économique de l'Union soviétique s'est fait et qu'il continuera à se faire dans la période à venir. Loin d'être dépendante économiquement de la Grande-Bretagne et de l'Amérique, la Russie peut marchander avec l'impérialisme anglo-américain sur un pied d'égalité. Ce n'est pas par hasard que Staline a refusé des emprunts américains impliquant des concessions économiques dans la Russie elle-même, et qu'il a même refusé d'accepter des emprunts entraînant un affaiblissement de sa domination économique sur l'Europe orientale. Les emprunts que la Russie était prête à accepter de l'Angleterre, même dans la période précédant la guerre, elle n'est plus du tout désireuse de les accepter aujourd'hui, si ce n'est sur la base des propres conditions de la bureaucratie. La Russie était obligée durant l'une de ses périodes de la plus grande faiblesse, en 1929-1932, de donner un intérêt de 9 % — même au point culminant de la crise mondiale, en 1935, elle donna 5 1/2 % pour un crédit de cinq ans de dix millions de livres sterling ; mais aujourd'hui, la Russie a refusé un emprunt de trente millions de livres sterling pour cinq ans au taux de 2 1/2 %. La bureaucratie a demandé cent millions de livres sterling pour quinze ans au taux de 2 1/2 % ! Les conditions ne sont pas de son goût.

C'est une erreur fatale que de confondre la position économique objective de l'Union soviétique avec la politique contre-révolutionnaire du stalinisme. Du point de vue du socialisme mondial, la bureaucratie stalinienne joue à présent un rôle complètement contre-révolutionnaire. Sans la politique de celle-ci, la classe ouvrière aurait réalisé les États-Unis socialistes d'Europe et d'Asie et la situation mondiale aurait été complètement transformée. Néanmoins, malgré la politique du stalinisme, la situation objective de l'Union soviétique varie d'une période à l'autre en fonction de facteurs historiques mondiaux, à la fois économiques et politiques. Il ne découle pas nécessairement de la politique contre-révolutionnaire du stalinisme que l'Union soviétique est automatiquement affaiblie dans ses rapports politiques et économiques avec les États capitalistes à chaque étape de son développement. Le renforcement économique de l'économie soviétique est un avantage au compte de la révolution mondiale et de la régénérescence de l'URSS. La situation objectivement révolutionnaire qui a résulté de la guerre est encore un facteur de renforcement de la position de l'Union soviétique. Loin de s'occuper essentiellement de la liquidation de l'État soviétique, l'impérialisme mondial a pour préoccupation principale à l'heure actuelle de tenter de stabiliser la position du tissu déchiqueté du capitalisme en Europe, en Asie et même en Amérique. C'est ce fait qui donne son caractère agressif à la diplomatie stalinienne et à ses pressions diplomatiques pour étendre la sphère d'influence de la bureaucratie (Perse). Prenant en considération les perspectives révolutionnaires, il n'est pas possible pour l'impérialisme américain de déclencher immédiatement une guerre contre l'Union soviétique. La vague de grèves en Amérique, le fait que les soldats exigent instamment d'être démobilisés, l'impossibilité pour le gouvernement travailliste qui s'appuie sur les travailleurs et les soldats anglais de mener une guerre de grande envergure contre la Russie, la famine, le fait que les masses du monde entier sont lasses de la guerre, la force du stalinisme en Europe et en Asie, et la sympathie des masses pour l'Union soviétique — tout cela implique qu'il n'y a pas de possibilité d'intervention militaire immédiate ou « à la prochaine » étape contre la Russie.

La propagande hystérique relative à une guerre immédiate contre l'Union soviétique ignore et contredit les perspectives révolutionnaires de notre époque et l'évolution objective des événements. Si le capitalisme impérialiste se maintient grâce aux réformistes et aux staliniens en raison de la faiblesse de la IVe Internationale, alors une réaction sauvage réussira inévitablement à s'étendre en Europe, en Angleterre et en Amérique, le mouvement ouvrier sera détruit par la réaction et la voie sera alors ouverte pour l'inévitable assaut contre l'Union soviétique qui préparerait, non seulement la destruction de la Russie, mais aussi de la civilisation mondiale. Du point de vue de la révolution mondiale — l'extension d'octobre

le présent renforcement de l'Union soviétique ne résoudra rien. Seule la victoire des travailleurs dans les principaux pays capitalistes peut résoudre les problèmes de l'Union soviétique et garantir que la propriété nationalisée sera préservée, et que, sur la base du renversement de la bureaucratie et du rétablissement de la démocratie ouvrière, elle mènera au socialisme mondial. Du point de vue de l'analyse marxiste, l'évolution de l'Union soviétique a un caractère double. La différenciation entre le prolétariat et la bureaucratie, accélérée par la guerre, a préparé une cassure totale entre le prolétariat et la bureaucratie. Mais, parallèlement au développement de l'économie, le prolétariat s'est renforcé en nombre et en poids social dans le pays, et ainsi se prépare le moment où le prolétariat réglera les comptes avec la bureaucratie.

La Russie occupe une place infiniment plus forte que celle qu'elle avait au sortir de la Première Guerre mondiale. Dans la Révolution trahie, Trotsky écrivait : « (...) La production industrielle de l'année 1921, l'année qui suit la fin de la guerre civile, s'éleva dans le meilleur des cas au cinquième de celle d'avant-guerre. La production de l'acier tomba de 4,2 millions de tonnes à 183 000 tonnes, soit vingt-trois fois moins. La récolte globale tomba de 801 millions de quintaux à 503 en 1922. Ce fut une effroyable famine. Le commerce extérieur dégringola de 2,9 milliards de roubles à 30 millions. La ruine des forces productives dépassa tout ce que connaissait l'histoire. Le pays, et avec lui, le pouvoir, se trouvèrent tout au bord de l'abîme. »

Cependant, à partir de ce bas niveau technique, sans plan, avec de forts secteurs capitalistes dans l'économie, avec un petit nombre de techniciens industriels — dont beaucoup sabotaient l'économie avec

l'héritage

d'un

bas

niveau

de productivité ; avec une agriculture restée au même niveau primitif que sous le tsarisme, en moins de cinq ans, la production russe fut ramenée au niveau d'avant-guerre : c'est-à-dire qu'elle s'accrut dans une proportion dépassant cinq fois son total de 1921. Même après la restauration de l'économie, aux environs de 1926, le prolétariat ne comprenait pas plus de deux millions d'individus. Aujourd'hui, la situation est transformée. Le prolétariat compte de vingt à vingt-cinq millions d'individus. Des centaines de milliers de techniciens nouveaux et des spécialistes ont été formés. Libérés des entraves et des restrictions anarchiques de la propriété privée, les résultats étonnants obtenus pendant la guerre seront sans aucun doute considérablement dépassés dans l'avenir. L'argumentation du document international sur l'Union soviétique est d'un caractère unilatéral et donne ainsi une fausse image. Les conclusions sont basées sur des chiffres donnés par le SI, et datant de 1941, bien que le document ait été écrit en 1945. Ces statistiques, datant de l'époque où les nazis étaient aux portes de Léningrad et de Moscou, ignorent les changements de la plus grande importance qui se sont produits depuis. Les chiffres de dix-sept millions de morts et de trois millions d'invalides, c'est-à-dire d'un dixième de la population active, sont donnés sans être mis en rapport avec le fait que dans les territoires ajoutés à l'Union soviétique vivent vingt-quatre millions d'habitants. De même pour les chiffres concernant l'industrie.

On ne doit pas oublier que, grâce aux ressources extraordinaires de la propriété étatisée et de la production planifiée, l'Union soviétique se remit de la terrible famine de 1932 au cours de laquelle des millions de personnes moururent. Les ravages exercés par la politique économique de Staline à l'intérieur égalèrent à cette époque ceux d'une guerre. Cependant, l'économie de l'Union soviétique n'en fit pas moins des progrès considérables. Sur la base de la propriété étatisée et des progrès économiques déjà accomplis, la reconstruction et le développement se feront à un rythme encore plus grand. Le nouveau plan quinquennal se fixe des objectifs modérés et réalisables. On a prévu d'atteindre le niveau de production d'avant-guerre à la fin de 1947. L'objectif du plan quinquennal pour 1950 est un accroissement général de 50 % de la production par rapport à celle d'avant-guerre. La perspective du document de la Préconférence, en ce qui concerne la reconstruction et le développement de l'Union soviétique, est complètement fausse en affirmant : « Les plus sérieuses chances de réussite de la bureaucratie dans sa défense contre la pression extérieure de l'impérialisme et des éléments réactionnaires de l'intérieur et dans son effort de relèvement rapide de l'économie soviétique, résident dans la contribution économique des pays actuellement contrôlés par l'URSS. » On oublie de prendre en considération la technique réelle qui reste encore dans les possibilités latentes de l'économie russe, même sans aide extérieure. L'économie des pays occupés aidera sans aucun doute la bureaucratie stalinienne, qui étend ainsi sa sphère de domination sur la moitié de l'Europe et de l'Asie, mais ces conquêtes restent auxiliaires par rapport à l'exploitation économique des ressources de l'Union soviétique elle-même.

L'argument selon lequel les contradictions de l'impérialisme mondial, sur la base desquelles la Russie pouvait manœuvrer dans le passé, ayant été maintenant éliminées, et les États-Unis ayant maintenant encerclé et soudé le monde capitaliste contre l'URSS, l'Union soviétique est beaucoup plus faible qu'avant la guerre, ne concorde pas avec la réalité. Il est vrai que l'Amérique a considérablement étendu son rôle de direction économique prépondérante sur une échelle mondiale, et que la Grande-Bretagne est maintenant, économiquement et politiquement, un satellite des États-Unis. Mais les contradictions entre les impérialismes ne sont en aucun cas éliminées. La Russie a encore une base de manœuvre, même si elle est quelque peu restreinte. Pendant ce temps, l'Allemagne, le seul pays qui était économiquement, militairement, politiquement et géographiquement, dans une position favorable pour lancer une guerre contre l'URSS, a été virtuellement détruite pour une génération, et durant cette période ne peut être reconstruite pour une nouvelle guerre contre l'URSS. Le Japon, le seul pays d'Asie capable d'entreprendre une lutte militaire sur une grande échelle contre l'URSS, a été aussi détruit. Même avec l'aide de l'impérialisme américain, le Japon ne sera pas capable de mener une guerre contre la Russie d'ici de nombreuses années. Les nouvelles bases acquises par l'impérialisme américain, même en tenant compte des nouvelles méthodes de guerre, ne peuvent compenser la perte de l'Allemagne et du Japon. Avant que les impérialistes soient en état de lancer une nouvelle guerre contre l'URSS, les crises économiques du capitalisme détruiront des secteurs entiers de l'économie, tandis que l'économie de l'URSS progressera.

La perspective du document initial de la conférence est déjà réfutée par les événements. Le document déclarait : « En l'absence d'un mouvement de masse qui vienne activement à son secours, l'URSS risque de succomber dans le prochain avenir, même sans intervention militaire directe, par le seul fait de la pression conjuguée économique, politique, diplomatique et des menaces militaires de l'impérialisme américain et anglais. » Bien que le passage ait été supprimé parce qu'il ne pouvait être maintenu en face des événements, la conception de base exprimée dans ce passage est néanmoins maintenue dans le document. Par exemple : « Dans l'épreuve de force qui caractérise actuellement les rapports entre l'impérialisme et l'URSS, seule l'intervention de la révolution prolétarienne peut empêcher pour celle-ci une issue prochaine fatale. » La fausse évaluation d'une perspective d'affaiblissement économique, d'un effondrement imminent, d'une pression diplomatique et économique des impérialistes menant à un effondrement proche, du danger d'une guerre immédiate contre l'Union soviétique, sert à désorienter les cadres de la IVe Internationale aux yeux de la classe ouvrière mondiale. Il y eut des symptômes alarmants :

1) L'affirmation du parti américain suivant laquelle la guerre continue.

2) La position ambiguë dans le document international qui fut finalement

adopté sur la question des territoires occupés et le refus d'accepter

l'amendement du parti anglais demandant le retrait des troupes de l'Armée

rouge, aussi bien que celui des armées impérialistes, de ces territoires. Dans

le document révisé, la seule référence à cette question étant : « La IVe

Internationale proclame le droit pour chaque peuple à disposer de lui-même,

lutte pour ce droit, et lance dans chaque pays occupé le mot d'ordre : "Départ

immédiat des troupes d'occupation". Dans les pays oppresseurs (États-Unis,

Grande-Bretagne, France par rapport à l'Allemagne), la IVe Internationale

défend activement le droit à l'indépendance des nations occupées et exige le

retrait des troupes d'occupation. » 3) L'absence de position claire, et l'opposition effective de la minorité du parti

anglais à l'inclusion dans la résolution internationale de la demande du

retrait des troupes de l'Armée rouge d'Allemagne et des autres territoires

occupés.

4) L'affirmation faite par le parti français, « Jamais dans les heures les plus noires

de la guerre, l'URSS n'a été aussi sérieusement menacée », qui le mena à la

proposition opportuniste et capitularde d'un front unique de propagande avec

les staliniens.

5) L'absurde réponse de Neuer Spartakus à la question « Pourquoi Staline pille-t-

il ? Parce qu'il a perdu la guerre. »

Tout cela découle d'une évaluation absolument fausse de l'évolution de l'Union soviétique. La paralysie de la révolution mondiale au moyen de ses agences, les partis staliniens, entraîne un renforcement temporaire de la bureaucratie stalinienne. Celle-ci reste, jusqu'à maintenant, non pas une entrave absolue, mais une entrave relative au développement des forces productives. Ce n'est qu'à l'échelle mondiale que le caractère absolument réactionnaire de la bureaucratie se révèle. En l'absence d'un parti révolutionnaire ayant des racines et des liaisons parmi les ouvriers avancés et capables de mobiliser les masses, sans une révolution en Europe et en Asie, la bureaucratie maintiendra très vraisemblablement sa position en Union soviétique, et même la fortifiera dans la période qui suivra immédiatement. À l'échelle de l'histoire et de l'évolution des régimes, quelques années sont peu de choses. Ce n'est que d'un point de vue historique à grande échelle qu'on peut comprendre que la bureaucratie, à une certaine étape, entrera en contradiction absolue avec les besoins de l'économie et de la culture en Union soviétique. C'est pourquoi il est plus important que jamais de combattre pour la régénérescence de l'URSS et, en défendant l'Union soviétique, de mener une lutte implacable contre le rôle contre-révolutionnaire du stalinisme dans les pays occupés en Europe et en Asie. La victoire du prolétariat dans un pays important d'Europe sonnerait le glas de la bureaucratie, car elle entraînerait de nouveaux rapports entre la bureaucratie et le prolétariat russe. La tâche la plus importante pour les masses européennes réside dans la défense de la révolution européenne contre le stalinisme aussi bien que contre l'impérialisme. La lutte pour une Europe et une Asie socialiste contre l'impérialisme et ses valets sociaux-démocrates et staliniens devient le moyen le plus important pour établir le pouvoir de la classe ouvrière mondiale, et par là même, pour défendre l'Union soviétique.

Sur la construction du parti et nos tâches

Supprimer le passage suivant : « L'expérience actuelle de tous les pays prouve que les possibilités objectives pour la création des partis de la IVe Internationale n'ont jamais été aussi grandes et qu'elles iront s'affermissant davantage. Dans une série de pays, parmi lesquels l'Angleterre, les États-Unis, le Canada, les pays de l'Amérique du Sud et plusieurs pays coloniaux, l'obstacle du stalinisme et, dans la plupart des cas, même du réformisme, n'a pas une importance déterminante. » Amender le document dans le sens suivant. La conception selon laquelle, dans les pays mentionnés plus haut, le stalinisme et le réformisme n'ont pas une influence déterminante dans le mouvement ouvrier doit être rejetée. En Grande-Bretagne, notamment, cette idée a été complètement réfutée, en ce qui concerne le réformisme, par la victoire du parti réformiste aux élections générales de 1945. De même, le Parti communiste continue toujours à s'interposer entre notre mouvement et une couche importante d'ouvriers de gauche en Grande-Bretagne. On peut s'attendre, après la croissance des désillusions dans le gouvernement travailliste, à ce que le stalinisme joue à l'avenir un rôle plus grand qu'à n'importe quelle époque du passé en Grande-Bretagne.

Au Canada et en Australie, ce sont les partis traditionnels de la classe ouvrière qui ont un rôle dirigeant décisif sur les secteurs avancés de la classe ouvrière, tandis que les trotskystes ne jouent pas encore un rôle important dans la vie de la classe ouvrière. Aux États-Unis, le mot d'ordre du SWP « Formez un parti travailliste » indique clairement que, bien qu'aucun parti réformiste, en tant que tel, n'a été créé par les ouvriers, le réformisme joue un rôle extrêmement important dans la vie des ouvriers. Il est historiquement improbable qu'ils échappent à une phase réformiste, même si cette phase devait être de brève durée. Le même argument peut être apporté pour les autres pays mentionnés. En l'absence de partis trotskystes puissants, il est inévitable que le réformisme et le stalinisme jouent un rôle déterminant. Nous rejetons également la déclaration selon laquelle la phase de déclin des partis staliniens en Europe a commencé. Il est vrai que la première période de radicalisation d'après-guerre a déjà atteint son point culminant et il se pourrait même que les staliniens soient en régression. Mais un tournant à gauche de la part des partis communistes dans tel ou tel pays, où les staliniens ont participé à la direction de grèves de masse, pourrait changer rapidement la situation, et les partis communistes grandiraient à nouveau et étendraient encore davantage leur influence sur les masses.

Amendements adoptés

par la Conférence nationale du RCP, en septembre 1946

in Quatrième Internationale, décembre 1946

Karl Fischer et Maria Fischer (sa mère) Abraham Menist Henricus Sneevliet

Willem Dolleman

Jan Koeslag

Jan Schriefer

Jan Edel

Rein Witteveen Cornelis Gerritsen Camp de concentration d' Akronafélia, 1938, la cellule des camarades trotskystes. Assis au premier rang : N. Reboutsikas, Héracles Musts, Christos Anastassiadis, Paraskevas Papanikolaou, Nikos Panagyotidis. Au deuxième rang : Minos Soulas, Kartas, Alekos Sakkos, Spyros Théodorou. Debouts au troisième rang : Solomon Levi, Loukas Karliaftis Christos Soulas, Nikos Tzavaras.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 2, p. 385–403 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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