Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Appel pour les emprisonnés et les victimes de la lutte de classes

septembre 1938 · La conférence de fondation de la IVe Internationale (3 septembre 1938) · 820 mots

In English: Salute to Our Living Martyrs and Our Heroic Dead — texte anglais publié à l’époque.

Au moment où les représentants des bolcheviks-léninistes de tous les pays, réunis en une conférence internationale, constituent formellement la IV° Internationale — Parti mondial de la révolution socialiste — leur pensée et leur salut révolutionnaires vont tout d'abord à tous leurs camarades qui, dans le monde entier sont les victimes de la répression capitaliste et des dictatures totalitaires.

Faibles et jeunes sont encore nos cadres ; mais nombreux sont déjà ceux des nôtres qui se trouvent dans les prisons et les camps de concentration répartis dans le monde par des régimes bourgeois pourrissants et des gouvernements réactionnaires.

De l'Indochine opprimée par l'impérialisme français, à travers les barreaux de sa prison, nous arrive la voix indomptable de Ta Thu-tau, infirme, paralytique, mais aussi intransigeant, aussi fidèle que jamais ; au Brésil, un jeune travailleur et militant bolchevik-léniniste, Hilcar Leite, malade, torturé, condamné à quatre ans et demi de prison, menacé d'une nouvelle condamnation encore plus féroce, ne faiblit pas, mais avec ses camarades de geôle réaffirme son inébranlable foi dans la victoire de notre cause et n'attend la libération que des triomphes de la IV° Internationale ; nos héroïques camarades de Grèce qui se trouvent par dizaines et dizaines dans les îles de déportation de Metaxás, soutiennent, avec une vaillance magnifique, le drapeau de la révolution socialiste, autour de Stinas, condamné à cinq ans de prison et à la détention perpétuelle, de Pouliopoulos dont on ignore le sort et jurent de venger leur camarade Scalaios mort dans le camp de concentration d'Akronauplie.

Les camps de concentration d'Allemagne et d'Autriche sont remplis de militants dévoués, révolutionnaires « trotskystes » implacables qui tiennent tête aux bourreaux déchaînés de Hitler ; les bolcheviks-léninistes polonais ne sont pas épargnés par la dictature bonapartiste et, dans les geôles de Pologne continuent le combat pour la cause du socialisme.

Cependant les trotskystes ne sont pas victimes seulement des dictatures fascistes et bonapartistes : les gouvernements dits démocratiques s'acharnent aussi contre notre mouvement et nos camarades ; au Maroc, en Chine, en Amérique latine, en France, aux États-Unis, partout nos camarades sont en butte aux persécutions policières. En Espagne, tandis que les bandes mercenaires de Franco assassinent dans les tranchées républicaines les meilleurs combattants, sans distinction de partis, le gouvernement de Negrin fait la chasse aux militants révolutionnaires les plus éprouvés quand il ne les abandonne pas simplement aux agents à la solde de Staline. Aux héroïques bolcheviks-léninistes espagnols qui combattent dans les lignes républicaines les bandits fascistes ou, dans les prisons de Negrin et de la Guépéou, soutiennent sans défaillance le programme de la révolution socialiste — seul gage de la victoire sur Franco ! — à Grandiso Munis, à Carlini et leurs compagnons, le salut de la première conférence internationale de la IV° Internationale.

En Chine, même situation qu'en Espagne ; nos camarades, tout en faisant échec, dans les premiers rangs de l'armée chinoise, à l'envahisseur japonais, sont poignardés dans le dos par les agents de Tchang Kaï-Chek et de Staline qui préparent ainsi le terrain à un compromis de trahison avec les bandits impérialistes japonais.

La IV° Internationale incline son drapeau sans tache devant la tombe encore fraiche de nos héroïques camarades qui, ces deux dernières années, tombèrent sous les balles de Franco en Espagne ; sous la hache ou dans les camps de concentration de Hitler, en Allemagne et en Autriche ; dans les prisons et dans les îles de déportation de Metaxás et de Vargas, en Grèce et au Brésil ; sous les coups des dictatures bonapartistes en Pologne, en Chine ; sous les balles et tortures staliniennes en URSS, en Espagne, en Chine, en Suisse, en France, etc.

Robert de Fauconnet, Aimé Pasque, Medeiros, Scalaios, Hans Freund, Isidor Fassner, Erwin Wolf, Ignace Reiss, Rossini, Léon Sedov, Rudolf Klement ! Vos noms sont inscrits sur son drapeau ! Elle salue encore les jeunes et obscurs révolutionnaires qui, en Russie, tombent assassinés par la Guépéou en criant : « Vive Trotsky ! ».

Toutes ces répressions, toutes ces tortures, tous ces assassinats ne nous arrêteront pas, car notre tâche est tracée par l'histoire, non par les mesures de police et de terreur de l'appareil d'État, même le plus puissant, et le plus totalitaire.

La première conférence internationale du Parti mondial de la révolution socialiste adresse encore son salut et sa solidarité à tous les militants révolutionnaires jetés dans les prisons bourgeoises, dans les prisons fascistes, dans les prisons staliniennes.

Elle invite tous les camarades, sympathisants et prolétaires conscients à faire passer dans la pratique leur sentiment de solidarité révolutionnaire.

Le salut de la révolution socialiste exige que les militants éprouvés se sentent soutenus par une solidarité internationale effective et agissante.

Le sacrifice d'aujourd'hui est le gage du triomphe de demain. La révolution prolétarienne victorieuse, sous le drapeau de la IV° Internationale, vengera les camarades qui sont tombés et arrachera des prisons les militants victimes de l'oppression capitaliste et de la terreur fasciste et stalinienne.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 185–186 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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