Dans sa réponse, le rapporteur insista entre autres sur les points suivants :
a) Que notre intérêt particulier pour les ouvriers et les masses sous influence stalinienne ne
signifie en aucune façon que nous négligeons les ouvriers et les masses qui sont en dehors
de cette influence. Dans toute une vaste catégorie de pays (énumérés du reste aussi bien
dans les thèses que dans la résolution et le rapport), le travail essentiel n'est pas en
direction des partis communistes.
b) Que dans la question de la défense de l'URSS, comprise comme une ligne stratégique et
non pas comme un simple mot d'ordre en soi, il faut naturellement tenir compte, dans
l'application tactique, des conditions particulières de chaque pays, comme en
Allemagne par exemple, où une très grande catégorie d'ouvriers sont hostiles à toute
idée de défense de l'URSS, défense qu'ils confondent avec celle du Kremlin et du
stalinisme. Mais nulle part il ne s'agit d'abandonner notre lutte principielle sur cette
question, ni céder aux pressions, ni s'adapter aux conditions les plus faciles de travail.
Il s'agit de trouver les meilleurs moyens tactiques pour présenter la question de la
défense de l'URSS en la liant à la lutte générale des masses, et en l'introduisant selon
les formes et les moments les plus propices pour faire avancer la compréhension des
masses sur cette question.
c) La lutte des masses contre les préparatifs de guerre, leurs réactions et leurs succès
éventuels, pas seulement aux États-Unis mais aussi bien en Asie qu'en Europe, auront
naturellement une influence sur les délais de la guerre et sur les conditions dans
lesquelles elle éclaterait. Plus les masses réagiront contre les préparatifs de guerre,
plus les impérialistes se verront obligés de réexaminer, rajuster et même modifier
complètement certains de leurs plans militaires, et engager définitivement la lutte dans
les pires conditions. D'où l'intérêt majeur pour que la lutte révolutionnaire des masses
se développe dès maintenant au maximum.
d) Notre compréhension de l'inévitabilité de la guerre, de sa transformation en guerre
civile internationale, c'est-à-dire en révolution, ne signifie pas que nous ne devons
pas tenir compte dans notre propagande et agitation, dans notre presse, etc. des
aspirations des masses pour la paix, contre la guerre. Dans toute notre activité en
direction des larges couches, nous devons partir de leurs préoccupations pour les
dresser contre les préparatifs de guerre et insister (surtout quand nous sommes en
présence des masses influencées par le stalinisme) que le meilleur moyen de lutter
contre la guerre des impérialistes, c'est de lutter dès maintenant pour le pouvoir des
travailleurs.
e) Notre appréciation du caractère que revêtira nécessairement une guerre déclenchée
par l'impérialisme contre les États ouvriers et les révolutions coloniales, dans un
rapport de forces qui se maintient défavorable à l'impérialisme, se transformant dès le
début en guerre civile internationale, ne signifie pas que partout, ou au même moment,
ou avec la même intensité, la guerre se transformera en guerre civile. Cela signifie que
la tendance fondamentale, dominante, sera celle de sa transformation en guerre civile
internationale. Nous devons mettre l'accent non pas sur le particulier, l'exceptionnel ou
le secondaire, mais sur le général et le trait dominant. Nous ne fixerons pas autrement une
ligne politique.
Le rapporteur a terminé son rapport en s'adressant longuement aux délégués français et en insistant sur la nécessité et la possibilité d'un accord en ce qui concerne le travail essentiel que la section française doit accomplir en direction des ouvriers staliniens.