Documents de la IVe Internationale

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De la réunification au Xe Congrès 1963-1979 › Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974)

Déclaration de la IVe Internationale sur le coup d'État réactionnaire en Bolivie

septembre 1971 · IVe Internationale (Secrétariat unifié) · Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974) · 1 238 mots

Bolivie Amérique latine

In English: On the Reactionary Coup d'Etat in Bolivia — texte anglais publié à l’époque.

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DÉCLARATION DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE SUR LE COUP D'ÉTAT RÉACTIONNAIRE EN BOLIVIE

La victoire du coup d'Etat pro-impérialiste — téléguidé et coordonné par des représentants directs de l'impérialisme américain et dirigé par ses principaux agents sur la place — représente une défaite tactique des masses laborieuses de Bolivie. Mais elle n'est pas la fin de la guerre civile ; elle en est plutôt le commencement ouvert. D'une guerre civile larvée et intermittente, la Bolivie passe maintenant à la guerre civile ouverte et permanente.

La IVème Internationale salue les travailleurs et les étudiants boliviens tombés dans le combat contre le coup d'Etat du colonel Banzer. Leur mémoire sera désormais associée à celle de tous les révolutionnaires qui sont tombés sur le sol bolivien pour la cause du socialisme et notamment au plus illustre d’entre eux, Ernesto Che Guevara.

La Bolivie est un des points les plus sensibles de ce continent latino-américain où les luttes de classes prennent des formes de plus en plus violentes. Si elle possède un sous-sol des plus riches, les masses boliviennes sont parmi les plus pauvres des pauvres en Amérique latine. La Bolivie n'a connu dans son histoire qu'une succession quasi ininterrompue de soubresauts. La dictature militaire de Barrientos, puis celle d'Ovando avaient été renversées par l'action des masses. Mais la lutte n'étant pas dirigée de façon conséquente sur le plan politique, c'est encore un militaire qui prit le pouvoir. Le général Torres recourait volontiers à un vocabulaire de gauche, mais ne prenait aucune mesure décisive. Il laissait évidemment intacte l'armée et gardait particulièrement à la téte de l'Académie militaire le colonel Banzer qui s’y occupait avant tout à organiser des coups d'Etats.

Sous la pression des masses avait été créée une « Assemblée populaire » qui ne disposait d'aucun pouvoir réel. Certes, une grande partie de cette Assemblée était orientée à gauche et aspirait à une Bolivie socialiste. Mais il lui manquait une direction révolutionnaire forte et reconnue comme direction par les masses. Cette Assemblée manifesta plus de velléité que de capacité d'impulsion et de direction des masses boliviennes. Aussi lorsqu'elle demanda la parité de représentants ouvriers à la direction de l'industrie nationalisée de l'étain, lorsqu'elle: demanda au gouvernement Torres de reconnaitre Cuba, lorsqu'apparurent les premières fentatives d'organisation révolutionnaire dans l’armée elle-même, la réaction soutenue par l'impérialisme yankee précipita le coup d'Etat avant qu'une direction révolutionnaire ait pu commencer à se dégager.

Sous la houlette du colonel Banzer sont unis aujourd’hui le M.N.R. de Paz Estensoro lequel, bénéficiaire de la révolution de 1952, avait usé du pouvoir pour annihiler les conquètes de cette révolution, et la Phalange socialiste, organisation à caractère fasciste avéré. Pendant le coup d'Etat, l’armée brésilienne « surveillait » la frontière bolivienne, confirmant ainsi son rôle de principal relais de la contre-révolution impérialiste sur le continent de l'Amérique du Sud.

L'expérience bolivienne confirme une fois de plus la justesse de l'analyse maintes fois soulignée par la IVème Internationale, selon laquelle les tensions sociales explosives et les ressources économiques restreintes du Capital, n’accordent aucune base durable à un régime de type réformiste dans la plupart des pays d'Amérique latine. Celui-ci n’est compatible, pendant une certaine période, qu'avec la passivité des masses. Dès que celles-ci se mettent en mouvement et débordent les directions conciliatrices anciennes et nouvelles, il n’y a qu’un choix fondamental : ou bien avance du processus révolutionnaire jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat allié à la paysannerie pauvre, avant tout par la destruction de l’armée bourgeoise et de tout l'appareil d'Etat répressif de la bourgeoisie, ou bien établissement d'une dictature militaire de type répressif, l’armée restant plus que jamais le dernier « parti » bourgeois stable d'Amérique latine.

L'expérience bolivienne confirme le caractère illusoire de toutes les conceptions qui espèrent qu’en Amérique latine, un essor vigoureux du mouvement de masse pourrait, par sa seule ampleur et sa seule pression, tenir en échec les appétits des « gorilles ». Si ce mouvement des masses:ne comprend pas la nécessité impérieuse de se préparer à l'affrontement armé avec la bourgeoisie, de s’armer et de désarmer la réaction, il sera refoulé et momentanément écrasé par la violence, comme l’a été une fois de plus le mouvement de masse en Bolivie.

L'histoire reconnaîftra le mérite de nos camarades du P.O.R. (section bolivienne de la IVème Internationale) qui, face aux opportunistes à la Lechin, au P.C. pro-Moscou et aux centristes de Lora, qui se partageaient la direction du mouvement ouvrier et qui partagent de même maintenant la responsabilité de la défaite subie, ont défendu depuis janvier 1971 sans relâche la nécessité de asser immédiatement à l'armement des ouvriers, des paysans pauvres et des étudiants, affirmant qu'un coup d'Etat militaire était inévitable et imminent. Les dirigeants officiels du mouvement ouvriers opposèrent à cette ligne claire, complètement confirmée par les événements, des illusions dans le général Torres qui, le moment voulu, finirait bien par armer les ouvriers ; des conceptions spontanéistes, sur les travailleurs qui sauraient bien trouver les armes quand ils seraient mûrs pour la lutte armée, et des résolutions platoniques réclamant. que l’armée arme les travailleurs. Tout cela a abouti au massacre d'août où des milices improvisées, armées de vieux fusils et sans préparation ou entraînement aucun, s’opposèrent héroïquement aux blindés et aux avions des officiers contre-révolutionnaires.

Cette fois encore, la réaction bolivienne se montrera rapidement incapable de résoudre l’un quelconque des problèmes qui affligent la Bolivie. Et déjà l’avant-garde révolutionnaire, notamment nos camarades du P.O.R. (section bolivienne de la IVème Internationale), l'E.L.N., l'aile Zamora du P.C. pro-chinois, d’autres, poursuivent la lutte, organisent des guerillas. L'épreuve a été coûteuse pour les masses boliviennes, mais elle ne manquera pas de porter les combats de l'avenir à un niveau militaire et politique plus élevé.

Le‘coup d'Etat du colonel Banzer ne servira pas seulement de leçon aux masses exploitées de Bolivie. 11 doit dès maintenant servir de leçon aux masses du Pérou où la tête du gouvernement se trouvent aussi des militaires prétendument « réformistes » de gauche. Il doit servir de leçon aux masses du Chili où sans aucun doute des complots se préparent également dans les casernes pour mettre un terme à l'expérience si légaliste d’Allende. II doit servir de leçon aux militants et aux masses de l’Uruguay qui risquent d’être entraînés par les illusions parlementaires du « Frente Amplio », aux militants et aux masses d'Argentine auxquels les péronistes réformistes font miroiter la perspective d'élections « libératrices » en 1973. Dans les convulsions sociales et politiques qui agitent le continent latino-américain, la force politique la plus dangereuse dont disposent l'impérialisme yankee et les bourgeoisies indigènes, c'est l'armée, insensible aux conceptions démocratiques, au parlementarisme, et qui fait sa politique avec des avions, des chars d'assaut, y compris contre les Universités, comme cela vient d'étre le cas à la Paz.

Contre cette force, les masses du continent latino-américain ne pourront assurer leur libération, la victoire du socialisme, qu'en ne comptant que sur leur force de classe, qu’en s'organisant pour des luttes de longue haleine comportant des affrontements avec les forces de répression en vue de les détruire,qu’en forgeant l'instrument de la victoire, le Parti révolutionnaire du prolétariat.

La IVème Internationale appelle les travailleurs du monde entier à manifester leur solidarité avec les ouvriers, les paysans et les étudiants boliviens contre la répression du gouvernement du colonel Banzer, à les aider à préparer leurs prochaines batailles en vue de renverser la nouvelle dictature militaire et à établir une Bolivie socialiste, tremplin vers les Etats-Unis Socialistes d'Amérique latine.

Source : Quatrième Internationale, n°51 (29e année), septembre 1971 · scan (Radar, 16-014-00133).

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