Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957)

Déclaration du Secrétariat international sur les accords soviéto-yougoslaves de Belgrade

3 juin 1955 · Secrétariat international · Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957) · 2 144 mots

Yougoslavie et Balkans URSS et Russie

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Le Secrétariat International de la 1V° Internationale salue le rapproche-ment opérée entre l'U.R:S.S. et la Yougoslavie, tout deux Etats ouvriers engagés dans la construction du socialisme :

Il rappelle que la IV® Internationale fut la première, au sein du mouvement marxiste révolutionnaire international, à flétrir la condamnation prononcée en. 1948 sur la base de considérants théoriques et politiques erronés, mensongers et calomniateurs, par le Kominform et le Parti Communiste de l'URSS. sous la direction commune de Staline et de ses collaborateurs, contre le Parti Communiste vougoslave et le gouvernement yougoslave

Il rappelle que la IV® Internationale fut aussi la première à prendre la défense de la Yougoslavie aussi bien contre l'impérialisme que contre les menaces, le blocus, les calomnies de la bureaucratie soviétique : à préconiser, à propulser et à organiser pratiquement l’aide et la solidarité internationale à la Yougoslavie prolétarienne, par le mouvement des brigades de travail, envoi de délégations, la presse, les meetings, etc.

Il rappelle que la IV*° Internationale n’a pas hésité également un seul instant à se dresser contre la politique des dirigeants yougoslaves dès qu'ils ont commencé à se rapprocher, sur le plan diplomatique, des impérialismes, et à faire des concessions théoriques sous la pression de l'impérialisme et du Kremlin, lorsqu'ils affirmèrent que l'U.R.S.S. avait cessé d’être un Etat ouvrier et était jugée avant tout par la politique « impérialiste la plus agressive » de la direction de Staline et de ses disciples.

La politique de la IV° Internationale, en toute circonstance et dans chaque cas, est déterminée par ses appréciations fondamentales du caractère de ciasse des phénomenes, des situations et des forces en présence.

Le Secrétariat International de la IV® Internationale considère que la manière dont le conflit entre l’'U.R.S.S. et la Yougoslavie s’est produit en 1948 et dont il a évolué depuis, ne profita nullement aux intérêts fondamentaux du mouvement ouvrier international, mais seulement à l’impérialisme et aux directions bureaucratiques du mouvement.

Pour cette raison, le rapprochement opéré aujourd’hui entre l'U.R.S.S. et la Yougoslavie doit être salué comme un fait favorable au camp de la révolution socialiste, défavorable à l'impérialisme, et qui comporte la possibilité, dans les conditions concrètes actuelles, d'œuvrer à la libération du mouvement révolutionnaire du carcan du stalinisme, de la bureaucratie, et à un véritable renouveau marxiste révolutionnaire.

Mais pour que cette possibilité, la plus importante de toutes pour le prolétariat international et la révolution socialiste mondiale, s’accomplisse réellement, il n’est pas possible de méconnaître les faits fondamentaux suivants :

Khrouchtchev, Bulganine. Mikoyan, arrivés à Belgrade « l’âme pure

Q U 4 TR IE ME ÉENST EE REN ALT AENOENMAY SE et le cœur ouvert », se sont empressés de faire endosser les raisons et la responsabilité de la rupture de 1048 « à Beria, Abakoumov et autres », « méprisables agents de l'impérialisme qui s'étaient infiltrés par la duplicité dans les rangs » du Parti Communiste de l'U.R.S.S. !

De cette excuse grossière, personne n'est maintenant dupe. Elle démontre seulement que les dirigeants soviétiques actuels, tous grandis à l’ombre de Staline, se croient capables une deuxième fois après 1048, de tromper l’histoire ! Eux-mêmes, avec Staline, le Kominform et tous les partis communistes dans le monde, ont accusé, des années durant, la Yougoslavie d’être devenue un « Etat fasciste », le Parti communiste yougoslave « une organisation fasciste », sa direction « une bande fasciste ». Presque pas un seul numéro de l'organe du Kominform « Pour ure paix durable, pour une démocratie populaire » ne parut, jusqu'au lendemain de la mort de Staline, sans son article « anti-titiste » habituel, contenant de telles appréciations « scientifiques », « marxistes » sur la Yougoslavie en tant qu'Etat, et du Parti communiste vougoslave en tant qu'organisation.

Il n'y a presque pas un seul dirigeant de l'U.R.S.S., des € Démocraties populaires » et des Partis communistes qui ne se soit compromis avec des déclarations ou des « analyses» pareilles. Les premières lettres d'attaque contre le Parti communiste yougoslave étaient signées par Staline et Molotov, Le Parti communiste de l'U.R.SS. et le Kominform refusèrent l’envoi d’une commission d'enquête demandée par le Parti communiste yougoslave en 1048.

Depuis quand, des faits économiques, sociaux et politiques aussi fondamentaux que le caractère de classe d’un Etat et d’une formation politique peuvent-ils échapper à !la compréhension d'une direction politique aussi infaillible que celle de Staline, du gouvernement et du Parti communiste soviétique, des « Démocraties populaires », du Kominform, des Partis communistes et être attribués à des machinations policières toute puissantes ?

Est-ce donc sur la base de la lecture de documents policiers apocryphes et de rapports de police que s'oriente la politique de ces grands chefs dans les questions aussi fondamentales que l'estimation de classe d'un Etat et d’un parti?

Il faut cesser de plaisanter, faire un effort pour sortir de la torpeur et du cynisme bureaucratique, qui croit pouvoir affirmer n'importe quoi, selon les circonstances. Il faut se rendre à l'évidence que cela ne paye plus.

Le véritable responsable conscient de la rupture de 1948 est Staline lui-mème et son équipe, qui a appliqué au cas yougoslave ies mêmes procédés qu'il avait employés au sein du Parti Communiste de l'U.R.S.S. contre les oppositionnels de gauche et de droite, et contre tout adversaire politique de sa ligne et de son régime au sein de la INl° Internationale. Ces procédés étaient : la déformation des idées la plus grotesque, la calomnie la plus grossière, les menaces, la répression jusqu’à l’extermination physique.

Sans revoir et sans comprendre tout le passé depuis 1923, 1l est absolument impossible de comprendre le pourquoi de l’action de Staline en 1948. Sans attribuer à Staline et son équipe les responsabilités suprêmes, et sans condamner ses procédés du passé, il est impossible de s'excuser de Ja rupture, de faire véritable acte d'’autocritique marxiste, gage de sincérité et de loyauté pour l'avenir.

Persister sur les seules «explications » de Khrouchtchev, c'est s'installer d'une manière encore plus révoltante dans la duplicité, l’ignominie et la corruption démocratique, dans lesquelles à grandi et vécu la direction stali-

Q U A T R I E M E INTER UN À T I © NAT nienne en U.R.S.S. Cette direction n'est pas celle du prolétariat soviétique, mais de la caste bureaucratique, privilégiée qui, à travers la longue lutte au sein du P.C. de l'URSS, et dans la [TI° Internationale contre le trotskysme et les autres tendances ouvrières, a usurpé lé pouvoir politique du prolétariat.

Staline et ses disciples ont en 1048 frappé la Yougoslavie et le Parti communiste yougoslave afin de maintenir le monolithisme et la terreur policière, conditions de leur pouvoir bureaucratique, au sein des Etats et des partis qu’ils dirigeaient.

Staline et ses disciples sont les seuls responsables des procès et des assassinats qui ont suivi le « schisme titiste » dans les autres « Démocraties populaires », de Xoxe Dodge (Albanie), de Kostov (Bulgarie), de Rajk (Hongrie), de Slansky et Clementis (Tchecoslovaquie}, etc. Tous ces hommes, pour la plupart dirigeants bureaucrates eux-mêmes et staliniens fidèles, ont péri accusés principalement de « titisme ».

De même quelques années auparavant, en 1936-38, lors des infâmes grands procès de Moscou, d’autres dirigeants de la vieille garde du Parti bolchevik, compagnons de Lenine, leaders de la Révolution d'Octobre et de la III‘ Internationale, Boukharine, Zinoviev, Kamenev, etc, ont connu les mêmes procédés et le mème sort. De même, en août 1040, après plusieurs attentats manqués, tombait assassiné par un agent de Staline, la plus grande tête de la révolution socialiste mondiale avec Lenine, l’immortel Léon Davidovitch Trotsky.

Membres des Partis communistes de par le monde et vous aussi membres de la Ligue des Communistes de Yougoslavie, accepterez-vous que le rapprochement heureux entre l’U.R.S.S. et la Yougoslavie s'achève sur les seules «explications » de Khrouchtchev. dans l'euphorie joyeuse des réceptions et des repas officiels, et que toutes ces victimes, tous ces combattants de la révolution socialiste internationale ne connaissent pas éncore la réhabilitation qui leur est due ?

Laisserez-vous prolonger longtemps encore une telle lächeté, une telle honte ?

Il faut exiger la révision immédiate de tous les procès, y compris les procès de Moscou, et la réhabilitation éclatante de leurs victimes.

Au pilori Staline-Cain et les bureaucraies complices, honte éternelle du mouvement marxiste révolutionnaire !

Le voyage de Belgrade qui a été caractérisé à juste titre comme un vértable pélerinage à Canossa des dirigeants soviétiques, doit faire comprendre une autre vérité pour laquelle la IV® Internationale n'a cessé de combattre :

le droit à la critique et aux tendances idéologiques, formations temporaires au sein des Partis communistes, doit être établi comme le seul moyen normal d'élaboration collective, à travers la libre confrontation des idées, de la politique nécessaire pour assurer la victoire sur le capitalisme et la construction du socialisme.

Il faut, sur ce point aussi, revenir à Marx, à Lenine. L'expérience depuis 1917 non seulement n'a pas invalidé cette conception du parti. mais l’a renforcée et amplifiée.

L'unité et l'efficacité de l'avant-garde marxiste révolutionnaire sont inconcevables sans une organisation politique d'un tel type.

rE Q U A T R LE M E EN -T'E RENTATT IFO- N ANLUE

Si la preuve la plus patente a été donnée que Moscou et le Kremlin peuvent se tromper et prétendent s'être effectivement lourdement trompés, au moins dans le cas yougoslave, il faut éviter que leurs erreurs ainsi que leurs changements brusques et tourmentés de politique entrainent automatiquement, mécaniquement. l’ensemble des Partis communistes.

A la place d’un commandement international, qui pratiquement se confond avec le Kremlin, il faut une véritable direction internationale collective des Partis communistes, comme celle qui existait dans les premières années de la I1I° Internationale de Lenine et Trotsky.

ÎL faut recréer l'Internationale communiste.

Il faut libérer la politique des Partis communistes, des partis du prolétariat de la tutelle des gouvernements, que ce soit celui de P'U.R.S:S., de la Chine, de la Yougoslavie ou de n'importe quel autre Etat ouvrier.

Les gouvernements font leur politique par leurs propres formes, leur propres méthodes, leurs propres moyens, leurs propres formules.

Les partis communistes doivent faire leur politique par leurs propres formes, leurs propres méthodes, leurs propres moyens. Leur langage, leurs slogans, leurs explications ne peuvent être ceux des notes diplomatiques d’un gouvernement ou des communiqués concluant des conversations entre Etats.

Staline a subordonné la politique des partis à celle du gouvernement soviétique, à sa politique étrangère basée en réalité sur le statu quo avec l’impérialisme. Ce qui a eu pour résultat de rendre les partis communistes incapables d'établir une continuité de politique basée avant tout sur la préparation patiente de la révolution dans chaque pays, sur l'éducation et la mobilisation systématique de la classe dans cette perspective et dans ce but.

Les directions des Partis communistes sont devenues en fait des instruments de la politique étrangère changeante de Moscou. Quand cette dernière tourne, pour ses propres intérêts, sans que les directions des partis communistes en aient préavis, celles-ci prises à l’improviste donnent le spectacle ridicule et démoralisant pour la classe de pantins qui ne pensent pas et n’agissent pas par eux-mêmes. -

Est-ce là une manière d'exprimer la fidélité à l'U.RS.S., de déjendre FU.R.S.S. ?

N'est fidèle à l’U.R.S.S. et ne défend réellement l'U.R:S;S. que le parti lié à la classe de son pays et capable de la mobiliser dans la voie de la révolution.

Les Partis communistes ne deviendront réellement efficaces et utiles aux véritables intérêts de J’U.R.S.S. ou de tout autre Etat ouvrier, que s'ils rétablissent l'indépendance de leur politique et de leur critique par rapport à la politique des gouvernements.

A la subordination bureaucratique des Partis communistes au Kremlin, la IV*° Internationale oppose la collaboration internationale au sein d'une véritable Internationale communiste.

Elle oppose cette même conception à ceux qui prennent prétexte de la dégénérescence bureaucratique de la III° Internationale et des méthodes d’ingérence du Kremlin pour revenir en arrière, nier la nécessité impérieuse d'un . coopération internationale des partis révolutionnaires au sein d'une Interna-

QU ATRIEME RONCET EE CR ANS ARTS LAON VARIE tionale communiste centraliste démocratique et se faire les champions du «socialisme national » construit séparément dans chaque pays.

Le prolétariat révolutionnaire international a besoin d’autre chose que de simples rapports entre gouvernements et Etats, que de slogans et d'idées conventionnelles du vocabulaire diplomatique des communiqués officiels. Il attend un langage clair, un langage de classe, des explications de classe, une véritable vie idéologique qui renoue avec les traditions du marxisme-léninisme vivant, pour stimuler efficacement sa lutte contre le capitalisme et pour la construction de la société socialiste. Ce langage, cette impulsion, seuls le rétablissement de la démocratie prolétarienne dans les partis et leur coopération étroite au sein d’une véritable Internationale communiste peuvent les lui donner. REVISION DE TOUS LES PROCES, REHABILTFATION DE TOUTES LES VICTIMES DE STALINE ! VIVE LA DEMOCRATIE PROLETARIENNE ! VIVE L'INTERNATIONALE DES PARTIS MARXISTES REVOLUTIONNAIRES ! ; VIVE LA RE

‘OLUTION SOCIALISTE MONDIALE !

Le 3 juin 1055. Le Secrétariat International de la IV* Internationale.

Source : Quatrième Internationale, Vol.13 N°4-6, juin 1955 · scan (Radar, 16-014-00069).

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