La crise qui sévit en Grèce depuis les premiers jours de juillet s'approfondit et tend vers un paroxysme.
Depuis bientôt trente ans, la Grèce n'avait connu que des régimes de dictature. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les masses grecques qui avaient déjà lutté héroïquement contre la dictature Metaxas et l'occupation des troupes des fascismes italien et allemand, prirent les armes pour se débarrasser de la monarchie et du capitalisme. Elles furent vaincues par suite de la trahison de Staline qui, dans ses tracta-tions avec Roosevelt et Churchill à Téhéran et Yalta, avait abandonné la Grèce à la «zone d'influence» occidentale. La révolution grecque fut écrasée. La Grèce resta le seul Etat capitaliste dans la péninsule balkanique.
Un régime d'exception sévit durant de longues années. Mais la Grèce ayant connu un certain développement économique, par suite du «boom» du Marché commun, certaines parties de la bourgeoisie ne Voyaient pas sans déplaisir la perspective d'un développement du marché intérieur et d'une modernisation des structures (ce sont celles-là qui sont derrière Papandréou), tandis que les milieux capitalistes traditionnels, surtout es gros armateurs, appuient la Cour et les généraux réactionnaires. La bourgeoisie divisée, une poussée des masses commença à se faire sentir en 1964, La droite fut battue aux élections. Au pouvoir accéda le dirigeant du Parti du centre, Papandréou, Une légère brise de libéralisme commença à souffler sur le pays. Les masses retrouvèrent quelques libertés civiles et politiques, C'était peu de choses. Mais, comme les masses se ranimaient, reprenaient confiance en elles-mêmes, le capitalisme grec et la camarilla monarchiste, soutenus par des représentants de l'imperialisme américain, estimèrent que le gouvernement Papandréou ne constituait pas le pouvoir fort capable d'endiguer le mouvement commencant des masses.
Une opération, qui n'était pas loin de ressembler à un coup d'Etat, élimina Papandréou du pouvoir. Faite dans la précipitation, cette opération eut des résultats opposés à ce que ses initiateurs avaient 60 QUATRIEME
INTERNATIONALE escompté, Elle agit comme un coup de fouet sur lés masses. Depuis bientôt deux mois, les manifestations n'ont cessé à Athènes, dans les villes et les campagnes. Dans les grandes villes, ouvriers et étudiants disputent la rue aux forces de police, Une répression sanglante à eu jusqu'à présent pour résultat de stimuler la combativité des masses. Ce sont ces mani-fectations multiples et puissantes qui ont fait échouer les tentatives de corruption nombreuses de la Cour auprès de parlementaires chez lesquels celles-ci étaient de tradition toujours bien accueillies. Aucun ministère n’a pu obtenir la confiance du Parlement malgré trois essais de démanteler sur la droite ou sur la gauche le parti du centre, La crise tend à déboucher sur une situation pré-révolutionnaire,
La combativité des masses est admirable. Mais l'issue de la crise n’est pas encore décidée. De grands dangérs menacent les ouvriers et les paysans grecs. Les forces de réaction ne se sont pas encore livrées à un coup de force militaire parce qu’elles savaient qu'une telle opération, dans les conditions actuelles, aurait déchaîné les masses laborieuses, Maïs elles n'ont pas du tout renoncé à un tel recours. Elles attendent seulement que les masses se fatiguent, que l'élan faiblisse.
Un tel espoir est nourri chez la réaction avant tout à cause de Îa politique que suit Papandréou, politique sur lsquelle s’aligne complétement la direction du Parti communiste grec.
Papandréou a déclaré ouvertement qu'il me désirait pas autre chose qu'une monarchie constitutionnelle et le maintien de la Grèce dans l'Alliance atlantique, c'est-à-dire la principale coalition capitaliste dans le monde. Il est prêt à un compromis. Il reproche à a droite et à la Cour de créer, par leurs provocations ou leurs maladresses, une situation dans laquelle les masses ne pourraient plus être contrôlées ét risqueraient de s'engager dans des actions qui liquideraient la monarchie et le régime capitaliste, Papandréou, qui sait que les masses grecques, après tant de souffrances, placent leurs espoirs dans la cause du socialisme, se présente comme la dernière carte du capitalisme grec,
Ce qui le sert actuellement, c'est le Parti communiste grec qui, bien que disposant du soutien de la majorité des ouvriers grecs en raison de fleur attachement au socialisme, se refuse à stimuler lès masses en leur ouvrant fa perspective d'une République socialiste. Au contraire, il n'ose même pas méttre en avant le mot d'ordre de «référendum» qui poserait l'alternative « monarchie ou république », il s'aligne sur Papandréou en demandant le respect de la Constitution bourgeoise, il revendique même la & démocratisaHion » de la Cour ! Dans uné situation comme celle que traverse actuellement la Grèce, une telle politique de maintien du statu quo, en face d'initiatives de la droite pour le bouleverser à son profit, ne débouche effectivement sur rien et ne peut aboutir qu'à épuiser la poussée des masses.
La situation actuelle de la Grèce est instable : elle peut donner lieu à un coup de force militaire et à une nouvelle dictature si la poussée des masses ne débouche pas sur des luttes révolutionnaires, La sifuation actuelle exige donc une politique audacieuse du mouvement ouvriér, une politique qui appelle les masses non seulement à une lutte vigoureuse pour leurs revendications immédiates et la défense des libertés civiques et politiques, mais aussi à une lutte pour éliminer la monarchie en vue d'établir un pouvoir des ouvriers et des paysans. Le mot d'ordre de référendum pose l'alternative « monarchie ou république ». Cétte alternative ne sera résolue favorablement que par l’action extraparlementaire des masses, par la grève générale, La lutte exige la Formation dès à présent de vastes organisations de masse, sous forme de comités de défense, de vigilance, destinés à mettre en échec toute tentative de coup d'Etat ou de complot de l'armée et de Îa réaction, et à développer l'action des masses dans un grand combat pour un gouvernement des ouvriers et paysans, pour une République socialiste,
La lutte des masses laborieuses grecques est une partie intégrante de la lutte internationale pour le socialisme, elle intéresse au premier chef le mouvement ouvrier européen qui doit se montrer vigilant et prêt à accorder l'aide nécessaire aux travailleurs grecs, De même que la grève générale belge de 1960-61, elle confirme une fois de plus que le pralétariat européen a conservé intact son potentiel de lutte, et qu'il suffit de modifications relativement réduites soit de la situation politique, soit de la situation économique, pour que se déclenchent de vastes luttes des masses qui peuvent déboucher sur des situations pré-révolutionnaires. C’est pour de telles situations et de telles luttes que doivent se préparer constamment les organisations marxistes révolutiénnaires, sans se laisser hypnotiser par l'apparente stabilité du régime.
Aux militants de la section grecque de la 1V# Internationale qui a une riche histoire de luttes héroïques et qui sont actuellement à la pointe du combat, le Secrétariat Unifié de la IV® Internationale adresse son salut fraternel et les assure de la sélidarité pleine et entière de l'Internationale. Il salue fa mémoire de l'étudiant Sotirios Petroulas, membre d'un groupe de jeunes étudiants exclus récemment de J'E.D.A. pour frotskysme, assassiné par la police au cours d'une manifestation de rue,
Le 6 septembre 1965.