La « normalisation » de la situation en Tchécoslovaquie se poursuit dans la logique commencée en août 1968 avec l'entrée dans ce pays des troupes soviétiques et autres « alliées » du pacte de Varsovie. Après l'élimination de Dubcek du gouvernement, après l'épuration du Comité central, la répression se généralise et voici que l’on découvre un « complot trotskyste ». Des « historiens » soviétiques qui ont fait leurs études au K.G.B. et qui avaient jadis préparé le procès Slansky viennent d'arriver à Prague.
Ainsi se manifeste dans son épanouissement le plus complet la ligne de réaction politique, sociale, culturelle, suivie par la direction Brejnev-Kossyguine et par ceux qui l’appuient aussi bien en Union soviétique que dans tous les pays d'Europe orientale. Ainsi se révèle sans ambiguïté aucune la cause profonde de l'invasion de la Tchécoslovaquie au cours de l'été 1968 : il y avait là un exemple dangereux pour la domination de la bureaucratie dans tous les pays de l’Europe orientale et en Union soviétique même, l'exemple d’un peuple aspirant à la démocrarie socialiste et faisant de sérieux pas pour l‘instaurer.,
Les accusés ne peuvent même pas être qualifiés de « comploteurs », car aussi bien durant le court « printemps de Prague » que dans les mois qui ont suivi, ils ont agi au grand jour, répandant largement les textes qu'ils avaient rédigés, d'abord comme Mouvement de la Jeunesse Révolutionnaire, ensuite comme Parti Socialiste Révolutionnaire, les signant même avec nom et adresse. S'il y a eu complot, ce n'est pas de leur part, mais chez ceux qui ont en secret préparé et aidé l'invasion de la Tchécoslovaquie.
L'accusation est bâtie sur le Vieux modèle stalinien, amalgamant des charges de droit commun mensongères et des accusations politiques. Inutile de s'étendre sur les crimes de droit commun repris des procès de Moscou : sabotage, incendie volontaire, collaboration avec la C.I.A. si ce n'est pour indiquer que les sommes fabuleuses: que, paraît les accusés auraient reçues ne leur ont permis que de publier des tracts tirés sur de pauvres ronéos.
L'accusation d'avoir reçu du matériel politique (livres, brochures, journaux) de groupements révolutionnaires de l'étranger est particulièrement bien venue de ceux qui sont revenus au pouvoir après avoir été chassés par le peuple de leur pays, revenus non à la suite d'une propagande politique, mais avec l’aide d’un demi-million d'hommes armés entrés par surprise. Elle est normale de la part d’hommes qui ne peuvent mener une « lutte idéologique » sans introduction préalable de la censure.
Reste le programme politique reproché aux emprisonnés. Les accusés préconisaient une « révolution antibureaucratique », ils développaient les liaisons entre étudiants et ouvriers, ils voulaient remplacer la police et l'armée par des unités ouvrières armées dans les usines, ils pensaient que le programme de la révolution antibureaucrati-que était valable pour les autres pays de l'Europe orientale et pour l'Union soviétique, ils étaient pour la révolution socialiste mondiale. C'est un programme paraît-il « anticonstitutionnel ». Ce qui ne l’est pas pour le Kremlin et ses serviteurs, c'est de changer le Comité central et le gouvernement d'un « pays frère » par l‘invasion de blindés.
En fait, les accusés ont dans ce programme montré qu'ils avaient tiré la leçon de l'expérience Dubcek : on ne peut espérer une réforme de la bureaucratie qui permettrait l'instauration de la démocratie socialiste, il faut préparer le renversement du pouvoir bureaucratique. Leur véritable « crime », c'est d'avoir formulé ce programme à un moment où les hommes du Kremlin en tout premier lieu ont une peur panique de ce qui müûrit en Union soviétique même.
Le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale appelle tous les ouvriers, les étudiants, les intellectuels d'avant-garde, et plus particulièrement les partis communistes et les militants communistes qui ont dénoncé l'invasion de la Tchécoslovaquie, à exiger la libération des militants révolutionnaires emprisonnés de Tchécoslovaquie. Ils doivent comprendre que les poursuites contre ces militants ne sont que le début d'une vague de répression qui frappera inévitablement la majorité des cadres et des dirigeants du Parti communiste tchécoslovaque de la période janvier-août 1968 et particulièrement, de la majorité de la direction élue au XIV*° Congrès de ce parti. C'est l'action immédiate qu'il faut engager pour enrayer la résurgence du stalinisme et pour aider tous ceux qui, en Union soviétique et dans les pays d'Europe orientale, aspirent à mener le combat contre la bureaucratie pour y faire triompher la démocratie socialiste.
Le 26 janvier 1970.