Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960)

Déclarations du Secrétariat international — II. Bas les pattes devant la République du Congo

11 septembre 1960 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 1 680 mots

Afrique Algérie et Maghreb Révolution coloniale et libération nationale

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Il Bas les pattes devant la République du Congo

Le développement .fiévreux de la Révolution africaine a reçu une nouvelle impulsion du fait de la lutte des masses congolaises pour l'indépendance totale de leur pays. L'impérialisme belge, qui avait espéré maintenir sa domination indirecte sur le Congo après avoir accordé l'indépendance politique formelle, et qui voulait en tout cas conserver la haute main sur les positions économiques-clés du Katanga, a été acculé à de nouveaux et importants reculs sous la pression

1 OR 1 PR ET Ur du peuple congolais et de tous les peuples amis d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine -des Etats ouvriers. Ces reculs ne cesseront d’ailleurs pas dans les jours et semaines qui viennent.

Ainsi, la Révolution africaine passe à un stade plus élevé; dorénavant, la question de chasser l'impérialisme des dernières positions qu’il conserve encore en Afrique est mise à l'ordre du jour. C’est des masses africaines elles-mêmes - que s'élève ce mot d'ordre puissamment révolutionnaire.

L'impérialisme belge a fait preuve d’un cynisme à la fois infâme et ridicule voulant prendre prétexte de quelques violences exer2ées sur les Belges au Congo pour justifier son intervention armée dans ce pays. Après des décades d'exploitation inhumaïne, de violations des droits humains les plus élémentaires, d'esclavage et de traitements barbares — décades pendant lesquelles les femmes congolaises furent exposées au bon plaisir des seigneurs blancs — ce ne sont -pas les quelques incidents dans lesquels les masses congolaises ont voulu démons- * trativement prendre leur revanche et humilier à leur tour leurs anciens oppresseurs, -qui sont étonnants, mais plutôt la modération et le sang-froid extrêmes de ces _ masses, qui ont pratiquement évité toute perte de vie humaine. Il faut le dire au, monde : les quelques Blancs morts au Congo l'ont été après l'intervention - des troupes belges, et au cours de heurts qui ont encore une fois causé beaucoup plus de morts dans la population africaine que dans la population blanche.

Toute l'hypocrisie raciste, non seulement des colonialistes belges mais de tous les milieux impérialistes dans le monde occidental, éclate lorsqu'on compare - gs larmes de crocodiles qu'ils versent sur les « victimes des violences congolaises » à l'indifférence avec laquelle furent accueillies les nouvelles concernant les centaines de victimes noires lors des événements de janvier 1959 au Congo, _ où des récents incidents à Sharpeville en Afrique du Sud. Cette hypocrisie atteint -un sommet rarement égalé de la part des milieux colonialistes français qui, sponsables de la mort atroce d'un demi million d'hommes, de femmes et d’en-

… fants en Algérie, osent à leur tour apitoyer leur opinion publique sur les pré-dues « atrocités » comfhises par le peuple congolais. La mobilisation des masses congolaises se fait en défense de leur liberté, de leur indépendance, et surtout de leur dignité humaine, de leur droit d’être traitées comme des êtres humains. En ce sens, la lutte des masses congolaises est un fait historique énormément progressif, et personne ne doit se laisser tromper par cs cris hystériques des impérialistes.

Pour le peuple congolais, ainsi que pour tout le mouvement de libération nationale en Afrique, pour tout le mouvement anti-impérialiste dans le monde, l'intervention aux côtés de la République du Congo pour défendre son unité et sa souveraineté, fait partie de l’ensemble de la lutte anticolonialiste.

C'est pourquoi les masses de tous les pays coloniaux et semi-coloniaux, les Etats ouvriers et l'avant-garde du prolétariat des pays capitalistes — y compris, soit dit à son honneur, une importante avant-garde du prolétariat belge — et même la bourgeoisie coloniale dans une large partie, se sont opposés à l'intervention militaire belge et aux manœuvres « d'indépendance » du Katanga.

.. L'intervention de l'O.N.U. visait de tout autres objectifs. Elle visait avant tout à ne pas isoler le camp impérialise mondial de celui de la bourgeoisie coloniale, qui avait clairement pris position en cette matière. Elle visait à maintenir l'influence de l'impérialisme et avant tout des impérialismes britannique et amé-Yicain, au sein de la bourgeoisie africaine naïssante, avant tout au Ghana, en Tunisie, et au Maroc. Elle voulait empêcher à tout prix que l'intervention impérialiste belge provoque une guerre révolutionnaire au Congo, qui aurait pu incendier toute l'Afrique Noire et précipiter la fin rapide de tous les restes du colonialisme. Elle visait en même temps à faire entrer au Congo des forces qui pourraient, de Tintérieur même, établir un certain contrôle sur les richesses du Congo, garantir la propriété capitaliste de ces richesses, et exercer une pression sur l'aile gauche du gouvernement congolais lui-même.

: ** Les travailleurs du monde entier doivent appuyer sans réserve le peuple congolais et ses représentants légitimes centre toute forme de pression directe ou indirecte qui provient de la bourgeoisie internationale. Ils doivent réclamer le retrait immédiat des forces de l'ONU ensemble avec celles de l'impérialisme be'ze.

L'impérialisme a vu de quoi sont capables les masses de l’Afrique ; il voit que l'Algérie continue inlassablement à pousser la révolution africaine, et il a vu surtout que celle-ci tend irrésistiblement à faire sa jonction avec les Etats ouvriers.

L'attitude de Lumumba faisant appel à l'Union soviétique pour qu'elle vienne en aide au Congo est autrement importante ; il ne s'agit pas d'un simple appel ou d'une manœuvre comme Lumumba lui-même voudrait le faire croire. Son appel à l'U.R.S.S. constitue objectivement la reconnaissance par la Révolution coloniale de son alliance de fait avec les Etats ouvriers et exprime le nouveau niveau de développement et d'unité atteint par la révolution mondiale.

Les masses coloniales découvrent leur propre force face à l'impérialisme affaibli et exercent leur pression même sur l’Union soviétique.

Non seulement l'impérialisme, effrayé, s'est vu obligé de reculer, mais Khrouchtchev, représentant de la bureaucratie soviétique et de sa théorie de la « coexistence pacifique », a été contraint, sous la pression de la révolution coloniale, de prendre des attitudes qui assènent un coup et à l'impérialisme et à la.

théorie de la « coexistence ». Malgré ses vues conciliatrices, il est évident que la bureaucratie soviétique n’est plus le maître qui par sa seule volonté laissait à leur propre sort les révolutions coloniales, comme elle le faisait jusqu’à une date pas éloignée.

La révolution africaine est entrée tout entière dans la logique de la révolution permanente et suit le rythme de celle-ci. Certes ce qui est en retard, c'est l’apparition d’une direction politique ayant des positions et un programme révolutionnaires, mais le rythme de la révolution mondiale dans la présente période tend à surmonter ce retard et à brûler les étapes sur la voie de la révolution vers un programme ouvrier.

Le Congo a plus que jamais besoin du soutien et de l'aide du mouvement ouvrier mondial. La solidarité des gouvernements africains s'est limitée à exiger Lt retrait des troupes belges. Cependant les masses congolaises ont besoin d'organiser leur propre pays. La banqueroute criante des structures étatiques qui exis-taicit jusqu’à hier au Congo prouve que la véritable organisation du pays doit se faire sur la base d'organismes d’autodétermination du peuple, formée de travailleurs de la campagne, des mines, des villes, de toutes les couches des masses congolaises, où puissent être discutées et résolues, même au niveau le plus bas, toutes les questions d’autodétermination et de self-gouvernement. Des organismes analogues doivent être constitués par les soldats congolais, l’armée develnt être réorganisée sur la base de comités de soldats qui éliront deurs propres officiers. Il faut appeler à la syndicalisation de tous les travailleurs des mines, ceci constituant une base pour chasser les compagnies minières et pour lultérieure administration ouvrière des mines.

En même temps, il faut dire clairement que l'actuel gouvernement congolais, en aucun de ses actes, n'a encore franchi les limites du domaine national-bourgeois. Il ne met pas en question la propriété capitaliste. Le devoir de l'avant-garde des masses congolaises, dans ces conditions, est de créer scin parti et des syndicats propres, qui dirigent l’organisation des masses dans leurs organes d’auto-détermination.

Le mouvement ouvrier international doit aider le Congo dans ces tâches. Les Etats ouvriers doivent y envoyer des techniciens, des médecins, etc. Les organisations ouvrières ne doivent pas se limiter à exprimer leur solidarité avec le Congo, mais elles doivent offrir et financer l’envoi au Congo de l'aide en hommes dont i a besoin. . i

Le mouvement ouvrier international doit surtout exiger non seulement le retrait des troupes belges du Congo, mais aussi celui des troupes impérialistes de l'ONU, notamment celles des alliés de la Belgique participant à l'OTAN.

A la porte l'impérialisme belge ! Chassons l'ONU du sol africain.

Il faut imposer le droit du peuple congolais à décider de son destin. Seuls des soldats africains liés aux masses congolaises en lutte contre l'impérialisme belge et l'impérialisme mondial, ont droit de rester au Congo. Il appartient au mouvement ouvrier mondial, aux organisations syndicales et partis ouvriers partout dans le monde, et de la Belgique en particulier, d'apporter une aide pour que ces tâches soient accomplies rapidement, r

Il faut convoquer une conférence de toutes les organisations, politiques, syndicales et populaires de masse de tous les peuples de l'Afrique. Cette Conférence doit mettre en avant toutes ces revendications. Elle doit appliquer les mesures politiques et militaires nécessaires pour chasser de l'Afrique l'impérialisme, et plus spécialement pour aider la révolution algérienne et la révolution sud-africaine, et

Lacs

“détruire tous les foyers d'agression impérialiste contre les peuples de l'Afrique. . Elle doit œuvrer à la constitution d'organismes, d'unité africaine. Elle doit impulser la constitution de brigades de volontaires africains pour combattre, les armes à la main, aux côtés des pays africains luttant contre l'impérialisme. Elle doit mettre les ressources des pays africains les plus développés au service de la révolution congolaise. Elle doit, par des mesures pratiques, des accords commerciaux, culturels et diplomatiques, même militaires, consolider l'alliance de la révolution afri- … caine avec la Chine, l'U.R.S.S. les äâutres Etats ouvriers, Cuba, la révolution latino-américaine et avec tous les peuples coloniaux et semi-coloniaux. Elle doit montrer sa solidarité avec la lutte courageuse du peuple cubain contre l'impérialisme et ‘avec les mesures d'expropriation des firmes impérialistes qu'il a décidées.

VIVE LA REVOLUTION CONGOLAISE ! VIVE LA REVOLUTION AFRICAINE ! 11 Septembre 1960.

Source : Quatrième Internationale, 18e année n°11, octobre-novembre 1960 · scan (Radar, 16-014-00091).

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