Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957)

Déclin et chute du stalinisme (second document préparatoire au 5e Congrès mondial)

mars 1957 · Comité exécutif international (document préparatoire au 5e Congrès mondial) · Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957) · 15 505 mots

Pologne Tchécoslovaquie et Hongrie Stalinisme et bureaucratie Construction de l'Internationale

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PREAMBULE

Les thèses « Montée et déclin du stalinisme » adoptées par le 4° Congrès Mondial de la 1V* Internationale appliquaient, à l'analyse de la dynamique de la société soviétique, les conclusions générales que la IV° Internaïionale avait dégagées de la réévaluation de la situation mondiale, opérée à son 3° Congrès Mondial.

La dictature de la bureaucratie soviétique, l‘expropriation politique et l’atomisation du prolétariat de l'U.R.S.S. avaient été le résultat du recul mondial des forces de la révolution devant celles de la réaction. Elles résultaient en outre des rapports des forces économiques et sociales fortement défavorables au prolétariat en U.R.S.S. même.

La modification fondamentale de la situation internationale et de la situation intérieure en U.R.S.S., caractérisée par la montée mondiale des forces de la révolution depuis 1943 et surtout depuis la victoire de la révolution chinoise, d'une part, et par les succès spectaculaires de la planification qui ont fait de l'U.R.S.S. la deuxième puissance industrielle du monde, d'autre part, ont détruit les bases objectives de l'essor et de la puissance de la bureaucratie soviétique.

A l’évolution des rapports de forces internationaux en faveur des couches anticapitalistes devait correspondre une évolution des rapports de forces à l'intérieur de l'U.R.S.S. en faveur du prolétariat ét aux dépens de la bureaucratie. Cette évolution accroissait sans cesse la pression des masses sur la dictature bureaucratique, l’obligeant à faire d'importantes concessions aux masses, d'abord dans le seul domaine économique, ensuite également, et de plus en plus, dans le domaine politique.

Le «cours nouveau» du Kremlin était ainsi considéré non pas comme un mouvement d'auto-réforme de la bureaucratie, mais comme un mouvement d'auto-défense de celie-ci. Tout en favorisant et en précipitant même par ses conséquences objectives le réveil du mouvement des masses, notamment par les divisions qu'il créait .du haut en bas de l'échelle bureaucratique, le « cours nouveau » n'était pas considéré comme un succédané mais comme une phase préparatoire de la révolution politique des masses contre la bureaucratie.

Les événements de plus en plus dramatiques qui se sont succédé en U.R.S.S. même, dans les démocraties populaires et dans les P.C. des pays capitalistes depuis le 4° Congrès Mondial, ont eniièrement et brillamment confirmé la justesse de cette analyse, qui a fait de notre mouvement la seule tendance du mouvement ouvrier international capable de prévoir et d'interpréter correctement l'évolution de la crise mondiale du stalinisme. ;

La réhabilitation de Tito; les décisions spectaculaires du 20° Congrès du P.C. de J'U.R.S.S. : les révélations sensationnelles du rapport Khrouchtchev ; l'éclatement de la « démocratisation accélérée » dans plusieurs démocraties populaires; l'évolution «critique» des Partis communistes d'Italie, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, etc.; la révolte de Poznan; la révolution politique en Pologne et en Hongrie — ce sont autant d'étapes du déclin progressif du stalinisme et du début de sa chute; ce sont autant de bonds en avant d'un processus que les thèses « Montée et déclin du stalinisme » avaient amplement analysé.

Q ‘U A T R I E M E LEON FPE R-INMACT II ON ATDUE

Le 5° Congrès Mondial de la IV* Internationale — en présence de la phase finale de ce processus qui a manifestement commencé dans tout un secteur hier encore dominé par la bureaucratie soviétique — s'attache avant tout à définir les conditions précises de la chute du stalinisme, les conditions d'un essor et d'une victoire du prolétariat révolutionnaire sur les ruines de la dictature croulante.

C'est pourquoi les thèses présentes ne reprennent ni les exposés historiques, ni les analyses et les définitions structurelles des thèses « Montée et déclin du stalinisme », dont elles sont non pas un substitut ou un correctif, mais un prolongement naturel et ainsi une partie intégrante.

1. — LE DECLIN ET LA CHUTE DU STALINISME EN U.R.

1. — Depuis 1953, l'essor de l’industrie soviétique s’est poursuivi à un rythme dépassant largement celui de la croissance des pays capitalistes les plus avancés. Dans de nombreux domaines (combustibles, en particulier pétrole; construction mécanique ; automation; utilisation industrielle de l'énergie nucléaire), l'économie soviétique a réussi à surmonter les retards et les disproportions de la fin de l'ère stalinienne, et à réaliser des progrès dépassant tout ce qu'elle avait connu dans le passé. La première reconversion partielle de l'industrie lourde, réalisée en 1953 au profit de certains biens de consommation durables (montres, bicyclettes, télévision, machines à coudre, lessiveuses, etc.), a permis en quelques années de dépasser également dans ce domaine, jadis tant négligé, la production de tous les pays capitalistes, à l'exception des Etats-Unis, et d'accroître sensiblement le niveau de vie des masses ouvrières.

En même temps, l'économie soviétique continue à souffrir de deux disproportions qui représentent le principal héritage de l'ère stalinienne : la disproportion entre l'industrie lourde et l'industrie légère, d'une part ; la disproportion entre l'industrie et l'agriculture, de l'autre. Ces disproportions sont la cause principale du fait que, malgré les, succès incontestables dans le relèvement du niveau de vie des masses au cours des dernières années, la consommation reste encore très inférieure à celle des pays capitalistes ayant un prolétariat industriel proportionnellement comparable à celui de l’U.R.S.S. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les produits alimentaires de qualité (viande, produits laitiers, fruits exotiques), les produits de consommation durables (articles ménagers, scooters, radios, Voitures, etc.), et la qualité des biens de consommation semi-durables (vêtements et chaussures). Plus que jamais, la crise du logement reste la raison du mécontentement quasi universel de la population laborieuse.

Le retard de l'agriculture par rapport à l'essor général de l’économie est le souci principal des dirigeants actuels de la bureaucratie, Ils se sont efforcés de le supprimer soït en passant outre à la paysannerie kolkhozienne (politique dite des «terres vierges »), soit en stimulant l'intérêt privé de la paysannerie (adaptation des prix des pommes de terre), soit en menaçant les fermiers de supprimer les derniers vestiges d'exploitation privée (attaques contre les jardins et le cheptel privés). Mais en l'absence d'une politique correcte et cohérente d'ensemble, les résultats fragmentaires, souvent contradictoires, de ces différents efforts ne permettent pas de résoudre la crise agricole comme telle.

Les méfaits de la centralisation bureaucratique excessive continuent à peser sur l'économie soviétique, malgré les premières mesures timides de décentralisation administrative dans l'industrie. lls sont résumés dans le pourcentage officiellement reconnu des travailleurs productifs, dans l'ensemble de la main-d'œuvre soviétique, qui n'est pas supérieur à 35 %.

L'ensemble de ces contradictions et de ces disproportions représente un frein puissant au développement des forces productives en Union soviétique. Le remplacement de la gestion bureaucratique par une gestion démocratique des travailleurs; l'élaboration, l'adoption et l'exécution du plan sous le contrôle des masses permettraient d'accroître considérablement la productivité du travail, de réduire les faux frais et le gaspillage, et d'assurer un niveau de vie supérieur à la classe ouvrière et aux paysans travailleurs, sans diminuer le rythme de progression de l'économie.

2. — Avec l'amélioration du niveau de vie des masses qui a été surtout importante en 1953 et 1954, les revendications économiques et sociales des différentes couches sociales, loin . de s’atténuer, se sont manifestées de façon de plus en plus nette et ouverte. Elles ont dépassé le stade des revendications immédiates : meilleur approvisionnement ; meilleure qualité des produits industriels ; meilleurs logements pour les ouvriers; prix d'achat par l'Etat plus élevés; plus de liberté de commerce; fournitures industrielles meilleur marché pour les paysans — pour atteindre le stade des revendications exprimant la logique sociale des différentes classes où couches qui constituent la société soviétique. Ainsi, la «libéralisation » du régime, momentanément freinée après la chute de Malenkov, a atteint une nouvelle progression dans la préparation, au cours et au lendemain du 20° Congrès, qui a vu se développer parallèlement les deux tendances suivantes :

a) La tendance prolétarienne qui soulève avant tout la question de l'égalité, et qui tend de plus en plus à soulever la question de la gestion des entreprises. Cette tendance a obtenu des concessions importantes au 20° Congrès (augmentation des bas salaires, égalisation des

Q U A T R I EE M E LONITES ER SNA TEINONNLATEME pensions, etc.). Elle a saisi habilement la «lutte contre le culte de la personnalité» pour combattre le principe du « commandement unique » (c'est-à-dire la toute-puissance arbitraire

. du directeur) au sein de l'entreprise. Elle a également obtenu la reconnaissance de principe que le Code du Travail — le plus sévère au monde ! — doit être révisé. Les tentatives faites par les représentants staliniens de la bureaucratie économique (Kaganovitch et Boulganine) d'intfoduire une réforme du système des salaires qui — sous prétexte de lutte contre les excès du stakhanovisme et contre le système des primes progressives — réduit en réalité le salaire global des ouvriers les mieux qualifiés, ont été combattues avec succès. La tendance prolétarienne s'inspirera de l'exemple des syndicats polonais et hongrois pour réclamer un retour des syndicats à leur véritable fonction historique : la défense des intérêts spécifiques des ouvriers — au besoin contre l'administration et l'Etat bureaucratiquement dégénéré.

b) La tendance des représentants les plus conscients des couches les plus privilégiées de la bureaucratie (directeurs de trusts et d'usines, ingénieurs en chef, généraux de l'armée, etc.) qui cherchent à obtenir des garanties légales supplémentaires pour leurs privilèges, justement au fur et à mesure que ceux-ci sont de plus en plus remis en question par la pression et le début de l'action des masses. Cette tendance avait surtout marqué des points au cours de l’année 1955, à la Conférence industrielle de Moscou (exigence et obtention du statut modèle du directeur ; augmentation des prérogatives du personnel de maîtrise au sein de l’entreprise), mais la pression ouvrière en vue d'une révision du Code du travail risque de détruire une partie de ces avantages. La bureaucratie a réclamé et obtenu au 20° Congrès l'extension du système des primes en faveur du personnel de gestion. Elle demande une « libéralisation » du Code pénal en matière économique et obtient notamment le droit de vente de certains biens de production par chaque entreprise industrielle, ce qui élargit (et légalise) le marché gris de ces biens et introduit un facteur dissolvant dans la planification.

Quant à la paysannerie, elle n’a guère eu l'occasion de formuler de façon articulée des revendications sociales à longue échéance. On peut cependant supposer qu'elle entend avant tout conserver et défendre avec acharnement le lopin de terre privé, sur lequel se concentre une partie importante de son effort et dont elle retire une fraction disproportionnellement élevée de ses revenus.

Ainsi, la poursuite du « cours nouveau» prépare-t-elle inexorablement la grande explication entre le prolétariat et les couches les plus privilégiées de la bureaucratie, explication qui aura la gestion de l’entreprise pour enjeu principal et qui posera inévitablement toutes les questions de structure et de contrôle de l'économie et de l'Etat ouvrier.

3. — Depuis la période préparatoire au 20° Congrès, il était devenu évident qu'une révolte grondait sur le front du travail intellectuel en U.R.S.S. La critique virulente et justifiée à laquelle furent soumises successivement les productions cinématographique, théâtrale, littéraire, artistique, architecturale, scientifique, philosophique, etc., révélèrent et la faillite lamentable du jdanovisme et la volonté passionnée d’une jeune génération d'artistes, d'écrivains, de savants, de se libérer de « directives » intéressées, ignares et contraires aux exigences propres de leur travail. La jeunesse intellectuelle soviétique réclama la liberté de critique, de pensée et de création, et elle la réclama si bruyamment que certaïnes concessions importantes durent lui être accordées.

Mais accorder aux artistes et aux savants une liberté de critique dont ne jouissent pas les citoyens, avant tout les travailleurs, en matière de politique et d'économie, c'est faire de la création artistique et de la recherche scientifique un instrument inévitable de critique sociale. L'ampleur de cette critique, même de la part d'artistes inféodés à la bureaucratie (Ehrenbourg !) a surpris et inquiété les sommets dè la bureaucratie. D'où leurs efforts pour arrêter et même renverser le courant, pour retourner à un «réalisme socialiste» plus « sincère », pour ne tolérer que les critiques qui « respectent la ligne générale correcte du parti». Les vicissitudes de l'historiographie soviétique accrochée à la plupart des légendes staliniennes jusqu'à la veille du 20° Congrès, puis semblant se libérer totalement, pour retomber ensuite sous la férule d'un Molotov, caractérisent nettement les zig-zags de la bureaucratie confrontée avec la revendication de liberté de critique de la part des intellectuels.

Mais malgré la résistance désespérée de cette bureaucratie; malgré les retours en arrière, les retards et même les réactions qui se manifestent dans tel ou tel domaine, la bataille pour la liberté de pensée en U.R.S.S. a remporté au 20° Congrès des victoires formidables, dont les effets ne pourront plus être effacés. S'infiltrant inexorablement par toutes les fentes et crevasses dorénavant ouvertes dans la dictature branlante, l'esprit critique, l'esprit de rébellion pénétrera dans le domaine de la politique et y fera jaillir l'étincelle de la révolution politique.

4. — Le 20° Congrès a marqué un point culminant de la crise qui secoue les sommets bonapartistes de la bureaucratie soviétique depuis la mort de Staline, et qui est elle-même le reflet de la modification fondamentale des rapports de forces entre le prolétariat et la bureaucratie. Sous la pression des masses et d'un mécontentement qui commençait à prendre un aspect politique, le noyau dirigeant de la bureaucratie s'est déchiré en plusieurs tendances : une tendance en faveur de concessions majeures aux masses (tendance Malenkov-Mikoyan ?) ; une tendance de redressement de la dictature (Kaganovitch-Molotov ?) ; une tendance « cen-

CPU ATEDIOR TEE TEMONE LÉNPTPR PE SIN A SEM ET ONEN AMESE

QU) A TO R-7.-E- ME LENSTÉRORINMANMPIEI A ONNAAEEEE triste » (Khrouchtchev-Boulganine). Confronté avec une tentative ouverte de la part des « libéraux » de capitaliser la haine des masses envers Staline, en attaquant pour la première fois ouvertement l'autorité du dictateur défunt, Khrouchtchev a voulu neutraliser cette manœuvre en lançant lui-même une attaque beaucoup plus virulente encore contre Staline dans son rapport secret. Ainsi, ayant en vain cherché à faire endosser ses crimes collectifs por Béria, la bureaucratie transforma son propre chef en principal bouc émissaire, obtenant ainsi un court répit avant de devoir faire face à une opposition politique.

Cette manœuvre colossale, d'envergure véritablement historique, a porté dès le début toutes les marques de la hâte, de la panique même, de laquelle elle est née. À aucun mement les dirigeants de la bureaucratie n'ont pu contrôler où même prévoir les forces qu'ils libé-raient ainsi. S'ils ont peut-être retardé l'apparition d'une tendance d'opposition anti-stalinienne au sein du P.C. de l'URSS. ; s'ils ont peut-être même connu un éphémère regain de sympathie dans certains milieux intellectuels et dans les couches inférieures de la bureaucratie, ils ont en même temps déclenché un véritable mouvement boule-de-neige qui finira por les écraser.

En détruisant de façon aussi radicale l'autorité de Staline, incarnation de tout l'outo-cratisme bureaucratique, ils ont définitivement sapé l'autorité et l'esprit de commandement bureaucratique à tous les échelons. En révélant cyniquement les crimes monstrueux de Staline, auxquels ils étaient pourtant associés, ils ont détruit définitivement l'obéissance aveugle des militants communistes envers leur direction, tout en se couvrant de discrédit. En expliquant les horreurs ainsi révélées par un « culte de la personnalité » à rebours, ils n'ont satisfait personne, ils ont ouvert la voie vers une analyse marxiste critique de la société soviétique et de sa dégénérescence bureaucratique.

Le 20° Congrès a ainsi porté à son paroxysme la crise du stalinisme dans plusieurs pays, notamment dans les « démocraties populaires » où les masses se trouvaient au seuil de la révolte. En y déclenchant un mouvement qui a accéléré l'éclatement de la révolution politique, il a temporairement transporté le centre de gravité de la lutte entre le prolétariat et la bureaucratie hors des frontières de l'U.R.S.S. Mais c'est en vain que, consternée par l'ampleur des forces révolutionnaires ainsi libérées, la bureaucratie a voulu faire un pas en arrière et a cherché à freiner la déstalinisation (été 1956). Ces mesures rétrogrades ont fini par exaspérer davantage encore les masses, notamment en Pologne et en Hongrie, et ont finalement confronté le Kremlin avec la nécessité de réprimer par la force des mouvements révolutionnaires de masse dans ces pays. Par les soldats soviétiques en contact avec ce puissant mouvement révolutionnaire, la vague de la révolution politique repassera du « glacis » en U.R.S.S. elle-même, signant le verdict de mort pour la bureaucratie aux abois.

5. — Ainsi mûrissent rapidement en Union soviétique les conditions objectives et subjectives de la révolution. Après avoir perdu l'auréole de l'omniscience, le Kremlin a perdu celle de la toute-puissance. Ayant abandonné le manteau de l'autocratie, la bureaucratie perd maintenant le masque du libéralisme éclairé. Avec une rapidité inouie, l'histoire oblige les héritiers de Staline à abattre toutes leurs cartes et à faire face, pour ainsi dire les mains nues, à l'assaut des masses. &

Plus la pression populaire s'accroît, et plus les divergences au sommet auront tendance à s’accentuer. La tendance néo-stalinienne verra dans les concessions déjà accordées la cause de la poussée des masses et cherchera à arrêter la « libéralisation », remettant même en question les concessions accordées depuis 1953. La tendance « libérale » au contraire comprendra que la poussée d'en bas ira en s'accroissant si la dictature ne reconnaît pas, du moins en partie, les préoccupations populaires, et préparera une nouvelle vague de « déstalinisation » peut-être plus sensationnelle encore que celle du 20° Congrès. Les uns et les autres ne cherchent cependant qu'à conserver et à défendre les privilèges de la bureaucratie dans son ensemble. Les uns et les autres seront amenés à en appeler de plus en plus souvent à l'armée, seul instrument efficace de répression qui subsiste après le démantèlement de la police, pour arbitrer leurs conflits.

Cette tension croissante entre les masses et la bureaucratie, entre les différents courants au sein de la bureaucratie, entre les préoccupations des soldats de l'armée et la fonction de répression qui lui est attribuée (Hongrie:!} s'approche inexorablement d’une explosion violente. Qu'une fraction de gauche au sein de la tendance « libérale » soit amenée à faire appel aux masses ; que celles-ci descendent dans la rue pour trancher une question économique, sociale ou politique qui leur est chère ; que des courants d'avant-garde au sein de la jeunesse, de la classe ouvrière ou même de l'armée commencent spontanément à formuler un programme de revendications politiques, ou qu'on assiste à une inter-action ou à une combinaison entre ces différents facteurs — la logique de la révolution politique prépare une collision ouverte entre les forces qui désirent maintenir les institutions fondamentales de la dictature (parti unique à structure bureaucratique ; syndicats au service de l'Etat; toute-puissance des directeurs : caractère formel des institutions représentatives ; grandes différences des rémunérations) et les masses qui veulent prendre en main la gestion démocratique de l'Etat et de l'économie. Sans une transformation de la pression des masses en action directe des masses, la révolution politique ne saurait aboutir en U.R.S.S.

11. —— DECLIN ET CHUTE DU STALINISME DANS LES « DEMOCRATIES POPULAIRES »

6. — Le développement économique, social et politique des « démocraties populaires » n'a pos été parallèle à celui de l'U.R.S.S. au cours des dernières années. Alors que production, productivité, salaires réels et niveau de vie de la population ont augmenté de façon régulière, bien qu'inégale, en U.R.S.S. depuis huit ans, le développement de l'économie des pays du « glocis » soviétique a été beaucoup plus contradictoire. Cela est dû avant tout aux formes d'exploitation particulières que la bureaucratie avait introduites dans ces pays (réparations, sociétés anonymes soviétiques, sociétés mixtes, traités de commerce à tarifs unilatéralement préférentiels, etc), exploitation qui a pesé lourdement sur l'économie des « démocraties populaires » et y a neutralisé en partie les progrès incontestables de l'industrialisation. Si les formes les plus grossières de cette exploitation ont commencé à être supprimées après la révolte du 17 juin 1953 à Berlin, les séquelles de cette politique se sont maintenues [usqu'à ce jour, notamment en matière de politique commerciale. à

La tentative d'appliquer à chacun des pays dits de « démocratie populaire » le schémo stelinien d'industrialisation (priorité absolue de l'industrie lourde, plus autarcie) devait avoir les conséquences les plus néfastes surtout dans les pays, comme l'Allemagne orientale, la Tchécoslovaquie et la Pologne, qui avaient été jadis profondément intégrés au marché mondial, et le sont restés en partie jusqu'à la guerre de Corée et au « blocus » impérialiste. Les tentatives de coordination de l’ensemble des économies du « glacis », ou même d'élaboration d'un plon commun, ont été tardives, timides et empreintes de l'idée de « compléter » des économies nationales plus ou moins autarciques, et non pas de l'esprit d'une planification commune dans l'intérêt commun des peuples du « glacis ». ?

Le niveau de vie plus élevé auquel étaient habitués notamment les ouvriers allemands et tchèques, et particulièrement polonais et hongrois ; l'attachement plus farouche encore des poysons à la petite propriété dont la tradition est plus ancienne ; l'existence de classes moyennes urbaines plus nombreuses et disposant de traditions politiques et sociales plus solides qu'en Russie ; enfin la puissance de l'Église catholique qui a joué dans presque tous ces pays le rôle de principal point de ralliement de l'opposition petite bourgeoise et bourgeoise au régime de « démocratie » — tous ces facteurs ont donné dès le début une instabilité sociale plus grande à la société des « démocraties populaires » par rapport à celle de l'URSS.

Si l’on y ajoute le fait que les partis d'opposition n’ont été éliminés qu'il y a à peine 7-8 ans: que les ouvriers conservent en général une tradition syndicale qui les amène à s'opposer à des augmentations excessives des normes par la résistance passive, la grève perlée, voire la grève tout court; que la propriété paysanne et l'entreprise privée restent prédominantes dans l'agriculture de tout le «glacis», on comprend que la planificotion bureoucratique a dû y faire face à des tensions beaucoup plus dangereuses qu'en URS. # et qu'elle a même, par moment, fait faillite devant les difficultés qu'elle a en partie elle-même provoquées.

Ainsi, la production industrielle a suivi un rythme saccadé, certaines annérs étant marquées par une stagnation ou même un recul dans certains secteurs. Les revenus réels des travailleurs se sont même abaissés à certaines époques (Pologne 1951-1952, Hongrie et Allemagne orientale 1952-1953, Tchécoslovaquie 1953) pour rester dans de nombreux cas stagnants. La Pologne et la Hongrie ne connaissent en 1955 qu'un niveau de vie à peine supérieur à celui de 1949, et sans doute inférieur à celui de 1938, du moins pour les ouvriers. La Tchécoslovaquie a augmenté son niveau de vie au cours des dernières années, mais il dépasse à peine celui de 1947 et de 1936. L'Allemagne orientale, également en fort progrès depuis 1949, reste en dessous du niveau de 1936 et surtout de celui de l'Allemagne occidentale. Si en Roumanie et en Bulgarie le niveau d'avant guerre a été largement dépassé, cela s'est produit en partie au prix de difficultés d'approvisionnement en vivres, difficultés d'ailleurs communes à tous ces pays, jadis le grenier de l'Europe, et qui prouvent la faillite complète de la politique agricole stalinienne. L

7. —— Partant de conditions objectives fort différentes de celles qui règnent en Union soviétique, les rapports entre les masses laborieuses et les partis staliniens au pouvoir, ainsi que les rapports entre les masses et l'Etat, sont beaucoup plus différenciés et beaucoup plus contradictoires qu'en U.R.S.S. Ainsi, si le P.C. de l'U:R.S.S. ne peut plus guère être considéré comme un parti ouvrier au sens sociologique du terme (il est composé en grande partie de bureaucrates comme le confirment les statistiques publiées à l’occasion de ses 19° et 20" Congrès), il n'en est pas ainsi pour les P.C. des différents pays du « glacis » où continue à militer la majorité des ouvriers d'avant-garde (notamment Tchécoslovaquie, Allemagne orientale, Bulgärie, et dans une moindre mesure jusqu'en 1956 Pologne et Hongrie). Les syndicats de ces pays sont encore de nature contradictoire, la bureaucratie les considérant comme ses propres bras rallongés, les ouvriers conservant souvent l'espoir — qui s'est justifié notamment en Allemagne orientale le 17 juin 1953, à Poznan et en Hongrie — de pouvoir à nouveau les utiliser à leurs propres fins.

Pour toutes ces raisons, des luttes de tendance peuvent être déclenchées plus facilement -dons ces partis que dans le P.C. de l'U.R.S.S., et surtout ces luttes de tendances peuvent avoir

Q U A T R I E. M E ESNETLE TER NAAMITELO ENEANELEE un écho beaucoup plus ample au sein de la base et des couches les plus avancées de la classe ouvrière. Celle-ci connaissant des conditions objectives d'existence relativement beaucoup plus mauvaises que la classe ouvrière soviétique, ces luttes de tendances deviennent une étape préparatoire de l'action des masses. L'ensemble de ces conditions objectives, ainsi que la faiblesse relativement beaucoup plus grande de l'appareil bureaucratique de l'Etat et du parti réduisent considérablement le délai entre l'éclatement de ces luttes de tendance — sous la pression de toutes les contradictions sociales — et le début de la révolution politique des masses.

D'autre part, l'isolement de l'appareil bureaucratique par rapport à l‘ensemble de la société est beaucoup plus grand dans les « démocraties populaires » qu'en Union soviétique. L'appareil installé de l'étranger se trouve confronté avec des forces autonomes de classe encore vivantes ; il n'a pas encore pu s'entourer d'une large couche d'aristocrates ouvriers ; il dispose de moyens matériels infiniment plus réduits ; il a été amputé par la série des épurations de 1948-1953. C'est pourquoi pareil appareil, terrorisé par la crainte d'une opposition populaire et sans réel moyen de défense en dehors de la répression ouverte, s'accroche désespérément à « l'amitié avec l'Union soviétique » (c'est-à-dire la subordination au Kremlin) et au «principe du parti monolithique », ne pouvant tolérer la moindre faille sans risquer de perdre le pouvoir.

Ainsi s'explique le fait paradoxal que l'impulsion première de la « déstalinisation» est venue de l'Union soviétique, où la position de la bureaucratie est relativement plus solide, alors que les effets les plus révolutionnaires de cette « déstalinisation » se sont fait sentir dans les « démocraties populaires » où elle a été le point de départ immédiat de la révolution politique.

Il faut tenir compte enfin de la violence accrue avec laquelle la question nationale se manifeste dans les pays du « glacis ». Les dirigeants des partis staliniens ÿ apparaissent en général comme des Quislings imposés par une puissance étrangère. L'opposition à l'intérieur des P.C. capitalise le sentiment national. La lutte pour le « chemin national vers le socialisme » y acquiert ainsi une valeur hautement progressive et révolutionnaire, contrairement aux P.C. d'Occident, où elle couvre en général un tournant vers un opportunisme droitier codifié. Gomulka en Pologne, Nagy en Hongrie, demain peut-être Hernstedt ou Ackermonn en Allemagne orientale, en devenant aux yeux des masses des symboles d'une lutte d'émancipation nationale, créent des conditions favorables à un regain de popularité pour le P.C. (à travers sa tendance « nationale ») et permettent à la révolution politique sous une direction communiste oppositionnelle de mobiliser en sa faveur le sentiment national. C'est ce qui s'est notamment produit sous une forme classique en Pologne.

8. — Première phase de la crise internationale du stalinisme et origine lointaine de la « déstalinisation », la révolte du P.C. yougoslave contre le Kremlin en 1948 a continué à influencer les relations entre les pays du « glacis » et l'U.R.S.S., ainsi que l'évolution intérieure dans ces différents pays. Cependant, au cours de la dernière période, cette influence a également révélé sa nature profondément contradictoire, elle-même expression de la nature contradictoire du P.C. yougoslave — parti centriste qui s'est arrêté sur une ligne opportuniste et pragmatiste, à mi-chemin entre le stalinisme et le marxisme révolutionnaire.

Dans le processus de « déstalinisation » déclenché par la bureaucratie soviétique comme mouvement d'auto-défense sous la pression des masses, la direction du P.C. soviétique était Gbligée de reposer tôt ou tard le cas du P.C. yougoslave. Le voyage spectaculaire de Khrouchtchev à Belgrade ; la réhabilitation spectaculaire de Tito; l'explication absurde de la crise soviéto-yougoslave par référence aux «agissements du traître Béria» étaient les premiers coups de massue que la nouvelle direction de la bureaucratie dut porter à l'autorité de Staline et, par ricochet, à sa propre autorité et à toute autorité bureaucratique au sein du mouvement communiste. Les communistes yougoslaves insistèrent eux-mêmes pour que les véritables responsabilités de la rupture soient recherchées non chez Béria mais chez Staline et dans tout le système politique en vigueur en U.R.S.S. à l'époque stalinienne. Ils jouèrent de nouveau un rôle fortement progressif dans le mouvempnt communiste international, au cours de toute la période cruciale préparatoire du 20° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S.

En même temps, la réhabilitation du « renégat Tito » —— brusquement traité avec infiniment plus d'égards que les laquais Tchervenkov, Rakosi, Bierut, Ulbricht et Cie — provoqua même avant le 20* Congrès une crise profonde dans les rapports réciproques entre P.C. et entre Etats ouvriers, tels qu'ils avaient été conçus et établis à l'époque stalinienne. L'idée de l'égalité fondamentale entre tous les Partis communistes et tous les Etats ouvriers, l'idée qu'il fallait revoir d'urgence la conception nationaliste petite bourgeoise du «rôle dirigeant de l'Union soviétique au sein du camp socialiste » ; l'idée qu'il était néfaste d'imiter dans d'autres Etats ouvriers les excès et erreurs que la bureaucratie soviétique avait commis en U.RS.S. même, se frayait rapidement un chemin dans les P.C. du « glacis », favorisant l'éclosion rapide d'oppositions « nationales » et « libérales ». Les effets du rapport Khrouchtchev s'ajoutant à ceux de la réhabilitation de Tito — les deux tournants étant d'ailleurs indissolublement liés l’un à l'autre — ces tendances jouaient un rôle hautement progressif, voire objectivement révolutionnaire au sein de leurs P.C. respectifs.

QU A:-T-RITET ME I:N TE R N ATI O N A LE

Mais du moment où ces divergences au sommet déclenchaient des mouvements de plus en plus violents à la base et que les masses elles-mêmes commençaient à intervenir dans la lutte politique, le P.C. yougoslave commençait lui-même à craindre l'ampleur des réactions populaires, et de moteur il devint un frein de la « déstalinisation », s’efforçant de limiter celle-ci au remplacement d'une équipe de direction par une autre (Bulgarie), voire par un simple aveu des «erreurs commises» de la part de la direction en place (Roumanie). Le moment de cette transformation du rôle du P.C. yougoslave dans la préparation de la révolution politique dans le « glacis » peut être placé entre le premier et le second voyage de Tito en URSS.

Ce n'est pas seulement subjectivement, c'est aussi objectivement que le P.C.Y. devenait un obstacle sur la voie du déploiement plein et entier des forces révolutionnaires en Europe orientale. Si l'expérience yougoslave de gestion ouvrière des entreprises reste un stimulant progressif dans tous les cas où se maintient un régime bureaucratique fermé, l'absence d'une démocratie politique suffisante dans l'Etat et le P.C. yougoslave ont profondément déçu les oppositions de gauche dans les P.C. du « glacis » à la recherche d'une démocratisation totale du mouvement ouvrier, avant tout dans le P.C: polonais. Incontestablement, l'absence d'un exemple vivant et victorieux d'un Etat ouvrier démocratique a retardé la maturation révolutionnaire et a notamment contribué, dans le cas de la Hongrie, à empêcher une solution révolutionnaire rapide de la crise créée par le soulèvement populaire du 23 octobre.

Lorsque par contre la bureaucratie soviétique déclencha un grand mouvement de repli dans la « déstalinisation » après les événements de Hongrie, et lorsqu'elle chercha à condamner tous les courants plus ou moins indépendants dans les P.C. d'Europe orientale, le P.C.Y. se sentant à juste titre visé, se vit obligé de préciser et d'accentuer une fois de plus son opposition au stalinisme et à la bureaucratie soviétique. L'offensive violente déclenchée contre le terrorisme policier réapparaissant en Hongrie, en Albanie, en Roumanie, etc., la défense d'abord hésitante (discours de Tito à Pula) puis plus nette et plus courageuse (discours de Kardelj devant l'Assemblée Nationale yougoslave) de la révolution hongroise contre l'intervention soviétique, l'appui inconditionnel donné à la révolution polonaise, le mot d'ordre « Tout le pouvoir aux conseils ouvriers » lancé par le P.C.Y. pour la Hongrie, fût-ce a posteriori, ont une grande signification dans ce sens, et permettent aux positions prises par le P.C.Y. de jouer de nouveau un rôle de moteur idéologique dans la différenciation à l'intérieur des P.C.

Le rôle progressif joué par la résistance du P.C. yougoslave aux ukases staliniens n'est nullement remis en question par l'analyse qui précède. Ce rôle appartient déjà à l'histoire. Mais l'histoire a aussi démontré par l'exemple yougoslave qu'une politique opportuniste progmatique qui accumule les « succès » passagers au jour le jour, peut brusquement devenir un facteur historiquement négatif lorsque la montée révolutionnaire des masses exige des décisions autrement audacieuses et conformes aux principes. Cela s'était manifesté une première fois à l'époque de la guerre de Corée. Cela s’est manifesté une deuxième fois pendant les semaines cruciales des révolutions polonaise et hongroise.

9. — La révolution politique en Pologne plonge ses racines, non seulement dans l'ensemble des conditions objectives de la dictature bureaucratique et dans l'élément d'opposition nationale que le Kremlin a introduit dans ce pays, mais aussi dans les magnifiques traditions révolutionnaires du mouvement ouvrier polonais, qui se sont manifestées pour ainsi dire sans interruption depuis un demi-siècle, atteignant un dernier point culminant avec la Commune de Varsovie en 1944. En brisant rapidement le corcan des idées et des dogmes staliniens qui n'ont jamais été assimilés par le P.C. polonais — qui fut dissous pour cette raison par Staline en 1938 — la révolution politique en Pologne a renoué avec une tradition qui n'avait d'égale que celle du bolchevisme. De là le niveau exceptionnellement élevé de la conscience de la vieille et de la nouvelle génération ouvrière en Pologne, qui a permis à la révolution politique, dès sa première phase, de dépasser les meilleures actions et écrits du P.C.Y. aussi largement que ceux-ci avaient eux-mêmes dépassé le stalinisme proprement dit.

Ayant reçu son impulsion première par le 20° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S. et ayant été favorisé par une crise de direction qui coïncidait avec ce 20° Congrès (la mort de Bierut), le réveil de la conscience communiste, nourrie par des erreurs économiques exceptionnellément graves commises par l’équipe stalinienne au pouvoir, conduisait rapidement à une lutte de tendance pour la direction du parti, parallèlement à laquelle se développait une lutte pour le retour de Gomulka au sein de cette direction.

La liberté de pensée et de critique fit alors violemment irruption au.sein des organisations ouvrières, encourageant les manifestations publiques de mécontentement ouvrier. Si la pression des masses explique la « démocratisation », la « démocratisation » prépara le terrain à la transformation de la pression en action directe des masses. C'est ainsi que se produisit la grève de Poznan, réponse du prolétariat à une politique économique et sociale insensée, qui violait les intérêts les plus immédiats des travailleurs.

Poznan souleva d'emblée la question de la lutte pour la direction du parti. La répression et surtout la calomnie employée contre les grévistes déchaîna une tempête d'opposition populaire. Alors qu'une tendance stalinienne considéra la grève comme un produit de la « démocra-

Q UATRI E ME EÉNETOE RUN ANTEENOSENTAMEMR tisation » limitée et, avec l'appui du Kremlin, chercha à limiter les « excès » de la liberté poii-tique au sein du mouvement ouvrier, une opposition de gauche se cristallisa, décidée à retrouver le contact et l’union avec la classe ouvrière, en prenant résolument la tête d'un mouvement de démocratisation de toute la vie sociale. Le Vil* Plénum du C.C. du P.C. polonais (août 1956) vit une victoire politique importante de cette opposition, mais la pression du Kremlin suffit à imposer au P.C. polonais une direction paritaire qui paralysa en pratique l'application de la ligne du VII: Plénum.

D'août à octobre 1956, du VII® au VIII" Plénum du C.C., la lutte de tendance se généralisa dans toutes les organisations ouvrières et prit une forme de plus en plus tumultueuse et violente, la transformant en lutte de fraction au cours de laquelle chaque fraction essaya de mobiliser un appui dans le prolétariat. La droite stalinienne fit appel aux pires instincts antiléninistes et chauvins et fit de la démagogie revendicative ; la gauche libérale en appela à la conscience de classe et au désir d'émancipation des ouvriers. Elle commença à mobiliser ceux-ci contre la bureaucratie.

Alors le mouvement de masse atteignit un nouveau niveau depuis longtemps inconnu. Spontanément, les ouvriers d'usine commencèrent à exiger la gestion ouvrière des entreprises. La jeunesse ouvrière et estudiantine se plaça à la tête du mouvement de démocratisation politique et de retour à Lénine sur le plan de la théorie. Lorsque Gomulka rejoignit la fraction de gauche au début d'octobre, sa victoire semblait certaine. En désespoir de cause la fraction stalinienne appela le Kremlin à l'aide ; l'intervention brutale de la délégation stalinienne au 8° Plénum provoqua une mobilisation générale du prolétariat qui occupa les usines, s'arma, et constitua des conseils. Après quatre journées de fièvre révolutionnaire, l'opposition prit en main ‘la direction du parti. La révolution politique en Pologne avait gagné une première étape décisive.

Par ses liens multiples avec le prolétariat au sein duquel elle s'est profondément enracinée au cours de six mois de lutte politique violente ; par la clarté de sa critique du stalinisme qui se rapproche fortement du marxisme révolutionnaire ; par son programme de mobilisation des travailleurs qui reprennent en main la direction de l'économie ; par sa défense farouche des libertés démocratiques au sein du mouvement ouvrier, la tendance de gauche qui s'est associée à la fraction centriste de Gomulka dans le renversement de la direction stalinienne du P.C. polonais peut être considérée, surtout dans son aile marchante de la jeunesse, comme un noyau de la nouvelle direction marxiste-révolutionnaire du prolétariat polonais en formation. L'alliance de cette tendance avec la fraction de Gomulka reste instable, soumise à l'influence contradictoire qu'exercent sur la fraction centriste la pression des masses d'une part -— qui la rapproche chaque fois de la gauche — et la pression de l'appareil bureaucratique polonais et de la bureaucratie soviétique d'autre part — qui l'en éloigne périodiquement. Les rapports de forces sociales et surtout l'audace et la tactique correcte de la gauche décideront en définitive de cette évolution. La façon dont la tendance de gauche restera fidèle à son programme, l'appliquera en pratique et se liera plus intimement encore au prolétariat, déterminera sa capacité de remplir complètement le rôle de guide léniniste de la classe ouvrière polonaise. Elle aura des répercussions profondes et sur la composition de la direction et la nouvelle structure que choisira le prochain congrès du parti, et sur les rapports avec le mouvement ouvrier international, et plus particulièrement son avant-garde révolutionnaire.

10. — La révolution politique en Hongrie a éclaté dans des conditions beaucoup plus défavorables que celles qui ont permis la victoire de la première étape de la révolution polonaise. Parmi ces conditions défavorables il faut énumérer :

a) La tradition marxiste beaucoup plus limitée du mouvement ouvrier, la faiblesse traditionnelle et les divisions internes du mouvement communiste.

b) Le caractère plus policier et plus odieux de la dictature stalinienne (procès Rajki.

c) L'absence d'une direction de remplacement résultant de l'absence d'une tendance largement organisée dans tout le parti et le mouvement ouvrier.

Ce fait amena le « Cercle Petæfi », un groupe d'intellectuels et d'étudiants qui n'étaient pas tous communistes, à jouer un rôle de guide dans la démocratisation, la lutte de tendance Nagy-Rakosi (Geroe) ne se reflétant plus dans les organismes dirigeants du parti.

d) Le fait que les éléments « libéraux» ayant une première fois accédé au pouvoir en 1953 en avaient été chassés après la chute de Malenkov, ce qui provoqua une épuratior du parti de beaucoup d'éléments de gauche, et un durcissement des éléments staliniens.

e) L'absence d'un signal d'alarme dans le genre de Poznan, ce qui retarda la constitution d'une large fraction Nagy et permit aux éléments staliniens de refuser jusqu'à la dernière minute toute concession substantielle aux masses (retard dans la démission de Rakosi, interventions contre le Cercle Petæfi, etc.).

f) Les véritables provocations criminelles dont se rendirent coupables les staliniens confrontés avec un mouvement de masse puissant mais encore pacifique et ne débordant pas le cadre de la « démocratie populaire » : discours de Geræ du 22 octobre, fusillades du 23 octobre, appel à l'intervention des troupes soviétiques.

Ces différents facteurs expliquent pourquoi la montée du mouvement de masse qui, du 20° Congrès du P.C. soviétique jusqu'à la chute de Rakosi et même jusqu'à la victoire de la

QUULAST RTE M E TON AT TARN ASTIT. O NA ELLE première phase de la révolution en Pologne, s'était déroulée parallèlement à la montée polonaise, a brusquement pris une tournure plus violente et, à partir du 23 octobre 1956, a débordé en grève générale insurrectionnelle contre la dictature bureaucratique.

Ce caractère plus spontané de la révolution politique en Hongrie a donné une forme prolétarienne classique à ses moyens de lutte et d'organisation: manifestations de rue et occupations d'usine, passage de l'armée du côté du peuple ; armement général des travailleurs ; constitution de conseils d'ouvriers, de soldats et d'étudiants dans tout le pays.

Ainsi étaient réunis tous les éléments objectifs pour une victoire révolutionnaire rapide et éclatante, pouvant amener à un niveau plus élevé tout le mouvement révolutionnaire mondial, C'est essentiellement le danger de cette victoire, et non pas le danger contre-révolutionnaire, qui a incité le Kremlin — après des hésitations et des renversements multiples de politique — à intervenir militairement contre la révolution hongroise, qui menaçait de s'étendre à tout le glacis et en U.R.S.S. même.

Mais le caractère essentiellement spontané de l'insurrection du 23 octobre, et l'absence d’une direction révolutionnaire capable de coordonner rapidement les forces prolétariennes et de les guider rapidement vers la constitution d’une république démocratique et indépendante des conseils, ont permis de libres manifestations de tous les courants de la population, la réapparition de partis petits bourgeois et bourgeois, voire un début d'activités contre-révolutionnaires qui ont fourni à l'intervention du Kremlin un semblant de justification et un alibi saisi au vol.

Le peuple révolutionnaire armé qui s'était levé pour arracher les usines et le pouvoir aux bureaucrates, n'aurait jamais toléré qu'ils soient restitués aux anciens maîtres capitalistes et propriétaires fonciers. Il était assez puissant pour empêcher toute victoire de la contre-révolution. Mais moins il disposait d'une direction révolutionnaire à la hauteur de sa tâche et plus devait se prolonger une période transitoire de confusion pendant laquelle la réaction pouvait s'organiser et se manifester. Plus la bureaucratie tardait à retirer ses troupes de Hongrie, plus elle intervenait directement contre la révolution et plus les sentiments nationaux devaient s'exacerber et passer même au premier plan des préoccupations des masses. Nagy et ses amis, avant tout soucieux de reprendre en main la direction du mouvement, ne pouvaient alors que s'adapter à cette évolution des sentiments populaires, et entrer en collision ouverte même avec les tendances les plus « libérales » de la bureaucratie soviétique.

Les interventions militaires soviétiques contre la révolution hongroise ont été des crimes qui ont porté un coup énorme à l'Union soviétique et au mouvement communiste international. Elles ont rejeté loin en arrière le parti communiste hongrois lui-même, aujourd'hui totalement coupé du prolétariat de son pays. Elles n'ont cependant pas pu briser la magnifique combativité des travailleurs hongrois. Ceux-ci n’ont perdu qu'une première manche de la révolution politique ; celle-ci se relèvera, invincible, de la saïgnée imposée par le Kremlin. Déjà le régime Kadar est obligé de conserver une partie des conquêtes du 23 octobre. Encouragée par une résistance passive farouche et une pression des masses qui ne se relâchera point, la révolution reprendra sa marche en avant et rétablira, avec la démocratie prolétarienne pleine et entière, l'honneur du communisme en Hongrie.

11. — Le 20° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S.; le rapport Khrouchtchev: la révolution politique en Pologne et en Hongrie, ont exercé une influence profonde sur les P.C. de tous les Etats ouvriers, y compris sur celui de Chine, après que s'y soit manifesté un certain retard dans la « déstalinisation », qui s'explique avant tout par l'état arriéré du pays, et les difficultés économiques, objectives, énormes auxquelles doit faire face la direction du P.C. chinois. Mais la pression du courant de « déstalinisation » a été suffisamment forte pour imposer au congrès du P.C. chinois des décisions importantes, notamment en faveur du droit des tendances, du droit des minorités à défendre leurs idées au sein du parti communiste même après les décisions de la majorité, voire de la nécessité de tolérer plusieurs partis « démocratiques » dans un Etat ouvrier. Ces idées exerceront une grande influence sur de nombreux partis communistes, surtout en Asie.

Les remous se sont manifestés même dans les pays où la dictature bureaucratique n'a pas été immédiatement confrontée avec un mouvement des masses (Allemagne orientale, Tchécoslovaquie, Albanie, Roumanie et Bulgarie) ; les dirigeants staliniens ont dû faire des concessions surtout économiques aux masses, et ont dû promettre de même des réformes politiques démocratiques. Si les événements de Hongrie retarderont inévitablement l'éclatement de mouvements de masse dans ces pays, en les incitant à un plus grand conformisme envers l'ensemble de l'appareil stalinien, leurs répercussions lointaines rendront plus violentes et plus radicales les explosions inévitables contre la bureaucratie.

Un des résultats les plus spectaculaires de la révolution hongroise avait été la Déclaration soviétique du 30 octobre. Cette déclaration s'efforçait d'établir les relations entre les démocraties populaires et l'U.R.S.S. sur une base nouvelle, reconnaissant ainsi implicitement l'élément d'oppression nationale que le Kremlin avait introduit dans les rapports réciproques entre Etats ouvriers.

Si l'intervention brutale du Kremlin dans la révolution hongroise oppose un démenti cinglant aux protestations de bonne foi de la bureaucratie, sa déclaration du 30 octobre n'en

Q. U A T R I E ME LINMESE CR INA TUIMONNTANLDIE sera pas moins invoquée contre elle-même chaque fois qu'une tendance d'un P.C. des « démocraties populaires» cherchera à s‘émanciper effectivement de la tutelle du Kremlin. Elle deviendra ainsi, à l'insu de la bureaucratie, une nouvelle bombe à retardement qui fera voler en éclats les rapports de subordination entre partis communistes et Etats ouvriers.

Les répercussions immédiates de la révolution hongroise peuvent inciter une fraction momentanément prédominante au Kremlin à « durcir » de nouveau son attitude envers les pays du « glacis ». Mais la pression des masses ne peut pas ne pas aller en s'accroissant dans ces pays. Le ferment d'indépendance nationale et d'autonomie des P.C. par rapport au P.C. soviétique ne peut pas ne pas « décomposer » une grande partie de la jeunesse et des militants communistes eux-mêmes. Le processus de transformation des relations entre Etats ouvriers de relations d'oppression nationale et d'exploitation économique en relations d'égalité et de collaboration fraternelle est irréversible. Plus vite la bureaucratie soviétique s'inclinera devant ce processus et plus il se réalisera harmonieusement. Plus elle lui résistera, et plus il conduira à des conflits violents et à des collisions sanglantes.

M. — LE PROGRAMME DE LA IV‘ INTERNATIONALE POUR LA REVOLUTION POLITIQUE.

Le développement des révolutions polonaise et hongroise, la maturation rapide des conditions objectives et subjectives de la révolution politique en U.R.S.S. même, l'apparition de courants oppositionnels dans les partis staliniens des autres « démocraties populaires », ainsi que toute la discussion internationale déclenchée par la crise actuelle de la dictature bureaucratique rendent impérieuse la formulation par la IV* Internationale d'un programme plus détaillé et plus précis pour cette révolution. Ce programme ne peut plus s'appuyer simplement sur la généralisation de l'expérience de l'Etat ouvrier démocratique des premières années après la Révolution d'Octobre. 11 doit en même temps s'appuyer sur les expériences multiples que le mouvement ouvrier a accumulées depuis lors: expérience de la dégénérescence de l'Etat bureaucratique soviétique ; expérience de la dégénérescence de la 11° Internationale et des P.C. ; expérience de la révolution espagnole ; expériences, aussi bien positives que négatives, des révolutions yougoslave, chinoise, polonaise et hongroise ; expérience des pays dits de «démocratie populaire» et des revendications avancées par l'avant-garde prolétarienne et par la jeunesse révolutionnaire en lutte ouverte contre la dictature bureaucratique, pour l'affirmation d'un véritable pouvoir soviétique (notamment les 16-17 juin 1953 à Berlin-Est et dans toute la D.D.R. ; fin mai 1953 en Tchécoslovaquie ; les révoltes à Vorkouta et dans les autres camps de travail forcé en U.R.S.S. depuis le deuxième semestre 1953 ; la grève de juin 1956 à Poznan, etc.). =

12. — L'organisation de l'Etat ouvrier doit être revue à la lumière de la théorie léniniste classique en la motière, la théorie de la démocratie soviétique en tant qu'élargissement et non restriction des droits et libertés démocratiques dont peut disposer l'ensemble des masses laborieuses par rapport aux libertés dont elles jouissent même dons les Etats bourgeois les plus démocratiques. Dictature du prolétariat et démocratie soviétique sont synonymes dans ce sens que l'octroi de libertés politiques illimitées aux masses laborieuses peut et doit être accompagné d’une restriction ou même d'un refus de libertés politiques à tous les représentants des classes hostiles, à tous ceux qui œuvrent au renversement de l'Etat ouvrier basé sur la suppression de la propriété privée des grands moyens de production.

En pratique, l'exercice réel du pouvoir par des soviets, des conseils librement élus par les travailleurs manuels et intellectuels des villes et des campagnes, n’est possible que si les garanties suivantes existent :

a) Liberté d'organisation pour tous les partis qui se placent dans la légalité soviétique, dans le cadre de la constitution de l'Etat ouvrier.

b) Liberté effective de presse et de réunion, c'est-à-dire droit pour chaque tendance appuyée par un nombre minimum légalement établi d'ouvriers manuels et intellectuels, ou par un ovis des soviets, d'obtenir à leur disposition des locaux de réunion, du temps d'émission aux stations de radio et de TV, du papier-journal et des installations d'imprimerie au prorata des disponibilités.

c) Election et réélection périodique des membres des organismes législatifs centraux et des principaux fonctionnaires centraux, provinciaux et locaux, au scrutin secret et avec multiplicité des candidats ou de listes, représentant les divers partis soviétiques.

d) Limitation du traitement de tout fonctionnaire dans l'administration, avant tout dans l'administration d'Etat, au salaire d'un ouvrier qualifié.

e) Election et réélection périodique des juges au scrutin secret, garantissant leur indépendance complète par rapport aux organes d'administration de l'Etat. Juridiction contradictoire, avec droit de défense assuré dans chaque cas, et sur la base du droit écrit.

f) Dissolution de tous les organes permanents de sécurité intérieure secrets. Ils doivent être remplacés par des milices ouvrières publiques, fonctionnant au besoin à l’aide d'organes auxiliaires soumis constamment au contrôle public des soviets.

Le principe léniniste dont s'inspire la IV* Internationale, c'est que si la violence est nécessaire dans les relations entre le prolétariat et l'ennemi de classe, elle doit être bannie

QUUtA TIR I E MAuE TÉNÉTLENR ENVAUTE TION YALDLE des relations qui opposent à l'intérieur de la classe ouvrière les tendances différentes du mouvement ouvrier, et les relations qui opposent à l’intérieur du parti révolutionnaire différents courants, tendances ou fractions. La dictature du. prolétariat signifie l'emploi de la Violence contre l'ennemi. de. classe, en fonction de sa résistance. La démocratie soviétique signifie le refus d'employer la violence à l'intérieur du mouvement ouvrier, et le recours exclusif du parti révolutionnaire dans ses relations avec sa classe et les autres couches laborieuses de la société à la persuasion et l'expérience.

Comme en pratique les frontières entre la classe ennemie et les classes laborieuses ne sont pas nettement tracées ; comme de nombreuses conditions objectives peuvent amener l'ennemi de classe à s'appuyer sur les courants les plus conservateurs de ces classes laborieuses, l'avant-garde révolutionnaire peut être amenée parfois devant un choix douloureux : ou bien admettre qu'une situation dangereuse se développe pour l'Etat ouvrier, ou bien employer, pour écarter ce danger, des méthodes qui sapent gravement la confiance des travailleurs dans l'avant-garde et dans leur Etat. Sans vouloir énoncer des vérités absolues ni des dogmes, ‘la IV° Internationale déclare que, sur la base de l'expérience passée, il est absolument clair qu'un Etat ouvrier a constamment à faire face à deux dangers aussi longtemps que la victoire mondiale du socialisme n'est pas assurée : le retour de la contre-révolution capitaliste et l'affirmation de la dégénérescence bureaucratique. Plus l'Etat est faible, plus la pression ennemie est forte et plus la confiance de la grande majorité des travailleurs ainsi: que leur initiative politique font défaut, et plus toute mesure de contrainte exercée contre des parties de la propre classe sape la confiance de celle-ci dans l'Etat et ouvre la’ porte à la dégénérescence bureaucratique. C'est pourquoi il est du devoir du parti révolutionnaire de se soumettre au verdict démocratique des soviets, même quand ceux-ci commettent des erreurs graves que l'expérience permettra à la masse des travailleurs de reconnaître et de corriger tôt ou tard. C'est seulement dans cet esprit que le principe : TOUT LE POUVOIR AUX SOVIETS, comme base d'organisation de l'Etat ouvrier prendra tout son sens.

13. — La dégénérescence bureaucratique de l'U.R.S.S. a démontré que les racines de la puissance de l'appareil bureaucratique résident dans sa disposition plus ou moins arbitraire de l'appareil de production de l'Etat. Les relations entre l'appareil d'Etat, l'appareil dirigeant l'économie, et le parti révolutionnaire sont pour cette raison décisives pour assurer l'essor de la démocratie socialiste soviétique. Ces relations doivent être régies par les principes suivants :

a) Distinction fondamentale entre l'Etat ouvrier et le parti révolutionnaire, l’un ne pouvant se confondre avec l'autre ni être subordonné à l'autre. Ceci signifie notamment que, dans aucune condition, un organisme quelconque de l'Etat — a fortiori des organismes de sécurité — ne peut intervenir dans des discussions ou des luttes de tendance internes du Parti. Ceci signifie aussi qu'aucun organisme d'Etat élu par les masses (ou les soviets) ne peut être modifié dans sa composition sur décision du Parti.

b) Election et contrôle démocratique des dirigeants du Parti par les membres du Parti, par l'observation stricte de toutes les règles de fonctionnement du centralisme démocratique : congrès et conférences à périodes fixes ; élection des dirigeants locaux, régionaux et nationaux au scrutin secret ; liberté d'organisation de tendances allant jusqu’au droit de publication de bulletins intérieurs de tendance ; information et discussion aussi complète que possible à la base avant que ne soient tranchés des différends importants par des organismes centraux, pas de sanction contre des membres sans accord des organismes de base dont ils sont membres, etc.

c) Contrôle démocratique de l'appareil d'Etat et de l'appareil de l'économie par la masse du peuple laborieux, organisé respectivement dans ses soviets locaux et conseils d'usine. Election et révocabilité des principaux membres de ces appareils par ces organes respectifs. Participation active des différentes tendances politiques existantes au choix de dirigeants et de programmes d'action opposés.

d) Absence de privilèges matériels attachés à l'exercice de fonctions dirigeantes, des exceptions ne pouvant être tolérées que dans le cas de techniciens non membres du Parti, qui doivent dans ce cas être soumis à un contrôle sévère par les organismes soviétiques de base.

e) Principe du maximum d'information et de publicité pour toutes les questions controversées au sein du Parti, des organismes d'Etat et des organismes dirigeant l'économie. C'est la condition indispensable pour que le prolétariat puisse effectivement diriger l'Etat et pour qu'il acquière le plus rapidement possible l'expérience nécessaire afin d'effectuer cette direction avec le maximum d'efficacité possible.

14. — L'organisation de l'économie socialisée, pendant la période de transition du capitalisme vers le socialisme, est la pierre de touche de l'évolution de l'Etat ouvrier vers l'élargissement de la démocratie socialiste jusqu'au moment où la démocratie elle-même dépérit comme dernière forme de l'Etat, ou vers les déformations bureaucratiques de l'Etat et l'apparition de nouvelles inégalités sociales pouvant aller jusqu'à une dégénérescence bureaucratique monstrueuse.

En tant que marxistes, nous savons que la dégénérescence bureaucratique de l'Etat ne peut être qu'une étape transitoire dans l'histoire de la lutte pour le socialisme mondial, étape rendue possible par l'insuffisance des bases matérielles dont dispose un Etat ou un groupe

Q U A TR I E M E LOUNET' ER EN AT L'IO ENTA DIE d'Etats ouvriers, et par son isolement, Cependant, en reconnaissant cette cause dernière de la dégénérescence, les marxistes n’admettent nullement un déterminisme mécaniste et automatique, c'est-à-dire l'inévitabilité d'une dégénérescence extrême du type soviétique. Ils reconnaissent seulement que plus la base matérielle de l'Etat ouvrier est pauvre, plus grand est le risque de déformations bureaucratiques de l'Etat. Mais s'appuyant sur la douloureuse expérience soviétique qui a coûté au prolétariat soviétique et international des hécatombes, des défaites et des sacrifices évitables, ils comprennent la nécessité absolue pour l'avant-garde révolutionnaire, pour le facteur subjectif, de contrecarrer dans la mesure du possible le jeu ‘des forces objectives spontanées nées du besoin, de la pression du milieu adverse, du manque de culture et de qualification, etc.

Il est essentiel de concevoir à ce sujet un partage des fonctions et des pouvoirs économiques qui limite à l'extrême les possibilités d'arbitraire bureaucratiques, tout en créant en même temps les garanties les meilleures pour un essor aussi harmonieux que possible des forces productives. Ce partage des pouvoirs doit s'établir schématiquement d'après le plan suivant :

a) Décisions centrales (dans un Congrès national des soviets ou des conseils ouvriers), après discussion démocratique de plans opposés, en ce qui concerne les grandes lignes de la répartition du produit national (politique d'investissement, taux de progression, politique des prix et des salaires). La IV* Internationale rejette comme antidémocratique et anticommuniste le mythe anarcho-syndicaliste de l'autonomie complète des entreprises qui ne peut aboutir qu'à la-lutte de concurrence sur un marché, plus ou moins libre ou plus ou moins monopolisé, entre des entreprises, avec toutes les injustices que cela entraîne (appropriation par les ouvriers des usines plus modernes d'une partie du produit créé par les ouvriers des entreprises plus arriérées, etc.), et avec le danger de la dislocation de l'économie planifiée.

b) Gestion des entreprises par les conseils ouvriers dans le cadre du plan général élaboré par les représentants élus de l’ensemble du prolétariat. Ces conseils doivent contrôler et, au besoin, modifier en cours de route l‘exécution du plan, et doivent défendre, contre des exigences injustes de l'appareil économique central, les intérêts particuliers des producteurs (normes de travail et de salaires dans leur application concrète, licenciement et embauchage, organisation du travail, etc.). Ils doivent élire le directeur et constituer en même temps la grande école de gestion, dans laquelle un nombre croissant de travailleurs s'initie, à tour de rôle, à l'exercice des fonctions d'administration des entreprises.

c) Rôle de contrôle joué par les syndicats qui, devant les conseils ouvriers — représentant avant tout le point de vue de production — et les organes centraux de planification doivent surtout défendre les intérêts des ouvriers en tant que consommateurs et citoyens ayant des besoins culturels déterminés. Ils doivent discuter des normes générales du travail et des salaires et de leur application aux branches d'industrie et aux usines dans le cadre de contrats collectifs à termes fixes ; ils doivent veiller à la sécurité sociale des travailleurs sous toutes ses formes sans remplir un rôle d'administration (qui incombe à l'Etat, c'est-à-dire aux organismes locaux d'auto-administration) ; ils doivent s'efforcer de réduire la durée du temps de travail, d'augmenter les possibilités de congés payés et de participation des travailleurs à la vie culturelle sous tous ses aspects, etc. Ils doivent être basés, comme le parti, sur la stricte règle d'adhésion volontaire, contrairement aux conseils ouvriers et soviets, pour lesquels tout salarié de l’entreprise ou de la localité a automatiquement droit de vote.

En affirmant l'importance de ce partage des pouvoirs économiques, la IV‘ Internationale affirme en même temps que toute structure organisationnelle quelqu'idéale qu'elle soit, reste une forme vide de contenu aussi longtemps que ne s'épanouissent pas la démocratie ouvrière politique et la participation effective à la vie politique d’un nombre croissant de prolétaires. Dans une économie planifiée, la détermination des grandes proportions de répartition du revenu national représente la décision capitale qui fixe à tous les organismes d'auto-gestion un cadre plus ou moins rigide auquel ils ne peuvent échapper sans désorganiser l’ensemble de la planification. Aussi longtemps qu'une majorité de prolétaires ne participe pas à cette décision, de façon directe ou indirecte (par ses représentants librement élus), et qu'en connaissance de cause, elle ne fixe pas elle-même la limite des sacrifices qu'elle consent pour l'essor des forces productives, on ne peut parler réellement d'une démocratie soviétique véritable épanouie. Aussi longtemps que différents courants ouvriers n’ont pas le droit de présenter des plans généraux ou partiels de rechange au choix des travailleurs, cette participation restera plus fictive que réelle.

15. — Le socialisme est une forme d'organisation sociale basée sur l'abondance. Au moment où le prolétariat conquiert le pouvoir dans n'importe quel pays, y compris dans le pays le plus avancé, les forces productives existantes ne suffisent pas à assurer une telle abondance à tous les citoyens et a fortiori à tous les citoyens du globe. L'époque de transition entre le capitalisme et le socialisme est donc de toute façon une période pendant laquelle le prolétariat ne pourra se contenter d’une répartition nouvelle et plus juste de richesses e: fantes. Il devra de toute façon assurer un accroissement considérable de la production courante de richesses, et de là du stock des moyens de production à la disposition de la société, pour arriver à son but: l'organisation d’une société qui assure à chaque homme la

Q U A T R I E M E LENSTSESR INSASTA LI OUCNCASLER satisfaction pleine et entière de tous ses besoins, sans calculer cette satisfaction d'après la mesure exacte du travail que l’homme lui aura fourni en échange.

A la lumière de cette thèse on pourrait supposer qu'il n'existe qu'une différence quantitative entre les problèmes d'essor de la production posés pour un Etat ouvrier ou un groupe d'Etats ouvriers encore à peine industrialisés, et pour des Etats ouvriers apparus dans des pays où le capitalisme: lui-même avait préalablement assuré un large épanouissement de l'industrie moderne. Ce n'est pas le cas: il y a entre ces pays des différences qualitatives en ce qui concerne les problèmes posés par l'essor d'une industrie socialisée :

a) Du point de vue social, dans le premier groupe de pays l'industrialisation, même si elle dispose de l'aide d'une économie socialiste internationale, se développe dans un milieu hostile (la majorité de la population constituée par les petits producteurs paysans). Dans le deuxième groupe de pays, l'Etat ouvrier peut compter dans sa politique économique sur l'appui de la majorité sinon des 2/3 de la population.

b) Du point de vue économique, l’industrialisation dans le premier groupe de pays doit correspondre à des objectifs combinés : à la fois les intérêts particuliers des travailleurs, l'élévation de leur niveau de vie et de culture, etc., et la nécessité de différencier la paysannerie (en détacher une couche de paysans pauvres qui peuvent s'intégrer librement dans une économie socialisée, et une couche de paysans moyens qui peuvent être neutralisés dans la lutte contre l'accumulation primitive des paysans riches). Dans le deuxième groupe de pays, l'essor de l'économie peut être fondamentalement orienté vers la satisfaction des besoins croissants de la masse des producteurs, tout en réservant pendant une longue période transitoire une tranche importante du produit national à l'aide à accorder aux Etats ouvriers moins industrialisés.

La IV* Internationale n'affirme pas seulement le principe qu'il est impossible pour un Etat ouvrier d'imposer aux travailleurs une marge. de sacrifices supérieure à celle qu'ils acceptent librement. Elle affirme en même temps que toute tentative de surélever systématiquement pendant une’ longue période le taux d'accumulation se répercute négativement et sur la productivité du travail et sur l’auto-discipline des producteurs, et crée ainsi des pertes et des faux frais énormes qui épongent en grande partie les avantages escomptés d'une telle accumulation. N'est rentable à la longue qu'une planification qui établit une proportion harmonieuse dans la croissance des différents secteurs de l'économie, entre l’industrie, l'agriculture et le système des transports, et entre les différentes branches de l’industrie elle-même. La base d'un tel système doit être une progression de la production accompagnée d'une élévation plus ou moins équivalente du niveau de vie des producteurs. Plus les producteurs peuvent facilement mesurer eux-mêmes directement ces progressions parallèles, et plus consciente et enthousiaste deviendra leur participation créatrice à l'essor économique. Les exigences d’un tel développement harmonieux de toutes les branches de l'économie excluent par avance toute politique de collectivisation forcée de l'agriculture, source de stagnation sinon de recul de la production agraire et de graves désordres dans l'approvisionnement en vivres des villes.

Elles peuvent par contre être conciliées avec la création de coopératives de production agricoles dans toutes les couches de la paysannerie qui sont socialement et économiquement prêtes à accepter un tel mode de production, à condition qu'il leur apporte des avantages matériels précis.

Sans exclure la nécessité, qui peut se présenter même à l'avenir, qu'un Etat ouvrier isolé sur un continent déterminé doive entamer par ses propres forces la construction d'une économie socialiste, toute l'expérience a démontré que la division internationale du travail et l'entraide entre différents Etats ouvriers sur un pied d'égalité représentent un facteur facilitant et stimulant l'essor de l'économie, un facteur de toute façon indispensable pour rattraper et dépasser le niveau de productivité du travail atteint dans les pays capitalistes les plus avancés, seul critère de la victoire définitive de l'économie socialisée sur l'économie capitaliste. Toute idée de pouvoir achever la construction d'une économie socialiste autarcique dans un seul pays ou dans un petit groupe de pays doit être rejetée comme un mythe réactionnaire.

16. — —La démocratie soviétique, objectif de la révolution politique dans les Etats ouvriers dégénérés et. de la révolution sociale dans les pays capitalistes est inconcevable sans un essor libre de la création artistique, du travail scientifique et de toutes les activités culturelles de l’homme. Un tel essor s'avère d'ailleurs de plus en plus une condition indispensable à une exploitation pleine et entière du formidable réservoir de forces créatrices techniques et productives que la révolution met à la disposition de la société nouvelle. Un tel essor libre ne signifie pas que le Parti et l'avant-garde révolutionnaire s'abstiennent de manifester leur propre avis au sujet des multiples controverses qui peuvent apparaître dans des domaines théoriques. Mais cela signifie :

a) Que le parti révolutionnaire milite activement par la propagande et la persuasion pour toutes les thèses du marxisme et du matérialisme dialectique et historique, qu'il exige que ces thèses soient exposées à toute la jeunesse estudiantine dans le cadre de l‘enseignement de l'Etat, sans que l'Etat impose l'adoption ou l'exposé exclusif de ces thèses ou personnel enseignant ou à la jeunesse.

Q UÙU A T R I E M E TN TÉESRAN AUTSIAO CN AU E b) Qu'aucune tendance scientifique, artistique ou culturelle qui n'est .pas considérée comme progressive ou la plus progressive, par l'avant-garde révolutionnaire, ne peut être réprimée ou. punie administrativement ou entravée dans son effort de production et de création ; c) Que l'Etat ne donne pas son investiture officielle, ni par des avantages matériels ni par une distribution de postes hiérarchiques, à une tendance quelconque dans le domaine de la science, des arts ou de la production culturelle, domaines qui sont les plus mûrs à l'application .intégrale du principe d'auto-administration.

d) Que le parti distingue nettement entre le choix d'objectifs sociaux, économiques ou culturels à atteindre par priorité (par exemple la solution prioritaire de la crise de logement par rapport aux besoins de l'esthétique urbanistique) et la nécessité de défendre sur le plan théorique (de la planification à longue échéance) des principes corrects se rapportant à ces objectifs, même s'ils ne sont pas immédiatement réalisables.

La démocratie soviétique est de même inconcevable sans la destruction radicale de toutes les barrières qui empêchent aujourd’hui encore une majorité de citoyens de jouir des dons matériels et culturels de la civilisation. Elle doit garantir la gratuité entière de l'enseignement à tous les échelons, la sélection ne pouvant s'opérer strictement que d'après les capacités ; elle doit garantir à chaque citoyen des soins de santé gratuits sans discrimination sociale aucune, Elle doit assurer aux jeunes une participation pleine et entière, et autonome, à la vie politique. Elle doit réaliser pleinement le principe « à travail égal, salaire égal», aider au maximum l'émancipation de la femme de millénaires de soumission et permettre en même temps une sélection professionnelle en faveur de la femme qui tienne compte de ses’ particularités physiques. Elle doit revoir dans l'esprit de la Révolution d'Octobre le code du mariage, le droit au divorce et à la maternité volontaire (distribution libre de moyens anti-conceptionnels et droit à l'avortement), les droits des enfants, l'auto-administration à l'école, dans le sens de l'égalité absolue entre l'homme et la femme, de l'absence maxima de toute contrainte matérielle d’un être humain sur un autre.

17. — La bureaucratie soviétique avait usurpé le pouvoir sous le drapeau du « socialisme dans un seul pays»; c'est sous le drapeau du véritable internationalisme prolétarien basé sur la stricte égalité entre toutes les nations, que triomphera la révolution politique contre la bureaucratie. La bureaucratie a empoisonné les relations entre les différents Etats ouvriers, ainsi que les relations entre les différentes nationalités à l'intérieur de l'URSS. par sa brutalité chauvine grand-russe et ses préjugés petits bourgeois bornés.

La IV° Internationale condamne la conception stalinienne selon laquelle la subordination des intérêts du prolétariat mondial aux intérêts de la bureaucratie du Kremlin serait le critère de l‘internationalisme prolétarien. Elle rejette également la thèse centriste, anti-léniniste, selon laquelle le chauvinisme de la grande nation oppresseuse ne serait condamné qu'au même titre que le nationalisme des petites nationalités opprimées, Tout en levant partout le drapeau de la solidarité internationale des prolétaires elle distingue nettement entre le chauvinisme grand-russe (et grand-han) inconditionnellement réactionnaire, et le nationalisme des petites nations opprimées par la bureaucratie, qui n'est souvent qu'une déformation de la juste révolte des masses contre l'oppression nationale dont elles furent l'objet et qui ne peut modifier la nature objectivement progressive de leur lutte d'émancipation.

C'est pourquoi la IV* Internationale défend le mot d'ordre des Républiques Socialistes Soviétiques indépendantes et souveraines de Pologne, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Yougoslavie, de Roumanie, de Bulgarie, d'Ukraine, de Géorgie, de Lithuanie, de Lettonie et d'Esthonie, tout en préconisant en même temps la confédération, sur un pied de stricte égalité, de tous ces Etats ouvriers, en une ou plusieurs fédérations démocratiques d'Etats ouvriers.

Un Etat ouvrier démocratique éduquera les travailleurs et la jeunesse dans l'esprit du respect total envers la personnalité culturelle de tous les peuples auxquels il assurera un essor illimité. Il combattra sans relêche toute manifestation de chauvinisme, de haine naïio-nale ou raciale, d'antisémitisme, etc. Il s'efforcera d'accroître à toute occasion l'intérêt, la solidarité et la participation consciente des travailleurs de l'Etat ouvrier aux luttes des prolétaires de tous les autres pays du monde. Toute tendance au «repli national», à la subordination des intérêts de la révolution internationale à une défense de l'Etat ouvrier; si important ou progressif qu'il soit, est toujours un signe sûr de déformation bureaucratique.

18. — La IV’ Internationale conçoit le problème de l'Internationale ouvrière dans le même esprit qu'elle conçoit le problème du parti révolutionnaire. L'Internationale rassemblant en son sein un ou plusieurs partis exerçant le pouvoir dans des Etats ouvriers ne peut pas davantage « dicter» la politique aux citoyens ou aux gouvernements de ces Etats que le parti ne la « dicte » aux ouvriers organisés dans les soviets. Elle ne peut que renforcer le poids de la conviction et du prestige de ses arguments soumis à la décision du peuple labo-ieux, et ce seulement dans la mesure où l'expérience a démontré à ces peuples qu'elle défend systématiquement les intérêts collectifs du prolétariat contre telle ou telle déformation particulière ou nationaliste de ces intérêts.

Conçue dans cet esprit, l'Internationale révolutionnaire, loin de perdre de son « actualité »

Q U A TR I E M E TONER PR EN PASTEINONSAEERCT ou de son « importance » par la conquête du pouvoir par le prolétariat dans un ou plusieurs pays, reste un instrument absolument indispensable pour résoudre les tâches de la construction mondiale du communisme : = a) indépendamment des manœuvres diplomatiques indispensables qu'un ou plusieurs Etots ouvriers peuvent être amenés à exécuter, l'Internationale coordonne la lutte de tous les partis révolutionnaires, y compris ceux qui ont déjà conquis le pouvoir, pour la victoire aussi rapide que possible de la révolution mondiale.

b) Après la victoire de la révolution, l'Internationale s'efforcera de coordonner et de propulser la planification internationale optima de l'économie, devançant les possibilités pratiques de fédération ou de confédération d'Etats ouvriers.

c) L'Internationale sera l'instrument de coordination et de propulsion de toutes les activités de l'avant-garde révolutionnaire dans les Etats ouvriers, dans le cadre du processus de révolution permanente jusqu'à l'achèvement du communisme mondial, tâche d'autant plus cruciale qu'en ces domaines toute l'œuvre de généralisation théorique reste à accomplir, et ne peut être menée à bien sur la base d'expériences nationales fragmentaires.

Sur la base de l'expérience désastreuse qu'ils ont faite avec le Komintern, puis avec le Kominform à l'époque stalinienne, beaucoup de militants communistes sont . devenus méfiants envers l'idée même d'une Internationale basée sur le centralisme démocratique. Cette méfiance n'est en aucune façén justifiée, et céder à cette tendance signifierait abandonner un élément essentiel du marxisme révolutionnaire. Ce n'est pas par la dégénérescence de l’I.C. qu'a débuté la crise mondiale du communisme. C'est dans un parti, le parti russe, que la bureaucratie a tout d'abord détruit la démocratie pour pouvoir s'écarter de la voie léniniste. Plus l'Internationale est forte et soustraite à toute influence prépondérante d'une seule section ou d’un petit groupe de sections, et plus elle facilite la lutte contre le danger de bureaucratisation d'un parti ou d'un Etat ouvrier, en transférant vers le pays le plus menacé par ce processus tout le poids des secteurs les plus sains du mouvement ouvrier international.

Pour la même raison il faut rejeter toute idée d'organisation internationale « polycentrique » ou de relations purement « bilatérales » entre P.C. Loin de garantir une évolution saine du mouvement ouvrier, ces formules opportunistes ne cherchent qu'à protéger des bureaucraties nationales contre l'influence de la révolution internationale.

IV. — DECLIN ET CHUTE DU STALINISME DANS LES P.C. DES PAYS CAPITALISTES.

19. — La crise des partis communistes qui prend son origine dans la contradiction entre les aspirations révolutionnaires de leurs militants et la fonction d'instruments de la politique étrangère soviétique que veut leur imposer la bureaucratie, a reçu au cours des dernières années un double stimulant. D'une part la progression de la montée révolutionnaire dans le monde a confronté une série de partis communistes avec des situations prérévolutionnaires ou révolutionnaires et a amené une partie de leurs militants à manifester leur mécontentement de la politique opportuniste de leur direction. Dans certains cas, comme celui de l'Algérie et de l'Argentine, la pression du mouvement ouvrier ou révolutionnaire des masses a été tellement forte qu'elle a obligé la direction stalinienne à esquisser un important tournant vers la gauche et à abandonner une position qui l'avait placée initialement dans le camp de la contre-révolution.

D'autre part, l'éclatement de la crise de la bureaucratie en U.R.S.S. même et dans les « démocraties populaires» a puissamment stimulé le développement de la crise dans les partis communistes de tous les pays capitalistes. Cette crise a fait irruption dès le lendemain de la mort de Staline ; elle a été fortement accentuée par la réhabilitation spectaculaire de Tito ; elle a atteint un premier point de rupture avec le 20° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S. pour aboutir rapidement à un deuxième point de rupture et à un véritable paroxysme après les révolutions polonaise et hongroise. | n'est pas exagéré de dire que les partis communistes se trouvent aujourd'hui divisés en deux courants : les uns (P.C. polonais, yougoslave, norvégien, américain, en partie italien, belge et suédois, avec de fortes oppositions en Grande-Bretagne, Autriche, Brésil, etc.) condamnant la première intervention soviétique en Hongrie et regrettant sinon condamnant la deuxième intervention et s'identifiant plus ou moins avec la révolution polonaise; les autres (P.C. soviétique, tchèque, S.E.D., P.C. roumain, bulgare, albanais, français) s'identifiant servilement avec la politique du Kremlin. Le P.C. chinois, suivi par la majorité des partis communistes asiatiques, semble occuper un rôle intermédiaire entre les deux tendances qui devient d'ailleurs de plus en plus un rôle d'arbitre du mouvement communiste international, tout en associant ses efforts à ceux du Kremlin pour limiter les efforts désagrégateurs de la « déstalinisation » sur le mouvement stalinien international.

Les sources de ce développement spectaculaire sont évidentes: dans les révolutions polonaise et hongroise il y a confluence des deux courants qui alimentent aujourd'hui la crise du stalinisme, le courant révolutionnaire objectif et le courant subjectif de la « déstalinisation ». En outre, c'est en Hongrie que la bureaucratie soviétique a été amenée, pour la première fois depuis la guerre civile espagnole, à jouer un rôle ouvertement contre-révolutionnaire, c'est-à-

Q U A TRI E ME ISENSTCE), ReNLA FA IS OÙN AUTLEE dire à réprimer elle-même un essor révolutionnaire des masses sur une grande échelle (l'expérience de 1953 en Allemagne ayant été beaucoup plus limitée). Si dans certaines parties du monde les événements de Hongrie ont coïncidé avec une situation objective qui n'est pas très favorable à l'essor du mouvement révolutionnaire des masses, il n’en est pas ainsi des pays coloniaux et semi-coloniaux sur lesquels ces événements ont exercé en outre un rôle de leçon et d'encouragement directs pour leurs propres luttes. La position stalinienne « orthodoxe » devenait ainsi d'autant plus intenable dans ces pays.

20. — Les caractéristiques générales de la crise des partis communistes, qui s'appliquent à des degrés différents à tous les P.C. des pays capitalistes, peuvent être ainsi résumées :

je a) Depuis la mort de Staline et surtout depuis les révélations de Khrouchtchev, la base même du système de pensée stalinien, c'est-à-dire la foi dans l'infaillibilité du ‘chef du gouvernement soviétique et des dirigeants du P.C. soviétique, a reçu un coup mortel. Toutes les questions fondamentales du communisme sont maintenant remises en discussion. Dorénavant, à chaque événement important où les actions du gouvernement soviétique semblent heurter les intérêts d'une fraction ou de l'ensemble du prolétariat mondial, la validité de ces actions sera ouvertement mise en question par un nombre croissant de militants communistes.

b) La perte de la foi qui était à la base de l'obéissance provoque une véritable révolte contré le système rigide de direction bureaucratique des P.C., contre l'absence de liberté de discussion, contre la tyrannie de l'appareil et la façon anti-démocratique dont celui-ci assure sa permanence à la tête du P.C. De plus en plus des voix se lèvent pour réclamer une application réelle et non formelle du centralisme démocratique (discussions réelles dans les organes publics des partis avant les congrès ; réunion périodique de ceux-ci: élection des dirigeants au scrutin secret; droit de tendance à l'intérieur du parti ou, de toute façon, droit 5 déjà acquis dans les nouveaux statuts du P.C. chinois — des minorités de conserver leurs opinions même après avoir été battues dans des congrès, etc.).

c) Comme à peu d'exceptions près les directions staliniennes ne cèdent que partiellement

(dans le but de conserver la direction du parti) où pas du tout devant cette pression démocratique de leur base, l'avant-garde de celle-ci constitue des tendances plus ou moins ouvertes ou secrètes, d'après le climat plus ou moins bureaucratique existant dans le parti, afin d'arracher la démocratisation et la révision de l'activité politique sur des plates-formes déterminées qui s'élaborent de plusieurs côtés et se confrontent au fur et à mesure que se développe la discussion ouverte ou secrète dans le parti. D d) inévitablement, ces courants et groupes d'opposition doivent reviser sur la base de l'expérience révélée par le rapport Khrouchtchev leurs rapports envers l'U.R.S.S. et effectuer une analyse de la société et de l'Etat soviétique (ou même, plus généralement, comme dans le cas du P.C.Y. et du P.C. polonais), de tous les problèmes posés par la période de transition du capitalisme au socialisme). La « question russe » telle que le mouvement trotskyste international l'avait discutée pendant une longue période fait maintenant irruption dans toute une aile des P.C.

e) Se heurtant au conservatisme satisfait et à l'ignorance des appareils bureaucratiques en place, ces courants oppositionnels sont obligés rapidement d'étendre leurs plates-formes non seulement aux problèmes de l'U.R.S.S. mais encore à tous les problèmes de docirine communiste : relations avec la social-démocratie, analyse du capitalisme contemporain attitude envers la révolution coloniale, conseils ouvriers, voies du socialisme, Internationale, ête.

21. L'expérience a démontré que, d'après l'attitude prise envers ces différentes questions d'actualité et de doctrine, les courants d'opposition qui se cristallisent à l'intérieur des partis communistes peuvent être classés dans deux catégories : un courant d'opposition de droite et un courant d'opposition de gauche.

Le courant d'opposition de droite représente l'aboutissement logique de l’opportunisme de droite pratiqué par d'importants P.C. pendant de longues périodes de leur existence (et récemment encore au lendemain du 20° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S.), mais un opportunisme qui perd, dans ses relations avec le monde capitaliste, le frein principal que représentait pour la bureaucratie des partis staliniens leur subordination inconditionnelle à la bureaucratie soviétique. De tels courants (Hervé en France, Giolitti en ltalie, la majorité du comité régional new-yorkais du P.C. américain, etc.) prennent à la lettre les bavardages de Khrouchtchev sur les voies nouvelles du socialisme, sur la conquête du pouvoir par la voie pacifique et parlementaire dans les pays capitalistes, y compris les plus grands et les plus puissants d'entre eux, sur le rapprochement avec la social-démocratie. Ils subissent rapidement une évolution de « social-démocratisation » jusqu'au point de remettre en question la légitimité de la révolution coloniale, du point de vue des intérêts de la «paix» ou, plus vulgairement, de la «nation » (c'est-à-dire de la bourgeoisie impérialiste !) du pays cù ils se manifestent.

Le courant d'opposition de gauche par contre s'insurge à la fois contre les contradictions dans l'interprétation khrouchtcheviste du phénomène stalinien et contre le caractère foncière-ment opportuniste (périodiquement combiné avec un sectarisme infantile) de la politique du PIC: national. Il reproche à la direction de ce P.C. son incapacité de profiter de maintes occasions propices pour impulser ou mener à la victoire le mouvement des masses, ou son

QuUU'A TIR TI EME LON TER UN ASTM ONTASLSE incapacité de s'intégrer réellement dans le mouvement ouvrier autochtone de son pays. 11 désire non la. « social-démocratisation » des: P.C. mois le retour à Lénine, non la « coexistence pacifique » avec la bourgeoisie impérialiste du pays mais une lutte plus décidée et plus efficace contre celle-ci. Le courant « Marty » dans le P.C.F., les groupes oppositionnels dans les P.C. autrichien et brésilien, divers groupes oppositionnels dans le P.C. italien, sont typiques de cette tendance.

Aussi longtemps que ces courants s'affirment à l'intérieur du P.C. ou luttent encore pour le droit de s'affirmer ouvertement, ‘les sections de la IV° Internationale pratiquant une politique d'entrisme sui generis dans les P.C., ou des sympathisants guidés par elles ou en alliance avec elles, défendront le droit à la parole et à la représentation démocratique dans les organismes de direction de toutes les tendances intérieures au P.C. Après des décades d'étouffement bureaucratique, l'esprit critique du militant communiste de base a besoin d'une longue période de réflexion, de discussion et de confrontation d'idées avant de pouvoir retrouver la capacité de s'orienter de lui-même dans la vie politique. Le courant de gauche n'a rien à craindre d'une libre confrontation des différentes tendances qui facilitera la cristallisation de la véritable avant-garde révolutionnaire dans ces pays. En outre, il est impossible d'affirmer comme revendication principale le droit à l'organisation de tendances et de nier ce droit à une tendance avec laquelle on n’est pas politiquement pas d'accord. Pour toutes ces raisons, les trotskystes seront à l'avant-garde de la lutte pour la démocratie interne dans les P.C. envers tous les membres, sans exclusive aucune, tout en appelant en même temps les éléments les plus avancés à constituer un courant d'opposition de gauche.

22. — Dans les partis communistes de masse des pays d'Europe occidentale (France et Italie), les problèmes de la « déstalinisation » discutés à l'intérieur des P.C. sont exacerbés par l'incapacité flagrante dont avait fait preuve la direction bureaucratique de ces partis de profiter de nombreuses situations prérévolutionnaires et révolutionnaires propices à l'essor du parti. En même temps cependant, dans la conjoncture générale qui existe dans ces pays et devant la faillite encore plus retentissante de la social-démocratie (guerre d'Algérie et aventure de Suez en France, collaboration avec la démocratie-chrétienne en Italie), les partis communistes de ces pays continuent à canaliser la majorité, et surtout la partie la plus combative du prolétariat. En Italie, la ligne plus gauchiste du parti de Nenni en fait cependant un concurrent sérieux du P.C. De ce fait, les courants les plus sains et les plus à gauche auront tendance à se maintenir à l'intérieur du P.C., les groupements expulsés qui inclinent vers le «communisme de droite» dégénérant rapidement en formations centristes de droite, sinon social-démocrates de gauche. L'évolution des révolutions hongroise et polonaise, et les tentatives des P.C. polonais et yougoslave d'influencer idéologiquement d'autres P.C., agissent dans le même sens. Cela ne signifie pas que nos sections doivent dédaigner en principe le travail au sein de ces formations, surtout si elles possèdent une certaine consistance numérique et une influence dans des secteurs du prolétariat ; mais ce travail reste subordonné à la tactique générale d'entrisme sui generis qui s'avère plus que jamais la seule tactique efficace pour la construction du parti révolutionnaire dans ces pays.

Il n'en va pas de même dans les petites sectes staliniennes d'Europe occidentale (P.C. allemand, britannique, belge, hollandais, suisse, autrichien, scandinaves, etc.). La crise du stalinisme y est nourrie, outre des répercussions générales de la « déstalinisation » et des révolutions polonaise et hongroise, du déclin catastrophique de l'influence du P.C. dans les masses, de son isolement quasi complet par rapport au mouvement ouvrier organisé, de son incapacité, malgré l'alternance période de tactiques sectaires et opportunistes de droite, à se « rapprocher de la base social-démocrate ». Les tendances communistes de droite y sont particulièrement capitulardes et vont en général jusqu'à proposer une dissolution pure et simple du P.C. Les tendances communistes de gauche, dans la mesure où elles ne sont pas paralysées par un sectarisme complet envers le mouvement de masse, s'orientent rapidement vers une tactique proche de celle suivie par notre mouvement. Tout en leur proposant d'abord une lutte à l'intérieur du P.C. pour le triomphe d'une ligne léniniste, nous devons leur offrir en alternative à la politique droitière la perspective d'un travail à l'intérieur de la social-démocratie et des syndicats sur une plate-forme révolutionnaire, dans le cadre des sections de la IVe Internationale. Ce travail n'a pas pour but de s'adapter à l'opportunisme des chefs réformistes mais doit permettre de réduire plus rapidement l'influence de ceux-ci sur les couches les plus combatives des travailleurs. Avec une telle plate-forme, appuyée par des succès organisationnels déjà réels obtenus par différentes sections dans ce travail, des oppositionnels communistes peuvent être gagnés pour notre mouvement.

Dans les P.C. des pays semi-coloniaux et coloniaux la crise du stalinisme est nourrie plus particulièrement par la politique opportuniste droitière que le 20° Congrès du P.C. de l'U.R.S.S. a imposée aux directions de ces partis : subordination directe et servile aux intérêts de la bourgeoisie coloniale alliée à la bureaucratie soviétique ou « neutralisée » par elle. Dans le climat général de la « déstalinisation », une telle politique peut aboutir au développements de puissants courants de gauche à l’intérieur de ces partis. Cependant, la pression du mouvement révolutionnaire des masses peut amener en pratique la direction de ces partis ou une partie de ces directions, à esquisser un tournant vers une orientation révolutionnaire et à

QEUTASTIR ILES MS E TION T EURSN AT T0 ONNTAUL E

Rat ainsi dans l'œuf le développement d'un courant autonome de gauche à l'intérieur u Parti.

Quelles que soient les péripéties que connaîtra à la prochaine étape la crise du stalinisme dans les différents P.C. des pays capitalistes, la montée révolutionnaire qui sé développe dans les « démocraties populaires» et en U.R.S.S. en présage d'ores et déjà l'aboutissement final: la disparition du stalinisme en tant que courant idéologique du mouvement communiste international, le retour vers la social-démocratie (ou des formations centristes de droite analogues) d'une partie des cadres et des militants des P.C. d'aujourd'hui et le regroupement de la partie la plus saine et de la grande majorité des militants communistes convaincus dans les nouveaux partis révolutionnaires qui surgiront de cette crise.

V. — LA REVOLUTION POLITIQUE EN U.R.S.S. ET DANS LES « DEMOCRATIES POPULAIRES »,

ETAPE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE.

23. — La-révolution politique en U.R.S.S. et dans les pays dits de « démocratie populaire » est en elle-même un processus de révolution permanente. Déclenchée par l'ensemble des griefs accumulés dans les masses laborieuses du fait des crimes de la bureaucratie, elle se développe, selon une logique propre, de révolution populaire à laquelle participent toutes les couches de la nation vers une différenciation sociale de plus en plus rapide qui ne peut aboutir qu'à la victoire du courant le plus prolétarien et le plus conscient : celui qui réalise la démocratie socialiste en préconisant et en réalisant la concentration de tous les pouvoirs entre les mains des conseils d'ouvriers et de paysans pauvres, démocratiquement élus. Le caractère permanent de la révolution ne s'arrête pas à la conquête du pouvoir par les conseils ouvriers. Celle-ci ouvre au contraire une période révolutionnaire d’une fertilité exceptionnelle où, grâce à l'esprit d'audace et à l'initiative créatrice poussés jusqu'à leur plus haute expression sous le fouet de la révolution, tous les aspects de la vie sociale seront soumis à une critique et à une révision impitoyables, afin d'amener partout l'éclosion des formes les plus avancées de démocratie directe, d'égalité et de solidarité compatibles avec le cadre matériel de la société. L'élargissement rapide de ce cadre, par un essor prodigieux des forces productives enfin libérées de la tutelle bureaucratique et par l’extension internationale de la révolution, deviendra à son tour objet de la révolution permanente dont cette phase précise poursuivra de plus en plus consciemment cet objectif colossal : le triomphe de la démocratie soviétique dans l'ensemble des Etats ouvriers, pour un tiers de l‘humanité et sur un quart du globe.

24. — Mais la révolution politique dans les Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou déformés n'est pas seulement un processus de révolution permanente de par sa propre dynamique. Elle représente également une partie intégrante de la dynamique mondiale de la révolution permanente, de la révolution socialiste mondiale. || est en effet inconcevable que la victoire de la révolution politique dans plusieurs des Etats ouvriers existants, et surtout sa victoire en U. , n'exerce un puissant effet sur l'ensemble du mouvement révolutionnaire mondial. Des Etats ouvriers démocratiques ne pourront pas ne pas retourner aux formes fondamentales de l'internationalisme prolétarien. Bien loin d'avoir des intérêts particuliers à défendre qui les obligeront à poursuivre des efforts pour maintenir en tutelle le mouvement ouvrier international, ils aideront et stimuleront dans la mesure du possible les mouvements d'émancipation des travailleurs dans les pays capitalistes et des peuples coloniaux et semi-coloniaux.

Par ailleurs, objectivement et subjectivement, le mouvement ouvrier international recevra d'un rétablissement de la démocratie soviétique en U.R.S.S. un stimulant comparable seulement aux effets de la Révolution socialiste d'Octobre, L'effet de la propagande bourgeoise et de ses pendants sociaux-démocrates contre le communisme, exclusivement dirigée sur les crimes de la bureaucratie, disparaîtrait. L'amélioration rapidement possible du niveau de vie des travailleurs en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires » accroîtrait la puissante force d'attraction de ces Etats sur les habitants du monde capitaliste. La bourgeoisie impérialiste des dernières puissances capitalistes se verrait rapidement isolée dans un monde qui lui est fondamentalement ennemi, et la majorité des travailleurs rejoindrait partout le camp des Etats ouvriers et de la révolution coloniale. Le renforcement interne du mouvement ouvrier de la plupart de ces pays poserait à l'ordre du jour sans doute la question de la conquête du pouvoir à brève échéance. Ë

La marche concrète de la révolution mondiale à travers le monde, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, avait fait de la révolution chinoise et de la révolution coloniale le moteur principal de la révolution mondiale. En atteignant l'U.R.S.S. et l'ensemble des pays dominés par la bureaucratie soviétique, la montée révolutionnaire fait de la révolution politique contre cette bureaucratie le deuxième moteur puissant de la révolution mondiale. Dans ces pays la révolution se trouve en face de millions de prolétaires, qualifiés et hautement cultivés, capables aujourd'hui de résoudre les problèmes de la réorganisation socialiste de l’humanité avec la même conscience que les travailleurs allemands ou français auraient pu le faire au lendemain de la première guerre mondiale. La perspective concrète d'une victoire de la révolution politique en U.R.S.S. est la perspective de l'exercice direct du pouvoir par le prolétariat de la deuxième puissance industrielle du globe

Source : Quatrième Internationale, Vol.15 N°1-3, mars 1957 · scan (Radar, 16-014-00077).

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