Après avoir, sur mandat du comité exécutif international et du secrétariat international, déclaré ouvert le congrès et souhaité la bienvenue aux délégués, le secrétaire de l'internationale, Michel Raptis, prononça le discours suivant :
Camarades,
Deux ans environ après la tenue de la Conférence d'avril 1946, voici réunis dans cette salle les représentants de vingt-deux sections et organisations de l'internationale, venus d'Europe, d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud, d'Afrique et d'Asie. Cet événement réalisé dans les conditions extraordinaires qui règnent depuis la fin de la Seconde Guerre impérialiste dans le monde, et plus particulièrement dans les conditions d'extraordinaires difficultés qui assaillent de tous côtés notre mouvement international, prend les proportions d'un véritable exploit. La réalité et la vitalité de notre mouvement international trouvent dans la tenue de cette assemblée leur preuve la plus éclatante.
Nous sommes réellement en présence de l'assemblée internationale la plus représentative qui ait jamais été réunie par notre mouvement international depuis sa fondation. Les organisations de notre internationale, dans un magnifique esprit d'internationalisme révolutionnaire, ont surmonté 'des difficultés énormes pour envoyer leurs représentants.
Cette assemblée se tient en un moment particulièrement critique de la situation internationale caractérisée par l'accentuation extrême de l'antagonisme des deux principales puissances mondiales, les États-Unis et l'URSS, et par la polarisation très avancée des antagonismes sociaux, qui laissent profiler de nouveau, en cas d'échec de la révolution socialiste mondiale, le spectre du fascisme et de la guerre atomique, c'est-à-dire la décomposition de la société capitaliste dans la plus affreuse barbarie. Cette assemblée se tient aussi à un moment critique pour le développement et l'avenir de notre mouvement, qui subit la pression de cette situation objective extraordinaire.
Il sera nécessaire de faire face aux tendances qui expriment à l'intérieur de nos rangs des forces révisionnistes de notre programme et liquidatrices de notre mouvement.
Il sera aussi nécessaire en même temps de répondre positivement et clairement aux problèmes et aux questions que posent, à juste titre, les militants de notre mouvement international, en face d'une situation plus complexe que jamais.
Pour remplir ces deux tâches — défendre notre programme, notre mouvement contre les attaques révisionnistes et liquidatrices et tracer des perspectives claires et des tâches concrètes afin d'assurer le développement ultérieur de notre mouvement —, nous nous rappelons que notre congrès se tient à l'anniversaire du centenaire du Manifeste communiste et de la fondation du socialisme scientifique qui a permis au mouvement ouvrier de bâtir son action révolutionnaire sur le roc de la théorie marxiste, dont nous sommes aujourd'hui les seuls et uniques continuateurs.
L'agonie du capitalisme a atteint son stade suprême, et menace l'humanité tout entière d'une chute dans la destruction et la barbarie. La solution socialiste s'avère plus nécessaire que jamais.
Le prolétariat mondial et les masses exploitées dans les pays capitalistes, semi-coloniaux et coloniaux ont donné et donnent constamment des preuves de leur profonde détermination de s'arracher à ce régime qui, par ses contradictions, a mis l'humanité à deux pas de sa destruction et de l'annihilation de tout progrès accompli jusqu'ici. La crise de l'humanité se concrétise par la crise de la direction révolutionnaire du mouvement ouvrier. Le rôle de la IVe Internationale est d'œuvrer à la solution de ce problème. Nous sommes fermement convaincus que nous accomplirons cette tâche, parce que dans notre mouvement international vit et agit tout l'acquis théorique et politique du mouvement marxiste révolutionnaire, qui s'achemine, à travers les enseignements et l'action de Marx et d'Engels, de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht, de Lénine et de Trotsky. Ce congrès aura un rôle énorme à jouer dans ce sens.
Nous l'ouvrons avec une entière confiance en sa réussite. Au moment où nous sommes prêts à commencer nos débats, notre pensée se tourne vers les très nombreux militants de notre internationale qui ont payé de leur vie, durant la deuxième guerre impérialiste et depuis, leur attachement à la cause du prolétariat de la IVe Internationale, à notre guide irremplaçable Léon Trotsky, à nos camarades dirigeants Léon Lesoil, Widelin, W. Held, Peters, Marcel Hic, Pouliopoulos, Blasco, Chen Chi-Chang, Ta-Thu-Thau, Fosco, Jackson et à leurs très nombreux compagnons de lutte dont je vous prie d'honorer debout 'la mémoire impérissable par une minute de silence...
Notre congrès envoie aussi ses saluts les plus chaleureux à la camarade Natalia Trotsky, au camarade Cannon, aux camarades trotskystes emprisonnés de Grèce, des Indes, du Viêt-Nam, de Bolivie, de Chine et d'ailleurs, aux trotskystes de l'URSS, de Tchécoslovaquie, de Bulgarie, d'Allemagne et d'Autriche, à tous les militants de notre internationale, ainsi qu'aux ouvriers du monde entier et aux peuple coloniaux partout où ils luttent actuellement pour leur émancipation sociale et nationale. Camarades, notre congrès est ouvert.