Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le VIe Congrès mondial et après (1961-1963)

Les bases théoriques et politiques de la réunification

1er mars 1963 · Congrès mondial de réunification (VIIe Congrès mondial) · Le VIe Congrès mondial et après (1961-1963) · 3 861 mots

États-Unis Cuba Stalinisme et bureaucratie

In English: For Early Reunification of the World Trotskyist Movement (Statement by the Political Bureau of the Socialist Workers Party of USA) — texte anglais publié à l’époque.

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Le Comité Politique du Socialist Workers Party avait adopté, il y & quelques mois, une résolution «Pour une réunification rapide du mouvement trotskyste international y». Cette résolution résumait en seize points les bases théoriques et politiques sur lesquelles il pensait la réunification possible. Le Congrès Mondial de Réunification &« adopté cette résolution comme base de la réunification du mouvement trotskyste international. Nous publions ci-après ce texte.

Le mouvement trotskyste mondial a été scindé depuis 1954. Divers efforts dans le passé se sont montrés impuissants à réparer la cassure. Cependant, depuis quel-que temps, les deux parties sentent la nécessité de faire un effort plus vigoureux pour la réunification, étant donné les éléments encourageants qui existent maintenant pour une nouvelle croissance en nombre et en influence de la Quatrième Internationale, le Parti Mondial de la Révolution Socialiste.

Le Socialist Workers Party a souligné qu’une base de principes existe pour l'unification des courants principaux du mouvement trotskyste mondial.

L'année dernière le Secrétariat International en à pris l'initiative en marquant instamment la nécessité et la possibilité réelle de mettre fin à la scission. De son côté, le Comité International a proposé la création d'une Commission Paritaire. Bien que quelques camarades du CI. n’aient considéré ceci que comme un moyen pratique de faciliter une discussion commune et un travail uni dans des domaines d'intérêt commun, la majorité a nettement accueilli la formation de la Commission comme un pas important vers une réunification rapide.

Bien que des divergences substantielles subsistent encore, en particulier sur les causes de la scission de 1954, les points de désaccord apparaissent d’importance secondaire en face du programme fondamental commun et de l’analyse commune des principaux événements actuels dans les développements mondiaux, qui unissent les deux courants. Avec de la bonne volonté, il devrait être possible de contenir les divergences reconnues qui subsistent encore dans le cadre d’une organisation unifiée permettant la poursuite de la discussion et une clarification ; de la sorte, on pourrait réaliser les avantages importants provenant de la combinaison des forces, des capacités et des ressources de tous ceux qui maintenant sont membres de l’une ou l’autre formation.

Le fait essentiel est que, des deux côtés, la majorité est en accord profond sur les positions fondamentales qu mouvement trotskyste mondial. Aussi brièvement que possible, nous indiquerons les points d’accord

1) La crise actuelle de la société en agonie reflète au fond une crise prolongée de la direction révolutionnaire. Le développement des forces productives à l'échelle du globe à rendu le monde plus mûr pour le socialisme. Une économie mondiale socialiste planifiée est seule capable de surmonter rapidement le sous-développement économique des pays coloniaux et semi-coloniaux, de délivrer l’humanité de la menace de sa destruction nucléaire et d’assurer à une société mondiale une paix durable, une abondance illimitée, une expansion infinie de la culture, et la réalisation d’une entière liberté pour tous. Sans la victoire internationale du socialisme, le capitalisme pourrissant continuera à gaspiller des ressources énormes, à maintenir les deux tiers de la population mondiale dans une misère effroyable, à perpétuer l'inégalité sociale et raciale, et à soutenir des régimes dictatoriaux. Pour compléter ce sombre tableau de faim, d'insécurité et d’oppression, le capitalisme présente la menace permanente de destruction nucléaire.

2) Le retard de la révolution socialiste mondiale au-delà des prévisions de tous les grands marxistes qui nous ont précédés, est dû principalement à l'incapacité des directions traditionnelles du mouvement ouvrier et à leur action cynique de lieutenants ouvriers de la classe capitaliste ou de la bureaucratie du Kremlin. Elles sont responsables de l'échec des principales crises révolutionnaires d’après-guerre de 1918-23, et de 1943-47, aussi bien que de la crise moins aiguë de 1932-37, de leur échec à se terminer comme elles auraient dû l'être, par la venue au pouvoir du prolétariat dans les pays capitalistes avancés.

3) Seule la construction de nouveaux partis marxistes révolutionnaires de masse, capables de mener la classe ouvrière et la paysannerie laborieuse au pouvoir peut résoudre avec succès la crise mondiale et éviter une troisième guerre mondiale,

La construction de tels partis est le but et l’objet du mouvement trotskyste mondial. Un programme de mots d'ordre et de mesures transitoires joue un rôle-clé dans la construction du parti, étant donné que le problème principal pour surmonter la erise de la direction est de combler le fossé qui existe entre la conscience actuelle des masses, centrée autour de préoccupations et de problèmes immédiats, et le niveau de conscience que requiert la nécessité objective de renverser le capitalisme et de bâtir des Etats ouvriers basés sur des conseils ouvriers élus et fonctionnant démocratiquement. Les méthodes léninistes doivent être appliquées dans la construction de partis socialistes révolutionnaires. Elles comprennent un recrutement patient, persistant d'ouvriers aux noyaux déjà existants des partis révolutionnaires socialistes, mais également là où la nécessité où l’opportunité le conseillent une approche souple en direction de diverses tendances des organisations de masses qui peuvent être éventuellement amenées au programme du marxisme révolutionnaire. Le recrutement individuel et les mouvements tactiques de grande envergure sont des moyens complémentaires dans la construction du parti, chacun comportant ses propres problèmes et ses dangers particuliers. D'an côté, une tendance au sectarisme peut naître de la transformation en vertu de isolement forcé ; d’un autre côté, l’adaptation à un environnement réformiste peut mener à un opportunisme droitier. Dans la tactique connue sous le nom d’entrisme, où des situations extraordinairement complexes et difficiles peuvent se présenter, ceux qui s'y engagent devraient normalement maintenir un secteur de travail indépendant publie, comprenant leur propre presse trotskyste. Des écarts à cette norme doivent être pesés avec la pleine conscience du risque important qu’ils entraînent.

4) La Quatrième Internationale, en tant qu’organisation internationale, et ses sections en tant que partis nationaux doivent adhérer aux principes du centralisme démocratique. La théorie et l'expérience historique ont démontré conjointement la justesse de ces principes. Le centralisme démocratique répond à la nécessité d’une action rapide et disciplinée pour la réalisation de tâches révolutionnaires, et assure en même temps la liberté de discussion et le droit de former des fendances, sans lesquels une véritable vie politique est déniée à la base. Par son attachement à la démocratie interne, le mouvement trotskyste se trouve au pôle opposé aux régimes étouffants imposés aux organisations ouvrières contrôlées par les bureaucrates formés aux écoles du stalinisme, de la social-démocratie ou du mouvement syndical réformiste.,

5) Les appareils bureaucratiques réformistes ou staliniens ne se servent pas de la force organisée de Ia classe ouvrière pour renverser le eapitalisme, Ià où c’est possible. Îls sont intéressés en premier lieu à leurs propres privilèges et à leur propre pouvoir au lieu des intérêts historiques du prolétariat. De par leur inertie, leurs vues antisocialistes, ou Ia compréhension qu’un soulèvement les emporterait, ils n’entreprennent des bataïlles dans l'intérêt du prolétariat qu'avec la plus grande résistance, contraints et forcés. Tout en condamnant les maux jumeaux du réformisme et du stalinisme, et en s'y opposant, les trotskystes refusent d'identifier les travailleurs véritablement socialistes ou communistes de ces organisations avec leurs directions traîtres. Le mouvement trotskyste reconnaît que la tâche principale n’est pas de mener simplement un combat littéraire contre le réformisme et le stalinisme, mais bien de gagner réellement ces ouvriers socialistes et communistes au programme et à l'organisation du marxisme révolutionnaire.

Sous la pression de longues années de prospé dans les pays capitalistes avancés et en réaction contre les crimes du stalinisme, des intellectuels petits bourgeois ont engagé une large attaque contre les principes fondamentaux du marxisme. Il est nécessaire de mener une lutte idéologique vigoureuse contre ce courant révisionniste.

6) L'Union Soviétique constitue toujours un Etat ouvrier, malgré l’usurpa-tion du pouvoir par une bureaucratie privilégiée. Le mode de production issu de la destruction du capitalisme par la Révolution Socialiste d’octobre est non-capitaliste et, quels que soient ses défauts, ses manques et même ses crimes, il est pro-gréssif par rapport au capitalisme. La formidable expansion des forces productives soviétiques a, par une colossale révolution industrielle et culturelle, transformé un pays agricole arriéré pour en faire la deuxième puissance industrielle du monde, qui défie réellement l'avance impérialiste dans plusieurs domaines techniques. Ce nouveau grand fait de l’histoire mondiale témoigne de la puissance intrinsèque de léconomie planifiée, et justifie la position trotskyste de défense inconditionnelle de l'Etat ouvrier dégénéré contre l'impérialisme.

7) Dans le sillage de la deuxième guerre mondiale, la bureaucratie soviétique à pu étendre son pouvoir et son parasitisme sur lesdites « démocraties populaires » d’Éurope orientale et de Corée du Nord. Mais, pour maintenir ses positions privilégiées, elle a dû détruire le capitalisme dans ces pays par des moyens bureaucratico-militaires. Le succès de ces moyens a été dû à des circonstances anormales, Veffondrement temporaire du pouvoir des capitalistes et des propriétaires fonciers, locaux combiné avec une faiblesse extrême de la classe ouvrière, à la suite du carnage de la guerre et de l’occupation. De la sorte sont nés des États ouvriers déformés. Le mouvement trotskyste les défend contre les tentatives impérialistes d'y réintroduire le capitalisme.

. 8) Dans les Etats ouvriers où le stalinisme a brisé la démocratie prolétarienne, ainsi que dans ceux où elle n’a jamais existé du fait de l'influence stalinienne, il est nécessaire de lutter pour son rétablissement ou son édification, pour une administration démocratique de l'Etat et de l’économie par les masses laborieuses. Staline a détruit la démocratie prolétarienne du temps de Lenine et Trotsky par une contre-révolution politique. Les forces léninistes se trouvent donc placées devant la tâche d'organiser des partis marxistes révolutionnaires, pour fournir une direction à la classe ouvrière, dans l'exercice de son droit de renverser la dictature de la caste bureaucratique, et de la remplacer par les formes de la démocratie prolétarienne. Ceci signifie une révolution politique. Avec la résurrection de la démocratie prolétarienne à un niveau supérieur, les Etats ouvriers, en premier lieu l'Union Soviétique, retrouveront leur pouvoir d'attraction d'avant Staline, ce qui donnera un nouvel élan à la lutte pour le socialisme dans les pays capitalistes avancés.

9) L'apparition d’un Etat ouvrier à Cuba — dont la forme n’est pas encore fixée — présente un intérêt tout particulier du fait que la révolution y a été réalisée sous une direction totalement indépendante de l’école stalinienne. L'évolution du Mouvement du 26 juillet vers le marxisme révolutionnaire fournit un modèle qui sert maintenant d'exemple à une série d’autres pays.

10) En résultat de la nouvelle montée de la révolution mondiale, surtout de la formidable victoire en Chine, qui a modifié le rapport des forces entre les classes à l'échelle internationale, le prolétariat soviétique — déjà renforcé et rassuré par sa victoire sur l'impérialisme allemand dans la deuxième guerre mondiale, ainsi que par les progrès économiques, techniques et culturels considérables de l’Union soviétique — a exercé une pression de plus en plus forte sur la dictature bureaucratique, particulièrement depuis la mort de Staline. Dans l'espoir de réduire cette pression, la caste au pouvoir a accordé des concessions d'une vaste ampleur, abolissant les formes extrêmes de dictature policière (dissolution des camps de travail forcé, et modification du brutal code du travail de Staline), détruisant le culte de Staline, réhabilitant de nombreuses victimes des épurations de Staline, élevant de façon notable le niveau de vie du peuple, levant même certaines restrictions à la liberté de pensée et de discussion dans divers domaines. Le régime de Khrouchtchev n'a pas l'intention de démanteler pièce à pièce Ia dictature bureaucratique ; son but n’est pas une « autoréforme », mais le maintien du pouvoir de la caste en face de la pression populaire montante. Mais les masses acceptent ces concessions comme un acompte partiel sur ce qui leur est dû, et cherchent à transformer leurs acquisitions en de nouveaux points d'appui pour obtenir leur revendication ultime, la restauration d’un contrôle démocratique prolétarien sur l’économie et l'Etat. Ce renforcement lent mais sûr de la position du prolétariat dans les Etats ouvriers européens est une des causes fondamentales de la crise mondiale du stalinisme.

11) Les divergences qui ont finalement détruit la structure monolitique du stalinisme ont éclaté de façon spectaculaire avec le conflit idéologique et politique entre les directions des partis communistes yougoslave et soviétique. La tentative de révolution politique des ouvriers hongrois avait aggravé ce conflit. La révolution cubaine a approfondi encore davantage la crise. Avec le différend sino-soviétique, cette crise est devenue l’un des problèmes les plus importants de la politique mondiale. Tout en exprimant de facon immédiate les contradictions d'intérêts entre les diverses bureaucraties nationales, et entre la bureaucratie soviétique et la classe ouvrière des pays qu'elle influence, la crise exprime l’incompatibilité fondamentale entre le stalinisme et les révolutions victorieuses vivantes où l'avant-garde des militants cherche à revenir aux enseignements de Lénine. Cette crise présente donc un caractère très progressif, elle dénote une étape importante dans la reconstruction d’un mouvement de masses mondial marxiste révolutionnaire.

12) Combinée avec la crise mondiale du stalinisme, la révolution coloniale joue maintenant un rôle-clé dans le processus de la révolution mondiale. En un peu plus de dix ans, elle a forcé l'impérialisme à abolir à peu près complètement la domination coloniale directe, et à lui substituer une domination indirecte, c’est-à-dire à faire une nouvelle « association » avec la bourgeoisie coloniale, même si cette bourgeoisie n’est qu’embryonnaire en certains endroits. Mais cette tentative d'empêcher les pays éveillés par la révolution coloniale de s'échapper du système capitaliste mondial se heurte à un obstacle insurmontable : il est impossible dans ces pays de résoudre les problèmes historiques de la libération et du développement social, économique et culturel, sans jeter par-dessus bord le capitalisme et aussi briser l'emprise de l'impérialisme. La révolution coloniale a par conséquent tendance à se développer en révolution permanente, débutant par une réforme agraire radicale, et faisant cap vers l’expropriation des trusts impérialistes et de la propriété capitaliste « nationale » et vers l'instauration d’un Etat ouvrier et d’une économie planifiée.

13) Sur le chemin d’une révolution commencée par de simples revendications démocratiques et se terminant par la destruction des rapports de propriété capitalistes, l’organisation de la guérrilla menée par des paysans sans terre et des forces semi-prolétariennes, sous une direction qui se trouve engagée à poursuivre la révolution jusqu’à son terme, peut jouer un rôle décisif pour miner le pouvoir colonial ou semi-colonial et précipiter sa chute, C’est là une des leçons principales à tirer de l'expérience de l'après-guerre. Cette leçon doit être consciemment incorporée à la stratégie de construction des partis marxistes révolutionnaires dans les pays coloniaux.

14) Le capitalisme a réussi à se stabiliser temporairement en Europe occidentale après la seconde guerre mondiale. Ce recul infligé à la classe ouvrière a été dü principalement à la trahison des directions staliniennes et socral-démocrates, qui ont empeche les masses de prendre la voie de la révolution socialiste pendant la grande crise révolutionnaire d’apres-guerre. Cependant, cette stabilisation temporaire du capitalisme et la croissance des forces productives qui l'a suivie, ont iibéré des contradictions plus importantes, et en fin de compte plus expiosivess Elies concernent également les autres puissances impérialistes, et surtout les Etats-Unis et le Japon. Elles comportent une compétition accrue dans un marché mondial qui se rétrécit géographiquement, une incompatibilité croissante entre le besoin de combattre l'inflation et 1e besoin de transformer les grandes crises économiques potentielles en des récessions plus limitées ; un approfondissement de la contradiction entre l’avantage de maintenir la « paix sociale » et la nécessité d'attaquer le niveau de vie des ouvriers, les conditions de travail et les facilités d'emploi, pour être mieux placés sur le plan de la concurrence. Ces contradictions tendent à durcir les luttes de classes, qui pourraient être élevées du plan économique à un plan politique sous une forme aiguë et qui, dans des conditions favorables de direction, pourraient soulever le mouvement ouvrier pour une nouvelle offensive dans les pays impérialistes, défiant le capitalisme dans ses dernières citadelles.

15) Une victoire socialiste dans les pays capitalistes avancés constitue la seule garantie certaine de paix durable. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l'impérialisme s’est préparé méthodiquement pour un nouveau conflit, qui lancerait l'ensemble du monde capitaliste contre les Etats ouvriers, l'Union Soviétique formant la cible principale. Le réarmement _est devenu le pilier permanent principal de l’économie capitaliste actuelle, une nécessité économique qui coïncide avec les objectifs politiques de la classe capitaliste américaine qui dirige l'alliance mondiale du capitalisme. L'impérialisme américain a installé de vastes forces contre-révolutionnaires tout autour de la Chine et de l'Union Soviétique. Sa pre-mère réaction devant de nouvelles luttes de libération est d'essayer de les noyer dans le sang. Ses interventions armées sont devenues de plus en plus dangereuses. Dans la crise survenue à propos des efforts de Cuba pour renforcer sa défense militaire, les familles des capitalistes milliardaires qui dirigent l'Amérique ont montré que ceux-ci étaient prêts à lancer une attaque nucléaire contre l’Union Soviétique et même à risquer l'existence de l'humanité et de la civilisation. Cette puissance destructive inimaginable ne peut être arrachée aux mains _des fous furieux de Wall Street que par la classe ouvrière américaine. La révolution socialiste européenne jouera un rôle décisif pour élever le prolétariat américain au niveau de la grande tâche historique qui Jui incombe : la responsabilité pour la victoire décisive et finale du socialisme mondial.

16) Tout en participant à fond à tous les mouvements de masses populaires pour le désarmement nucléaire unilatéral, tout en combattant pour l'arrêt immédiat de toutes les expériences nucléaires, le mouvement trotskyste mondial souligne nettement partout lalternative fondamentale qui se présente à l'humanité socialisme mondial ou annihilation nucléaire, Une compréhension claire de .ce dilemme ne démoralise pas les masses. Au contraire, il constitue le plus puissant stimulant pour abattre le capitalisme et construire le socialisme. C'est une illusion mortelle de croire qu'il est possible d'assurer la paix par la « coexistence pacifique » sans mettre fin au capitalisme, surtout en Amérique. Le meilleur moyen de combattre la menace de guerre nucléaire est de combattre pour le socialisme par la lutte de classes.

FT

Etant donné l'accord sur ces positions fondamentales, le mouvement trotskyste mondial a le devoir de hâter la réunification. Chercher à prolonger la scission serait sans principe. La réunification est également devenue une question pratique urgente. De tous côtés, le mouvement révolutionnaire voit s’ouvrir de nouvelles occasions de grandir, La Révolution cubaine a porté un coup à la politique de collaboration de classes au stalinisme en Amérique latine et dans d’autres pays coloniaux, Des courants nouveaux, se développant sous l'influence de la victoire à Cuba, cherchent leur voie vers le socialisme révolutionnaire et s’efforcent d'appliquer les principales leçons de la révolution coloniale à leur propre situation. La Révolution algérienne a eu le même effet sur l'avant-garde du mouvement nationaliste révolutionnaire africain. Rencontrer ces courants évoluant vers la gauche, travailler avec eux, s'unir même à eux sans abandonner nos principes, tout ceci est devenu une nécessité impérieuse. La réunification facilitera considérablement notre succès dans cette tâche, en renforçant nos propres forces et en fournissant au trotskysme une attraction organisationnelle accrue. Les conséquences immédiates seront une efficacité accrue dans notre défense des révolutions coloniales au sein des pays impérialistes, et un poids plus grand du programme principal du trotskysme parmi tous les révolutionnaires Sérieux qui poursuivent la transformation fondamentale économique, sociale et politique de leurs pays. D'autre part, il va de soi que la prolongation de la division du mouvement trotskyste mondiai en fractions déchirées pour des motifs obscurs ne pourrait que réauire sa capacité d'attirer à lui des forces neuves sur une large échelle.

Parallèlement, la crise du stalinisme qui à conduit à la grande différenciation visible dans le différend sino-soviétique, a libéré des forces formidables dans les Partis Communistes de par le monde. Attirés par notre programme et nos traditions léministes, par la justitication de notre iutte de piusieurs décennies contre le stalinisme, et par notre défense persistante ae la démocratie intérieure, nombreux sont les militants que notre manque d'unité, notre apparente incapacité à mobiliser nos forces dans une seule organisation soudée, étonnent et repoussent. La réunification du mouvement trotskyste mondial serait une contribution efficace à la rééducation des militants communistes dans l'esprit authentique du léninisme, et dans sa réelle tradition de solidarité internationale et de démocratie prolétarienne. De toute évidence, un mouvement trotskyste monaial uni se montrerait plus attractif pour toutes ces forces du mouvement communiste mondial, qui sont de plus en plus critiques vis-à-vis du stalinisme et de ses rejetons, et qui sont prêtes à examiner les opinions d'un mouvement dont non seulement la théorie mais aussi les capacités d'organisation paraîtraient sérieuses,

Enfin, nous devrions considérer avec la plus grande attention le problème de notre attraction sur les jeunes ouvriers et étudiants, qui jouent un rôle croissant dans les manifestations, les offensives et la direction des soulèvements révolutionnaires. La Révolution cubaine a essentiellement été l’œuvre de jeunes. De même, ce sont des jeunes qui ont mis par terre les régimes dictatoriaux pourris de Menderes en Turquie et de Syngman KRhée en Corée du Sud. Dans le combat pour l'égalité des Noirs aux Etats-Unis, pour la solidarité avec la Révolution algérienne en France, contre le réarmement au Japon et dans l'Allemagne de l'Ouest, contre le chômage en Angleterre, les troupes de choc sont fournies par la jeunesse. Les jeunes sont à l'avant-garde du combat pour approfondir et étendre la déstalinisation en URSS et dans les Etats ouvriers a’Europe orientale. Dans le monde entier, ils portent le drapeau de la lutte pour le désarmement nucléaire unilatéral. Nous pouvons attirer les meilleurs éléments de cette nouvelle génération de rebelles par notre programme hardi, notre esprit combatif et notre action militante ; nous ne pouvons que les repousser par notre refus de serrer les rangs, à cause de divergences sur des discussions du passé, qui-sont de peu d'intérêt pour de jeunes révolutionnaires actifs, dont l'intérêt se porte a’abord sur les problèmes brûlants et les grandes questions politiques du présent.

Bref, une réunification rapide est devenue une nécessité pour le mouvement trotskyste mondial. Bien sûr, des problèmes difficiles demeureront dans divers pays où la lutte fractionnelle a été longue et âpre. Mais ces problèmes également pourront être bien mieux résolus dans les conditions d’une réunification internationale générale, qui permettra aux prin’ipaux dirigeants des deux parties de commencer à établir une nouvelle atmosphère amicale et à éliminer des craintes objectivement non justifiées, dans la situation actuelle du mouvement trotskyste international, Après une période d'activité fraternelle commune dans un nombre croissant de domaines, nous sommes convaincus que ce qui peut actuellement apparaître comme des problèmes locaux insurmontables, sera résolu par les camarades eux-mêmes de façon démocratique.

Nous croyons également qu'il devrait être possible à une organisation réunifiée de formuler aes recommandations destinées à être prises en considération et ultérieurement adoptées, afin d'éliminer, sans pour autant rompre l’aspect centraliste du œæntralisme démocratique, tous les doutes qui pourraient subsister quant à la garantie des droits démocratiques contenus dans les statuts.

Notre mouvement est confronté à une responsabilité aussi grande et aussi grave que celle qu’il prit lors de la fondation de la Quatrième Internationale en 1938. Nous demandons aux deux courants ae décider à leurs assemblées internationales des mois prochains que le moment est venu pour l'unification du mouvement trotskyste international, et que ceci doit se faire à un Congrès Mondial de Réunification, à tenir aussi rapidement que possible après ces assemblées.

1er mars 1963.

Source : Quatrième Internationale, n°19, juillet 1963 · scan (Radar, 16-014-00099).

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