XXII Congrès et au Comité Central du P.C.U.S.
Camarades,
En 1937, Léon Trotsky, dirigeant de la Révolution d'Octobre, co-fondateur avec Lénine de l'Etat soviétique, créateur de l'Armée Rouge, jeta à Ja face de Staline : les auteurs des purges et des monstrueux [procès de Moscou seront kcouverts d'appro-bre, le peuple soviétique érigera un monument à l'honneur de ses victimes. Aujourd'hui cette prédiction se vérifie. Devant votre Congrès, de premier secrétaire de votre parti a promis l'érection de ce monument ; il a commencé à lever le woile devant les crimes terribles qui ont suivi l'assassinat de Kirov par le Guepeou.
Mais les victimes des crimes de Staline et de ses lieutenants ne sont pas seulement des milliers et des milliers de militants sans nom, dévoués à la cause du communisme et ide la classe ouvrière. Parmi eux se trouvent les noms les plus glorieux de l'histoire du Parti, les compagnons les plus fidèles de Lénine, les camarades Zinoviev, Kamenev, Boukharine, Rykov, Piatakov, Rakovsky, Krestinsky, Smilga, Preobragensky, Tomsky, Radek et, avant tout, le camarade Léon Trotsky. Ce sont leurs noms qui doivent être gravés en lettres d'or sur le monument érigé en l'honneur des victimes de Staline. Ce ‘sont eux qu'il faut tout d’abord réhabiliter.
Ces militants, dirigeants du communisme soviétique et international, ont été tués de manière icriminelle. Ils ont, en outre, été scandaleusement calomniés. Tous les dirigeants des Partis communistes dans le monde ‘ont servilement répété, couvert et justifié ces calomnies. L'honneur du communisme exige une révision publique, totale et solennelle de ces procès et accusations. C’est une affaire qui ne concerne fpas Îles seuls membres du P.C.U.S. Œlle est l'affaire des communistes et des travailleurs du monde entier.
Nous demandons la constitution d'une commission internationale d'enquête composée des délégués de wotre Iparti et de représentants du mouvement ouvrier et jrévo-lutionnaire international, du P.C. chinois, du P.O.U.P. polonais, du P.C. italien, de la Ligue des Communistes Yougoslaves, de la (Centrale syndicale japonaise Sohyo, de la Centrale syndicale britannique T.U.C., du Parti socialiste italien, de la Centrale Unique des travailleurs chiliens (C.U.T.C.H., des représentants de la ,révolution cubaine et de la révolution algérienne, de représentants de toutes les grandes tendances du mouvement ouvrier international, y compris de la tendance trotskyste. Le Secrétariat International de Ia IV‘ Internationale exige d'être entendu par cette commission en tant que témoin, comme représentant du seul courant communiste qui a compris et dénoncé dès le début tous ces crimes, qui a lutté sans relâche pour la défense et la réhabilitation des ‘victimes, pour lesquelles vous érigez maintenant un monument, avec vingt-cinq années de retard.
Nous exigeons que toute la lumière soit faite sur tous ces crimes commis en U-R.S.S. et ‘ailleurs contre des militants du mouvement ouvrier international et qu'aucune complicité ne soit passée sous silence.
Nous exigeons, avec Îla camarade Natalie Sedova, que la vérité soit faite au sujet de l'assassinat de Léon Trotsky, et que les inspirateurs et exécutants de te crime soient publiquement dénoncés et punis.
Camarades,
Les révélations énormes du XXII Congrès, amplifiant et dépassant celles du XX° Congrès, ne terminent pas une phase de « liquidation d’un passé honteux ». Elles rouvrent une période ide discussion qui soulèvera toutes les questions-clés du programme communiste, de la construction du socialisme, de la révolution internationale.
Vous venez de révéler publiquement toute l'horreur de l'ère stalinienne. Mais vous continuez à vous référer à ce qu’on appelle le « culte dde la personnalité » #our expliquer cette ère. Cette explication n'a satisfait personne après le XX‘ Congrès. Elle satisfait encore moins après les dernières révélations. Pour des marxistes, des phénomènes d’une telle ampleur ne peuvent être expliqués que ipar éles facteurs sociaux. Khrouchtchev reprend le terme d’usurpateur qu'utilisait Trotsky quand il déclarait que Staline avait usurpé le pouvoir, pour garantir les privilèges d'une caste bureaucratique qui s'était hissée sur le dos du prolétariat soviétique, isolé dans le monde capitaliste hostile, et avait concentré dans ses mains le contrôle de l'économie et de l'Etat.
Cette opinion, les trotskystes l'ont défendue depuis de longues années. Ils ont dénoncé la dégénérescence bureaucratique de l'Etat ouvrier qui en a résulté, tout en continuant sans relâche, malgré tous les crimes commis contre eux, à défendre inconditionnellement l’'U.R.S.S. contre l'impérialisme. Pas tous les communistes partagent cette explication. Mais tous ressentent le besoin de discuter ce problème. Cette discussion se déroulera en tout cas, stimulée puissamment par les révélations du XXII‘ Congrès. Dans l'intérêt de la clarification politique, dans l'intérêt du mouvement ouvrier international, il faut que cette discussion se déroule librement dans tous les Partis communistes, et avant tout dans le P.C.U.S. Il faut que toutes les tendances du communisme international, le P.C, chinoïs, la Ligue des Communistes yougoslaves, la IV‘ Internationale, participent à cette discussion. Il faut que cette discussion, qui concerne des problèmes généraux de la théorie marxiste-léniniste, se déroule en public, comme ce fut le cas des discussions à l'époque de Lenine. Le principe selon lequel ces discussions ne doivent pas se faire publiquement est totalement contraire aux pratiques et principes du bolchevisme,
Dans cette discussion, il faut verser les plate-formes, livres et articles rédigés par les communistes victimes de Staline, avant tout ceux de Trotsky et de l'Opposition de gauche, et ceux de Boukharine, dont nous demandons la publication en U.R.S.S.
Notre organisation demande que cette discussion s’étende à tous les grands problèmes actuellement en discussion dans le mouvement communiste, et notamment aux problèmes discutés entre le P.C. soviétique et le P.C. chinois. Seule la bourgeoisie impérialiste peut profiter du silence actuel qui permet à toutes sortes de rumeurs et d'informations falsifiées de pénétrer dans les rangs du mouvement communiste. Une discussion franche et publique de ces divergences cimentera, au contraire, la nécessaire union de la R.P. de Chine, de l’U.R.S.S. et de tous les Etats ouvriers.
Aujourd’hui, la cause du communisme dans le monde est devenue invincible. La révolution marche de victoire en victoire. Mais cette cause ne triomphera que lorsque son drapeau aura été nettoyé de toutes les taches de sang et de boue, lorsque la bureaucratie usurpatrice aura été chassée, lorsque la démocratie soviétique aura été pleinement rétablie, lorsque les prolétaires auront en mains, dans des soviets démocratiquement élus, le contrôle sur l'économie et l'Etat, lorsqu'il sera de nouveau le drapeau de l’Internationale, de la révolution communiste mondiale !
Vive l'héritage immortel de Lenine, que notre mouvement bolchevik-léniniste a victorieusement défendu contre vents et marées !
Vive le communisme !
31 octobre 1961. LE SECRETARIAT INTERNATIONAL
DE LA IV‘ INTERNATIONALE