Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960)

Lettre ouverte du Secrétariat international de la IVe Internationale à la direction et aux membres du Parti communiste chinois

22 septembre 1960 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 3 964 mots

Chine URSS et Russie Moyen-Orient et Palestine

In English: Documents: An Open Letter to the Leadership and Members of the Chinese Communist Party — texte anglais publié à l’époque.

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Camarades,

Plusieurs dirigeants, organismes et publications officielles de votre parti ont, ces temps derniers, entamé la discussion de quelques thèses centrales défendues par les partis communistes et les gouvernements des Etats ouvriers depuis longtemps déjà.

Personne ne peut ignorer ou sous-estimer l'énorme importance de cette discussion ainsi que des positions avancées par vous. Ce sont des questions centrales ayant trait à la stratégie, à la tactique, même à & FORCputtE on mouvement communiste et de son rôle, qui sont au centre de Ja is. ser engagée. La propre direction du P.C. de l'U-R.SSS. l'a bien compris quan Dee l'intermédiaire de Ponomarev, elle a dit que la position prés pes que Parti communiste à l'égard du principe de la coexistence paci ie é pus nera son attitude devant beaucoup d'autres qustions : sa ligne politique exté rieure mais aussi sa ligne POROUE MENU 2ins que la tactique à suivre renforcement des positions du socialisme. À : < PR Internationale LP depuis sa constitution, mène la lutie au ee de mouvement communiste et du mouvement Re de He ue êmes combattez aujourd'hui, est à vos côtés DEA ASARAENS te nor ee si opposées à la pensée et aux positions ere de la direction du P.C. de l'URSS. et de la plupart des directions Se communistes partout dans le monde. Ce sont cès conceptions ShRDe ur ie qui, dans des pays européens, ont conduit le mouvement ouvrier à ni Lee défaites, ont rendu stériles de puissants Partis communistes dans se : phases de la révolution coloniale, et fait que la lutte pour le rime ne plus difficile alors que les conditions historiques étaient des plus es es. Cette discussion s'avère nécessaire, inévitable. Il faut cHRqer tes aus sons de la stratégie et de la pique du Mn Énane est int OURS i unistes face à l'imp: L É Es et on de Lénine, du marxisme révolutionnaire. re DROLE ouvrier, le mouvement communiste, l'alliance des Etats ouvriers ont He gagner dans cette discussion afin de définir la véritable Psion communis devant les grands problèmes de la révolution fe cette pério! . nu. 4 Nous ne sommes pas étonnés que ce soient les communistes chinois — vant une riche expérience de ue ne fiers l nie et les régimes féodaux de l'Asie, de construction écon ee de bee des forces créatrices des masses au travers d expérienci lots communes, et pleines de nouvelles possibilités — qui mon eHÉGREO TOR i ureaucratiques et contre-révolutionnaires qui, depuis & en à établie des « vérités » intouchables dans la direction des

Partis communistes et des Etats ouvriers.

L'OBJET DE LA DISCUSSION squ'ici cependant la discussion a été ambiguë, dirigée en général contre des He On nu la présenter comme une discussion contre ces You goslave. Or, ce n'est pas ire eares la politique de la direction y.

i centre de la discussion. Nr À Epre bite pacifique »; l'illusion dans la possibilité du de noeea général; la politique de soutien à la bourgeoisie des pays ee È ses tion des possibilités de l'impérialisme — tels sont les ans on cat ne la politique de la bureaucratie soviétique, des directions 4 preque ee Etats ouvriers et des Partis communistes. La direction yougoslave agi u sus dans la plupart des cas avec cet arsenal idéologique élaboré par Stalin 4 1 Lens pacifique » soumise à la discussion dre le: mouvement Te cature de impériieme Cepelilnt elle ele à et S éritable nature de 11 S é, es.

note td voûte de la politique extérieure Son PhsAuc ane Que tique. Cela signifie que la bureaucratie soviétique a depuis longtemps de E la défaite de la Révolution chinoise de 1925-1927 — renoncé a Ferre AV mobilisation révolutionnaire des masses, sur la révolution mon ss sean forte de sa puissance militaire et économique, de la Den de ae se coloniale dépourvue de direction, et de la pression des ae ue re elle cherche à pactiser avec l'impérialisme, à parvenir à des accords av et à éviter des changements brusques. à IR EE

S i munistes étaient devenus des groupes de press lime péddiene Les olntions dirigées par des Partis communistes, telles la vôtr e et celle des Yougoslaves, se sont faites malgré la bureaucratie PARA développant des forces opposées à cette bureaucratie qui, Fe He de avec Tchang-Kaï-Chek et abandonnait votre lutte à son sort. a TÉvO share Vietnam, tout comme la révolution de Corée ont trouvé chez vous un soutien, bien avant qu'elles ne l'aient trouvé au Kremlin.

Ce fut la coexistence pacifique qui, à Yalta, divisa le monde en zones d'influence, conduisit les Partis communistes italien et français à rendre pouvoir et armes à une bourgeoisie banqueroutière, et amena la défaite de la Révolution grecque. W

La théorie et la politique de la coexistence pacifique ont servi au capitalisme pour reprendre des positions, contrôler les Partis communistes de masse en Europe, rendre impuissants les Partis communistes dans la plupart des pays. Ce fut cette théorie et cette politique qui isolèrent les Partis communistes de la nouvelle montée de la révolution coloniale, impulsée pourtant par votre propre victoire. Elles sont plus condamnables que jamais dans le nouvel essor révolutionnaire et par le propre développement des Etats ouvriers.

Chaque progrès de la révolution mondiale (au Laos, en Turquie, au Japon, comme auparavant en Irak, au Liban, au Guatemala) met en état d'alerte l'appareil militaire de l'impérialisme, ses traités et ses alliances régionales, ses flottes atomiques, ses bases atomiques aux frontières de l'URSS. « L'esprit de Genève », puis « l'esprit du Camp David » et tous les esprits de coexistence et de conciliation s'effondrent l'un après l’autre. Les succès de l’économie chinoise, comme ceux de la science et de la technologie soviétiques ne contribuent pas à la coexistence; au contraire, ils accentuent les antagonismes. ù

L'Union Soviétique elle-même a dû, comme la Chine, recourir à d'un bombardement atomique ou de l'envoi de volontaires à Suez contre l'agression militaire impérialiste, ainsi qu'au Moyen-Orient contre l'intervention militaire impérialiste au Liban et en Jordanie, et en défense de la révolution en Irak, à Cuba, au Congo. Ce ne sont pas les gestes de pacification qui ont freiné l'impérialisme aux moments décisifs.

Ce n'est pas seulement contre la coexistence pacifique que vous avez exprimé votre opposition. La lutte pour le désarmement qui lui est unie est également le produit d'une conception étrangère au marxisme, empruntée à l'arsenal de la petite bourgeoisie pacifiste tant combattue par Lénine.

Depuis des années, la soi-disant « lutte pour la paix », l'illusion d' mement généralisé, ont détourné et désarmé les masses d'une réelle m contre la guerre, en les mettan pacifistes de tout genre, obsti l'ultimatum un désar-obilisation t sous la direction d'intellectuels petits bourgeois nés à convaincre le monde et l'impérialisme des horreurs d'une guerre atomique, comme d’autres s'étaient obstinés de la sorte à la veille des première et deuxième guerres mondiales. Le mouvement communiste, au lieu d'organiser la mobilisation des masses contre la guerre, contre l'impérialisme, s'est vu condamné à l'impuissance en jouant le rôle d’activistes dans ces campagnes de signatures et de communiqués.

Les exemples de mobilisation contre la guerre et pour le désarmement unilatéral en Grande-Bretagne— seule action efficace pour le désarmement — ainsi que son énorme répercussion dans le mouvement ouvrier britannique, refletée dans la victoire récente des positions défendues par l'aile dirigée par Cousins au Congrès des Trade Unions ; les mobilisations contre la bombe atomique au Japon — ces développements montrent que les peuples sont grandement éveillés, qu'ils peuvent se mobiliser et parvenir à des actions révolutionnaires contre la guerre atomique et ses promoteurs.

Il y a dans le régime capitaliste des raisons profondes, inhérentes à l'impérialisme, qui imposent cette course aux armements. Ce ne sont pas seulement quelques « provocateurs à la guerre » qu'il faut éliminer pour arriver au désarmement — c’est le régime même qui s'arme pour lutter pour sa propre survivance, face aux Etats ouvriers et aux progrès de la révolution mondiale. L'économie des armements à constitué, par paradoxe, le marché qui a empêché l'éclatement d'une crise profonde pour l'économie impérialiste. L'illusion qu'on puisse parvenir à un désarmement général laisse dans l'ombre la situation et la nature véritables de l'impérialisme, et — comme certains de vous l'ont souligné trompe les masses sur les véritables méthodes révolutionnaires capables de mettre l'impérialisme dans l'impossibilité d'aller de l'avant dans son massacre atomique, à savoir la lutte pour terrasser l'impérialisme et le capitalisme.

La politique menée par la direction du Kremlin envers les bourgeoïisies des pays arriérés, fait partie de cette politique de coexistence avec l'impérialisme, remplaçant la mobilisation révolutionnaire des masses et la révolution, par la pression sur l'impérialisme ou sur telle ou telle bourgeoisie.

Dans beaucoup de cas, la direction bourgeoise des mouvements coloniaux recherche le soutien économique, technique et diplomatique des Etats ouvriers, autant pour faire front à la pression impérialiste que pour consolider son propre régime face aux masses. Il est parfaitement juste que l'Union Soviétique fasse du commerce, accorde des crédits et même, dans son jeu diplomatique, tire profit des antagonismes opposant ces bourgeoisies à l'impérialisme. Mais la direction de la bureaucratie n’a pas seulement négocié avec du coton, des ma-cons, du pétrole ou des crédits ; elle a aussi négocié avec les Partis commu nistes.

Les militants communistes égyptiens sont en prison ; le Parti communiste syrien a été dissous ; le Kerala a été une défaite lamentable ; Khrouchtchev a couvert l'agressivité du gouvernement Nehru contre la révolution chinoise, en faisant le neutre entre ce gouvernement et le vôtre. Le Parti communiste irakien se voit dans un état d’impuissance au milieu d’un mouvement de masses qu'il aurait pu diriger, tandis que la révolution irakienne stagne, voit ses forces neutralisées par l'alliance diplomatique de Moscou et par le pouvoir économique des grandes compagnies pétrolières, alors que cette révolution aurait pu être le début d'une nouvelle étape, socialiste, de la Révolution arabe. Le Parti communiste algérien s'est complètement coupé de la révolution et des masses algériennes, et il se voit pratiquement réduit à l'impuissance. Le Parti commu niste français est incapable d'organiser et de diriger la lutte contre la guerre d'Algérie. Par sa politique de recherche d’alliances et de transactions avec les partis bourgeois « démocratiques», il a conduit les masses françaises à Ja défaite qu'a constituée la venue de de Gaulle au pouvoir. Le Parti communiste indonésien, qui avait soutenu Sukarno inconditionnellement, est aujourd’hui pourchassé et menacé d’être interdit par ce même gouvernement Sukarno.

Les Partis communistes de l'Afrique et de l'Amérique latine servent les besoins diplomatiques ou commerciaux de Moscou en soutenant toujours des dirigeants bourgeois ou petits bourgeois. Le Parti communiste de l'Argentine a voté pour Frondizi qui l’a, par la suite, frappé d'interdiction; le Parti communiste brésilien, après avoir voté pour Kubischek qui le maintient toujours hors-la-loi, soutient maintenant Lott, cet ennemi déclaré du communisme, de la légalisation du Parti communiste et des relations diplomatiques avec Moscou. En Colombie, le Parti communiste a soutenu la campagne électorale de Llevas Camargo, agent de l'impérialisme ; au Venezuela, le Parti communiste a soutenu Larra-zabal ; en Bolivie, il a voté pour Paz Estensoro. Partout, les Partis communistes marchent sous les bannières du nationalisme bourgeois, sinon sous des bannières moins définies comme jadis celle de Batista à Cuba.

La politique de soutien à la bourgeoisie a amené la défaite de nombreux mouvements révolutionnaires. À Hépodte où cette politique conduisait, en 1925- 1927, la Révolution chinoise à la défaite, Léon Trotsky et l'Opposition de gauche se dressèrent contre l’inféodation du Parti communiste chinois à la direction bourgeoise de Tchang-Kaï-Chek. Votre propre révolution a triomphé en réalisant des tâches socialistes jointes à celles non achevées de la révolution démocratique. Cette révolution que vous avez appelée « ininterrompue», a infligé un démenti complet à la théorie stalinienne de la révolution bourgeoise séparée dans le temps et par les classes qui la dirigent, de la révolution socialiste.

La dynamique qui anime aujourd'hui la révolution en Algérie, à Cuba, en Afrique Noire, en Amérique latine, est également celle de la révolution « ininterrompue », c’est-à-dire permanente. Elle contraste avec les échecs essuyés au Kérala, en Irak, en Indonésie.

La coexistence pacifique avec le monde capitaliste et la coexistence avec les bourgeoisies de chaque pays ne résistent pas devant la poussée de la révolution coloniale. Ce sont ces nouveaux mouvements de masses qui, tout en laissant isolés et réduits à de petits groupes des Partis communistes posent à nouveau l'alternative socialiste pour arracher leur pays à son retard, et luttent ES façon révolutionnaire contre le pouvoir politique et économique du capitalisme.

Votre propre révolution, même triomphante, a dû trouver un soutien dans la mobilisation des masses coréennes, vietnamiennes et des différents pays voisins qui ont empêché l'impérialisme d'établir son front de guerre en Asie, Par contre, les Nehru, les Sukarno sont devenus les agents d’une politique cherchant à isoler et à harceler la Révolution chinoise en Asie.

QUELLES SONT LES RAISONS DE CES POSITIONS ANTILENINISTES ?

D'où proviennent ces monstrueuses déformations de la pensée marxiste qui ont conduit le mouvement ouvrier mondial à des défaites et détourné de son chemin une grande partie de l'avant-garde ouvrière ?

Elles sont l'expression théorique et politique d’une dictature bureaucratique qui s'est érigée en U.R.S.S. et dans les Partis communistes dans le monde. C'est l'expression de la caste bureaucratique qui a détruit en URSS. le vieux parti bolchevik de Lénine, qui a pourchassé et assassiné la vieille garde bolchevique, léniniste; qui a vidé de son contenu révolutionnaire l’Internationale communiste et s’est servi d'elle, avant de la dissoudre, comme instrument dans sa politique extérieure. C'est ainsi que furent balayées les traditions et les conceptions de Lénine que vous revendiquez aujourd’hui.

Ce ne sont pas les intérêts de l'Union Soviétique — dont le sort est lié à celui de la révolution mondiale — qui ont développé les théories de la coexistence pacifique, du socialisme dans un seul pays, du soutien de la direction bourgeoise des révolutions coloniales, du désarmement, des accords avec l'impérialisme, mais les intérêts de la caste bureaucratique érigée en U.RS.S. sur la base des défaites de la révolution mondiale, de l'isolement du premier Etat ouvrier, et du grand effort qu’eurent à dépenser les masses soviétiques pour affermir leur révolution en l'absence d'un soutien économique et révolutionnaire de l'extérieur.

Aujourd’hui Kardelj trouve des analogies entre vos idées et celles que Trotsky défendit à cette époque. Trotsky combattit la dégénérescence de la pensée marxiste représentée par Staline; il défendit les thèses léninistes sur la révolution mondiale, il combattit la soumission du P.C. chinois au Kuo-MinTang, il combattit la dégénérescence du contenu et du rôle révolutionnaire de l’Intérnationale Communiste.

Aujourd'hui, le premier Etat ouvrier n'est pas isolé et les rapports des forces évoluent aux dépens de l'impérialisme. Le rôle de la bourgeoisie dans la révolution coloniale s’est clairement révélé en maintes occasions. La révolution coloniale marche de l'avant en laissant de côté les Partis communistes transformés en des groupes de pression. Les défaites et l'isolement qui constituèrent la base pour imposer au mouvement communiste les thèses staliniennes ont disparu pour faire place à une grande avance de la révolution et à de grands progrès des Etats ouvriers.

Voilà les raisons profondes du fait qu'aujourd'hui, dans les Etats ouvriers et dans le mouvement révolutionnaire colonial, se développent les exigences d'un réarmement idéologique et programmatique, et d’un retour à la pensée du marxisme-léninisme. Telle est la base objective de la nouvelle situation dont vous avez parlé. Cette discussion est une nécessité objective du mouvement communiste et révolutionnaire, elle ne pourra être ni freinée ni escamotée.

Votre propre direction a partagé ces positions ainsi que les grosses responsabilités de son application. Les privilèges bureaucratiques ne sont pas étrangers à la République Populaire de Chine et au P.C. chinois, mais nous connaissons, camarades, les facteurs dynamiques qui mettent en marche votre révolution. Onze années de développements et plus encore de révolution; la nouvelle expérience des Communes ; la mobilisation permanente contre les agressions ou pour le soutien de la révolution asiatique ont développé en Chine et dans votre parti de nouveaux besoins, de nouvelles préoccupations, de nouvelles générations, pour lesquels se trouve totalement inadéquat le vieil arsenal stalinien, que vous-mêmes, dans votre propre action, avez mis de côté à chaque pas révolutionnaire en avant. Les énormes ressources révolutionnaires, les énormes possibilités que vous avez en mains, agissent incontestablement sur vous et sur l'ensemble du mouvement communiste mondial. Les succès, le rythme de croissance agissent sur la conscience des communistes. Les succès de la Révolution chinoise détruisent les bases subjectives du stalinisme dans vos rangs, après en avoir détruit les bases objectives.

Et cela ne se produit pas seulement dans le P.C. chinois. L'U.R.S.S. même est atteinte par des changements profonds. Ses succès et ses progrès scientifiques ont été accompagnés par la chute du mythe de Staline et par des changements dans les aspects les plus odieux du régime. Le 20° Congrès, les révolutions polonaise et hongroise, les succès de l'économie yougoslave avéc le développement de la gestion ouvrière, ce sont des manifestations d’un changement objectif. Votre discussion, votre aspiration à retrouver la voie léniniste dans les questions fondamentales satisferont une nécessité objective du mouvement communiste de ces pays dont les conceptions se heurtent aux nouvélles nécessités du développement socialiste. ,

Le raidissement que vos idées ont rencontré dans les directions de ces Etats ouvriers n'est se l'expression du sentiment des masses ouvrières, et communistes, mais celle de la peur d’une discussion ouverte pouvant impulser, au cours des prochaines années, le développement de groupements marxistes révolutionnaires qui échapperaient au contrôle bureaucratique. La résistance que, vous rencontrerez, camarades, c'est la résistance bureaucratique, celle des secteurs pour qui le rétablissement de la démocratie ouvrière au sein du mouvement communiste équivaut à la perte de leurs privilèges. Ce ne sera pas une discussion programmatique des principés que vous rencontrerez dans et hors votre parti. Vos positions auront à affronter les forces conservatrices de la société soviétique, des Etats ouvriers, des Partis communistes, et de votre propre Etat et de votre parti, tous retranchés contre un réel renouveau du mouvement communiste. È

La seule façon de combattre ces positions et conceptions étrangères au marxisme, c'est de combattre leurs bases sociales, la monstrueuse dégénérescence ou la déformation bureaucratique des Etats ouvriers, y compris le votre, et celle des P.C. du monde entier. La seule façon pour que ces positions se frayent un chemin dans le mouvement communiste de masse, dans les Etats ouvriers et dans le mouvement révolutionnaire mondial, c'est d'ouvrir les portes à l'intervention, à la libre expression des forces sociales qui demandent en même temps un changement de ces positions et la liquidation des privilèges bureaucratiques qui leur ont donné naissance — ces forces qui, objectivement et en grande partie subjectivement, sont pour un renouveau du mouvement communiste, de sa tactique, de sa stratégie, de son organisation. Il s’agit en l’occurrence des ouvriers, des intellectuels, des paysans, des cadres constructeurs de la nouvelle économie, de la nouvelle science, de la nouvelle société. C'est à eux qu'il faut ouvrir la voie vers la libre expression, car c'est sur eux que le renouveau et le développement de la pensée communiste pourront être soutenus.

Et cela doit commencer par votre propre exemple, en entamant ce renouveau au sein des masses communistes chinoises, avec la même décision et la même audace dont vous avez fait preuve dans la construction économique, dans les communes et dans le soulèvement armé contre l'impérialisme. Vos méthodes bureaucratiques dans le P.C. et dans le gouvernement seront des obstacles à la progression de vos positions et à la pénétration réelle des masses communistes dans le monde. La liberté des courants en votre parti est une base très importante pour le développement de la pensée communiste: La pleine démocratie soviétique, la liberté d'existence de plusieurs partis soviétiques ayant droit de défendre leurs plate-formes sur la politique économique, sociale, internationale, sur l’organisation du pouvoir ouvrier et de l'Etat, tout en se conduisant loyalement à l'égard du système social, telle est la seule façon d'épanouir toute la force créatrice des masses, aussi bien dans l'effort économique que dans la conduite de la nouvelle société. Telle est la seule façon de contrecarrer et de vaincre les couches privilégiées bureaucratiques qui constituent la base sociale des conceptions anti-léninistes combattues par vous.

Camarades !

Certains s'efforceront de contenir et de freiner cette discussion sous prétexte que l'impérialisme en profiterait. L'impérialisme et les chefs sociaux-démocrates misent depuis des années sur l'éclatement d’une lutte confrontant TURSS. et la Chine populaire. C'est là un échantillon de leur impuissance politique. La discussion ouverte renforcera la cohésion entre les Partis communistes. Vos idées rencontreront un grand écho dans les nouvelles générations soviétiques. Khrouchtchev lui-même a dû, à la Conférence au sommet, à Cuba, au Congo, prendre des initiatives qui affaiblissent objectivement sa position. Ce n'est pas l'impérialisme qui gagnera dans le renouveau marxiste révolutionnaire, mais les militants communistes du monde capitaliste condamnés

QUATRIEME INTERNATIONALE 3t à la stérilité sinon à la trahison des causes révolutionnaires et internationalistes, mais les mouvements révolutionnaires de l'Asie, de l'Amérique latine, de l'Afrique. Ils se Sont lancés dans l’action révolutionnaire, empiriquement, en marge des Partis communistes ou contre eux. Cette révolution coloniale est devant le dilemme : capitalisme ou socialisme. Si le mouvement communiste met à nu le véritable rôle de l'impérialisme, la tactique révolutionnaire, la stratégie du pouvoir ouvrier et paysan stimuleront et pousseront la révolution coloniale de façon à la faire culminer en une lutte contre le capitalisme, pour le socialisme.

Le mouvement communiste ayant repris la voie du marxisme-léninisme, instrument de la révolution socialiste, a devant lui pour l'emporter tout un monde représenté par la révolution coloniale. Ces mouvements révolutionnaires, très proches des Etats ouvriers et alliés à eux, résistent cependant au communisme dans la version qu’en a donné le stalinisme avec ses monstrueuses déformations bureaucratiques de la pensée et avec ses crimes.

C'est cette discussion qui peut ouvrir la voie à la destruction du commandement bureaucratique des Partis communistes, de leur monolithisme, de leur subordination au Kremlin et au retour vers la régénération du mouvement communiste, d'une Internationale Communiste de masse qui serait le véritable parti marxiste-léniniste de la révolution mondiale.

Camarades !

Le Secrétariat International de la IV* Internationale salue cette discussion réouverte par vous dans l'ensemble du mouvement communiste, pleine de possibilités et de perspectives pour la révolution mondiale. [1 vous appelle à développer avec conséquence ces positions, à mettre vos grandes ressources et possibilités au service du combat non seulement contre les idées anti-léninistes mais aussi contre les causes qui sont à leur origine.

Ïl vous appelle à discuter ouvertement, franchement, sans y introduire de faux destinataires, sans recourir aux menaces, mais d'une façon claire et compréhensible pour l'ensemble du mouvement communiste.

Il vous appelle à ouvrir les portes de la libre expression dans cette dis- £ussion à l'ensemble des militants communistes et des organisations communistes, y compris la Ligue des Communistes Yougoslaves et la IV' Internationale. Les membres des Partis communistes, tout comme leurs tendances doivent avoir la liberté d'exprimer leurs positions distinctes de celles de leurs dirigeants. Ceci doit commencer par l'exemple de votre propre parti.

—'Démocratie soviétique. Légalisation des partis qui acceptent les bases sosiales

‘ et le principe du pouvoir ouvrier, et ayant des plate-formes différentes sur d'autres questions. u

— Gestion ouvrière de l'industrie; gestion libre des Comités d'administration des Communes du peuple. ,

— Congrès mondial de tous les Partis communistes et courants communistes pour discuter démocratiquement de tous ces problèmes.

Camarades communistes de l'Union Soviétique et du monde entier !

Une discussion de la plus grande importance et de la plus grande portée est ouverte. Qu'elle devienne votre ! Intervenez ! Empêchez qu'elle soit close au moyen de simples résolutions administratives ! :

__ Pour le renouveau marxiste révolutionnaire du mouvement communiste ! — Pour le retour à Lénine !

Le 22 septembre 1960.

Source : Quatrième Internationale, 18e année n°11, octobre-novembre 1960 · scan (Radar, 16-014-00091).

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