Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957)

Manifeste du Comité exécutif de la IVe Internationale pour le 39e anniversaire de la Révolution russe

1er novembre 1956 · Comité exécutif international · Le IVe Congrès mondial et après (1954-1957) · 5 130 mots

URSS et Russie Pologne

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- CAMARADES TRAVAILLEURS,

Le 39 anniversaire de la Révolution d'Octobre s'ouvre sur une étape nouvelle de la plus grande expérience sociale de l'Histoire. Des forces puissantes agissent de nouveau pour faciliter l'épanouissement du contenu socialiste de la Révolution et assurer sa victoire rapide sur l'échelle internationale.

Les forces réactionnaires où conservatrices de l'impérialisme et de la bureaucratie soviétique, quoique décidées toujours à se défendre avec acharnement contre l'avance triomphante de la Révolution Socialiste mondiale, sont manifestement en recul.

Au moment où le régime politique sanglant et absolutiste de Staline, instauré sur les ruines de la démocratie prolétarienne du temps de Lénine et de Trotsky, vacille miné dans ses. fondements même, aussi bien en U.R.SSS. que dans les Démocraties populaires un bilan s'impose de l'œuvre accomplie par la Grande Révolution d'Octobre, de son expérience, ainsi qu'une esquisse des perspectives nouvelles qui s'en dégagent.

La justification historique de l'action victorieuse menée en Russie par le prolétariat russe et le parti de Lénine en 1917 n'est plus à démontrer. Elle est éclatante et a une importance historique. Elle éclaire d'une lumière puissante la voie à suivre pour toute l'humanité. L'économie étatisée et planifiée, rendue possible grâce à la Révolution d'Octobre, s'est avérée une conquête fondamentale déterminant un essor prodigieux des forces productives, incompatible avec les conditions du capitalisme décadent.

Malgré l'isolement de l'U.R.S.S. jusqu'à la dernière guerre mondiale; malgré la gestion bureaucratique de l'Etat et de l'économie, ses gaspillages, ses erreurs, ses limitations, l'U.R.S.S. est devenue la deuxième puissance industrielle du monde et se prépare à disputer dans les années à venir la première place dans diverses branches de la production industrielle.

Quelques chiffres illustrent la gigantesque marche en avant des forces productives déclenchée par le système social qu'a instauré la victoire d'Octobre. Le taux d'accroissement annuel de la production industrielle soviétique s'établit en moyenne à plus du double du taux correspondant des pays capitalistes industriels en période d'essor continu non interrompu par les « récessions » et les crises.

Sur la base d'un tel rythme, vers 1960, au terme du nouveau plan quinquennal, la production d'acier par tête d'habitant en U.R.S.S. dépassera celle qu'aura à cette date toute l'Europe occidentale unie, et la production globale de charbon dépassera celle des Etats-Unis. Quelques années plus tard, vers 1965, l'industrie. lourde soviétique rejoindra celle de l'Europe occidentale toute entière, et vers 1970 elle égalera celle des Etats-Unis.

Certes, même à cette date la production soviétique par tête d'’habitant risque de rester inférieure à celle des Etats-Unis, l'écart étant sensiblement plus grand en ce qui concerne les matières et les produits de consommation en provenance de l'agriculture, de l'élevage et de l'industrie légère. Mais dans là compétition entre les deux systèmes économiques et sociaux, y compris dans le domaine de la production par tête d'habitat, l'U.R.S.S. a pris manifestement maintenant une avance décisive et irréversible.

L'économie étatisée et planifiée n'a pas manqué de faire aussi ses preuves de supériorité tant dans l'exemple des Démocraties populaires que dans celui de la Chine. La production industrielle des Démocraties populaires est en train de dépasser, pour environ le même nombre total d'habitants, celles de la France et de l'Italie réunies. Quant à la Chine, ses progrès déjà étonnants se mesurent aussi bien par rapport à la stagnation qui a marqué ce pays dans son évolution d'avant la Révolution que par rapport à ceux qui sont réalisés actuellement par un pays comme l’Inde s‘industrialisant sous un régime bourgeois.

Ainsi, dans le domaine décisif de l’accroissement des forces productives, à un taux continu, supérieur par rapport à celui du capitalisme, le système de l'économie étatisée et planifiée a démontré déjà toute sa supériorité historique.

Cependant les conditions concrètes dans lesquelles a eu lieu jusqu'à maintenant ce développement ne cadrent pas avec celles qui furent prévues par les maîtres du marxisme révolutionnaire et avec le contenu donné par eux à la notion du régime socialiste. Le développement économique de l'URSS. et des Démocraties populaires s'est réalisé dans des conditions matérielles plus que pénibles pour la grande masse des ouvriers et des paysans de ces pays, sous un régime politique bureaucratique, policier. et absolutiste. Or le socialisme ne mérite son nom qu'en tant que régime synonyme d'une constante et substantielle élévation du niveau de vie des masses et de leur association démocratique au contrôle et à la gestion de l'Etat et de l'économie.

Le régime stalinien en U.R.S.S. et dans les Démocraties populaires, qui fondamentalement subsiste encore, est la négation d'une telle conception du socialisme. La poussée des masses qui tend actuellement à le renverser ne pourra y aboutir que guidée par une avant-garde véritablement léniniste, consciente des raisons profondes qui ont provoqué la déformation bureaucratique monstreuse du régime politique instauré par la Révolution d'Octobre, et capable d'apporter une solution aux problèmes créés par ce régime.

CAMARADES TRAVAILLEURS,

La principale ressource de |‘ « accumulation primitive » aussi bien en URSS. que dans les autres Etats ouvriers était et reste le produit non consommé par les masses productives de la paysannerie et du prolétariat. C'est en prélevant sur ce produit que l'Etat trouve les moyens nécessaires à l'édification de l'industrie — de l'industrie lourde en premier lieu.

Dans les conditions d'un pays arriéré et isolé du marché international, comme ce fut le cas de l'U.R.S.S. et actuellement de la Chine et des autres Démocraties populaires, prélever sur la consommation pour construire un puissant--appareil d'industrie lourde peut signifier restreindre pour une période la consommation de toute une série de produits et soumettre toute la population à un régime d'austérité sévère. Le caractère arriéré du pays et son isolement du marché mondial déterminent, outre une masse globale de capital impressionnante à trouver, un coût de revient hors de comparaison avec celui du marché mondial. D'où, à la fois, la tendance à procéder au drainage draconien de toutes les ressources provenant des restrictions dela consommation et du niveau de vie en général des masses, et la disproportion criante entre les:prix industriels et les prix agricoles.

bases matérielles et techniques pour une telle transformation, les régimes staliniens ont imposé aux masses un fardeau disproportionné aux possibilités économiques réelles et à leur utilisation rationnelle, qui a strictement limité leur consommation pour des années durant et miné la collaboration volontaire et confiante entre l'Etat, le prolétariat et la paysannerie.

C'est celle-ci qui du reste a le plus souffert de cette orientation, ce qui explique et le retard général de l’agriculture dans tous ces pays et le divorce accentué des masses, paysannes avec le pouvoir politique. Les masses paysannes pauvres se sentent frustrées de leur produit de travail dans les conditions désavantageuses de leurs échanges avec l'Etat. D'autre part, elles boudent toujours une collectivisation qui se fait par des moyens de pression administrative et non sur une base d'adhésion volontaire, par l'attrait des conditions matérielles et techniques fournies par l'Etat aux membres des collectifs : possibilités d'approvisionnement à bon marché en produits industriels abondants et divers, mécanisation poussée de l'agriculture.

La gestion bureaucratique de l'économie a d'autre part aggravé encore plus les inconvénients découlant de son orientation fausse. Si, dans une toute première phase, la gestion bureaucratique supplée aux besoins des pays arriérés et isolés d'assimiler de cette manière la technique et la science modernes, très rapidement elle devient une source de gaspillages, de frais disproportionnés aux services rendus, d'incompétence et de frein de l'initiative créatrice des masses. La prolifération d'une couche bureaucratique dominante, ainsi que la gestion bureaucratique de l'Etat et de l'économie, réduisent effectivement si elles n'éliminent pas complètement les avantages de l'Etat ouvrier par rapport à l'Etat capitaliste en matière de ressources pour l'industrialisation, provenant du produit autrefois accaparé par l'impérialisme, les féodaux, les capitalistes.

Les conditions politiques du régime stalinien n'étaient pas et ne sont toujours pas faites pour alléger les difficultés économiques dans lesquelles se débattent encore les larges masses de ces pays. Au contraire. Etant en réalité la raison fondamentale de l'oriéntation économique fausse, le régime politique stalinien qui représente le pouvoir de la couche bureaucratique privilégiée, en tout premier lieu de la bureaucratie soviétique, maintient et aggrave le divorce des masses d'avec ce régime.

Or, il ne peut exister applanissement des difficultés économiques et gestion bon marché de l'Etat ouvrier que dans la démocratie prolétarienne la plus large, que dans l'association démocratique la plus large des masses productrices au contrôle et à la gestion de l'Etat et de l’économie.

Le régime politique stalinien est devenu à la fois le régime le plus anti-économique et le plus antipopulaire. Il freine désormais le développement des forces productives de l'économie étatisée et planifiée aux possibilités insoupçonnées, et détériore les rapports sociaux, plus particulièrement entre le prolétariat et la paysannerie.

CAMARADES TRAVAILLEURS,

Toutes ces plaies du régime stalinien, dénoncées depuis de longues ahnées exclusivement par l'Opposition communiste de gauche que dirigea Trotsky et que continua la IV® INTERNATIONALE, sont apparues au grand jour depuis la mort de Staline.

La crise du stalinisme international, qui môûrissait plus particulièrement depuis la fin de la dernière guerre et dans l'essor des forces révolutiannaires dans le monde, a éclaté avec fracas. La pression des masses soviétiques et de celles des Démocraties populaires est à la base de la « destalinisation » à

Ce dernier phénomène, s'il pèse également sur le niveau de vie de la ‘classe ouvrière, écrase plus particulièrement la paysannerie. En effet sous un régime comme celui de l'U.RS.S., de la Chine, des Démocraties populaires, les prix agricoles devaient rester, même sans l'intervention arbitraire de l'Etat, au niveau atteint par la productivité sous l'ancien régime, et même leur être inférieurs, vu les progrès de la productivité par la collectivisation et la mécanisation plus poussée de l'économie agricole. Par contre, la hausse des prix des produits industriels dépasse de beaucoup le niveau des prix sous l'ancien régime qui profitait du libre accès au marché mondial.

Ainsi, c'est surtout la paysannerie qui contribue encore plus que le prolétariat à l’ « accumulation primitive » de l'Etat ouvrier et qui paie sur sa «consommation la plus grande partie des frais de cette accumulation.

Un tel processus est naturellement dans une certaine mesure possible même sous un régime politique autre que le régime stalinien, aussi longtemps que subsistent le caractère arriéré du pays en question et son isolemenx, par le monopole du commerce extérieur, du marché mondial, souvent aggravé d’un isolement forcé.

La seule solution radicale à ce problème réside dans l'extension rapide de la Révolution socialiste sur l'arène internationale, dans la jonction rapide du pays arriéré qui construit le socialisme avec les pays économiquement développés gagnés aux aussi au socialisme.

C'est là le premier enseignement fondamental à tirer de l'expérience ‘stalinienne, qui donne toute la mesure du caractère criminel de celle-ci et la ‘condamne irrévocablement.

La politique stalinienne, basée sur la théorie du « socialisme dans un seul pays », tournait en effet délibérément le dos à la Révolution mondiale, tout en accentuant par sa fausse orientation et l'isolement de l'économie soviétique du marché mondial et la disproportion désastreuse entre les branches fondamentales de l'économie : l'agriculture, l'industrie légère, l'industrie lourde. Ce faisant, elle aggravait les conditions objectives défavorables au développement véritablement socialiste de l‘U.R.S.S., découlant du caractère arriéré et de l'isolement international du pays.

La condamnation des résultats de la politique stalinienne aussi bien en U.R.S.S. que dans les Démocraties populaires, tout en tenant compte de ces handicaps objectifs, repose essentiellement sur son orientation subjective, fausse et criminelle, qui a précisément théorisé ces handicaps et leurs conséquences sur le plan du niveau de vie des masses et leurs libertés, en les identifiant au socialisme, et même au « socialisme parachevé »!

Le régime stalinien est le principal responsable du niveau de vie actuel des masses en U.R.S.S. et dans les Démocraties populaires, ainsi que du déséquilibre fondamental de leur économie. Si des millions d'ouvriers et de paysans vivent encore dans ces pays avec des salaires de 300 et même de 200 roubles par mois, c'est-à-dire de dix: mille francs français et même au-dessous, comme viennent de le démontrer les récents relèvements des bas salaires en Ü:R.S.S. et les événements de Poznan en Pologne, ceci n'est pas dû aux difficultés objectives de la construction du socialisme dans des pays arriérés, isolés du marché international, mais à l'orientation fausse de l'économie sous le régime stalinien, aggravée par sa gestion bureaucratique.

En orientant l'économie vers des plans autarciques visant à la construction du « socialisme parachevé dans un seul pays »; en accordant une priorité absolue et démesurée à l'industrie lourde sans tenir compte de la nécessité d’un développement parallèle important de l'industrie légère et de l'agriculture ; en procédant à la collectivisation de celle-ci sans qu'existent les

QUATRIEME. INTER NATION AL'E de l'application pour toute une période d'une nouvelle politique économique audacieuse et souple, particulièrement dans l'agriculture. Une marche arrière dans le domaine de la collectivisation administrative forcée peut s'avérer ici et là absolument nécessaire, parallèlement à une substantielle hausse des prix des produits agricoles achetés par l'Etat et à un développement puissant de l'industrie légère.

La nécessité d'asseoir de nouveau sur une base matérielle et technique solide les rapports de la paysannerie avec l'Etat et son alliance avec le prolétariat se fait sentir partout impérieusement, y compris en U.R.S.S.

Non moins importante est la nécessité de relever rapidement le niveau de vie des masses urbaines et leurs conditions de logement. Seul le développement substantiel de l'industrie légère, en interaction avec le développement parallèle de l'agriculture, peut porter dans ce domaine des remèdes. L'articulation des différents plans nationaux, selon une division du travail sur la base de l'ensemble des Etats ouvriers et de l'apport possible du reste du marché international fournirait d'autre part le cadre plus général d'une planification saine.

Cependant la réorientation de la planification, avant tout au’ profit immédiat des masses productrices, est impossible sans leur association démocratique à son élaboration et.à son exécution à tous les échelons. Ce qui pose déjà la question politique fondamentale d'un véritable pouvoir ouvrier, d'une véritable démocratie prolétarienne et socialiste.

CAMARADES TRAVAILLEURS,

La IV® INTERNATIONALE vous déclare que toutes les tentatives auxquelles se livrent actuellement les épigones de Staline pour « démocratiser » le régime bureaucratique ne sauraient être qu'un leurre aussi longtemps qu'elles maintiendront le régime politique du Parti monolithique unique. En effet le mécanisme de la démocratie prolétarienne et socialiste est faussé à la base par l'existence d'un tel régime, qui ne fonctionne qu'au profit d'une bureaucratie pratiquement incontrôlable. Ni l'élection démocratique des comités à la base, dans les usines et les collectifs, ni la gestion économique à la base, des usines et des collectifs par ces comités, ni l'indépendance des syndicats par rapport à l'Etat, si importantes qu'elles soient, ne suffisent à assurer aux travailleurs le véritable contrôle et la Véritable gestion de l'Etat et de l'économie.

Ces tâches sont de nature politique, effectivement assumées sur l'échelle nationale. Sans la possibilité d'une libre expression politique sur le plan national des différentes fractions de la population travailleuse, la démocratie politique est vidée de tout sens.

Seul le droit à la formation de plus d'un parti politique représentant les vues et les intérêts momentanés de telle ou telle fraction des masses, dans la voie de la construction du socialisme, peut assurer un fonctionnement effectif de la démocratie prolétarienne. Seule la pluralité des partis ouvriers peut donner un sens à l'existence des comités démocratiques, c'est-à-dire réellement représentatifs de tous les courants politiques du prolétariat et de la paysannerie, et aux élections pour un parlement où un Conseil national suprême désignant à son tour Un gouvernement véritablement responsable devant lui.

L'argument stalinien, qui n'est toujours pas renié, y compris par les dirigeants yougoslaves actuels, selon lequel la soi-disant disparition des classes dans un régime ouvrier après la victoire sur la bourgeoisie enlève la base objective à l'existence d'autres partis que le parti monolithique unique, laquelle se sont vus obligés de recourir pour survivre les sommets de la direction politique de la bureaucratie soviétique et ses hommes de paille dans les Démocraties populaires.

Certains doutaient de l'existence de cette pression, parlaient d'une « autoréforme » des directions. staliniennes, espéraient et souhaitaient un passage à froid, sous les mêmes hommes, de l'absolutisme policier et bureau-

-cratique de Staline à un palier de bureaucratisme « éclairé », à l'exemple du régime yougoslave.

Les événements de juin 1953 en Allemagne Orientale, les grèves dans les camps de concentration en U.R.S.S., les événements de Poznan en juin de cette année et maintenant de Varsovie, en Pologne, et de Hongrie, ont fourni une réponse éclatante : les masses donnent l'assaut contre le régime politique de la bureaucratie et tentent de replacer le développement de tous ces pays dans la voie du socialisme véritable, synonyme de l'accroissement continu et substantiel du niveau de vie, et de la plus large association démocratique des masses au contrôle et à la gestion de l'Etat et de l'économie.

C'est là le sens le plus profond des événements qui secouent actuellement les pays de l'orbite soviétique; c'est là la perspective ultime des développements en cours.

La crise actuelle du stalinisme a tout remis en question ; elle a touché cette fois-ci les problèmes fondamentaux de la politique prolétarienne et socialiste. Durant de longues années, ces questions furent discutées et éclairées théoriquement par une avant-garde numériquement très restreinte, soumise à la pression conjointe la plus formidable de l'impérialisme et du stalinisme : l'Opposition communiste de gauche dirigée par Léon Trotsky, que continue aujourd'hui la IV INTERNATIONALE.

Maintenant ces questions sont, de manière explicite ou implicite, au centre des préoccupations de millions d'hommes qui vivent en U.R.S.S., en Chine, dans les Démocraties populaires, et de tout le mouvement communiste international !

Sur la base d'une expérience riche mais tellement amère et si chèrement payée, le contenu du socialisme est à repréciser aussi bien dans le domaine économique que politique.

CAMARADES TRAVAILLEURS,

L'expérience a suffisamment démontré que la planification de l'économie, rendue possible par son étatisation, ne profite aux masses que dans la mesure où s'établit dès le début un rapport de développement équilibré et harmonieux entre l'industrie lourde, l'industrie légère et l'agriculture. La priorité indispensable à donner pour toute une période à l'industrie lourde ne doit pas devancer démesurément le développement parallèle de l'industrie légère et de l'agriculture, qui fournissent les matières premières à l’industrie lourde et approvisionnent les masses en produits alimentaires et en moyens de consommation. L

D'autre part, seule une telle orientation du plan peut donner les bases matérielles et techniques nécessaires à une collectivisation progressive, volontaire et solide de l'économie agricole.

La révision dans ce sens des plans économiques s'impose actuellement partout, que ce soit en U.R.S.S., en Chine ou dans les Démocraties populaires.

Plus encore. Le déséquilibre fondamental de l'économie de ces pays auquel vient d'aboutir la gestion stalinienne, et ses conséquences sociales sur le plan des rapports des masses avec l'Etat ainsi qu'entre le prolétariat et la paysannerie, imposent actuellement une réforme profonde dans le sens

QUATRIEME INTER NAT T-O N A LE ne résiste ni aux critères de la théorie ni aux enseignements de l’expérienice.

Les classes et leurs couches diverses ne disparaissent qu'administrative-ment, juridiquement, avec la victoire politique du prolétariat, mais économiquement leurs racines subsistent pour toute une période. Leur disparition effective est liée au développement impétueux des forces productives atteignant l'abondance.

D'autre part, la construction du socialisme différencie sur de nouveaux problèmes économiques, sociaux et culturels et par de nouveaux antagonismes les masses aussi bien prolétariennes que paysannes. La société qui succède au capitalisme, loin d'être dès le début homogène, est pour toute une période — jusqu'à l'avènement du communisme — sérieusement différenciée.

Sans une démocratie pour les masses travailleuses plus ample que celle jamais connue sous le capitalisme, il est impossible d'assurer un développement harmonieux de la société issue de la victoire sur le capitalisme, qui ne soit au profit d'une seule couche privilégiée, boureaucratique et absolutiste.

Ce qui est arrivé effectivement avec l'U.R.S.S. et le régime stalinien.

Le parti monolithique unique est l'instrument de la domination politique d'une couche bureaucratique sur l'ensemble de la population travailleuse. Il est à rejeter totalement et sans hésitation si on veut faire revivre et enrichir le contenu de la démocratie prolétarienne et socialiste du temps de Lénine et de Trotsky.

Dans le cadre d'un système de pluralité de partis tous défendant les bases économiques et sociales du régime issus de la victoire sur la bourgeoisie, le véritable Parti révolutionnaire a toute chance de rester le parti effectif de la majorité écrasante de la population travailleuse. Mais seuls le droit à la formation éventuelle d'autres partis et l'existence d'un véritable régime démocratique dans ses rangs peuvent donner la preuve effective de son caractère et de l'adhésion volontaire de la population à son drapeau.

La suprématie du véritable Parti Révolutionnaire doit être un combat continu à gagner, dans le cadre d'une effective démocratie politique pour la classe et non pas un privilège à imposer arbitraitement et par la violence policière et bureaucratique.

CAMARADES TRAVAILLEURS,

Pour ces raisons, la IV® INTERNATIONALE vous déclare qu'il ne peut pas y avoir une véritable instauration de la démocratie prolétarienne en U.R.S.S. et dans les autres Etats ouvriers aussi longtemps que le droit à la pluralité des partis ouvriers ne sera pas reconnu, ainsi que le droit aux tendances idéologiques au sein du parti se réclamant du marxisme-léninisme.

Si importantes que soient les éventuelles réformes démocratiques auxquelles se verraient acculés sous la pression montante des masses les directions actuelles des Etats ouvriers, elles n’altéreront fondamentalement pas le régime bureaucratique tant que le système du parti monolithique unique sera maintenu.

CE CAMARADES TRAVAILLEURS,

Les conditions qui prévalent actuellement dans le monde sont éminem-ment favorables aussi bien à l'instauration de la véritable démocratie socialiste dans les pays ouvriers qu'à un essor révolutionnaire général. En réalité les conditions sont telles, du point de vue objectif et subjectif, que nous sommes au début d'un gigantesque épanouissement des germes semés par

QUATRIEME : IN TER NATI O N’A LE la Grande Révolution d'Octobre. L'action, la pensée, les réalisations prolétariennes et socialistes connaîtront un essor insoupçonné.

L'humanité possède actuellement de nouvelles forces productives formidables qui s'appelent l'énergie atomique et l'automation. Leur utilisation en masse fera pâlir tous les progrès du passé et transformera la vie sur notre planète.

Ces forces, appartenant par nature au socialisme, ne pourront être utilisées en grand et sans conséquences sociales désastreuses que par le socialisme. Quand les Etats ouvriers les emploieront sur une vaste échelle, ils acquerront une avance décisive par rapport au capitalisme, ÿ compris sur le terrain économique, qui assurera définitivement la supériorité du socialisme.

Entre temps, le rapport de forces global sur l'échelle internationale entre le capitalisme et la Révolution évolue, favorablement pour celle-ci. Les échecs subis par l'impérialisme depuis la dernière guerre plus particulièrement contre la Révolution coloniale montante le démontrent de manière éclatante. Même son recours à la guerre générale, qui n'est toujours pas exclu, ne pourra plus renverser cette situation. Dans un tel cas également, l'impérialisme serait battu par le sursaut général des forces des Etats ouvriers, de la révolution coloniale, du mouvement ouvrier métropolitain.

En réalité, seuls l'opportunisme, la couardise, les trahisons des directions bureaucratiques traditonnelles du prolétariat, de la social-démocratie et du stalinisme, gaspillent les chances révolutionnaires énormes et freinent l'essor impétueux possible des forces révolutionnaires dans tous les domaines. De ce point de vue, il est vrai par exemple que, dans le processus de la nouvelle révolution, de la révolution politique entamé actuellement dans les Etats ouvriers, des. dangers peuvent surgir par la réactivisation des éléments non éliminés des anciennes classes dépossédées dans ces pays, par l'exaspération de couches arriérées de la paysannerie et même du prolétariat, due avant tout aux excès et à la faillite du régime stalinien, et par la jonction de ces. forces avec celle de l'impérialisme.

Les événements récents de Hongrie ont donné à ce propos un avertisse-ment aussi significatif qu'alarmant.

Le principal danger dans ce domaine provient du fait que les Partis communistes de ces pays, transformés en instruments dociles de la bureaucratie régnante, se sont aliéné toute sympathie des masses et ont perdu tout contact avec elles.

Le système du parti monolithique unique, érigé en régime policier et absolutiste, a détruit d'autre part toute autre alternative politique prolétarienne légale pour les masses, il les a privées de toute autre direction prolétarienne légale. Pour conjuguer ce danger également, il n'ÿ a actuellement qu'un remède : légaliser sans tarder tous les courants politiques prolétariens.

D'autre part, seul le renforcement de la démocratie politique prolétarienne peut contrebalancer efficacement les forces néo-capitalistes qui ne manqueraient de surgir d’une réorientation, rendue maintenant nécessaire, de l'économie, de l'agriculture en particulier.

Sinon on risquerait de voir cette réorientation économique accompagnée d'une nouvelle forme de régime bonapartiste. Un tel régime, même plus souple, plus indépendant du Kremlin, plus « national », ne saurait manquer de s'appuyer fondamentalement sur la bureaucratie étatique et sur la police, et non sur la démocratie politique prolétarienne, seule base possible pour un développement sain et harmonieux du socialisme international.

QUATRIEME LNTER NATION À LE

CAMARADES TRAVAILLEURS de l'U.R.S.S., de la Chine, de la Yougoslavie, de la Pologne, de la Hongrie, de l‘Allemagne orientale et des autres Démocraties populaires,

Face aux tentatives des directions et des hommes complices de Staline, tous éduqués à son école, de « réformer », de « démocratiser », de replâtrer, de sauver en réalité in extremis le régime politique bureaucratique et policier des Etats ouvriers érigé sous la gestion stalienne, la IV® INTERNATIONALE qui n'a jamais pactisé avec Staline, tout en luttant pour la défense inconditionnelle des Etats ouvriers contre l'impérialisme et la réaction indigène,

VOUS APPELLE À LUTTER POUR

— la légalisation de tous les courants politiques prolétariens, et par conséquent des sections de la IV® INTERNATIONALE dans vos pays;

— leur droit à entretenir des rapports de collaboration avec les organisations prolétariennes de l'extérieur, selon leurs affnités idéologiques, et sans une immixtion quelconque de l'Etat;

— le droit aux tendances idéologiques au sein du Parti se réclamant du marxisme-léninisme ;

— l'indépendance stricte des partis et des syndicats par rapport à l'Etat ouvrier ;

— la constitution de comités démocratiquement élus par tous les courants politiques prolétariens dans les usines, les collectifs, les quartiers, les villages ;

— des élections libres, sur la base d'un tel système de démocratie politique prolétarienne et socialiste, pour un Parlement où un Conseil National Suprême qui désigne à son tour le gouvernement et le contrôle effectivement ;

— l'élaboration et l'application du plan économique par les masses, pour les masses;

— l'élimination des privilèges de toute sorte de la bureaucratie, et le retour à une rémunération égalitaire, selon le travail fourni par chacun;

— l'épuration de l'administration de l'Etat et de l'économie des éléments bureaucratiques, coupables des crimes et des abus contre les masses, et leur juste châtiment par les tribunaux populaires* ;

— la révision des procès et des condamnations prononcés contre les victimes prolétariennes de la terreur stalinienne, et leur réhabilitation solennelle ;

— l'abolition de toutes les lois réactionnaires frappant plus particulièrement la femme en matière de divorce et de maternité volontaire ;

— l'indépendance des organisations politiques de la jeunesse, aussi bien par rapport à l'Etat que par rapport aux organisations politiques adultes ;

— la création absolument libre dans la littérature et les arts; la liberté absolue dans la recherche et la discussion dans les sciences ;

— le retour à une véritable politique extérieure révolutionnaire et internationaliste.

CAMARADES TRAVAILLEURS de Pologne, CAMARADES MEMBRES du Parti Ouvrier Unifié,

La IV: INTERNATIONALE salue les résultats magnifiques, d'importance , historique, de votre action courageuse, intrépide pour la démocratie prolétarienne et socialiste dans votre pays!

Elle vous appelle à poursuivre votre action jusqu'à sa conclusion radicale, la remise effective de la gestion de l'Etat et de l'économie aux travailleurs polonais.

Elle vous appelle à exiger :

— la légalisation de tous les courants politiques prolétariens, et par conséquent de la section polonaise de la IV® INTERNATIONALE ;

— la libre publication et diffusion de leur littérature, et par conséquent des œuvres de L. Trotsky et la presse de la IV® Internationale;

— l'instauration du droit aux tendances idéologiques au sein du Parti Ouvrier Unifié. Votre victoire totale sur la bureaucratie soviétique et ses alliés indigènes ne pourra être assurée qu'à ces conditions.

CAMARADES TRAVAILLEURS DE HONGRIE,

Malgré la faillite lamentable aussi bien sur le plan économique que politique de la gestion de vos dirigeants inféodés au Kremlin; malgré leur incompréhension bureaucratique obstinée, jusqu'à la dernière minute, de vos revendications, de vos aspirations profondes, vous avez héroïquement lutté non pour le retour au régime social féodo-capitaliste ancien, mais pour une Hongrie socialiste, indépendante et libre, alliée sur un pied d'égalité aux autres Etats ouvriers.

La IV® Internationale salue votre victoire éclatante remportée sur la bureaucratie soviétique et ses agents indigènes. Elle vous appelle à assurer également cette victoire sur les forces sociales indigènes hostiles au socialisme qui, maintenant, veulent profiter du vide politique créé par l'écroulement du régime stalinien, afin de restaurer la capitalisme. :

Une phase de votre Révolution politique est close; une autre commence.

Maintenez vos Comités dans les usines, les quartiers, les villages!

Exigez que tout le pouvoir soit remis aux Comités démocratiques des travailleurs !

Exigez la légalisation des partis se réclamant du socialisme! Opposez-vous à la reconstitution des partis des anciens maîtres féodo-capitalistes du pays!

CAMARADES MEMBRES des Partis communistes des pays capitalistes et dépendants,

La IV® INTERNATIONALE vous appelle à vous débarrasser des hommes de Staline, responsables de la dégénérescence opportuniste et bureaucratique de vos organisations.

Aucune confiance n'est possible dans les hommes enfoncés dans les crimes, les mensonges, les trahisons de Staline! Aucun renouveau n'est concevable avec essentiellement les mêmes équipes et les hommes de la période stalinienne!

— Pour le retour à la véritable politique révolutionnaire de Lénine; contre toute forme de collaboration de classe; contre l'opportunisme néo-réformiste des « voies nouvelles au socialisme », de la marche au socialisme soi-disant par la voie des parlements bourgeois!

— Pour l‘Internationale Communiste, Parti mondial démocratique-centraliste ; contre la soi-disant autonomie « nationale » de chaque parti que prêchent maintenant des, hommes qui furent soit les instruments, soit même ensuite les vicitimes de l‘Internationale stalinienne dominée par le Kremlin. La plus haute forme de conscience et d'efficacité aussi bien dans la lutte contre l'impérialisme que contre la bureaucratie « étrangère » ou « nationale » reste plus que jamais la fusion sur un pied d'égalité des partis nationaux du prolétariat dans une Association internationale révolutionnaire !

QUATRIEME. INTERNATIONALE

— Vive l'immortelle REVOLUTION D'OCTOBRE ! — Vive leur alliance sur un pied d'égalité! — Vive l'URSS. et les autres Etats ouvriers! — Vive la nouvelle révolution politique en marche contre la bureaucratie! — Vive la renaissance de la démocratie politique prolétarienne et socialiste ! — Vive la Révolution Socialiste mondiale! — Vive l‘Intérnationale Communiste de tous les travailleurs! 1‘ novembre 1956. : LE COMITE EXECUTIF INTERNATIONAL

DE LA IVe INTERNATIONALE.

Source : Quatrième Internationale, Vol.14 N°10-12, décembre 1956 · scan (Radar, 16-014-00076).

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