Le Premier Mai, journée internationale de lutte et de solidarité des travailleurs du monde entier, coïncide cette année avec une avance formidable des luttes de libération dans le Sud-Est asiatique. Les victoires foudroyantes de la révolution au Cambodge et au Sud-Vietnam ont porté un coup très dur aux positions militaires politiques et morales de l'impérialisme dans tout le Sud-Est asiatique et bien au-delà de cette région. Ce sont des victoires pour les travailleurs de tous les pays.
Simultanément, la vague des luttes ouvrières en Europe occidentale, en cours depuis plusieurs années, se poursuit. Au Portugal, après la chute de la dictature il y a un an, une situation prérévolutionnaire s'est développée. Des mobilisations de masse impétueuses mettent en question les fondements du régime capitaliste lui-même. En Espagne, des conditions prérévolutionnaires mürissent et menacent de renverser la dictature franquiste. Ces développements pourraient stimuler une montée révolutionnaire dans plusieurs pays d'Europe capitaliste.
Le système capitaliste international est confronté aujourd’hui avec une conjoncture exceptionnellement grave. Il est secoué par la première récession économique généralisée depuis la Seconde Guerre mondiale, Dans tous les pays impérialistes importants, la production et le revenu national sont en baisse. Le chômage complet y touche plus de quinze millions de travailleurs. Les masses laborieuses de nombreux pays coloniaux et semi-coloniaux sont frappées de manière encore plus dure.
Dans ce contexte, une évidente crise de direction politique se manifeste au sein de la bourgeoisie internati le. Ses racines ne résident pas dans l'absence de dirigeants politiques aptes, mais dans les contradictions qui se sont accumulées au cours de toute la période de l'après-guerre, avant tout dans la détérioration grave des rapports de force entre le Capital et le Travail à l'échelle mondiale. L'ordre capitaliste international d'après guerre était basé sur la supériorité militaire, économique et financière écrasante de l'impérialisme américain. Cette supériorité a été sapée, bien que la bourgeoisie américaine conserve toujours sa primauté au sein du monde cap e. La récession économique aggrave de même dans l'immédiat la crise de direction bourgeoise dans la mesure où elle accentue la concurrence inter-impérialiste et rend plus difficile l'acceptation d'une politique économique et monétaire commune par les différentes puissances impérialistes. En outre, le potentiel de lutte des travailleurs des métropoles impérialistes, surtout en Europe occidentale, reste intact. Ces travailleurs ne sont pas prêts à accepter les < solutions > capitalistes de la crise.
Mais il serait irresponsable de conclure de cette aggravation de la crise globale du système capitaliste que celui-ci va s'effondrer automatiquement, ou que la bourgeoisie va se laisser infliger des défaites importantes, sans gir ni préparer des ripostes. Aussi longtemps que la bourge: continue à détenir les leviers décisifs de puissance économique, politique et militaire, elle combattra pour sa survie, même au prix de catastrophes nouvelles qui dépasseraient largement les horreurs connues avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais malgré des reculs et des défaites — et il y en aura encore pas mal avant la victoire finale — des chances de percée révolutionnaire se présenteront fréquem-ment.
La solution capitaliste de la crise économique est simple : imposer toutes les charges à la classe ouvrière. Mais pour être capable d'imposer pareille solution, la bourgeoisie doit déclencher une attaque contre les conquêtes sociales et politiques du prolétariat des pays impérialistes, menaçant les libertés démocratiques et syndicales, y compris le droit de grève. Sa stratégie politique impliquerait au besoin l'établissement d'e Etats forts», sinon des régimes de dictature militaire ou fasciste. Cherchant à rétablir ses prérogatives dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, pour autant que celles-ci s'y trouvent remises en question, la bourgeoisie impérialiste est prête à déclencher de nouvelles guerres d'agression, même au prix d'une « escalade > vers une catastrophe nucléaire. Elle conserve son but ultime de détruire l'URSS, la R.P. de Chine et les autres Etats ouvriers, afin d'y réintroduire le capitalisme.
La survie du système c liste implique déjà aujourd'hui le gaspillage d'énormes capacités de production non utilisées, qui pourraient servir à la satisfaction des besoins de millions de déshérités. Ce mépris criminel du genre humain se manifeste de la manière la plus nette dans la décision de limiter la produe-tion d'engrais chimiques et la surface emblavée dans plusieurs pays capitalistes, afin de monter les prix sur le marché mondial — avec le résultat inévitable de provoquer la famine dans les zones les plus pauvres du monde,
Devant les attaques capitalistes contre la classe ouvrière et les masses pauvres, les partis sociaux-démocrates et staliniens poursuivent leur politique de collaboration de classes, surtout sous forme de nouvelles expériences réformistes ou d'alliances électorales ou gouvernementales du type Front populaire avec la bourgeoisie. De leur côté, les ultra-gauches projettent une politique stérilement sectaire ou aventuriste. Toutes ces stratégies erronées sapent la combativité des travailleurs, les détournent d'une lutte d'ensemble pour renverser le capitalisme, et groupent ainsi la voie à la réaction capitaliste, y compris des dictatures sanglantes. Moscou et Pékin apportent de leur part une aide particulière à l'impérialisme pour maintenir leur ligne de « détente» avec Washington, en cherchant à conserver le régime capitaliste, chaque fois qu'il est menacé par la montée révolutionnaire.
Seul le renversement du système capitaliste et l'avènement d'une économie mondialement et démocratiquement planifiée permettront de sortir du chaos présent et éviteront au genre humain de nouvelles guerres, de nouvelles famines et de nouvelles dictatures réactionnaires sanglantes. Le développement de la révolution socialiste internationale aidera de même les masses des Etats ouvriers bureaucratisés à réaliser leur révolution politique, afin d'éliminer le pouvoir que la bureaucratie privilégiée y a usurpé, et à avancer vers une réelle démocratie socialiste et la construction fraternelle d'une société socialiste à l'échelle internationale.
Seule l'action de masse révolutionnaire du prolétariat et des autres couches laborieuses de la population permettront de renverser le capitalisme et de construire un monde meilleur. Cette tâche historique exige la construction de partis révolutionnaires marxistes de masse, capables de conduire les montées révolution. naires qui s'annoncent à la victoire par la conquête du pouvoir par les travailleurs. Voilà le but de la IV* Internationale.
La IV* Internationale appelle les travailleurs de tous les pays à donner à leurs manifestations et grèves de ce Premier Mai un caractère résolument anti-capitaliste, anti-impérialiste et anti. bureaueratique.
© Pour la solidarité avec l'héroïque révolution indochinoise.
Etouffez dans l'œuf toute tentative de nouvelle intervention de l'impérialisme pour frustrer les masses laborieuses indochinoises de leur victoire, arrachée au prix de tant de sacrifices.
© Pour la solidarité avec la révolution portugaise. Barrez la route à toute tentative impérialiste de l'étrangler par le blocus économique ou par l'intervention militaire, Faites pièce à tous les efforts réformistes et staliniens de freiner et trahir la lutte en la maintenant dans le cadre de la collaboration de classes.
© Pour arrêter le bras criminel de l'impérialisme qui menace de déclencher de nouvelles guerres d'agression au Moyen-Orient arabe, en Afrique et ailleurs.
© Contre la répression politique, la brutalité policière et la torture qui deviennent des traits du pouvoir bourgeois partout dans le monde. Pour arracher à leurs geôles tous les prisonniers politiques, de l'Espagne au Chili, de Sri Lanka et de l'Inde, au Brésil et à l'Argentine.
© Pour le boycott ouvrier de toute aide à la dictature de Pinochet.
© Contre la répression qui frappe les oppositionnels communistes et socialistes de Tchécoslovaquie et de Yougoslavie, Pour la libération de tous les prisonniers politiques en URSS, Assez d'internements criminels d'oppositionnels dans des asiles psychiatriques ! Libérez les trotskystes chinois qui se trouvent encore emprisonnés !
© Pour refouler l'offensive patronale contre la classe ouvrière. Pour l'échelle mobile des salaires et des heures de travail. Pour une réduction radicale de la semaine de travail sans réduetion du salaire. Pour la nationalisation sans indemnisa-tion et sous contrôle ouvrier de toutes les entreprises subsi-diées, menacées de fermeture ou fermées par la bourgeoisie.
© Pour la solidarité fraternelle des travailleurs de tous les pays. Pour une action commune internationale des travailleurs contre les sociétés multinationales, Contre l'Europe des trusts, pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe.
© Contre toute discrimination et mesures de représailles à l'égard des travailleurs immigrés et des minorités nationales opprimées. Solidarité avec les luttes pour l'autodétermination des Palestiniens, des Noirs sud-africains, du peuple irlandais, des peuples d'Euzkadi, de Catalogne et d'autres nationalités opprimées par l'Etat espagnol, des Noirs et des Chicanos aux Etats-Unis, et de toutes les autres nationalités opprimées.
© Pour appuyer le Mouvement mondial de libération de la femme, et arracher et défendre le droit à l'avortement libre et gratuit.
© Pour appuyer les luttes des soldats pour leurs droits démocratiques et contre les conditions d'oppression dans les armées bourgeoises.
En avant, pour le pouvoir des travailleurs, fondé sur les conseils ouvriers librement et démocratiquement élus, dans le plus strict respect de la démocratie ouvrière et de la diversité des tendances et des partis en leur sein !
En avant, contre le capitalisme fauteur de crise, de chômage et de guerre, vers la révolution socialiste mondiale ! Premier Mai 1975.
Secrétariat Unifié de la IV° Internationale.