1. La IVe Internationale s'est donnée pour tâche de conduire les travailleurs de tous
les pays jusqu'à la victoire finale du socialisme. Elle s'efforce donc ardemment
d'être en contact le plus étroit possible avec les travailleurs et adopte pleinement
le principe bolchevique : un communiste doit travailler là où se trouvent les
masses.
Les organisations de la classe ouvrière les plus puissantes du point de vue
numérique sont les syndicats réformistes. L'une des tâches les plus urgentes et
les plus importantes de toutes les organisations et de chaque membre de la IVe
Internationale est de travailler à l'intérieur de ces syndicats pour briser
l'influence de la bureaucratie réformiste et mener en grand nombre les syndiqués
sur la voie révolutionnaire.
La question de savoir « quand et comment » les organisations de la IVe
Internationale réussiront à s'implanter solidement dans la classe ouvrière, à
acquérir une large influence et à devenir, enfin, elles-mêmes des organisations de
masse dépend en premier lieu des résultats de leurs efforts pour gagner la
confiance des travailleurs à l'intérieur des syndicats et s'y implanter fermement.
Le travail révolutionnaire dans les syndicats réformistes est inséparable de
l'action à mener dans les entreprises elles-mêmes. Sans un travail systématique
et persévérant dans les syndicats, il est impossible d'acquérir ou de maintenir
une influence sur les ouvriers des entreprises.
C'est dans les masses organisées, dans les syndicats réformistes que doivent être
gagnées les nouvelles forces les plus actives pour la IVe Internationale. Négliger
cette tâche serait vouer la IV° Internationale et toutes ses sections à la stagnation,
à l'isolement, et à se condamner à la paralysie.
2. La IV° Internationale fait siens les principes et les résolutions adoptés par
l'Internationale communiste sous la direction de Lénine, au cours des quatre
premiers congrès mondiaux, relatifs à l'attitude et au comportement des
communistes envers les syndicats réformistes. Lénine lui-même a résumé les
principes communistes du travail syndical dans le Gauchisme, la maladie infantile
du communisme.
Les résolutions du Komintern du temps de Lénine sur les syndicats ont besoin
d'être corrigées et précisées sur des points directement tactiques et pratiques,
mais le sens principal de ces résolutions a été confirmé, justifié par le cours de
l'histoire, y compris par le développement ultérieur du Komintern stalinien lui-
même.
Le déclin et la dégénérescence du Komintern, son passage ouvert dans le camp
du social-patriotisme trouvent un reflet évident dans l'attitude de la IIIe
Internationale envers le travail en direction des syndicats réformistes et des
travailleurs qui y sont massivement organisés, La politique du Komintern
stalinien concernant le travail dans les syndicats a oscillé entre des concessions
aux bureaucraties réformistes et le sectarisme ultra-gauche : l'Internationale
syndicale rouge (ISR) et les syndicats rouges indépendants — critiqués depuis
longtemps par Lénine — pour finir aujourd'hui par une capitulation ouverte
devant la bureaucratie réformiste (Jouhaux).
Si l'isolement complet des partis communistes, consécutif à la politique de l'ISR,
a conduit la classe ouvrière au désastre (la catastrophe en Allemagne), la
politique actuelle du Komintern est une entrave pour les travailleurs qu'elle
mène à de nouvelles défaites : voir la capitulation devant les réformistes et le
soutien accordé à la bureaucratie réformiste lors des grèves en France qui
commencèrent à Brest et à Toulon pour s'étendre à la dernière grande vague de
grèves.
Tandis que le stalinisme a brisé ouvertement avec les principes et la tactique
léninistes concernant l'intervention dans les syndicats de masse réformistes,
d'abord par la politique gauchiste et aventuriste de l'ISR qui a contribué à jeter le
prolétariat allemand dans les camps de concentration fascistes et, à présent, par
sa capitulation devant Jouhaux et les Jouhaux de tous les pays, menant ainsi la
classe ouvrière sur la même voie qu'en Allemagne ; la IV° Internationale et toutes
les organisations qui se rattachent à elle se déclarent inconditionnellement —
conformément aux grands événements historiques —en faveur de l'application
des principes et de la tactique léninistes relatifs aux syndicats réformistes et aux
millions de travailleurs qui en sont membres.
3. La politique des syndicats rouges indépendants et de l'ISR s'est soldée par un
échec total. Ces syndicats n'étaient nullement dirigés contre la bureaucratie
réformiste, mais se sont révélés rapidement être des instruments grâce auxquels
les communistes s'isolaient de la masse des syndiqués et perdaient rapidement
leur influence dans les entreprises. Ainsi, les communistes devenaient incapables
d'influencer la classe ouvrière, d'approfondir la radicalisation des masses, de leur
fournir une direction et un but.
Les organisations de la IVe Internationale luttent pour tirer de leur isolement les
rares syndicats indépendants qui existent encore et pour les amener à se
réunifier avec les organisations de masse réformistes. C'est seulement ainsi qu'il
sera possible aux révolutionnaires qui appartiennent encore aux syndicats
indépendants de s'implanter solidement dans la grande masse des travailleurs et
d'exercer sur eux une influence révolutionnaire.
4. Pour les organisations de la IV° Internationale, l'unité syndicale n'est pas l'unité
avec la bureaucratie réformiste. Il faut mener partout une lutte sévère contre
l'unité des bureaucraties. C'est seulement dans cette lutte que pourra s'accomplir
et prendre corps la véritable unité syndicale : l'unité et la solidarité de la classe
ouvrière dans son combat contre l'exploitation capitaliste et contre le système
capitaliste dans son ensemble. Les bureaucrates syndicaux — qu'ils soient
réformistes ou staliniens — ont intérêt au maintien de la société capitaliste.
Aussi, la lutte contre le système capitaliste nécessite-t-elle, par-dessus tout, la
lutte contre la bureaucratie syndicale, dont l'objectif est de contenir les élans
révolutionnaires des masses, de freiner la préparation des luttes et de dévoyer
les luttes elles-mêmes. Quand la bureaucratie exige des travailleurs qu'ils
respectent l'ordre et la discipline, elle leur demande tout simplement de ne pas
enfreindre « l'ordre et la discipline » de la société capitaliste et de l'appareil d'État
bourgeois. Cela a été prouvé encore au cours de la récente vague de grèves et
d'occupations d'usines en France.
L'unité syndicale n'est pas pour nous un fétiche ou un moyen de défendre les
intérêts de la machine bureaucratique. Elle implique la nécessité de rassembler
les masses prolétariennes pour combattre et résister dans l'unité, y compris
contre les désirs et contre le sabotage de la bureaucratie réformistes.
5. En période de remontée du militantisme révolutionnaire, les masses se mettent
à affluer massivement dans les syndicats. Cet afflux important accroit à une très
grande échelle l'importance des syndicats dans la lutte de la classe ouvrière. Ce
qui s'est produit en Allemagne après la guerre et les récents événements en
France rendent suffisamment évident ce type de développement. Cependant,
tandis que les ouvriers affluant dans les syndicats se préparent à la lutte et
espèrent être capables de conduire jusqu'au bout le combat décisif contre la
société capitaliste, la bureaucratie syndicale s'efforce de les empêcher d'engager
les affrontements décisifs pour les soumettre aux entraves de la discipline
bureaucratique bourgeoise. L'antagonisme qui existe entre les espoirs et la
volonté des masses révolutionnaires, d'une part, et les intérêts de la bureaucratie
syndicale, de l'autre, est insurmontable. Il ne reste que deux solutions : ou bien,
grâce à la pression des masses, les manœuvres bureaucratiques et la
bureaucratie elle-même sont balayées, éliminées, ou bien la force conjointe de la
bureaucratie syndicale et de l'appareil d'État bourgeois parvient à saboter, à
briser la force révolutionnaire des masses.
Dans cette situation, il est du devoir de toutes les organisations de la IV°
Internationale de se placer, sans retard et avec la dernière énergie, au côté des
masses révolutionnaires, de s'unir à elles et de les aider à lutter contre le
sabotage et la trahison de la bureaucratie. Les fractions syndicales de la IV°
Internationale ont pour tâche d'organiser la résistance des syndiqués contre la
bureaucratie réformiste, d'indiquer aux travailleurs l'issue révolutionnaire et de
les diriger sur la voie de la révolution.
Dans la situation actuelle, où les bureaucraties réformistes et staliniennes
s'enlisent dans le marécage du social-patriotisme et de la collaboration de classes
— le Front populaire —, la tâche de préparer le renversement de l'ordre
capitaliste revient aux seules organisations de la IV° Internationale. Il dépend, au
premier chef, de leur travail présent et futur que les masses travailleuses
commencent à avancer sur le chemin de la révolution ou soient étranglées par la
bureaucratie réformiste. Dans ces circonstances, ne pas faire agir dans les
syndicats réformistes (et donc dans les entreprises) toutes les forces disponibles
équivaudrait à rendre insignifiante, à compromettre la IV° Internationale. Toute
tendance à négliger le travail dans les organisations syndicales devra donc être
combattue constamment avec la plus grande fermeté. L'expérience acquise à
travers la politique syndicale du Komintern et de l’ISR qui a mené à une
catastrophe politique confère à toutes les organisations de la IVe Internationale
l'obligation d'intervenir systématiquement et intensément dans les syndicats
réformistes, de considérer ce travail comme leur tâche primordiale.
6. L'action révolutionnaire dans les syndicats exige que l'on prenne concrètement
en compte les besoins et les revendications des travailleurs. Il ne suffit pas de
proclamer et de répéter constamment des mots d'ordre révolutionnaires
abstraits. Faire du travail syndical signifie mener la guérilla dans l'intérêt des
travailleurs et contre les intérêts et les manœuvres de la bureaucratie. Cette lutte
ne doit pas être conduite dans l'isolement par les diverses fractions syndicales de
la IV° Internationale. Tous les efforts doivent tendre à attirer les larges masses
au mouvement syndical et à obtenir leur coopération. C'est par leur propre
expérience pratique dans les syndicats que les masses doivent reconnaître que
les intérêts quotidiens du prolétariat sont mieux défendus — avec plus de
vigueur — et mieux représentés par les organisations de la IV° Internationale.
C'est la seule façon de gagner la confiance des travailleurs. C'est aussi le moyen
de rendre le prolétariat réceptif à nos mots d'ordre en vue d'actions d'envergure
décisives.
Les organisations de la IVe Internationale doivent s'engager dans les luttes
syndicales prenant place devant les plus larges masses ; elles doivent s'efforcer
de faire participer à la vie organisationnelle du syndicat le plus grand nombre
possible de syndiqués. Pour cela, il faut établir une liaison étroite entre
l'entreprise et le syndicat. Il faut que les problèmes concernant les syndicats
deviennent les problèmes concernant l'entreprise —c'est-à-dire la classe
ouvrière dans son ensemble — et vice versa. C'est seulement par cette méthode
qu'il sera possible de placer la bureaucratie syndicale sous le contrôle permanent
du prolétariat. C'est seulement par cette méthode qu'il est possible de dévoiler
ses manœuvres et sa diplomatie secrète.
7. C'est la tâche des organisations de la IVe Internationale de prendre position pour
l'établissement de liens entre les travailleurs et les chômeurs. Il est nécessaire de
lutter énergiquement contre les efforts de la bureaucratie réformiste à isoler les
chômeurs et à les empêcher de participer à la vie syndicale. Toute division entre
chômeurs et travailleurs ne sert que les intérêts de la bourgeoisie — et, aussi,
ceux de la bureaucratie réformiste qui ne se prive pas d'opposer les chômeurs et
les travailleurs actifs, tout particulièrement quand il s'agit pour elle de saboter et
d'étrangler des grèves et d'autres actions similaires. La solution prolétarienne au
problème des chômeurs est de refuser toute division entre chômeurs et non-
chômeurs et de créer l'unité d'action la plus étroite entre les deux.
Les organisations de la IV° Internationale interviennent dans les organisations
de chômeurs existantes ou participent activement à la tâche de construction de
telles organisations. Dans leur sein, elles développent leur ligne qui est de mettre
en contact étroit ces organisations avec les syndicats de masses. Les chômeurs
doivent être engagés dans toutes les actions de la classe ouvrière : piquets de
grève, etc.
8. Toutes les organisations de la IVe Internationale ont pour obligation d'inciter
tous leurs membres à adhérer à un syndicat.
À l'intérieur des syndicats les militants de la IV° Internationale doivent
s'organiser dans des fractions syndicales qui, à leur tour, doivent être
coordonnées sur le plan local et national. Ces fractions peuvent être divisées en
fractions restreintes, comprenant uniquement des militants organisés de la IV°
Internationale, et en fractions élargies comprenant tous les sympathisants.
Les fractions syndicales doivent être liées étroitement à la vie quotidienne des
syndicats et doivent prendre position sur toute question touchant au
syndicalisme. Elles doivent aussi s'efforcer d'établir un contact vivant avec les
entreprises, avec les comités d'usines, les conseils d'atelier, etc. Quelle que soit la
résolution avec laquelle est menée la lutte contre la bureaucratie réformiste, il
faut s'efforcer d'empêcher celle-ci d'exclure les révolutionnaires des syndicats.
Plus les liens seront étroits entre les militants de la IVe Internationale et les
travailleurs, plus il sera difficile à la bureaucratie de procéder à des exclusions.
Les militants et les organisations exclus doivent rester en contact avec les
fractions syndicales et les entreprises. Des campagnes intensives, systématiques
seront menées auprès des masses, dans les usines et dans les syndicats, pour leur
réintégration.
9. Les organisations de la IVe Internationale créent une commission syndicale
internationale qui a pour objet d'œuvrer à la coopération entre les fractions
syndicales nationales et au développement de leur lutte, de construire et
d'éduquer par ce moyen un noyau de permanents de la IV° Internationale
qualifiés pour le travail syndical et capables de développer dans les larges masses
organisées dans les syndicats l'idée de l'internationalisme révolutionnaire et de
la révolution prolétarienne mondiale.
Dans ce but, la commission syndicale internationale de la IV° Internationale publie
régulièrement un bulletin international portant sur les problèmes syndicaux.
(Traduit de Party Organizer, bulletin du SWP, n° 4, juin 1978).
Remarque au sujet d'une thèse syndicale
À la conférence a été soumis le projet d'une thèse syndicale qui, pour des raisons matérielles, n'a pu être traité. Le projet sera publié dans le prochain bulletin du Secrétariat international et tous les camarades sont invités à participer par des contributions de discussion écrites à l'élaboration d'une thèse syndicale.