Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Rapport politique du comité central de la section française La situation en France

Mid-mars 1940 · La conférence extraordinaire de la IVe Internationale (mai 1940) · 1 495 mots

In English: Political Report of the Central Committee of the French Section — traduction assistée par machine.

1. L'état d'esprit des masses en France se caractérise par un défaitisme général

dans toutes les couches de la population, surtout dans la classe ouvrière. Les

restrictions, la misère croissante, la dictature, les mesures répressives : tout cela

a contribué à une évolution vers le développement d'une opposition encore

inarticulée, primitive mais violente, contre Daladier et son régime.

Déjà, au début de la guerre, nous avons signalé plusieurs mouvements dans les

usines, plusieurs mutineries au front. Depuis lors, cet état de choses a pris une

ampleur considérable. Seuls les aveugles ne peuvent se rendre compte des

explosions qui se préparent. Certes, il ne s'agit pas d'un mouvement qui se

développe graduellement, chaque grève s'appuyant sur les précédentes, comme

c'était le cas en juin 1936. On peut s'attendre à des mouvements qui éclateront

violemment, au milieu du chaos, des soulèvements débouchant sur des défaites

partielles et des expériences éprouvantes. Notre tâche, comme la conférence de

février l'a souligné, consiste à préparer les cadres pour intervenir dans les

mouvements au front et dans les usines.

2. Dans la classe ouvrière, les réformistes se sont retrouvés très isolés des masses.

Ils n'ont réussi à réorganiser que des ombres de syndicats. Dans le Parti

socialiste, complètement ébranlé et en pleine déliquescence, des oppositions

commencent à se développer. D'autre part, les staliniens, après avoir subi un

coup sévère avec le pacte germano-soviétique et la guerre finlandaise, ont

regagné une influence considérable, surtout dans les entreprises, parce qu'ils

apparaissent comme symbole de l'opposition. Sans aucun doute, il y a beaucoup

d'antipathie à leur égard chez les soldats au front (« C'est le pacte germano-

soviétique qui a provoqué la guerre »). Il est également certain que l'organisation

stalinienne a été profondément désorganisée, surtout en province, mais elle a

aujourd'hui derrière elle la sympathie populaire.

Les comités de la IVe Internationale

3. Les événements ont pratiquement épuré l'avant-garde de tous les

regroupements anarchistes et centristes. Parmi ces derniers, le Parti socialiste

ouvrier et paysan (PSOP) s'est tout bonnement désintégré sous la pression de

ses propres contradictions, de son manque de préparation technique, de ses

illusions pacifistes et démocratiques, qu'il partageait avec la bourgeoisie

libérale.

Nous avons en vain essayé de sauver ce parti. Les dirigeants francs-maçons

s'opposaient à toute intervention illégale, au moment où la tendance « centre

gauche » se faisait arrêter à la première occasion. Aujourd'hui, il ne reste

pratiquement rien du PSOP, qui a été reconstitué sous la direction des francs-

maçons. Mais, malheureusement, la guerre a pris au dépourvu les membres de

la IVe Internationale, qui étaient engagés dans une crise profonde (les

bolcheviks-léninistes étaient divisés en plusieurs groupes). Leurs anciens

« dirigeants » étaient profondément démoralisés. Les difficultés ne manquaient

pas : la nécessité d'improviser, le manque de moyens matériels, la misère

croissante dans le pays, le manque de cadres dû à la mobilisation, les

emprisonnements, les défections, la terreur politique, etc.

Outre le manque de cadres, nous avons souffert du caractère hétérogène de

notre regroupement : des camarades venaient des jeunesses socialistes

ouvrières et paysannes (JSOP), de l'ex-Parti ouvrier internationaliste (POI), de

la gauche et du centre du PSOP, de la « vieille génération des Bolcheviks-

léninistes », et certains, récemment, du Parti communiste (PCF).

Néanmoins, nous avons réussi à reconstituer une organisation presque égale en

nombre à l'ancien POI — sans compter nos contacts au front —, une

organisation jeune mais active et de plus en plus homogène dont le sérieux s'est

révélé dans le peu d'activités que nous permet la répression gouvernementale

aujourd'hui.

Nos publications paraissent régulièrement, Le Peuple admet l'influence

croissante des trotskystes. Syndicats polémique avec le Bulletin de la IV°

Internationale (illégal). De concert avec ses valets, la bourgeoisie nous attaque

dans sa presse, à la radio et à la Chambre (discours de Frossard). Dans le même

temps, la préfecture de police annonce une « investigation générale dans les

cercles trotskystes ».

En ce qui concerne les petits groupes dissidents, nous avons essayé de faire

l'unité — surtout pour des raisons de moral. Malheureusement, l'ex-POI (le

plus nombreux) poursuit un cours aventuriste. Quant aux « dirigeants » de

l'ex-POI, ils essaient de justifier leur totale inactivité par la découverte de

« divergences » avec nous sur les perspectives, autrement dit en théorisant

complètement le scepticisme, le pessimisme et l'abstentionnisme. En ce qui les

concerne, notre conférence de février a été forcée de préciser notre orientation,

nos moyens d'action dans un document paru dans le numéro 6 du Bulletin de la

IV° Internationale, ainsi qu'un texte présenté par l'ex-POI. Dans ce document,

nous demandons la critique de l'Internationale. Enfin, nous tenons à signaler

que dans les deux groupes dissidents (surtout les ex-POI) se développe un

courant favorable à notre organisation. Leurs militants les plus actifs diffusent

notre matériel, travaillent souvent avec nous et font pression pour l'unité avec

les comités de la IV° Internationale.

La crise dans le Socialist Workers Party (SWP)

Il semble que la crise américaine domine la vie de l'Internationale elle-même. Les camarades américains semblent considérer les problèmes de l'Internationale et même de la guerre du point de vue de la crise dans le SWP. Pour nous, par contre, la crise dans le SWP doit être résolue en fonction de la situation générale ; c'est là la tâche de la IV° Internationale.

Mais les camarades doivent comprendre que les problèmes discutés aux États-Unis sont aussi discutés dans les autres pays :

Les perspectives du capitalisme international et la possibilité d'une évolution vers le capitalisme bureaucratique en particulier, la nature de l'état ouvrier à la lumière des événements présents et la stratégie qui en découle. Ces problèmes sont posés non par la psychologie américaine mais par les événements. On ne peut les résoudre ni par la création de camps de rééducation pour les minoritaires ni par la scission avec la majorité. Une scission en Amérique, surtout sur de tels problèmes, signifierait une catastrophe pour la IV° Internationale, son discrédit, et sans aucun doute, sa désintégration. Nous ne sommes ni une secte philosophique ni une fraction, mais l'embryon de l'internationale de la révolution.

Il faut régler la crise de façon positive, en éliminant les problèmes personnels et les références à Sapronov, en approfondissant la discussion ouverte par Trotsky dans l'URSS dans la guerre, en lui donnant une dimension internationale face à l'avant-garde ouvrière. Les faits trancheront.

C'est pourquoi, indépendamment de la position prise par la majorité de notre Comité central sur la question finlandaise (voir le Bulletin, n° 6) et de la position prise de part et d'autre sur la question russe, nous demandons instamment que, de part et d'autre, l'unité du parti (autrement dit l'unité de l'Internationale) soit préservée. Nous pensons que l'on peut réaliser l'unité sur les bases suivantes :

— Poursuite du débat théorique publiquement ;

— Droits démocratiques pour la minorité (dans les instances de direction, liberté

d'expression, etc.) ;

— Respect dans l'action de la discipline majoritaire et du centralisme

démocratique.

Au cas où on ne pourrait aboutir à un accord, nous exigeons qu'aucune mesure de scission ne soit prise avant la convocation d'une conférence mondiale dans les six mois.

Pour une conférence mondiale

Même indépendamment de la crise du Socialist Workers Party, une conférence mondiale serait très importante dans la situation actuelle, pour conclure le débat sur les perspectives mondiales, pour y mettre un terme, pour le confronter à la pratique et — étant donné que la situation aura certainement notablement évolué — pour armer l'Internationale pour la lutte à venir.

Le congrès pourrait jouer un grand rôle dans le regroupement des révolutionnaires. Vous pouvez mieux que nous dire dans quelle mesure on peut organiser un tel congrès en commun ou avec la participation d'autres organisations, telles que les groupes de l'aile gauche du POI, (en contact avec Oslo). Dans la mesure où la situation semble favorable, on peut laisser un maximum de latitude au comité organisateur pour élargir une partie du congrès et organiser la rencontre avec des représentants des organisations communistes, syndicales, coloniales, etc., prêtes à lutter avec nous contre l'impérialisme.

En tout cas, l'impact international' sera sans doute considérable. Nous connaissons fort bien les difficultés immenses à surmonter. Pour ce faire, nous proposons de prendre les mesures nécessaires à une préparation politique et matérielle (six mois, neuf mois, un an si nécessaire).

Conclusions

Outre le problème du SWP, nous faisons donc les propositions suivantes :

1. Soutien effectif des États-Unis aux camarades européens. Nous ne

demandons pas qu'on puise une aide matérielle dans le « trésor de guerre de

6 000 dollars », nous demandons que la presse américaine du SWP suive

notre lutte et la soutienne.

2. Le Secrétariat international doit rompre avec la routine, organiser

activement et sérieusement les contacts, suivre et guider notre combat

politique, en chargeant un camarade du SI des relations avec la France.

3. En Europe : pour la mise sur pied d'un comité européen avec votre aide et

votre soutien.

4. Congrès mondial : à décider et à préparer.

Mi-mars 1940

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 332–336 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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