Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution adoptée par la conférence de la majorité du PCI

3 juin 1952 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 1 332 mots

In English: Title: Resolution adopted by the conference of the PCI majority — traduction assistée par machine.

Réunie le 3 juin 1952, la conférence nationale des cadres de la tendance majoritaire a examiné la situation du parti et ses rapports avec le secrétariat international.

Ayant entendu le rapport du camarade Albert (E. Mandel), caractérisé par le rapporteur lui-même comme un ultimatum et qui comporte l'interdiction de toute expression politique de la majorité du parti dans la discussion pour le VIIIe Congrès et dans le congrès, la conférence doit tirer la conclusion de cette violation des accords réalisés au Xe Plénum.

Ces accords étaient basés sur les deux points suivants :

L La majorité acceptait la constitution d'un bureau politique contrôlé par la minorité grâce à la voix prépondérante du membre du SI désigné par le CEI pour une période couvrant la préparation du congrès et les trois mois qui suivront celui-ci.

2. Le CEI décidait la tenue d'un congrès démocratique où serait garantie l'expression démocratique des tendances, les documents soumis au vote du congrès devant traiter de problèmes définis par un texte cadre, la liberté totale d'expression sur toutes les questions étant par ailleurs reconnue à tous les membres du parti, y compris les membres du bureau politique.

La majorité a accepté, afin de rester dans l'internationale, une direction minoritaire à la seule condition que le VIIIe Congrès soit préparé démocratiquement. Prétendre que l'usage de ce droit reconnu par le CEI est une indiscipline, sous prétexte que la minorité exprime « la ligne du CEI » et que la majorité a des désaccords avec elle, et menacer de sanctions la majorité pour ne s'être pas ralliée purement et simplement aux résolutions de la minorité, c'est violer directement les accords et démasquer une ruse grossière tendue au CEI et à la section française.

Ainsi s'expliquent les raisons pour lesquelles il fut mis obstacle par la ruse pendant plusieurs mois, par le veto ensuite, à la publication de la déclaration de la majorité sur le sens de son acceptation de l'accord du Xe Plénum.

Dans la lettre du 23 mai, et plus nettement dans son intervention de ce jour, le camarade Albert élimine toute possibilité d'expression de la tendance dans la discussion du congrès ; selon lui, la présentation d'un document politique quelconque de la majorité, est frappé d'interdit. La seule issue qu'il offre à la majorité, c'est d'écrire en commun avec la minorité un document technique d'application et de retirer, sous peine de sanctions, tous ses documents politiques et sa déclaration sur les accords du Xe Plénum.

La duplicité d'une telle proposition apparaît nettement dans le refus du camarade Albert et de la minorité d'accepter la mise au point et le vote en commun du document sur les problèmes pratiques de l'entrisme, document acceptable dans la mesure où il se situe totalement sur le terrain d'un entrisme clandestin. Sur une telle base, la proportion numérique entre le secteur entriste et le secteur indépendant apparaît comme un problème secondaire sur lequel un accord était possible. Le rejet de cette possibilité par le camarade Albert et la minorité démontre clairement que leur but n'est pas la réalisation par tout le parti d'une stratégie quelconque, mais le hara-kiri politique de la majorité et sa destruction.

Cette attitude organisationnelle confirme les pires préventions que pourrait justifier la résolution politique de la minorité qui, sous forme d'une exégèse hypocrite des documents du Xe Plénum qui affirmait : « Le secteur indépendant maintient toutes les activités essentielles actuelles, dans les usines, les syndicats, les jeunes, et continue à recruter, y compris parmi les meilleurs éléments dépistés au sein du mouvement stalinien par nos militants qui font du travail entriste », prend le contre-pied de cette affirmation et déchire morceau par morceau toutes les activités nécessaires à l'existence d'une organisation indépendante. Elle confirme l'inquiétude provoquée chez tous les membres du parti par la publication dans Quatrième Internationale du rapport du Xe Plénum, (rapport de Pablo sur « La construction du parti révolutionnaire » paru dans le numéro de février-avril 1952), acte dont la signification a été justement définie par la résolution présentée par les membres majoritaires du bureau politique. Elle éclaire le sens de l'opposition des dirigeants minoritaires à toute critique de la politique du PC, manifestée entre autres lors de la publication d'un article de la Vérité sur le rapport Billoux, article auquel il fut reproché de ne s'être pas contenté de souligner les seuls aspects positifs du tournant, alors que le rapport du Xe Plénum déclarait : « Nos organes ont le devoir de développer amplement toute notre politique, tous ses thèmes, faire la critique claire, sans équivoque, concrète, de la politique stalinienne, etc., sans autre limitation que celle du langage et de la forme qui doivent être étudiés .de façon à trouver un écho grandissant parmi les ouvriers et militants staliniens. »

Il apparaît aujourd'hui évident que les oppositions politiques n'ont fait que s'approfondir, aboutissant à l'incompatibilité et la paralysie réciproque des tendances. Une telle situation ne peut en aucune façon se perpétuer sans préjudice grave pour l'existence du parti et de toute réalisation de sa part tant dans le secteur entriste que dans le secteur indépendant. Dans les derniers mois, la lutte des tendances n'a fait que s'accentuer, entraînant une paralysie croissante du parti. Il ne pouvait en être autrement du fait que la minorité, dès le lendemain du Xe Plénum et bien qu'elle ait obtenu le contrôle du bureau politique, s'est organisée en fraction avec réunion hebdomadaire de tous ses membres dans une permanence fixe. Cette activité fractionnelle injustifiable n'a eu que des expressions négatives, telle que l'abstention organisée de participation à la campagne de diffusion et de défense de la Vérité. Dans tous les domaines, la minorité a adopté fractionnellement une attitude de sape du secteur indépendant.

Il s'est instauré dans le parti la plus mauvaise situation. Sur le plan de l'organisation, de l'activité comme sur le plan politique, sur le problème même de l'existence du parti, une incompatibilité telle s'est manifestée entre les tendances qu'elle neutralise et annule la capacité d'action de la section française. De ce fait, vouloir maintenir le statu quo serait courir au désastre. Il faut en sortir, créer les conditions d'une coopération véritable préservant l'acquis du trotskysme en France. Ceci ne peut en aucun cas être réalisé par voie d'ultimatum, de menaces, de sanctions, de suspensions, ou d'exclusions. La seule voie qui s'offre, conséquente avec la nécessité de combiner les deux formes de travail : entriste et indépendant, c'est l'adoption d'un statut comparable à celui qui existe en Autriche : la reconnaissance par le CEI de deux organisations de la Ier Internationale en France. De cette manière seulement, l'acquis organisationnel et humain du trotskysme peut être sauvegardé en France. De cette manière seulement peut se vérifier dans l'expérience la justesse de telle ou telle orientation. S'il a confiance dans son orientation, le SI doit se faire le défenseur d'une telle solution, car l'expérience, en confirmant ses vues, peut faire tomber les préventions. La reconnaissance de l'organisation indépendante donne les garanties d'une discipline dans l'expression et l'action politique publiques de l'organisation indépendante, qui, personne ne peut le nier, se situe entièrement sur les bases programmatiques du trotskysme.

La conférence nationale de la majorité, unanime, rejette l'ultimatum du camarade Albert et s'adresse au CEI pour lui demander d'adopter une position qui permettra de régler positivement une impasse qui ne peut plus durer. Elle fait confiance au CEI pour rejeter toute position ultimatiste et destructive. Elle avertit sans équivoque que toute mesure de suspension, de sanction, même voilée ou différée, contre les représentants de la tendance à la direction, que tout veto à une discussion démocratique pour le congrès, sera considéré comme une mesure de scission, d'exclusion et de destruction du PCI. Une telle mesure sera automatiquement 'une mesure de rupture dont la direction internationale porterait toute la responsabilité. La majorité prolétarienne du parti est certaine que le CEI agira avec discernement, avec la volonté de préserver l'unité de l'internationale et tous ses acquis, et adoptera la reconnaissance de deux organisations en France.

3 juin 1952 Adoptée à l'unanimité.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 334–337 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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