Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

De la réunification au Xe Congrès 1963-1979 › Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974)

Résolution du 9e Congrès mondial sur la « Révolution culturelle »

avril 1969 · IXe Congrès mondial · Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974) · 6 517 mots

Chine Vietnam et Indochine Jeunesse et étudiants Construction de l'Internationale

In English: Resolution on the 'Cultural Revolution' in China — texte anglais publié à l’époque.

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1. - La < révolution culturelle » constitue une coupure importante dans l'évolution politique de la République Populaire de Chine. Elle marque l'écroulement irréversible du noyau de vétérans communistes groupés autour de Mao, qui avait dirigé le. Parti Communiste chinois pendant la guerre civile, fondé la République et renversé le régime capitaliste et qui, depuis la défaite de Tchang Kai-chek, avait dirigé l'économie, gouverné le pays, et conduit les appareils de l'Etat et du parti. La « révolution culturelle » a écartelé ce noyau en fractions opposées qui ne peuvent plus être remises ensemble.

Commencée en septembre 1965 par la fraction maoïste de la direction du Parti Communiste chinois, elle a atteint son objectif majeur avec l'expulsion de Liu Chao-chi du parti lors du plénum « élargi » du Comité Central des 13-31 octobre 1968. Liu, le chef de l'Etat, bras droit de Mao et principal interprète de celui-ci pendant plusieurs décennies, son héritier désigné avant que la lutte fractionnelle n'éclatät, fut choisi comme principale cible des attaques, au moyen d'épithètes telles que « le Khrouchtchev chinois », « le principal dirigeant qui a pris la voie capitaliste », et finalement, ainsi que le douzième plénum + élargi » le dit, le « renégat, traître et briseur de grève Liu Chao-chi ».

Mao a défini la lutte intérieure qui a secoué la Chine comme étant « dans son essence une grande révolution politique dans les conditions du socialisme, menée par le prolétariat contre la bourgeoisie et toutes les autres classes exploiteuses ; c'est une continuation de la lutte prolongée menée par le Parti communiste chinois et les masses populaires révolutionnaires sous sa direction contre les réactionnaires du Kuomintang, une continuation de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie ». (Pekin Review, n° 43,

Cette version officielle ressemble peu à la vérité. La « révolution culturelle » n'est pas une « révolution politique » pour promouvoir la démocratie ouvrière, elle n'a pas été faite « dans les conditions du socialisme >», elle n'a pas été entreprise par le prolétariat en tant que continuation de sa lutte contre la bourgeoisie. L'insinuation selon laquelle l'opposition, à qui les droits les plus élémentaires de la démocratie prolétarienne ont été déniés, représente « les réactionnaires du Kuomintang » est une calomnie.

La « révolution culturelle » a représenté une phase de conflit public aigu d'une lutte inter-bureaucratique entre des tendances opposées des cercles les plus élevés de la direction du Parti communiste chinois qui, par la suite, a affecté chaque secteur de la société chinoise. Elle a constitué la plus importante crise subie par le régime bureaucratique depuis son établissement et exprime un affaiblissement important de ce régime bureaucratique, à la fois à cause de ses contradictions internes et d'une large mobilisation des masses.

2. - L'acuité de la lutte inter-bureaucratique en Chine, et l'intervention des masses sur une large’ échelle dans cette lutte, ne peuvent être comprises que sur la base des contradictions objectives et des problèmes qui se sont accumulés depuis la fin des années 50 et le début des années 60, d'une tendance à des conflits croissants dans la société chinoise et d'un mécontentement grandissant parmi les masses chinoises.

La République Populaire de Chine a enregistré des réussites majeures et des progrès spectaculaires dans de nombreux domaines depuis la victoire militaire sur le Kuomingtang en 1949, tout particulièrement si on les compare à la stagnation relative de paye coloniaux comme l'Inde, l'Indonésie et le Brésil où le capitalisme n'a pas été renversé.

Néanmoins, les problèmes énormes du développement économique, social, politique et culturel auxquels un pays aussi retardé que la Chine doit faire face, avec sa population énorme, étaient loin d'être résolus, et les méthodes autoritaires mises en œuvre par la direction maoïste ont, de plus, sérieusement empêché la recherche des solutions à ces problèmes.

Les principales contradictions auxquelles la République Populaire de Chine eut à faire face durant la dernière décennie furent les suivantes :

a) La contradiction entre le taux de croissance de l'économie qui continuait à être trop bas, et le taux de croissance démographique, qui menaçait de paralyser pratiquement la. croissance de la consommation par tête.

b) La contradiction entre la nécessité objective de socialiser le surproduit agricole dans le but d'accélérer le développement économique et industriel, et la nécessité politique de réaliser cette socialisation avec l'agrément de la majorité de la paysannerie.

c) La contradiction entre la nécessité objective d'intéresser matériellement le gros de la paysannerie pauvre et moyenne à l'accroissement de la production agricole, et la tendance inévitable à l'inégalité accrue et à l'accumulation privée, qui résulte de ces < stimulants matériels ».

d) La contradiction entre le niveau généralement bas de la consommation de la masse du peuple et les privilèges bureaucratiques croissants des couches dirigeantes, pendant les années 50 et même les premières années 60, dans des conditions de difficultés très grandes pour la masse de la population.

. e) La contradiction entre les besoins objectifs d'une industrialisation accélérée et l'obstacle à cette même industrialisation, créée soudainement par la décision brusque et brutale du Kremlin de décréter le blocus économique de la Chine.

f) La contradiction entre l'expansion rapide de l'alphabétisation et l'accroissement du niveau général d'éducation de la jeunesse chinoise d'un côté, et de l'autre le nombre toujours relativement restreint de postes de travail qualifié disponibles en Chine.

Toutes ces contradictions ont été intensifiées par les dommages causés à l'agriculture et l'économie chinoises pendant la deuxième phase du « grand bond en avant » et pendant la période de quasi-famine au début des années 1960, Ce qui a créé une situation explosive dans le pays durant laquelle un processus de différenciations politiques et d'activité politique croissante des masses devint possible. Dans ce cadre, les conditions pour une véritable révolution politique contre la bureaucratie dirigeante ont mûri. La « révolution culturelle » constitue objectivement une tentative de la fraction maoïste pour canaliser les forces sociales qui allaient dans cette direction, pour éviter le renversement de la bureaucratie et réformer celle-ci.

3. - Certaines des contradictions explosives accumulées en Chine durant la dernière décennie se seraient manifestées de toute manière, indépendamment des conditions intérieures du pays et de la nature de la direction. D'autres contradictions ont été grande-ments accrues par la nature autocratique et paternaliste de cette direction. Toutes ont été augmentées fortement suite à l'isolement soudain dans lequel la République Populaire de Chine a été précipitée à la fin des années 1950, par la suppression brusque de toute assistance économique et militaire du Kremlin à la Chine.

Cet acte criminel de la bureaucratie soviétique, étendant la lutte fractionnelle entre cette bureaucratie et le P.C. chinois dans le mouvement communiste mondial, au niveau des relations entre Etats était un coup de poignard dans le dos de la révolution et du peuple chinois, au moment même où ceux-ci devaient faire face à une quasi-famine dans le pays et à une pression agressive croissante de la part de l'impérialisme américain à l'étranger. Il place sur le Kremlin le poids de la responsabilité historique de la rupture de JOIE sino-soviétique, et des avantages que l'impérialisme a pu tirer de cette rupture.

La direction du P.C. chinois, éduquée à l'école stalinienne, a toujours accepté la théorie de la « construction du socialisme dans un seul pays ». Cependant, durant les années 1950, l'importance de l'aide offerte par d'autres Etats ouvriers à la croissance économique et à la défense militaire de la République Populaire de Chine avait rendu les Implications dangereuses de cette théorie à l'intérieur de la Chine moins importantes que dans l'Union soviétique à la fin des années 1920 et des années 1930 (tandis que ses conséquences négatives sur le plan international pour la révolution mondiale continuaient à se manifester même alors). Le tournant de [a direction maoïste vers une politique visant à « compter sur ses propres forces » et une autarcie économique poussée n'est qu'une rationalisation des conséquences du blocus du Kremlin et du poids considérable imposé à la Chine par le besoin de développer ses propres armes nucléaires, étant donné le refus de la bureaucratie soviétique de lui fournir une assistance sur ce terrain.

La ligne plus radicale poursuivie par la direction chinoise vis-à-vis des développements révolutionnaires dans le monde depuis le début du conflit sino-soviétique qui, sur plusieurs questions importantes, l'a amenée plus près des positions marxistes révolutionnaires (une analyse qui a été confirmée en 1968 par l'attitude de Pékin, contrastant avec celle du Kremlin, vis-à-vis de la révolution de mai en France, des luttes pré-révolutionnaires en Inde, de la lutte des étudiants mexicains et de la révolution politique ascendante en Tchécoslovaquie conduisant à l'occupation de ce pays par les Etats du pacte de Varsovie) reflète tant la relation spécifique de l'impérialisme et de la bureaucratie soviétique face à la République Populaire de Chine que l'impact objectif du flux montant de la révolution mondiale sur les masses chinoises.

Il est cependant vrai également que le caractère bureaucratique de la fraction maoïste a contribué à l'isolement international de la R.P. de Chine et accru les contradictions et les conflits politiques au sein du P.C. Chinois.

Bien que Pékin ait réaffirmé sa résolution de défendre l'U.R.S.S. contre l'impérialisme et que le Kremlin ait manqué à son devoir de réitérer des assurances similaires vis-à-vis de la R.P. de Chine, Mao est lui aussi responsable de l'absence d'une politique de front anti-impérialiste conséquente au Vietnam, nuisant de ce fait à la défense de la révolution vietnamienne et à l'influence politique du P.C. chinois dans le mouvement communiste mondial.

Au lieu de mener une politique stimulant un développement conséquent de la révolution mondiale, ce qui aurait pu faire naître de nouveaux alliés socialistes, et de mener la lutte pour le socialisme dans les principaux bastions du système capitaliste, ceci a amené les tendance maoïstes au Pakistan à s'opposer à plusieurs reprises aux mouvements de masse qui se développaient dans le pays. Ceci a contribué surtout à préparer la catastrophe d'Indonésie, la défaite la plus grave subie par la révolution mondiale depuis que Staline permit à Hitler d'accéder au pouvoir sans combat. Le développement du culte de Mao, la glorification de Staline et l'opposition à la déstalinisation en Union soviétique ont nui à la défense de la révolution chinoise dans d'autres pays, ont réduit le prestige et l'influence de Pékin, et grièvement porté atteinte à la cause du socialisme sur le plan international. *

L'extension du conflit sino-soviétique du plan des partis et de l'idéologie à celui des Etats a abouti aux sanglants incidents de l'Oussouri qui ont dépassé de loin tout ce qui s'était produit auparavant. || faut rappeler à cette occasion que la responsabilité principale de la rupture entre la Chine et l'URSS incombe à la bureaucratie soviétique qui, d'ailleurs, n'a pas hésité à rechercher une solidarité diplomatique de la part des gouvernements capitalistes. Mais la riposte chinoise au différend frontalier a été, elle aussi, déterminée par des intérêts et des considérations de prestige burenucratiques et inspirée en dernière analyse par la conception du « socialisme dans un seul pays ». Ainsi un préjudice considérable a été porté à la cause du socialisme aussi bien par la bureaucratie soviétique que par la bureaucratie chinoise.

Il ne peut être exclu d'ailleurs qu'un changement d'orientation de l'impérialisme américain vis-à-vis de la Chine puisse conduire à une modification importante de l'activisme révolutionnaire conseillé par la direction chinoise à ses partisans à l'étranger — une normalisation des rapports au niveau étatique avec les Etats-Unis n'étant pas en soi critiquable.

Les échecs en politique étrangère ont.accentué les tendances créées par les tensions accrues à l'intérieur de la société chinoise entre les différentes couches de la paysannerie tout comme entre la paysannerie et l'Etat, et entre la classe ouvrière, la jeunesse étudiante ,les intellectuels et la bureaucratie dans les centres urbains. Ces expressions multiples ont engendré des différences profondes sur la politique intérieure et étrangère dans la direction du parti, du gouvernement et des forces armées. La justesse des décisions passées de Mao et son omniscience furent de plus en plus mises en doute.

4. - À cause du caractère fragmentaire, contradictoire et non confirmé des informations dont on dispose, il est difficile et hasardeux d'essayer de décrire avec précision l'évolution et le contenu de ces différences à l'intérieur de la direction du P.C. chinois. Les pièces dont on dispose indiquent qu'un certain nombre de tendances oppositionnelles étaient impliquées. L'appareil maoïste n'a pas permis à leurs porte-parole — à moins que ceux-ci n'aient ni osé ni voulu — d'exprimer leurs positions et leur plate-forme publiquement, franchement et complètement.

Les longues polémiques maoïstes, pleines de contradictions, présentent un compte rendu manifestement falsifié et des interprétations déformées de leurs adversaires et critiques. Il est, par exemple, absurde de penser que le Chef de l'Etat Liu Chao-chi, le maire de Pékin Peng Chen et d'autres membres du Bureau Politique comme Teng Hsiao-ping et Tao Chou (les dirigeants communistes chinois les plus ouvertement associés au conflit sino-soviétique), que les chefs militaires déchus, que les intellectuels communistes les plus connus qui sont aujourd'hui de soi-disant « renégats, agents de l'ennemi ou révisionnistes contre-révolutionnaires » aient conspiré ou aspiré à restaurer le capitalisme au profit « des impérialistes et des réactionnaires du Kuomintang >».

Même si les racines, l'histoire et le caractère spécifique des divergences restent obsours et invérifiés, les conséquences des conflits qu'ils ont provoqués sont claires. L'équipe dirigeante centrale a été brisée. Une période d'incertitude concernant la composition et l'orientation de la direction chinoise a été ouverte. De grandes forces nouvelles ont été mises en mouvement.

Les hauts fonctionnaires proches de Liu ont apparemment tenté de se grouper contre Mao après les résultats désastreux du grand bond en avant. Liu et ses proches associés ont eu peur des conséquences dangereuses de cette aventure, ont conseillé une retraite et ont réussi à embrayer sur un cours économique plus prudent. Pendant ce réajustement le groupe de Liu a pris le contrôle de l'appareil du parti et a repoussé Mao de côté. Leur but, de toute évidence, était de l'éloigner du gouvernail et de réduire son statut à celui d'une potiche d'honneur, tout en utilisant son prestige pour donner le maximum d'autorité à leurs décisions et à leur ligne d'action. De la sorte ils ont assidûment protégé sa réputation publique à l'infaillibilité, ce qui devait plus tard faciliter le retour de Mao.

Vers 1965 Mao sentit qu'il avait la possibilité de briser la mainmise de Liu sur le régime et de regagner sa suprématie perdue. En exploitant son immense prestige, en manœuvrant entre les diverses tendances, et en les brisant l'une après l'autre, en calomniant Liu et ses amis au moyen d'une campagne de propagande ininterrompue, Mao a réussi à les isoler et à ronger leurs bases d'appui dans les masses, le parti, l'armée et la province et à assurer leur chute. La base objective de ce succès réside dans l'aptitude de Mao à mobiliser de larges masses, spécialement de la jeunesse, et à exploiter la haine qui s'était accumulée au sein du peuple contre la bureaucratie dans son ensemble. La fraction Liu a été paralysée en misant sur les règles bureaucratiques et par son incapacité à mettre le mythe de Mao en question, un mythe qu'elle avait elle-même dargement contribué à créer.

5. - La lutte fractionnelle qui avait éclaté à l'échelon supérieur de la bureaucratie dépassa les limites des cercles dirigeants vers le milieu de 1966, après l'affrontement du onzième plénum du Comité Central de début août qui adopta la décision en seize points sur la « révolution culturelle ». Dans leurs manœuvres, ils cherchèrent un soutien parmi des couches qui s'étendaient loin au-delà du parti. Un bouleversement social a été déclenché. Celui-ci s'est développé par vagues successives, commençant par le rassemblement de la jeunesse étudiante organisée dans les Gardes Rouges, s'étendant aux ouvriers de l'industrie dans les grandes villes en décembre 1969 - janvier 1967, mobilisant des parties de la paysannerie et impliquant aussi certains secteurs des forces armées.

Ces commotions liées entre elles ont profondément changé l'équilibre du régime bureaucratique. Malgré la victoire actuelle de la fraction de Mao, les événements tempétueux ont affaibli sa position et son pouvoir. Le régime ne sera pas capable de retrouver le prestige et la stabilité qu'il avait avant que Mao ne déclenche la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne ». Les luttes intestines et la propagande maoïste les accompagnant ont contribué à engendrer de nouvelles énergies révolutionnaires dans la jeunesse et parmi les éléments d'avant-garde des masses ouvrières, qui ne seront pas facilement ni aisément éliminées.

La situation réelle en Chine est fort différente des interprétations simplistes données dans divers milieux. Les partisans de Mao, et ceux qui prennent sa propagande pour argent comptant, affirment qu'il préconise une révolution politique anti-bureaucratique contre des agents de l'ennemi de classe, une révolution dont le but est de réaliser effectivement une démocratie plus large pour les masses populaires.

Ceci est contredit par des faits manifestes. La façon autoritaire avec laquelle la « révolution culturelle » a été lancée, conduite, guidée et par laquelle elle s'est terminée ; l'élimination des dissidents, liée à la déformation sans scrupules des positions des tendances anti-maoïstes ; le culte outrageux de Mao ; l'absence d'élections et d'institutions démocratiques contrôlées par les travailleurs et les paysans ; l'autorité accrue de l'armée dirigée par Lin Piao — tout ceci témoigne des caractéristiques et de l'orientation bureaucratique du cours politique emprunté par la fraction maoïste, qui s'est réduite à un petit noyau de l'ancienne direction.

Ceux qui considèrent que les positions présentes de Mao ne sont qu'une copie pure et simple de la dictature tyrannique personnelle de Staline sont également dans l'erreur. Tandis que les castes bureaucratiques dirigeantes de l'U.R.S.S. et de la Chine ont de nombreux aspects communs, il y a des différences profondes entre la situation historique qui a permis à Staline de consolider son pouvoir et le contexte international et interne dans lequel Mao a avancé le mot d'ordre de la « prise du pouvoir » par les

Gardes Rouges. En Chine aujourd'hui, les mobilisations des masses sous l'impulsion du bouleversement, quelque limitées qu'elles aient pu être, ont changé le rapport de force entre la bureaucratie et le peuple à l'avantage de ce dernier. Le mouvement des masses a affaibli le régime bureaucratique. Ce résultat diffère de la montée de Staline à la fin des années 20 et au début des années 30 quand les masses étaient écrasées et décapitées et tombaient dans un état de passivité politique qui ne changea pas fondamentalement jusqu'après la mort de Staline

Le triomphe de la fraction de Mao n'a aucunement déraciné l'opposition différenciée. Des opposants de toutes sortes restent retranchés et cachés profondément dans le parti, les syndicats, l'armée, les universités, les comités régionaux, les gouvernements provinciaux, l'appareil d'Etat et dans les campagnes.

D'autre part, cependant, l'armée, dirigée par Lin Piao, apparemment le nouvel héritier et principal adjoint de Mao, a grandement accru son poids politique. Grâce à ses interventions dans les conflits entre les fractions bureaucratiques opposées et entre les masses en mouvement et le régime, l'armée devint le point d'appui principal du régime de Mao, le principal arbitre et la principale force centralisatrice du pays, au détriment du rôle dirigeant du parti. Ceci était une des conséquences les plus dangereuses de la « révolution culturelle ». Maintenant, toutefois, Mao tend à réduire ce grand poids gagné par l'armée durant la période précédente, en mettant à nouveau l'accent sur la consolidation du parti comme point d'appui principal du régime et sur la nécessité d'une seule direction centrale pour tous les appareils du pouvoir.

6. - La « révolution culturelle » a été préparée et lancée par Mao et ses hommes-lige pour éliminer les critiques les plus résolus et les plus persistants de sa politique intérieure et extérieure et, en tant que concession aux masses, pour réduire les pires abus des suzerains bureaucratiques qu'il avait lui-même formés, encouragés et protégés. Ayant été mis en minorité dans le Bureau Politique, Mao prit le risque de passer outre aux cadres officiels du parti et de l'appareil d'Etat dans lesquels ses adversaires étaient installés, de passer par-dessus leurs têtes, et de mobiliser les étudiants des universités et des écoles supérieures en tant qu'instrument pour rétablir son contrôle sur le pays.

Pendant toute sa période d'activité le mouvement des Gardes Rouges était hautement contradictoire.

Le fait que le mouvement des Gardes Rouges ait été organisé d'en haut et non par l'initiative des jeunes eux-mêmes, qu'en général il n'a pas dû affronter la police ou les forces armées, a facilité dans une grande mesure les efforts des autres secteurs de la bureaucratie pour contrecarrer l'action fractionnelle de Mao, en organisant des groupes de Gardes Rouges sous leur propre patronage. Etant donné que tous les groupes étaient formés sous l'apparence de l'exécution des directives de Mao et de la « pensée de Mao », il était difficile pour les masses plus larges de comprendre leurs divergences politiques. Néanmoins, de nombreux groupes se différencièrent suffisamment dans leur interprétation de la doctrine de Mao pour en arriver à des conflits parfois très âpres.

Là où les luttes intestines aboutirent à des affrontements violents à cause des divergences entre Gardes Rouges ou plus généralement à cause de l'incapacité des partisans de Mao à arracher réellement le « pouvoir » à des forces d'opposition puissamment retranchées, l'armée intervint. Ainsi, c'est l'armée qui, derrière le mouvement des Gardes Rouges, était l'autorité finale, manipulant par moments des groupes de jeunes, modérant leur intervention ou modifiant ce qu'ils avaient fait à d'autres moments.

Ce serait toutefois une erreur de voir dans le mouvement des Gardes Rouges un simple instrument docile d'une politique fractionnelle dans la lutte intérieure qui prit pour nom «révolution culturelle ». La jeunesse étudiante chinoise avait de nombreux griefs comparables à ceux des jeunes dans d'autres pays aujourd'hui. Ces griefs comprenaient la discrimination sociale dans la sélection du corps estudiantin, des habitations inadaptées, une absence d'autonomie universitaire, et de pauvres débouchés après l'obtention des diplômes. Ils souffraient de la bureaucratie hautaine et incontrôlée, ils voulaient une révolution politique pour ouvrir la voie à la démocratie socialiste, ils identifiaient leur sort à celui de la révolution mondiale.

Ceci explique pourquoi Mao a eu de telles difficultés à conserver le contrôle du mouvement des Gardes Rouges et à le réprimer, une fois atteints les buts principaux qu'il envisageait. Le mouvement des Gardes Rouges acquit une logique propre.

Parcourant le pays de leur propre initiative, s'engageant dans des “actions de nature violente contre certaines couches bureaucratiques, des millions de jeunes ont. renforcé leur confiance en eux-mêmes et leur courage. Les plus incontrôlables de ces éléments .

passèrent outre aux objectifs spécifiques qui leur étaient fixés par leurs tuteurs bureaucratiques et entrèrent même en collision avec ces derniers. Leur tendance à bouger en direction d'une pensée critique et d'une action politique indépendante put être ne observée dans nombre de journaux muraux et dans des publications ronéotypées ou.

imprimées éditées par les Gardes Rouges et dans certaines « prises du pouvoir » qu'ils réalisèrent. Le mouvement devint tellement dangereux pour les objectifs de Mao qu'il jugea bon finalement de démobiliser les Gardes Rouges et de les renvoyer dans les locaux scolaires ou au travail dans la campagne.

Néanmoins, des ferments continuent à se développer parmi eux. Les plus avancés et les plus révolutionnaires parmi les membres de cette nouvelle génération qui ont reçu leur baptême politique dans la < révolution culturelle >, pourront plus tard servir de détonateur à des actions de masse contre la bureaucratie chinoise en tant que telle, y compris les vainqueurs maoïstes.

Toutefois, d'une importance beaucoup plus grande que les manifestations de Gardes Rouges furent les mobilisations des masses prolétariennes qui s'étendirent de décembre 1966 à février 1967. Tirant avantage des ruptures entre les fractions opposées des sommets et appelés à l'action par l'une ou l'autre d'entre elles, des secteurs de la classe ouvrière commencèrent à avancer leurs propres revendications économiques et sociales et à agir de façon indépendante. Cette action déclencha des grèves générales dans les transports et dans de nombreuses usines à Shanghaï, Nankin, et d'autres centres industriels.

Le mouvement d'en bas, qui aurait mis en danger, s'il avait continué à se développer, le contrôle par la direction maoïste, fut arrêté par des méthodes combinées de manipulation et de répression. La brièveté des grèves massives n'enlève rien de leur caractère historique. Elles symbolisaient la fin de l'apathie politique parmi les travailleurs de l'industrie et marquaient la renaissance de leur intervention autonome.

7. - Les deux principaux g'oupements rivalisant en vue d'obtenir la suprématie dans le parti, l'appareil d'Etat et l'armée sont centrés autour de Mao Tsé-Toung et de Liu Chao-chi. À la frange de ces groupements se trouvent des tendances oppositionnelles de coloration droitière ou gauchiste.

Aucune des deux fractions principales luttant pour la suprématie au sein de la bureaucratie communiste chinoise ne combat réellement pour la démocratie socialiste ni ne possède un programme politique réellement révolutionnaire en matière de politique intérieure ou extérieure. Si l'on applique des: critères marxistes, aucune des fractions principales ne mérite un soutien politique dans sa lutte de tendance contre sa rivale. À en juger d'après l'information que l'on possède — bien qu'il faille admettre qu'elle est lacunaire et inadéquate — aucune de ces fractions ne peut être considérée comme étant plus progressiste que l'autre.

Aussi longtemps que le groupe de Liu a conservé sa suprématie, il a pratiqué les abominables mœurs du commandement bureaucratique apprises à l'école stalinienne. Ses doctrines et sa pratique ne se distinguaient en aucune manière de celles de la période précédente lorsque Mao avait directement les choses en main. La haine accumulée par les jeunes, les travailleurs et les paysans a permis à Mao de soulever ces forces sans peine contre la majorité bureaucratique.

Alors que la fraction de Mao a lancé des appels à la rébellion et à l'initiative des masses, ses actes n'ont nullement été conformes à ses paroles. L'objectif de Mao consistait à reprendre le dessus pour sa fraction et sa ligne politique au sein de la bureaucratie, mais nullement à renverser la bureaucratie. C'est ce qui explique pourquoi il a suivi les méthodes staliniennes de calomnie, de violence physique et d'encouragement du culte de la personnalité dans sa lutte et a limité délibérément ses appels aux masses. N'importe où, n'importe quand, lorsqu'un secteur de la population — que ce soit au sein de la jeunesse, au sein du prolétariat, au sein de la paysannerie ou des intellectuels — a eu tendance à se dégager de la domination et de la direction de Mao pour agir indépendamment, il a été réfréné et rappelé à l'ordre, parfois à l'aide de mesures répressives.

La promesse contenue dans la section 9 du programme originel en seize points de la déclaration officielle de la « révolution culturelle », adoptée par le plénum du Comité Central d'août 1966, d' « un système d'élections générales, semblable à celui de la Commune de Paris », qui inaugurerait un élargissement de la démocratie prend aujourd'hui l'allure d'une moquerie. Non seulement de pareilles élections n'ont jamais été tenues, mais l'idée même est aujourd'hui tournée en dérision (+ La confiance aveugle dans les élections est également une forme de pensée conservatrice >). 4

Au lieu d'instituer une démocratie ouvrière élargie selon le modèle de la Commune de Paris, Mao a réorganisé le régime bureaucratique sous les auspices de la « triple alliance >», régimentée par l'armée et présidée par la partie des cadres qui est demeurée fidèle à sa fraction. Les < comités révolutionnaires » établis au cours de la < révolution culturelle » n'ont pas été élus par les masses laborieuses elles-mêmes ou maintenues sous leur contrôle grâce à des mesures de contrôle démocratique, mais ont été constitués à la suite d'un compromis entre les fractions rivales sous la supervision du noyau central Mao-Lin Piao.

On a fait état d'éléments situés à la gauche des fractions rivales du sommet, aussi bien parmi les fidèles de Mao que parmi les travailleurs et les intellectuels sympathisants avec Liu et d'autres leaders en disgrâce, qui auraient des idées et des tendances révolutionnaires et qui seraient capables de former les noyaux d'une véritable opposition anti-bureaucratique. Ces révolutionnaires méritent un appui international. Cependant, dans les conditions actuelles, il est extrêmement difficile pour de semblables communistes de gauche dispersés de se réunir, de communiquer entre eux, de mettre au point un programme commun, de sélectionner des dirigeants et d'entreprendre une activité suivant une ligne politique cohérente.

8. - Les maoïstes accusent leurs adversaires de « révisionnisme ». Mais les arguments mêmes qu'ils invoquent pour justifier leur cours actuel montrent qu'ils sont aussi coupables que leurs rivaux d'une révision flagrante des principes de base du marxisme.

a) Ils soutiennent que, dans les pays qui ont renversé la bourgeoisie et aboli la propriété privée des moyens de production, le capitalisme peut être restauré par des processus graduels et pacifiques grâce aux machinations et à la politique erronée de l'une où l'autre tendance de la direction des partis communistes. Ceci équivaut à rejeter ou à ne pas tenir compte de la théorie marxiste de l'Etat qui affirme que des rejeter.ou à méconnaitre la théorie marxiste de l'Etat qui affirme que des changements fondamentaux de cet ordre-ne peuvent être accomplis graduellement ou pacifiquement.

b) Ils identifient la dégénérescence bureaucratique de la révolution avec la restauration du capitalisme. Dans l'explication de ce phénomène, les maoïstes tombent d'ailleurs dans un volontarisme extrême, exagérant énormément le poids social de l'idéologie. Mao situe la cause principale du danger de dégénérescence bureaucratique et de restauration du capitalisme, non pas dans les fondements matériels du régime socio-économique mais dans le domaine de l'idéologie. Il proclame que si le révisionnisme n'est pas extirpé au niveau théorique, scientifique, artistique et littéraire, il mènera inévitablement au renversement de la dictature du prolétariat.

Les marxistes n'ont jamais été d'avis que les idées des classes réactionnaires qui ont perdu le pouvoir économique et politique à la suite de la révolution sociale sont capables de modifier graduellement la nature de classe et la structure de l'Etat. Une contre-révolution colossale de ce type ne pourrait avoir lieu que par une guerre civile entre les anciennes classes possédantes et les masses laborieuses, luttes dans laquelle ces dernières auraient été écrasées, cu bien par l'apparition hypothétique d'une nouvelle bourgeoisie devenue économiquement assez puissante pour lancer une guerre civile et renverser l'Etat ouvrier. Ceci ne s'est pas produit et est d'ailleurs loin de se produire, que ce soit en Chine ou dans les autres Etats ouvriers en désaccord avec Pékin, quelles que soient par ailleurs les tendances naissantes en direction du capitalisme apparues dans ces pays c) Il est tout aussi volontariste de croire, comme les maoïstes, que des appels Incessants à l'esprit de sacrifice, à l'idéalisme et à l'enthousiasme des masses laborieuses peuvent suffire en soi et par eux-mêmes à surmonter les problèmes extraordinairement difficiles qui découlent du développement insuffisant des forces productives en Chine pendant la transition du capitalisme au socialisme.

d) En dépit des leçons historiques exposées par Lénine dans l'Etat et la Révolution, les maoïstes proclament que dans la période de transition du capitalisme au socialisme la lutte de classes est condamnée à s'intensifier et non à diminuer et qu'elle peut même se poursuivre pendant des centaines d'années. Cette « théorie » sert à justifier l'intensification du rôle de l'Etat comme organe de répression. L'Etat, au lieu de dépérir sous le socialisme comme l'avait prédit Engels, continuerait à subsister pendant une période indéterminée, s'il faut en croire Mao. Ainsi, on fournit une excuse « théorique » pour justifier les piree excès et abus du pouvoir bureaucratique.

e) La stratégie de la révolution mondiale exposée par Mao et Lin Piao exalte les mouvements insurrectionnels de la paysannerie dans les pays coloniaux arriérés et sous-estime le rôle central qui incombe à la classe industrielle des pays avancés dans le Fervenement du pouvoir de l'impérialisme et l'édification d'une nouvelle société socialiste.

f) Dans le domaine culturel proprement dit, la direction chinoise a mis en avant des positions antimarxistes, de type jdanoviste, défendant la notion de + culture prolé-none > et soumettant bureaucratiquement la littérature, l'art, la science à la « ligne »

u parti.

9. - La «révolution culturelle» a largement accrédité l'idée qu'un Etat ouvrier peut subir une déformation et une dégénérescence après la conquête du pouvoir, idée qui n'était antérieurement propagée que par le seul mouvement trotskyste mondial. Survenant après les campagnes anti-bureaucratiques en Yougoslavie et à Cuba, la propagande maoïste à ce sujet, bien qu'elle soit déformée, à centré l'attention sur l’un des problèmes les plus cruciaux auxquels doit faire face une révolution socialiste victorieuse : comment protéger et promouvoir la démocratie ouvrière.

La nécessité d'une révolution politique, lorsque le pouvoir d'Etat a été usurpé par une bureaucratie et que toutes les voies vers le contrôle démocratique ont été barrées aux masses, a été rendue plus claire et plus compréhensible pour de larges secteurs du mouvement communiste international et de l'avant-garde révolutionnaire. Cette leçon a été renforcée par l'arrêt abrupt et brutal du courant de démocratisation en Tchécoslovaquie en 1968 par l'occupation soviétique.

Si la « révolution culturelle » a aidé à populariser et à faire accepter la notion de révolution politique dans les Etats ouvriers bureaucratisés, le cours qu'elle a suivi et l'issue qu'elle a connue sous la tutelle de Mao Tsé-Toung démontrent que les métho-des appliquées par sa fraction mènent au résultat opposé. Il est impossible de déraciner la bureaucratie au moyen de méthodes bureaucratiques. La « révolution culturelle >» s'est achevée par une tentative d'arrêter le mouvement de masse et de restaurer une nouvelle forme de pouvoir bureaucratique sous le masque de la « triple alliance », au lieu du pouvoir de l'ancienne bureaucratie du parti et de l'Etat qui avait, dans-sa majorité, soutenu Liu. Cette « triple alliance > est en réalité un compromis entre la fraction maoïste et des parties de la vieille fraction majoritaire, compromis mis en train au moment où les masses ont commencé à intervenir de manière autonome dans la lutte, menaçant ainsi le pouvoir bureaucratique dans son ensemble.

Il n'existe pas d'autre voie pour une lutte effective contre la dégénérescence bureaucratique de la révolution et les régimes autoritaires qu'elle engendre que le programme mis au point par Lénine et Trotsky, c'est-à-dire la consolidation et l'institutionnalisation du pouvoir ouvrier sur la base de conseils démocratiquement élus, la démocratie prolétarienne la plus large, le droit aux diverses tendances et partis socialistes d'exister légalement à l'intérieur de ce cadre constitutionnel, la limitation et l'abolition graduelle de l'inégalité dans la rémunération, la gestion de l'économie par les travailleurs eux-mêmes, le développement planifié des forces productives et, surtout, l'extension internationale de la révolution au cœur de la forteresse impérialiste.

10. - La position de la Quatrième Internationale sur la révolution chinoise, qui a été exposée dans de nombreux documents et déclarations au cours des dernières années peut être résumée comme suit :

La Quatrième Internationale a résolument soutenu la révolution socialiste en Chine dès le départ. Ses partisans en Chine et dans le monde entier se prononcent pour la défense inconditionnelle de la République Populaire de Chine contre toute attaque militaire par l'impérialisme américain ou n'importe lequel de ses Etats vassaux

La Quatrième Internationale considère que la direction du Kremlin est le principal responsable du schisme sino-soviétique et condamne son retrait vindicatif de l'aide économique à la Chine ainsi que ses accords diplomatiques continuels avec Washington, Paris, la Nouvelle-Delhi et d'autres gouvernements bourgeois contre la République Populaire de Chine.

En même temps, la Quatrième Internationale critique l'attitude ultra-sectaire et l'esprit hyperfractionnel dont fait preuve Pékin dans ses relations avec les autres Etats ouvriers qui ne souscrivent pas entièrement à sa ligne politique. Son refus obstiné de proposer ou de participer à une action commune avc l'Union soviétique, Cuba et d'autres pays communistes contre l'intervention américaine au Vietnam à cause de désaccords politiques avec ces pays a été particulièrement nuisible, encore qu'il faille reconnaitre que certains arrangements pratiques relatifs à l'assistance militaire au Vietnam ont finalement été conclus.

Tout en n'oubliant pas que la direction chinoise est poussée par la défense de ses propres intérêts à inspirer à ses partisans dans le monde une ligne plus militante que Moscou, la Quatrième Internationale critique la nature centriste bureaucratique de sa politique. En cherchant à gagner de l'influence dans les pays coloniaux ou ex-coloniaux, Pékin se sert d'un langage nettement anti-impérialiste et accorde effectivement une aide matérielle aux forces de guérilla dans plusieurs pays. Ceci n'a pas seulement créé une « image » nettement plus à gauche que celle de Moscou mais a également objectivement favorisé les luttes anti-impérialistes dans diverses parties du monde, spécialement dans l'Asie du Sud-Est, dans les pays arabes et en Afrique. De même, la campagne vigoureuse que Pékin a déclenchée contre la ligne opportuniste de droite des partis commmunistes qui suivent la ligne de Moscou et contre certains aspects-clés du régime bureaucratique en Europe orientale a objectivement contribué à approfondir la crise mondiale du stalinisme et à faciliter l'émergence d'une nouvelle avant-garde de jeunes dans le monde entier. A l'intérieur de cette nouvelle avant-garde jeune, la sympathie générale pour la Chine et pour la critique maoïste du révisionnisme du Kremlin reste profonde, même si leur sectarisme organisationnel extrême et leur infantilisme politique ont empêché les maoïstes orthodoxes de stabiliser des organisations importantes de jeunes où que ce soit.

D'autre part, la politique fondamentale de Pékin a continué à être fondée sur le soutien à n'importe quel gouvernement bourgeois dans un pays semi-colonial qui se trouvait collaborer avec la Chine (hier l'Indonésie, aujourd'hui le Pakistan et la Tanzanie) ce qui entraîne des résultats désastreux pour la lutte de classe révolutionnaire dans ces pays.

La conduite de la direction du Parti communiste chinois depuis qu'il a conquis le pouvoir prouve qu'il n’est pas encore parvenu à se débarrasser de l'héritage stalinien. Ces bureaucrates n'hésitent pas à subordonner le bien-être des masses chinoises et les intérêts de la révolution internationale et du socialisme à la protection et au renforcement de leurs propres pouvoir et privilèges.

Des caractéristiques analogues marquent la politique et le comportement des groupes maoistes qui sont apparus dans de nombreux pays depuis le schisme sino-soviétique. Ils combinent l'aventurisme à l'opportunisme. Ils se sont montrés incapables d'une pensée critique ou indépendante à la lumière du marxisme. Il en résulte que la plupart d'entre eux font montre de peu de cohésion interne et tendent généralement à se scinder en fragments hostiles.

L'expérience de la < révolution culturelle » démontre une fois de plus qu'en Chine également la bureaucratie ne peut être éliminée par des réformes. Elle devra être écartée du pouvoir par la nouvelle avant-garde de révolutionnaires authentiques qui est actuellement en cours de formation en Chine et qui finira par se hisser à la tête des masses éveillées et organisées au cours du développement ultérieur d'une véritable révolution anti-bureaucratique. La résurgence d'un tel mouvement indépendant brisera l'emprise de la bureaucratie sur la vie économique, politique et culturelle et signifiera une véritable extension et une consolidation de la démocratie ouvrière que la « révolution puorle » a promise dans sa propagande mais qu'elle a été lamentablement incapable le réaliser.

Source : Quatrième Internationale, n°37, mai 1969 · scan (Radar, 16-014-00118).

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