1. Dans la discussion sur la question syndicale en France qui s'est déroulée devant le SI
élargi des 11 et 12 novembre 1951 sur la demande du bureau politique du PCI, le SI élargi
a été amené à examiner plus particulièrement la question du journal l'Unité auquel
collaborent les militants syndicaux du PCI et qui apparaît comme un important moyen
d'expression de nos militants sur le plan syndical.
Le travail syndical du PCI comme le travail dans toute branche d'activité doit être mené
dans la perspective et l'orientation définie par le IIIe Congrès mondial, à savoir en ce qui
concerne la France en direction des ouvriers communistes qui sont organisés ou
contrôlés par l'appareil stalinien.
Le travail syndical est des plus importants pour un parti révolutionnaire. Mais par sa
nature même, ce travail présente de gros dangers. « Les syndicats créent toujours un
terrain de culture des déviations opportunistes. » C'est pourquoi ce travail plus que tout
autre doit être mené sur une base principielle ferme. Les courants opportunistes,
réformistes, centristes, staliniens peuvent se permettre d'employer dans ce domaine des
phrases sur l'« unité » et la « démocratie » aussi longtemps que la pression des masses et
des événements ne les obligent à en prouver leur valeur dans l'action concrète dans une
situation donnée.
L'Unité qui avait commencé sa parution en défendant l'unité et la démocratie syndicales
à une période où toutes les directions syndicales se prononçaient ouvertement contre
l'unité d'action des organisations syndicales et qui a joué dans ce sens un rôle très positif
s'est trouvée devant un test de première importance au moment où les staliniens ont
opéré un tournant dans leur politique syndicale et où, sous la pression du courant
unitaire des masses, la CGT a adressé des propositions de front unique aux autres
centrales syndicales sur un programme acceptable et correspondant de façon générale
aux revendications ouvrières.
Il est incontestable que les dirigeants staliniens ont opéré ce tournant dans le but
d'utiliser le courant unitaire des masses au profit de la politique du Kremlin. Mais le seul
moyen de déjouer les intentions staliniennes ou de tenter de le faire, c'était de soutenir
à fond les propositions de la CGT qui en soi propulsaient davantage le courant unitaire
des masses.
Le SI, après examen des numéros de l'Unité parus depuis le tournant syndical des
staliniens, a été unanime à conclure que nos militants responsables ont manqué de
vigilance et de fermeté dans ce domaine et qu'il s'est créé de ce fait une situation qui risque
de compromettre notre mouvement tant sur le plan syndical que d'une façon générale.
Alors que les éléments anticommunistes de l'Unité ont pris une position hostile aux
propositions de la CGT et ont ouvertement défendu la proposition d'un rassemblement de
tous les « syndicalistes libres » contre les staliniens, montrant ainsi que tout ce qu'ils
avaient écrit dans le passé sur la question de l'unité syndicale n'avait aucune valeur, nos
militants dans l'Unité ont en général affirmé la nécessité de l'imite d'action des travailleurs,
mais se sont abstenus en tant que direction de l'Unité d'engager cet organe dans la voie
d'un soutien ferme, non équivoque, des propositions de la CGT.
II n'est pas exact que l'Unité soit une « tribune libre ». Il n'a jamais existé et il ne peut
exister une tribune libre de façon abstraite. Un organe a nécessairement une direction,
une orientation, qu'il développe même sous le couvert d'une tribune libre.
En fait, depuis le tournant de la CGT, l'Unité au lieu de soutenir ces propositions et de tirer
profit de la position passée qu'elle avait eue sur cette question, a eu la physionomie d'un
organe qui, par l'hostilité des uns et l'attitude équivoque des autres quant aux propositions
de la CGT, apparaissait comme ne prenant pas au sérieux son propre passé et s'associant
— avec des nuances particulières — à tous les adversaires de l'unité d'action avec les
organisations dirigées par les staliniens.
Une telle situation, si elle se prolongeait, compromettrait gravement toute notre
orientation en direction des ouvriers communistes. Pour ceux-ci, tout le caractère
principiel de notre politique, et plus particulièrement de notre politique en vue de la
guerre qui vient, apparaîtrait comme mensonger, du fait qu'à la première épreuve
concrète importante, nous serions solidaires sur le plan syndical avec des agents de
l'impérialisme contre des propositions valables de la CGT.
Le SI considère qu'il est absolument impérieux pour le PCI de redresser son activité
syndicale en ce qui concerne l'Unité dans le délai le plus bref. Les militants du parti qui
travaillent à ce journal avec l'aide du parti tout entier doivent si possible le reconquérir et
en redresser la ligne. Nos militants doivent dans l'Unité se prononcer sous une forme
dépourvue d'ultimatisme pour un soutien ferme des propositions d'unité d'action de la CGT,
en rappelant que telle était la revendication première de ce journal, ce pour quoi il a été créé.
Cette orientation de la ligne du journal dans cette question doit être assurée notamment par
un contrôle organisationnel plus strict de nos militants, appuyés par le parti tout entier. Les
membres de l'Unité, réformistes et centristes, hostiles à la défense de ces propositions
doivent avoir la possibilité d'exprimer leurs positions dans la partie de « tribune libre » de
ce journal, mais ne sauraient en affecter l'orientation principale. La participation éventuelle
de ces éléments à la tribune libre doit permettre à nos militants, par leurs réponses, de
préciser encore davantage nos positions relativement à l'unité d'action avec la classe
ouvrière et à nos rapports avec les organisations et les ouvriers communistes. Nos
militants doivent prendre l'initiative de la lutte pour le redressement de la ligne de l'Unité.
La délégation du SI en examinera avec la délégation du bureau politique les modalités
pratiques.
Une des conditions les plus essentielles pour le redressement de la ligne de l'Unité est que
ce journal se stabilise financièrement par ses propres moyens. Nos militants doivent
mettre au point des mesures pratiques permettant de réaliser cet objectif ; fut-ce aux
dépens du volume et de la fréquence de ce journal.
Si les militants du parti ne parvenaient à redresser la ligne de l'Unité dans un très bref
délai, le SI considère que le parti, pour pouvoir mener la politique qui lui a été tracée
par le IIIe Congrès mondial, ne pourrait plus engager sa responsabilité dans cet organe,
et dans ce cas — qu'il faut tout faire pour éviter — se trouverait obligé de se délimiter
par rapport à lui. 2. En ce qui concerne l'application de la ligne du IIIe Congrès mondial dans le domaine
syndical en général, la délégation du SI discutera avec la délégation du bureau politique
en vue de mettre au point un texte aussi complet que possible définissant l'orientation
du travail dans ce domaine.
3. La délégation du SI aidera la direction du PCI au cours des discussions avec les cadres
syndicaux du parti sur les décisions prises pour appliquer la ligne du IIIe Congrès mondial
au domaine syndical.
15 novembre 1951.