Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution sur les exclusions de la section française

avril 1948 · Le IIe Congrès mondial (2-21 avril 1948) · 950 mots

In English: Resolution on French Expulsions — texte anglais publié à l’époque.

1. La rupture de l'ancienne direction de la section française est l'aboutissement d'une

lutte de tendance prolongée et violente. Ceux qui aujourd'hui ont rompu avec le PCI

ont suivi depuis deux ans une orientation politique les éloignant de plus en plus de

celle de l'internationale. Les déviations de cette tendance, caractérisées à deux

reprises par le comité exécutif international comme des déviations opportunistes,

petites-bourgeoises, l'ont conduite aujourd'hui à abandonner entièrement la

perspective de construction d'un parti bolchevik-léniniste à l'étape actuelle en

France, sur la base du programme de la IVe Internationale, pour y substituer la

construction d'un parti centriste « correspondant à la situation objective ». C'est là la

signification de leur entrée dans le Rassemblement démocratique révolutionnaire

(RDR) sur la base de la défense de quelques « valeurs-clés ».

2. Le comité central a prononcé l'exclusion de ces éléments après la claire manifestation

de leur part d'une rupture de discipline organisationnelle et politique avec le PCI :

a) Ils se sont engagés dans la voie de la construction du RDR sans aucun effort de

discussion sérieuse à l'intérieur de l'organisation sans aucune présentation, ni à

la section française ni à l'internationale, d'un texte d'orientation politique

motivant une décision d'une telle gravité. C'est seulement après coup qu'ils

présentèrent une lettre de Demazière comme résolution politique au comité

central.

b) Après avoir défini leur ligne et commencé à l'appliquer immédiatement, ils

reçurent du comité central un délai de quinze jours pour revenir sur leurs

positions et appliquer les décisions du CC qui avait explicitement condamné

cette orientation. Ils reçurent l'avertissement net qu'ils se mettraient en dehors

du parti s'ils continuaient sur cette voie.

c) Loin d'utiliser cette chance que la direction du PCI leur accordait, ils ont

immédiatement après la session du comité central adhéré en public au RDR et

appelé tous les militants du PCI à en faire autant. Ils ont attaqué publiquement et

dans la presse la politique du PCI et sa direction et, outre leur indiscipline, porté

gravement atteinte au crédit du parti. Pour ces raisons, le congrès mondial

considère les exclusions comme entièrement justifiées et rejette tout appel à leur

sujet.

3. Le congrès mondial rejette l'argumentation des exclus concernant leur « non-

reconnaissance » de la direction actuelle du PCI, élue au IVe Congrès, comme justifiant

leur attitude envers les décisions du comité central à leur égard. La participation de

leur tendance aux réunions du comité central qui ont suivi le IVe Congrès indique

clairement que, de facto, ils avaient accepté le respect de la discipline des organes

dirigeants du parti issus du IVe Congrès. L'absence de tout appel écrit au SI ou au CEI

qui s'est réuni depuis lors, ainsi que le manque de toute campagne suivie dans le parti

à ce sujet, confirment la même indication. D'autre part, même si la tendance des

éléments exclus ne reconnaissait pas la direction issue du IVe Congrès, toute mesure

organisationnelle ou politique grave de sa part aurait dû s'appliquer dans le cadre des

organismes dirigeants de l'internationale. Le fait qu'ils ont décidé et exécuté leur

adhésion au RDR sans consulter ni informer le SI, sans même lui présenter une

explication de leur attitude, prouve clairement que leur argumentation post facto est

purement formaliste et qu'il s'agit de leur côté effectivement d'une rupture avec la

politique et l'organisation de l'internationale et de sa section française.

4. Le congrès mondial n'exclut nullement la nécessité d'œuvrer au regroupement

révolutionnaire avec des organisations qui, comme l'Action socialiste révolutionnaire

(ASR), ont rompu avec les partis traîtres sur une base de classe. Il considère au contraire

ce travail comme d'une importance vitale pour la section française comme pour la plupart

des sections d'Europe. Mais il distingue soigneusement entre cette action et le travail de

fraction opportuniste et sans principes qui, au lieu d'amener les éléments centristes vers

le programme révolutionnaire, adapte celui-ci au centrisme. Il distingue en même temps

entre le travail de regroupement révolutionnaire, qui doit tendre à rassembler sur le

programme révolutionnaire les éléments en évolution vers lui (ASR), du travail entrepris

par les éléments exclus qui vise à rejeter ces camarades vers la construction d'une

organisation centriste, le RDR. C'est pourquoi il condamne explicitement la politique de

construction du RDR comme une tentative de liquider l'organisation trotskyste. L'entrée

dans le RDR n'aurait un sens que si cette organisation était déjà constituée avec une base

de masse véritable et s'il s'agissait de cette façon d'amener de nouvelles couches de

travailleurs radicalisées à la IVe Internationale. L'orientation des exclus par contre tend à

construire le RDR avec les éléments qui étaient sur le point de rejoindre notre propre

mouvement.

5. Sur la base de l'orientation ainsi définie du regroupement révolutionnaire, le congrès

mondial donne aux exclus une dernière chance de réintégrer l'internationale. Il pose

pour cela les conditions suivantes :

a) Reconnaissance explicite des décisions politiques et organisationnelles du congrès

mondial.

b) Acceptation de l'orientation définie ci-dessus pour le regroupement révolution-

naire.

c) Travail sous la direction et le contrôle direct du SI.

d) Abstention rigoureuse de toute attaque publique contre le PCI et sa direction et

rétractation des attaques publiques qui ont déjà eu lieu.

6. Les exclus qui accepteront ces conditions pourront, après une période d'essai de trois

mois, demander leur réintégration dans le PCI et l'internationale. Le congrès leur

garantira dans ces conditions l'exercice de tous leurs droits de membres dans le PCI et

leur participation de plein droit au Ve Congrès du parti. Si, par contre, ces conditions

sont rejetées, le congrès confirme définitivement l'exclusion prononcée par le comité

central du PCI et rejette toute proposition de compromis organisationnel sans

principes politiques. Adoptée à l'unanimité (5 absents) ; vote consultatif : 4 pour, I contre (Pedro), 4 absents.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 3, p. 260–262 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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