DES PARTIS REVOLUTIONNAIRES DE MASSE EN EUROPE CAPITALISTE
La présente résolution a été Tr , Sur décision du C.E.l., pour expliquer | et les conséquences du tournant opéré par les sections européennes de l'Internatio: l'abandon de l'entrisme, en matière de construction de partis révolutionnaires de mi
1) Au début des années 50, les sections européennes de la IV° Internationale avaient en général adopté l’orientation entriste pour résoudre leur tâche stratégique centrale : la construction de partis révolutionnaires de masse arrachant d’importants secteurs du prolétariat à l'influence des directions traditionnelles réformistes et staliniennes, et capables de les conduire vers le renversement du capitalisme et la prise du pouvoir, Cette orientation entriste découlait des considérations suivantes :
a) Pendant toute la vague révolutionnaire d’après-guerre 1944-1948, le contrôle des appareils traditionnels sur les mouvements de masse avait été maintenu. Ces appareils abordaient la nouvelle phase d'histoire d’après-guerre de l’Europe capitaliste ouverte par la fin de la reconstruction et la vague montante de la révolution coloniale sans avoir perdu leur influence prépondérante sur le prolétariat. Le mouvement trotskyste restait numériquement faible et sans capacité d’influencer amplement le déroulement de la lutte de classe.
b) L'hypothèse la plus probable, dans ces conditions, était que toute nouvelle radicalisation du prolétariat, toute poussée importante de la combativité ouvrière s’exprimerait d’abord au sein des organisations traditionnelles en accentuant leur différenciation interne et en yÿ faisant apparaître d'importants courants de gauche, centristes ou centristes de gauche.
€) En œuvrant à l’organisation de ces courants et en s’efforçant d'en conquérir la direction politique, les marxistes révolutionnaires faciliteraient l'éclatement des organisations traditionnelles par des scissions larges dont un des produits pourrait évoluer vers un parti révolutionnaire de masse sous l’influence du noyau marxiste révolutionnaire.
d) En se limitant à l'existence de groupes indépendants, les marxistes révolutionnaires se cantonneraient dans des activités de propagande incapables d’influencer la différen. ciation de courants plus larges au sein du mouvement de masse et d’influencer le déroulement pratique de la lutte de classe.
L'orientation dite entriste de construction des partis révolutionnaires de masse ne comportait en aucune façon l’abandon de construction des sections de la IV° Inter. nationale, mais impliquait dans toutes les résolutions qui avaient décidé de cette orientation le maintien de noyaux marxistes révolutionnaires fermement organisés et disciplinés, recrutant sur la base de l’ensemble de leur programme et utilisant à cette fin des publications ouvertement trotskystes.
La décision d'opérer le tournant entriste plus général en 1951-1953 a été accompagnée de discussions et de luttes internes sur des problèmes reliés à ce tournant mais pas identiques à son contenu tactique (par exemple l’imminence d'une guerre mondiale et son influence éventuelle dans le sens d'un tournant à gauche des partis communistes, les formes de désagrégation du stalinisme, le fonctionnement interne de l’Internationale, etc.). La présente résolution n’a pas pour but de tirer le bilan historique de toutes ces luttes intérieures qui menèrent à une scission du mouvement, mais de rappeler les raisons qui ont fait adopter la tactique entriste comme telle et. les raisons et perspectives du tournant tactique décidé actuellement par toutes les sections européennes.
2) L'analyse des quinze années qui se sont écoulées depuis que l'orientation entriste a été adaptée au X° Plenum du C.EI. permet de préciser, dans les grandes lignes, ce qui a été correct et ce qui a été faux dans cette orientation :
a) La prévision selon laquelle toute nouvelle radicalisation de la classe ouvrière s’exprimerait d’abord par une différenciation au sein des organisations traditionnelles de masse du mouvement ouvrier s'est entièrement confirmée. La formation des tendances Bevan et Renard dans la social-démocratie britannique et belge, l'éclatement du PC danois (scission Larsen), la formation successive de tendances de gauche au sein du P.C. italien (J.C., tendance Ingrao), le rôle joué par la lutte au sein de l’U.E.C. dans la relance de l'avant-garde jeune en France, confirment l'analyse qui a conduit à l'adoption de l'orientation entriste. Même en Allemagne, pays d'Europe capitaliste où la radicalisation a été la plus réduite pendant la période 1951-1965, la seule organisation tant soit peu importante engendrée par la seule radicalisation qui s’est produite pendant cette période — le S.D.S. — fut un résultat de la scission d'avec la social-démocratie.
b) Si, pendant toute cette période, aucune organisation n'a pu enregistrer des succès sérieux dans la tentative de créer un parti révolutionnaire en dehors du travail au sein des organisations traditionnelles, l’adoption de l'orientation entriste a permis en général aux noyaux marxistes révolutionnaires de mieux connaître le mouvement de masse, de s’y lier intimement et d’influencer plus amplement le déroulement des luttes ouvrières.
ce) Cependant, la longue phase de stabilisation relative du capitalisme en Europe, imprévisible au moment où l’Internationale décida l'orientation entriste en Europe, a fortement limité la portée des différenciations au sein des organisations traditionnelles de masse. Se réalisant en dehors de luttes de masse très amples ou seulement au lendemain de celles-ci dans des phases de déclin de ces luttes, ces différenciations ont en général pu être contenues, pour l'essentiel, au sein des appareils traditionnels et ont donc conduit à des éclatements de petits groupes et à des effritements marginaux de ces partis plutôt qu’à des scissions de masse.
d) Il aurait pu en être autrement si, au sein des tendances de gauche qui se sont constituées dans les partis traditionnels, le noyau marxiste révolutionnaire disposait d’une force organisationnelle capable d'organiser des masses de militants, de sympathisants de ces tendances. Or, si les noyaux marxistes révolutionnaires se sont en général renforcés numériquement pendant cette phase, ce renforcement est resté très modeste. Ils ont donc été réduits à exercer une influence politique au sein de ces tendances plutôt que d'en assurer l’organisation. Cela a grandement facilité les manœuvres des courants de gauche de la bureaucratie qui ont, en définitive, permis de réduire l’ampleur des scissions. La sousæstimation d’un rapport proportionnel inévitable entre nos propres forces et celles que nous pouvions politiquement entraîner hors des partis de masse représente une erreur d'estimation de l'orientation entriste, telle qu’elle a été formulée en 1951-52.
3) Vers le milieu des années 60, la situation dans le mouvement ouvrier de l’Europe capitaliste a commencé à se modifier sous l'effet principal des trois facteurs suivants :
a) Le ralentissement de la croissance économique, la réapparition d’un chômage plus important, la succession des récessions (Italie, France, Grande-Bretagne, Allemagne occidentale) ont aggravé les contradictions de classe et stimulé progressivement une reprise des luttes ouvrières.
b) La composition de la classe ouvrière s’est sensiblement modifiée sous l'effet conjoint de l’industrialisation accentuée (surtout en Italie, en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Flandre), des transformations technologiques, de l’accélération des cadences (facteur important de rajeunissement dans les grandes entreprises). Il est apparu tout un secteur neuf en majorité jeune de la classe ouvrière sur lequel l'emprise des appareils traditionnels est fortement réduite, ce qui a favorisé un débordement de ces appareils dans des proportions beaucoup plus larges que dans la période 1944.48.
c) L'apparition d’une nouvelle avant-gande jeune qui s’est avant tout constituée sur la base d’une identification avec les pointes avancées de la révolution coloniale (Algérie, Cuba, Vietnam, Palestine), qui s’est en même temps tournée vers une agitation intense dans les universités et les lycées, et qui s’est ainsi acquis une base sociale qui en a fait un facteur politique réel dans la vie de plusieurs pays capitalistes importants (France, Allemagne occidentale, Italie).
Le fait marquant de ce changement est la disparition considérable de l'influence des organisations traditionnelles. sur cette nouvelle avant-garde jeune, résultant de la dégénérescence aggravée de la social-démocratie et de la crise accentuée du stalinisme, Ainsi, pour la première fois depuis 1919-1923, est apparue en Europe une avant-garde assez large, indépendante des appareils bureaucratiques. Elle a commenté à modifier les rapports de force au sein du mouvement ouvrier, ce qui pouvait exercer à son tour une influence croissante tant sur la combativité de secteurs non négligeables de Ja classe ouvrière que sur l'orientation et les formes de cette lutte.
Le même changement explique pourquoi en Grande-Bretagne l'opposition croissante des travailleurs et des syndicats à la politique de Wilson depuis 1964 n’a pas donné lieu à une forte différenciation au sein des sections locales du Labour Party, de plus en plus sclérosées.
4)Cette modification essentielle de la situation du mouvement ouvrier en Europe capitaliste et des formes d’expression que prend la radicalisation de couches successives du prolétariat et de la jeunesse, constitue la raison fondamentale du changement d'orientation adopté par les sections européennes de la IV° Internationale quant aux voies qu’emprunte actuellement la construction de partis révolutionnaires de masse. Dans la nouvelle situation de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier, il importait avant tout de ne pas laisser passer la chance que représente l'apparition de la nouvelle avant-garde et de ne pas la condamner à sombrer dans le choix entre le spontanéisme ultragauche ou la résorption par l'aile gauche des appareils traditionnels, choix inévitable pour autant que fasse défaut l'exemple d’une organisation révolutionnaire, même limitée, s'appuyant sur la nouvelle vague de radicalisation pour construire consciemment un parti de type bolchevik.
Le contenu de la nouvelle orientation de construction du parti adoptée par les sections européennes de la IV° Internationale peut être précisé ainsi :
a) Priorité à la conquête de la prépondérance politique et organisationnelle au sein de la nouvelle avant-garde dans le but d’assurer un renforcement considérable de nos propres organisations et un changement, si possible qualitatif, des rapports de force avec les appareils bureaucratiques au sein de la classe ouvrière.
b) A cette fin, adoption d’une politique d'initiatives dans l’action qui convainquent la nouvelle avant-garde de la nécessité et de l'existence des organisations marxistes révolutionnaires, non seulement au niveau théorique et à l'échelle historique mais dans la lutte pratique courante.
c) Pénétration plus large à la base de la classe ouvrière, dans les entreprises et dans les syndicats.
d)Efforts pour créer des points d'appui solides au sein de la jeunesse ouvrière à partir desquels l'affrontement avec l'appareil bureaucratique peut s'effectuer sans risque que ces noyaux soient éliminés des syndicats et des entreprises.
Cette orientation accroît l'importance d’une presse marxiste révolutionnaire large: ment diffusée, d’une élaboration théorique intense s’extériorisant dans des revues théoriques, des brochures et des livres multiples, qui donnent des assises solides à notre lutte pour la prépondérance au sein de la nouvelle avant-garde caractérisée par un niveau culturel et politique beaucoup plus élevé que les avant-gardes similaires du passé. Elle met en même temps en relief la nécessité du fonctionnement organisationnel efficace et public de nos sections comme de véritables organisations de combat, capables de servir de pôles d'attraction pour les meilleurs parmi les jeunes révolutionnaires dégoûtés par le stalinisme et le réformisme et que le spontanéisme ne séduit guère.
5) Le changement d'orientation décidé par les sections européennes de la IV° Internationale ne signifie pas qu’elles méconnaissent le poids toujours déterminant des appareils staliniens et réformistes sur la conclusion des grandes luttes ouvrières qui traversent actuellement et traverseront encore dans les années à venir l'Europe capitaliste ni qu’elles ont une vue exagérée et utopique sur les possibilités de réduire ce poids par l'intervention de groupes d'avant-garde ou par l'intervention d'organisations jeunes sur la périphérie du mouvement ouvrier organisé proprement dit.
La tâche stratégique centrale des marxistes révolutionnaires reste celle de la construction de partis révolutionnaires de masse. Dans des pays à longue tradition politique de masse de la classe ouvrière, où celle-ci est encore influencée de façon prépondérante par des partis de masse se revendiquant du mouvement ouvrier, cette construction est inconcevable sans que se produisent des différenciations au sein de ces partis de masse, y compris des éclatements et des scissions larges. Il est clair que nos sections ont aujourd’hui des possibilités de recrutement individuel plus larges que jamais dans le passé et que celles-ci doivent être exploitées à fond. Mais il serait tout aussi sectaire aujourd’hui que par le passé d'’insister seulement sur le recrutement d’un petit groupe par adhésions individuelles et d’exelure la possibilité de faire progresser le parti en effectuant des opérations et des regroupements lorsqu'on atteint le stade de ceux-ci et qu’on a accumulé suffisamment de forces pour réaliser effectivement de telles tactiques. Il faut de même rejeter l'illusion que la capacité de l'avant-garde à déborder les appareils traditionnels, y compris dans des luttes ouvrières quant aux objectifs et aux formes nouvelles de combat adoptés, équivaut à une incapacité de ces appareils à reconquérir le contrôle du mouvement de masse à partir d’un certain point de la lutte. Les expériences récentes, tant des grèves partielles en France que du puissant mouvement gréviste en Italie, prouvent clairement le contraire.
Mais ce changement d'orientation implique :
a) La compréhension du fait que la différenciation dans les organisations de masse est aujourd’hui moins fonction de la dialectique interne des débats idéologiques et des luttes de tendances que des incidences que la lutte des masses et les initiatives de l'avant-garde elle-même provoquent en leur sein. Dans ce sens, l'orientation résolue sur les nouvelles avant-gardes est indispensable, même dans le but de hâter l'éclatement des conflits au sein des partis traditionnels (cfr. la reprise de la lutte au sein du P.C. italien — groupe il Manifesto — et de la social-démocratie allemande — congrès de Munich des Jungsozialisten, en fonction très nette de la poussée extérieure de l’avant-garde).
b) La compréhension du fait que le choix de la tactique adéquate à adopter par les marxistes révolutionnaires, à chaque étape de leur lutte pour la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire du prolétariat ne peut faire abstraction des forces propres de l’organisation marxiste révolutionnaire qui est elle-même un élément pour juger des possibilités et des chances de réussite de toute tactique.
De toute manière, la nouvelle orientation adoptée par les sections européennes maintient pour elles le devoir de suivre attentivement tout ce qui passe au sein des organisations de masse traditionnelles de la classe ouvrière, avant tout au sein des syndicats, mais aussi au sein des partis de masse se réclamant du mouvement ouvrier. La néces. sité de poursuivre ou de recommencer un travail de fraction au sein de ces organisations doit être examinée à chaque moment précis de la lutte de classe, en fonction des forces disponibles, des possibilités ouvertes et des perspectives à court et moyen terme de la lutte de classe et des différenciations au sein de la classe ouvrière.
6) Les formes organisationnelles précises dans lesquelles la nouvelle orientation vers la construction de partis révolutionnaires de masse doit être réalisée dépendent de conditions particulières à chaque pays et ne peuvent être généralisées. D’une manière générale les forces marxistes révolutionnaires ne sont pas encore en condition de constituer dans l’immédiat des partis au sens léniniste du terme, c’est-à-dire capables d’entraîner une minorité significative du prolétariat et d'autres couches exploitées dans la lutte. Dans le meilleur des cas, comme en France, elles ne constituent qu'un noyau initial d’un tel parti. La possibilité de s'affirmer à court terme force prépondérante au sein de la nouvelle avant-garde peut être renforcée soit par la construction prioritaire d’une organisation de jeunesse axée dès le départ sur les trois secteurs d’intervention (universités, usines, lycées) soit par la construction prioritaire de l’organisation adulte, là où le mouvement d'avant-garde a déjà dépassé un certain stade ou bien là où la nouvelle avant-garde est encore embryonnaire, soit par une combinaison des deux. La forme précise de l’organisation de jeunesse — organisation marxiste révolutionnaire affirmée ou organisation d'avant-garde englobant outre le noyau marxiste révolutionnaire des couches plus larges de jeunes évoluant vers le marxisme révolutionnaire mais n'y étant pas encore arrivées — dépend de même des conditions spécifiques de chaque pays. La IV‘ Internationale peut maintenir beaucoup de flexibilité tactique en ce qui concerne ces formes d'organisation précises dans chaque pays, à condition qu'il soit bien entendu que l’activité publique d’un noyau trotskyste, par ses publications et son action pratique au sein de la nouvelle avant-garde et au sein de la lutte de classe, constitue la condition sine qua non pour la solution des tâches de construction du parti à l’étape présente.
7) Les principaux axes politiques d'intervention des sections de la IV*° Internationale dans l'avenir immédiat sont fonction d’une appréciation correcte des conditions objectives nées depuis 1965 et puissamment renforcées par mai 1968 en France et la montée des grèves en Italie (cfr. éditorial du n° de novembre 1969 de « Quatrième Internationale ») ainsi que d’une assimilation profonde du sens du tournant opéré par les marxistes révolutionnaires dans la lutte pour la construction de partis révolutionnaires de masse.
a) La stratégie des revendications transitoires continue d'être la base de la propagande et, à l’occasion, de l'agitation et de l’initiative active dans la lutte ouvrière. Elle est plus que jamais centrée sur la problématique du contrôle ouvrier.
b) La propagande pour le pouvoir des travailleurs et une définition plus précise du contenu concret de la dictature du prolétariat en Europe occidentale à notre époque acquièrent une importance croissante à l'étape actuelle de montée des luttes ouvrières qui voient se succéder des crises révolutionnaires ou pré-révolutionnaires (mai 1968 en France, automne 1969 en Italie).
c) La stratégie des luttes ouvrières doit faire l’objet d'analyses particulières pour chaque pays, tant en ce qui concerne les méthodes de lutte qu’en ce qui concerne les formes d’organisation privilégiées (comités de lutte, comités de grève, fraction syndicale, opposition syndicale).
a) La lutte pour la démocratie ouvrière revêt une importance capitale dans cette nouvelle phase où les rapports entre bureaucratie syndicale et masses ouvrières commencent à changer, sans qu'on puisse affirmer que celles-ci soient déjà capables d'éliminer rapidement celle-là. La défense et le renforcement de la démocratie syndicale n’ont pas seulement pour but de modifier les rapports entre la bureaucratie et les masses, et de libérer aïnsi des forces plus amples pour des luttes anticapitalistes mais aussi de renforcer les instruments de lutte essentiels contre l'intégration croissante des syndicats dans l'Etat bourgeois et tous les: phénomènes concomitants (politique des revenus, limitations du droit de grève, clauses pénales contre les grèves sauvages, etc.).
e) La tendance à « l’Etat fort », le renforcement de l'appareil répressif, la réapparition de groupes de choc semi-fascistes, la propagande raciste et xénophobe contre les travailleurs immigrés redonnent une importance capitale à la défense intransigeante de toutes les libertés ouvrières et démocratiques, à leur extension pour toutes les minorités qui en sont exclues (étrangers, jeunes, soldats) et à leur consolidation grâce à la constitution de groupes d’autodéfense ouvrière.
f) La crise de direction de la bourgeoisie, la crise du Marché commun, l’aggravation des contradictions inter-impérialistes créent un climat propice à la propagande en faveur des Etats-Unis socialistes d'Europe, présentés comme solution d'ensemble de tous les problèmes qui travaillent et déchirent la société bourgeoise en Europe, c’est-à-dire comme synonyme du pouvoir des travailleurs à l'échelle européenne. La remontée de l’internationalisme prolétarien, surtout dans la jeune génération, rend cette propagande plus fructueuse pour l'avant-garde révolutionnaire. Elle doit être accompagnée d’une tentative de développer les formes de collaboration et de coordination internationale des luttes, au niveau des organisations marxistes révolutionnaires ellesmêmes, de l'avant-garde jeune en général, voire de certains secteurs de la classe ouvrière européenne où cela commence à devenir objectivement possible.
g) L'apparition des étudiants et des lycéens comme couche sociale spécifique et force politique à partir de 1967 rend nécessaire l’élaboration d’une stratégie précise des marxistes révolutionnaires dans ce milieu, afin d'éviter le double écueil de sa sousestimation (méprisé comme étant « petit bourgeois ») et de sa surestimation (surtout dans les tendances spontanéistes qui le considèrent indépendamment de sa force et de sa faiblesse sociale propre, de sa place dans Je processus de production, du caractère instable de sa situation, etc.). La prédominance de tendances favorables à une « liaison ouvriers-étudiants » dans l'avant-garde étudiante rend plus importante que jamais l’affirmation de l'organisation révolutionnaire léniniste comme seul moyen de réaliser cette liaison de manière efficace et avec une portée objectivement révolutionnaire, h) Une attention accrue doit être accordée aux revendications et aux problèmes. spécifiques des jeunes travailleurs et des travailleuses, couches surexploitées et plus aptes à se dégager brusquement de la gangue hureaucratique. Les formes d'action spécifiques — en plus des revendications particulières — doivent être recherchées pour opérer la jonction avec ces couches, i) L'action antiimpérialiste et la solidarité avec les principaux secteurs de la révolution coloniale en cours (Vietnam, Palestine, Bolivie) restent des thèmes d’agitation et de mobilisation dont la valeur n’a pas diminué. Elles restent le terrain où la différenciation politique entre les diverses tendances se fait de la manière la plus nette et où la supériorité théorique et organisotionnelle de la IV° Internationale éclate le plus nettement, par rapport aux tendances aires (lambertistes, réalistes, maoïstes) ou primitives et ouvriéristes (spontanéistes, m#4-spontex, etc.), j) L'action de solidarité avec l’opposit 1 communiste et antibureaucratique de l'Europe orientale et de l’U.RSS. prend é; :lement une valeur croissante en fonction de la sensibilisation croissante de la jeune avänt-garde par les événements de Tchécoslovaquie, la crise aggravée du stalinisme, les scissions qui ont frappé les J.C. en Autriche, Suisse, Belgique et ailleurs, et de la possibilité de préciser par ce truchement nos conceptions en matière de centralisme démocratique et de démocratie ouvrière, indispensables pour projeter une image du communisme radicalement différente de celle que repousse aujourd’hui la grande majvrité des jeunes ouvriers, étudiants et lycéens en Europe occidentale.