Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Du XIe au XIIIe Congrès 1979-1995 › Le XIIe Congrès mondial et après (1985-1991)

Révolution socialiste et écologie

juin 1990 · Commission de la IVe Internationale (projet pour le XIIIe Congrès mondial) · Le XIIe Congrès mondial et après (1985-1991) · 12 998 mots

Écologie et climat

Texte lu par machine (OCR) sur le scan de la revue : il contient des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan.

Le texte qui suit est un projet rédigé par une commission composée de membres de la IV* Internationale appartenant à plusieurs sections. Il sera discuté à notre prochain congrès mondial, même si le vote sera reporté à une date ultérieure pour permettre une élaboration plus approfondie.

L Préface

Les problèmes écologiques s’étaient posés à l’humanité à d’autres époques, mais ils ont acquis à l’heure actuelle une qualité nouvelle à cause de leur ampleur et de leur gravité.

Les dégâts causés à l’environnement ont souvent des effets irréversibles sur l’homme et la nature ; un accident nucléaire majeur mettrait en danger la vie de millions de gens. Pendant presque toute leur histoire, les directions traditionnel-les réformistes du mouvement ouvrier ont ignoré ou minimisé les problèmes écologiques. Aujourd’hui encore, leur apprentissage à ce sujet se fait lentement et elles en restent à des propositions de replâtrage. En guise d’autocritique, nous devons reconnaître que les courants révolutionnaires (la IV* Internationale y comprise) ont dû eux aussi repenser leurs approches pour saisir tout le caractère explosif de la dimension écologique dans le capitalisme du troisième âge.

Les groupements et les partis verts ont le mérite incontestable d’avoir imposé à l’ordre du jour la problématique de l’écologie longtemps rejetée par le mouvement ouvrier. Mais les solutions qu’ils mettent en avant ne sont souvent que de fausses solutions du fait qu’elles ignorent le lien intrinsèque entre destruction de l’environnement et logique du profit capitaliste — ou pouvoir de la bureaucratie dans les sociétés de transition. Si on veut aborder sérieusement les dangers écologiques, il faut justement sortir du cadre fixé par recherche du profit ou la domination de la bureaucratie, dans la perspective d’une société socialiste, démocratiquement planifiée.

IL. Données de la crise écologique

La crise écologique, comme résultat de l’action humaine sur la nature, a atteint un point où la survie de l’humanité est potentiellement en question. L'intérêt économique d’une petite minorité commande, d’une part l'apparition accélérée de nouvelles formes de production sans évaluation préalable de leurs conséquences écologiques, et d’autre part le maintien detechniques de fabrication pourtant reconnues comme nuisibles. Tout cela se produit alors que les progrès de la technologie augmentent les possibilités d’agir sur la nature, et donc aussi de la bouleverser et de la détruire.

Larévolution industrielle liée à l’essor du capitalisme au XIX° siècle a accru très sensiblement la dissémination des déchets dans l’atmosphère en portant sérieusement atteinte à la santé des travailleurs et des populations urbaines. Plus généralement, les ondes de choc écologiques d’origine humaine se sont multipliées.

Mais la crise écologique telle que nous la connaissons, n’est pas la conséquence linéaire du développement industriel depuis le XIX® siècle. Elle est le résultat d’un saut qualitatif, enclenché à l’échelle mondiale par le boom économique capitaliste des années cinquante et soixante, par la généralisation massive de l’utilisation du pétrole et par le développement gigantesque de l’automobile, par le développement de l’industrie chimique et la généralisation de sa pénétration dans tous les secteurs d’activité, et en particulier dans l’agriculture avec les engrais et les pesticides. A partir des années soixante-dix, ce saut qualitatif est devenu plus spectaculaire à la suite de la crise des économies bureaucratiquement planifiées, qui a exacerbé tous leurs aspects irrationnels et surtout, de façon particulièrement dramatique, à la suite de la combinaison de crise économique et d’industrialisation sauvage impétueuse dans letiers monde. REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 91

La pollution de l'air

Les principaux polluants de l’air sont :

+ les substances produites par la combustion des combustibles fossiles (charbon et pétrole) : il s’agit principalement du dioxyde de soufre, des oxydes de carbone et des composés azotés ;

- les substances organiques cancérigènes, comme le benzol ou l’aldéhyde formique ;

- les métaux lourds (mercure, cadmium, plomb) ;

- les fibres microscopiques d’amiante et poussières diverses ;

Ces substances toxiques sont disséminées dans l’air par l’industrie, par les automobiles, ou par d’autres biens de consommation durables. La croissance débridée, et apparemment incontrôlable, de la circulation automobile en fait la principale source de dioxyde de soufre et d’oxydes d’azote, qui devance nettement les chauffages domestiques et industriels. Les carburants sont également la principale source de benzol et de plomb. L’aldéhyde formique, le mercure et l’amiante sont des polluants industriels, mais ils sont présents également, dans une mesure très importante, dans des biens de consommation courants, des matériaux de construction pour la formaldéhyde et l’amiante, des piles électriques (mercure).

La concentration de ces toxiques dans l’air des villes peut être mille fois plus grande que celle de l’air des campagnes. La pollution de l’air est devenue un véritable fléau des grandes concentrations urbaines, aussi bien celles des pays riches que celles particulièrement gigantesques et anarchiques des pays pauvres. Elle provoque en milieu urbain une augmentation alarmante des maladies

L’amiante est à l’origine de nombreux cancers mortels chez les ouvriers des chantiers navals et du bâtiment. A cause du temps d’incubation de ces cancers, l’ampleur du problème ne sera vraiment saisie que dans les décennies à venir. La dénonciation des dangers de l’amiante a entraîné une réduction très forte de son usage dans les pays industrialisés riches, et son remplacement par d’autres substances ; mais dans le tiers monde son usage croît massivement.

Le dioxyde de soufre et les oxydes d’azote sont la cause de l’acidification des pluies qui joue un grand rôle dans la dégradation des forêts tempérées de l’hémisphère nord.

L’élévation du taux de gaz carbonique dans l’atmosphère, provoquée par l’utilisation des combustibles fossiles, ainsi que l’utilisation du bois de chauffe à usage domestique dans le tiers monde et la déforestation dramatique qui en découle, vont très probablement réchauffer le climat du XXI° siècle. Cela provoquera des bouleversements géographiques dont les conséquences dans de nombreuses régions seront catastrophiques pour l’économie de vastes communautés humaines (l’effet de serre). Ce bouleversement climatique va se combiner, au vu des tendances prévisibles, avec l’augmentation du flux de rayons ultraviolets solaires, cancérigènes, atteignant le sol. Cette augmentation est provoquée par les effets de l’accumulation dans la haute atmosphère de plusieurs polluants de l’air, dont surtout les CIFC. Les CIFC sont dégagés principalement par les bombes aérosol et par les appareils frigorifiques qui se cassent. Tout en n’étant pas non toxiques dans l’immédiat, les CIFC s’élèvent dans la haute atmosphère où ils provoquent des réactions chimiques qui détruisent la couche d’ozone qui justement empêche que des rayons ultraviolets atteignent la Terre dans une mesure excessive.

La pollution de l’eau et la dégradation des sols

Les déchets, tant d’origine domestique qu’agricole ou industrielle, débouchent sur les eaux de la planète qui servent ainsi de gigantesque égoût. Les eaux continentales, fleuves et lacs, sont les plus touchées, mais par les fleuves et les villes côtières cette pollution s’étend de plus en plus à la mer. Les conséquences les plus graves en sont l’accumulation de métaux lourds, mercure, cadmium, etc., et de composés organiques, hautement toxiques, dans les sédiments de fond, et surtout l’accumulation dans les eaux de substances engraissantes, nitrates et phosphates, qui provoquent la prolifération débridée d’algues et de végétaux aquatiques dont la décomposition épuise ensuite l’oxygène dissous dans l’eau : d’où une hécatombe d'êtres vivants aquatiques.

L'état des océans s’aggrave rapidement, d'autant que ceux-ci sont directement pollués par la quantité astronomique de pétrole qui s'échappe des forages sous-marins, et des bateaux (dégazage), et même utilisés pour y décharger des déchets toxiques, chimiques et radioactifs.

La pollution des eaux est liée à celle des sols, à la fois cause et conséquence de certaines pollutions des eaux et de l’air. On voit là toutes les conséquences de pratiques agricoles imposées par la pression du marché : exploitations intensives (abus d’engrais et de pesticides), monocultures, cultures inadaptées aux écosystèmes et climats locaux, etc. C’est à une destruction massive des sols à l’échelle planétaire que l’on assiste, dans laquelle se combinent pollutions, épuisement, désertification, érosion massive, et qui s’interpénètre avec les causes économiques et sociales de la faim qui frappe 500 millions d’habitants du tiers monde.

La destruction des forêts

Parmi les manifestations les plus dramatiques de la crise écologique, la destruction mondiale des forêts est particulièrement inquiétante, à cause de l’ampleur de ses conséquences. Elle frappe principalement les pays tropicaux. Dans les pays industrialisés, la surface forestière reste assez stable mais est atteinte d’un lent dépérissement dû à la pollution de l’air, des eaux et des sols (qu’on appelle « l'agonie des forêts »). Par contre, dans le tiers monde c’est le déboisement qui caractérise la crise écologique. De 1980 à l’an 2 000, le tiers monde aura vu disparaître 40 % de sa surface forestière. Mais à cause des particularités de la forêt tropicale humide (un tiers de la masse végétale du globe ; fragilité à cause de la minceur du sol) ce déboisement aura des conséquences terrifiantes : REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 93

+ localement, il va démultiplier la crise agraire et la faim par un véritable processus en spirale de désertification ;

+ au plan mondial, il va aggraver l’ effet de serre quand ce bois coupé sera brûlé.

Les catastrophes industrielles

Les conséquences écologiques désastreuses de l’activité humaine se manifestent également sous forme d’accidents de grandes dimensions, ou de risque potentiel de tels accidents, dans des installations industrielles telles que les usines chimiques et les centrales nucléaires.

À cause de sa nature spécifique, de la portée incalculable de ses effets néfastes possibles, et surtout de la persistance de ces effets à très long terme, et du fait que des solutions de remplacement existent, apparaît à juste titre comme un exemple particulièrement angoissant des choix aberrants qui sont faits en matière de développement des forces productives.

Tous les éléments de cette crise écologique, loin de créer de nouvelles urgences qui marginaliseraient les problèmes économiques, sociaux et politiques « traditionnels », s’y trouvent au contraire étroitement mêlés.

Le rapport entre la destruction de l’ Amazonie et les luttes de la population rurale et urbaine exploitée au Brésil ou entre la déforestation de l’Hymalaya et les catastrophes que celle-ci provoque au Bangladesh dans le cadre du rapport de forces existant dans ce pays, met en lumière le lien direct entre nature et politique. La crise écologique se manifeste comme un phénomène dramatique qui s’étend, provoquant des catastrophes locales et partielles, dans certains cas irréversibles, dans d’autres réversibles à court ou à moyen terme, ou à l’échelle de deux ou trois siècles (l’âge de nombreux arbres). Tout dépend de ce qui sera consciemment entrepris par les communautés humaines.

IL. Les causes structurelles de la crise écologique

La destruction et la pollution de l’environnement sont une expression de lincapacité d’organiser la vie d’un nombre élevé d’êtres humains dans la biosphère. La description de la situation globale esquissée plus haut démontre que ces dernières années, cette incapacité est devenue plus générale et plus évidente dans presque tous les domaines. Au cours des deux derniers siècles, au XX siècle en particulier, la forme d’organisation de la vie sociale globalement dominante est déterminée par les rapports de production capitalistes. La population mondiale est de plus en plus dépendante de l’économie de marché capitaliste, de l’extension du travail salarié et de la soumission au capital de tous les aspects de la vie. Ainsi, le bilan de la situation de l’environnement est avant tout un bilan du mode de production capitaliste.

Ceci vaut également pour les parties du monde qui se sont libérées de l’emprise directe de l’économie de marché capitaliste après des luttes de libération et desrévolutions anticolonialistes, anti-impérialistes et anticapitalistes plus ou moins dures. Toute tentative de développer une économie planifiée, fondée sur la propriété collective des moyens de production, reste toujours dans une très large mesure conditionnée par le cadre économique mondial qu’imposent les puissances impérialistes. Par le biais du marché mondial, de la division du travail et des relations commerciales, la loi de valeur capitaliste a influencé aussi les économies à planification centralisée d’Europe de l’Est, d’Asie de l’Est et de Cuba. Mais dans ces pays, la crise écologique a été accentuée par une série de raisons spécifiques supplémentaires.

Bien qu’il ne puisse se soustraire aux lois de la nature, le mode de production capitaliste est à différents points de vue en contradiction fondamentale avec la nature et les processus d’évolution naturels. La production sociale résulte d’un ensemble de processus d'échanges et de transformations de matière et d’énergie. Dans les limites d’un système « Terre » ouvert vers l’espace, cet ensemble est déterminé par les lois thermodynamiques suivant lesquelles il ne peut y avoir que des processus d’échanges et detransformations, donc pas de production d’énergie ou de matière ; ces processus sont irréversibles et tendent vers un état de répartition égale non ordonnée d’énergie et de matière (loi de l’entropie). Dans les conditions du capitalisme, la nature se trouve de plus en plus soumise aux besoins économiques, c’est-à-dire divisée en unités de plus en plus petites adaptées à la production marchande. Dans ce contexte, seul l’aspect quantitatif, qui détermine la relation temps de travail/argent dans le cadre de la loi de valeur, est décisif. Des relations qualitatives et globales ne peuvent être prises en considération.

En même temps, la production capitaliste est basée sur des processus cycliques à réaliser dans les délais les plus courts possibles pour que le capital avancé puisse augmenter. La répétition continuelle du cycle de production de capital (et donc l’exploitation des ressources jusqu’à leur épuisement) et la parcellisation croissante comme précondition à la « mise en valeur » économique ont pour conséquence un fort taux d'augmentation de l’entropie. L’effet de cette contradiction est d’imposer aux processus naturels un rythme et un cadre qui leur sont étrangers. L’exploitation des ressources naturelles ne peut pas prendre en considération le temps nécessaire à leur formation et à leur renouvellement. L'extension de la production marchande ne peut pas respecter les modes d'organisation sociale préexistants. L’occupation de l’espace nécessaire au bon déroulement de la production, de l’approvisionnement en énergie et de la distribution, doit se faire sans tenir compte de l’environnement naturel, de la faune ou de la flore. Ce n’est donc pas un manque de sagesse du capitalisme qui entraîne la destruction de l’environnement, mais précisément la rationalité qui lui est propre. Voilà pourquoi les sociaux-démocrates qui revendiquent une « croissance qualitative » sont empêtrés dans la logique du capital : croissance qualitative et loi de valeur s’excluent l’une et l’autre.

Si la production capitaliste est déterminée par une parcellisation croissante, l’ordre social et les rapports de pouvoir et de propriété sont marqués, quant à eux, par une centralisation croissante. REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 95

De nos jours, quelques multinationales déterminent l’avenir du coin le plus reculé de la planète. Cela ne va pas sans aggraver le traitement que le capitalisme fait subir à l’espace et au temps : découpage de la planète en zones industrielles, régions touristiques, centres d’affaires et commerciaux, réserves de matières premières, etc., sans plus d’égard pour ce qu’il y avait avant que pour ce qui viendra après.

La rationalité capitaliste détermine le mouvement des capitaux individuels. Mais la concurrence des capitaux entre eux rend irrationnel le système dans son ensemble : l’intelligence mise en œuvre pour améliorer la production tout comme pour économiser les matières premières et protéger l’environnement, s’arrête aux portes de l’entreprise. C’est l’environnement qui en fait les frais dans tous les domaines pour lesquels « personne » ne se sent responsable : pollution des eaux, de l’air et de la terre. En outre, la concurrence entraîne des crises de surproduction périodiques qui révèlent qu’une quantité considérable d’énergie et de matière a été investie dans des marchandises qui ne se vendent pas. De surcroît, le marché pousse à la fabrication de produits superflus du point de vue de la valeur d’usage (publicité, drogues diverses, armements, etc.) mais dont la valeur d’échange rapporte de gros profits. La concurrence et la course aux profits et aux surprofits sont en fin de compte à l’origine d’agissements criminels, reconnus comme tels par la législation capitaliste elle-même : non-respect de la réglementation sur l’environnement, utilisation de substances toxiques, tests de qualité insuffisants, falsification d’indications de contenu, abandon de déchets dans des décharges sauvages, etc.

Pendant les cent cinquante dernières années, le mode de production capitaliste a modifié la composition et la répartition des sols, des ressources naturelles, de l’eau et surtout de l’atmosphère à un point tel qu’il est établi que la hausse du taux d’entropie sous l’effet du capitalisme menace directement la survie de la Terre et de l’humanité. Parallèlement ceux qui exquissent des voies de développement différentes sont entravés et combattus.

La crise écologique dans les métropoles impérialistes

C’est dans les pays capitalistes développés que l’exploitation économique, c'est-à-dire le processus de quantification économique du substrat naturel, social et historique préexistant, est la plus avancée. Le processus de parcellisation de la production et en même temps de centralisation des rapports de production, y a atteint son plus haut degré. La production de marchandises régit désormais tous les secteurs de la vie sociale, tandis que le processus social de production se trouve de plus en plus parcellisé et les rapports de propriété, que la concurrence entre propriétaires de moyens de production empêche de se figer complètement, de plus en plus centralisés.

Dans tous les pays impérialistes, ceci a mené aux mêmes problèmes écologiques majeurs, une preuve de plus que ces problèmes ne sont pas à considérer comme des « pannes » ou des « ratés », mais qu’ils correspondent à cette logique du système partout dans le monde :

+ l’exploitation, presque achevée du dernier centimètre carré au profit d’une zone industrielle, d’un centre de commerce, d’une cité-dortoir, d’un parc de loisirs ou d’une zone administrative a allongé continuellement les déplacements nécessaires alors que la structure des besoins reste sensiblement la même. La politique des transports, basée sur la voiture individuelle à essence, a pour conséquence un surnombre chronique d’automobiles et menace toutes les grandes agglomérations de paralysie.

* en particulier dans le domaine de l’énergie, les rapports de propriété centralisés ont dicté la construction de grandes centrales à combustibles fossiles ou nucléaires, un choix néfaste pour l’atmosphère et en même temps tout à fait irrationnel du point de vue d’une utilisation économique de l’énergie. L’obliga-tion d’une vente maximale d'énergie est diamétralement opposée à une politique d'augmentation minimale de l’entropie.

* la parcellisation croissante de la production, avec des entreprises qui n’agissent rationnellement qu’à leur niveau individuel, est responsable de façon décisive du problème des déchets. Il est de plus en plus « avantageux » de jeter, de mettre à la décharge ou de brûler ce qui est inutile à la production. Ainsi, les montagnes de déchets, en particulier de déchets toxiques, sont devenues pres-qu’un symbole de la société de surabondance capitaliste.

+ dans les conditions du capitalisme, les industries chimique et pharmaceu-tique sont devenues l’exemple typique des conséquences de la parcellisation du processus de production. Des processus et des substances biochimiques élémentaires deviennent des instruments autonomes de réalisation de profits. Il en découle, d’une part, un changement gigantesque de la répartition naturelle de la matière, la création, comme il a souvent été dit, d’une seconde nature « artificielle » et, d’autre part, l’accélération, l’inflation et l’indépendance croissante de processus biologiques sans que les conséquences potentielles n’en soient connues, ne serait-ce que de façon approximative.

Les conséquences de ces problèmes écologiques fondamentaux sont : la destruction des sites naturels et l’urbanisation envahissante, le surencombrement des routes, la pollution de l’air due à la voiture individuelle, l’empoisonnement par l’industrie chimique et la dépendance de ses produits, la dégradation de l’atmosphère par les centrales à combustibles fossiles, la pollution radioactive due à l’énergie nucléaire, les montagnes de déchets de plus en plus grandes. Le capitalisme n’est pas à même de corriger ces « déviations ». Il lui faudrait faire de l’utilisation mesurée des ressources naturelles l’unique ligne directrice, ce qui s’oppose au principe fondamental du capitalisme. Si les ressources naturelles, comme l’eau, l’air, les sols, sont « librement » disponibles, sous le capitalisme elles sont usées, gaspillées et polluées, le plus souvent sans contrôle. Elles sont — et pas seulement au sens économique — des « facteurs exogènes ». Elles restent conditionnées, c’est-à-dire elles sont l’objet de la recherche de profit privé. En d’autres termes, la nature limitée des ressources n’est perçue que par ceux qui sont contraints à les acheter. Ceux qui les vendent, ont un intérêt fondamental à l’expansion et s'opposent à toute tentative de les économiser. REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 97

Les pays impérialistes ont de même démontré que des corrections dans le cadre du système ne sont pas possibles. Des corrections éventuelles ne seraient réalisables que par une planification sociale à une large échelle et une extension de la réglementation et des prescriptions étatiques, ce qui va à l’encontre de la campagne actuelle des capitalistes en faveur d’une plus grande deregulation ; ou bien elles ne sont concevables qu’en partant de la prémisse fausse que la loi de la valeur serait à même de distinguer d’une manière quelconque entre de « bons » profits (respectant l’environnement) et de « mauvais » profits. Ainsi, les pays impérialistes sont condamnés à un rafistolage toujours enretard sur les problèmes, qui peut obtenir quelques succès tout au plus au niveau de remèdes ou de limitations partiels comme l’obligation d’installer des filtres pour l’épuration des eaux et de l’air, etc.

Les pays impérialistes doivent faire face au défi d’un mouvement écologique croissant. La pression de ce mouvement a permis d’imposer une série de réglementations et de lois qui réduisent de façon notable les productions polluantes. Mais ce sont les pays impérialistes riches qui peuvent se permettre de dépenser de l’argent dans le but de calmer les protestations.

La production capitaliste, par ailleurs, façonne ses consommateurs. Ainsi, le comportement des individus est un facteur qui aggrave la crise écologique et entrave la sortie de celle-ci. Le crédo de l’idéologie bourgeoise — « c'est l’homme qui est responsable de la crise » part de cet élément de la réalité. Des changements individuels de comportement ne peuvent cependant exercer qu’une influence minime sur la nature fondamentalement destructrice de l’environnement de la production capitaliste.

La crise écologique dans les pays dépendants

La conclusion lucide d’une étude de l’organisation de l'ONU pour l’environnement selon laquelle les problèmes écologiques du tiers monde sont problèmes de pauvreté, est parfaitement juste si l’on n’oublie pas que cette pauvreté n’est pas le résultat d’une fatalité, mais de la politique et de l’action économiques des pays impérialistes. S’il est possible, en défigurant les faits, de présenter la crise de l’environnement dans les pays impérialistes comme la conséquence d’un société d’abondance et non comme le résultat de l’économie de marché, dans les pays dépendants d’Asie, d’Afrique et d’ Amérique latine, le rapport entre crise économique et crise écologique est absolument transparent. Pour des millions d’êtres humains, la destruction croissante de l’environnement et de la biosphère et la lutte quotidienne pour survivre font partie de la même expérience directe. Plus de 500 millions de personnes sont sous-alimentées, 40 millions meurent chaque année de faim ou de maladies dues à la malnutrition. Près de 2 milliards ne connaissent pas d’approvisionnement régulier en eau potable propre ; 25 millions en meurent chaque année. Un milliard et demi d’êtres humains souffrent d’un manque aigüe de bois de chauffage qui est souvent leur seule source d’énergie. La nourriture, l’eau et le combustible pour se chauffer, ces trois éléments essentiels de l’existence physique de l’homme, sont très largement insuffisants dans cette partie du monde. L'ONU estime, de plus, qu'environ 500 millions d’hommes sont des « réfugiés de l’environnement », forcés de quitter leurs régions d’origine suite à la sécheresse, aux inondations, à l’érosion des terres, à l’extension de l’agriculture orientée vers l’exportation, etc. C’est un fait : la crise écologique dans ces parties du monde n’est pas une « bombe à retardement », ou un problème pour le futur, mais une crise existentielle bien réelle déjà aujourd’hui.

La principale cause de la misère et de la crise écologique, c’est le mode de production capitaliste. Les structures bien connues de dépendance de l’impérialisme et du marché mondial dominé par celui-ci ont soumis la nature des pays dominés à une exploitation économique beaucoup plus directe et brutale que dans les pays impérialistes. La parcellisation de l’environnement suivant les besoins du marché mondial et les intérêts des multinationales y est en contradiction encore plus flagrante avec les structures sociales et les modes de vie hérités de leur histoire. Dans tous ces pays, les effets du « régime temps/ espace » propre de l’impérialisme peuvent être produit, fondamentalement, une infrastructure construite presqu’exclusivement autour des centres d’activité économique dépendants de l’impérialisme. C’est sur cette base que sont choisis les « centres de matières premières », les centres d’affaires, les zones touristi-ques, les plantations et les pâturages pour une production orientée vers l’exportation. L’énorme pression sur les hommes victimes de ces processus, le refoulement des modes de vie différents et de fonctions sociales « dépassées » vers les régions marginalisées du pays, ont été et sont encore sans commune mesure avec les bouleversements dont l’homme et l’environnement souffrent, à la suite de processus déterminés par d’autres, dans les métropoles capitalistes.

Du point de vue écologique, aussi, on peut donc constater l’effet fatal de la loi du « développement inégal etcombiné » dans les pays dépendants. Le marché mondial porte sa dynamique destructrice pour l’environnement et ses contradictions les plus déchirantes même dans les coins le plus « arrièrés » du monde. Et son action y est incomparablement plus dévastatrice, les forces qui s’y opposent incomparablement plus faibles. On peut distinguer une série de caractéristiques structurelles de ce mécanisme :

+ L'exploitation directe de matières premières pour le marché mondial (minerais, bois, coton, caoutchouc, etc.) et le développement parallèle d’infrastructures, de routes, de voies ferrées, de centrales énergétiques.

* La transformation de terres en terrains agricoles ou en pâturages destinés à la production pour l’exportation, par le truchement d’une politique de défrichements, qui comporte une grande dépendance des engrais chimiques et des pesticides avec la pollution qui en découle.

* Ces deux processus font du problème de la terre la question la plus brûlante dans la plupart des pays dépendants. La population rurale est refoulée dans des régions qui ne supportent pas une installation et une agriculture permanentes. Elle est forcée de défricher et d’appliquer des méthodes de culture, qui accélèrent l’usure des terres et leur érosion. Le déboisement des versants, les forêts tropicales brûlées, la colonisation de régions arides ou exposées au danger REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 99 d’inondations, la destruction des couches de terre fertiles, etc., sont à l’origine de modifications de climat à long terme et de « catastrophes naturelles ».

+ Une urbanisation provoquée par une structure économique spécifique et le problème de la terre. Suivant les estimations de l'ONU, les villes dans les pays dépendants grandissent trois fois plus vite que celles des pays capitalistes industrialisés. Dans ces villes, les problèmes urbains bien connus sont encore plus catastrophiques pour la nature et la vie. La pollution de l’air par le trafic automobile et le chauffage domestique sont une menace aiguë. La qualité de l’approvisionnement en eau propre et des eaux dépurées représentent le deuxième problème des villes dans les pays dépendants. L’élimination des déchets est le troisième. Dans la plupart des grandes villes d’Asie, d’Afrique et d’ Amérique latine, les ordures sont simplement entassées ou brûlées à ciel ouvert.

+ Pour la majeure partie de la population des pays dépendants, l’approvisionnement en énergie est un problème existentiel. 1,5 milliards d’êtres humains manquent de bois de chauffage. Le temps de travail annuel pour la recherche de bois de chauffage (ou d’autres combustibles comme le fumier, les résidus des plantes, etc.) a quadruplé et atteint parfois 190 à 300 jours ouvrables par an. Surtout dans les régions rurales proches des villes, mais aussi dans beaucoup d’autres régions, les forêts sont abattues intégralement pour cause de pénurie d'énergie.

* Le problème des pays dépendants, qui est actuellement le plus souvent souligné, est celui de la dette vis-à-vis des banques et des gouvernements impérialistes. Par rapport à la crise écologique, la dette oblige à accentuer la priorité aux produits d’exportation, et fait donc augmenter la pauvreté aiguë et l'exode rural. Parallèlement, il n’y a pas de moyens pour financer des mesures de conservation de la nature. Les institutions financières internationales, comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international font payer de plus en plus à l’homme et à la nature les conséquences de l’endettement.

Tout cela est cyniquement complété par une série de destructions directes de la nature et de crimes écologiques commis par les multinationales impérialistes. Ainsi, des lignes de production dangereuses (surtout dans l’industrie chimique) sont transférées dans les pays dépendants. Là, non seulement la main-d'œuvre est bon marché, mais l’environnement peut aussi être impunément pollué.

Les gouvernements de la plupart des pays dépendants sont impuissants devant la crise écologique. Leur attachement aux intérêts impérialistes et leur propres privilèges ou intérêts de classe prolongent la dépendance économique et la crise écologique. Même certains programmes d’aide internationale (contre la faim, contre les catastrophes écologiques ou les projets récents d’une annulation partielle de la dette en échange de mesures de protection de l’environnement) ne font souvent que contribuer à l’enrichissement des élites au pouvoir.

La solution de la crise écologique dans les pays dépendants est inconcevable sans rupture de la dépendance de l’impérialisme. La recherche, face aux problèmes sociaux urgents, d’une « modernisation » par les crédits et l’endettement a été une erreur qui n’a fait que détériorer davantage la situation. Ceci est d’autant plus vrai pour la crise écologique. Des millions d'hommes sont contraints par la pauvreté et la dépendance économique à un comportement quotidien extrêmement destructeur de l’environnement, mais sans lequel leur simple survie ne serait pas possible. Le processus de révolution anti-impérialiste, de révolution « permanente » dans les pays dépendants devra donc aborder les problèmes écologiques d’une manière consciente, les intégrer dans le programme de lutte contre le pillage capitaliste. C’est la condition pour construire avec succès des rapports de production alternatifs. socialistes.

La crise écologique dans les sociétés de transition bureaucratisées

La vague de changements politiques dans les sociétés de transition bureaucratisées depuis l’avènement au pouvoir de la fraction Gorbatchev en URSS a montré clairement que la situation en ce qui concerne l’environnement n’est nullement meilleure qu'ailleurs sous un régime de la planification bureaucratiquement centralisée. Par rapport aux métropoles impérialistes, elle est même pire, au moins pour ce qui est de la pollution de l’air, des eaux et des terres et les problèmes de grandes agglomérations urbaines.

L'une des raisons de cette situation est le fait que ces sociétés n’ont pu surmonter que partiellement la loi de valeur capitaliste et les contraintes objectives sur la production qu’elle comporte. Dans de nombreux secteurs clés de la production, la dépendance du capitalisme et du marché mondial est toujours présente. L'exploitation des ressources naturelles pour une économie d’exportation ainsi que la dépendance de produits et de technologies provenant des industries capitalistes ont provoqué, dans ces sociétés aussi, une destruction inévitable de l’environnement. Et ceci d’une manière comparable à celle des pays dépendants.

En même temps, une quantité considérable des ressources naturelles et sociales a dû être investie dans la défense directe face à l’impérialisme. Du slogan de Churchill — «le bébé bolchévique doit être étranglé dans son berceau » — aux déclarations du gouvernement nord-américain sur «la décapitation du poulet soviétique » lors du soutien à la Contra au Nicaragua, la contrainte d’une défense militaire centralisée a influencé d’une façon déterminante le développement des sociétés de transition et l'orientation de leur production.

Toutes les sociétés de transition non capitalistes actuelles ont entamé leur développement sous des conditions de sous-développement économique, sinon de grande pauvreté. Leur « socialisme » consistait dans une répartition de la pénurie et ne pouvait échapper à des difficultés de plus en plus grandes du fait que le capitalisme n’avait pas été renversé dans les principaux centres impérialistes. La condition de départ pour ces sociétés, c’était « la lutte pour la production », la multiplication à court terme des résultats économiques sans trop se soucier d'éventuels objectifs écologiques - en admettant qu’on en ait eu connaissance. Dans ce sens, il n’est pas faux d’affirmer que dans les pays non capitalistes aussi, la production capitaliste est en grande partie responsable de la crise écologique. REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 101

Une série de raisons à la crise écologique dans les sociétés de transition est pourtant à chercher dans la structure spécifique de celles-ci, dans la formation d’une bureaucratie qui s’accapare une part considérable du surplus social pour sa consommation privée et ses privilèges, et qui maintient son pouvoir par un appareil répressif omniprésent et une idéologie pervertissant les idéaux socialistes. Dès sa fondation, la IV* Internationale a analysé et critiqué ces rapports qui déterminent l’organisation sociale des sociétés de transition bureaucratisées. Aujourd’hui, avec la crise existentielle du stalinisme, ils apparaissent au grand jour et tout le monde peut se rendre compte de la situation réelle.

L'économie planifiée est une tentative de développer une économie qui soit directement sociale. En opposition au capitalisme où ce n’est qu’au niveau du marché qu’on vérifie l’utilité du travail, c’est-à-dire la possibilité d’en vendre le produit, les sociétés non capitalistes ont essayé de déterminer et de planifier les besoins sociaux avant la production. Il est évident que cette tentative ne peut réussir que si tous les besoins et intérêts spécifiques des hommes sont intégrés dans un processus global de réflexion et de décision démocratique. Lorsqu'il s’agit de répartir quelque chose qui manque réellement, la démocratie devient d’autant plus une nécessité vitale. La bureaucratisation des sociétés de transition a cependant rogné systématiquement la démocratie. La multitude de besoins sociaux et nationaux, culturels et économiques des hommes fut standardisée, normalisée et intégrée par la force dans un plan central dicté d’en haut. Comme tout aspect qualitatif était enterré avec la démocratie, les caractéristiques déterminantes de ce plan ne pouvaient qu'être des normes et des taux de croissance quantitatifs. Ainsi, les sociétés de transition ont fait une priorité, parfois même plus que les sociétés capitalistes, de l’augmentation quantitative de la production, l’augmentation étant ordonnée par décrets et imposée par la répression. La protection des ressources et de l’environnement n’entrait pas dans de tels plans, tout au plus, que sous forme quantitative (nombre de stations d’épuration, de filtres, dépenses de certains budgets, etc.). Cette planification était dès le départ truffée d’erreurs et d’immenses fautes de planification (avec un gâchis correspondant de ressources) qui, faute de contrôle social, n’étaient répérées qu’au moment où elles étaient reconnues d’« en haut ».

L’exclusion des masses de la planification sociale et l’instauration d’un système de gouvernement répressif et hiérarchique conduit à une aliénation par rapport à la production. L’intérêt à la propriété collective diminue ou se trouve même réprimé. Parallèlement, un système d’hypocrisie et de tromperie se développe dans lequel la « réalisation du plan » est « simulée » à force de trucages et de fictions. Ce système de réalisation apparente du plan et d’économie fantomatique est la cause du gâchis énorme de ressources et de l’ignorance délibérée des besoins écologiques.

En outre, les différentes parties du plan correspondent aux intérêts des différentes fractions de la bureaucratie qui le fixent. Ainsi est né ce système de gigantisme si caractéristique pour l'URSS et les autres Etats bureaucratisés. Plus grands, plus vastes et plus centralisés sont les projets (exemple : détournement des fleuves sibériens), plus cela signifie de pouvoir pour les bureaucrates. Il y a des bureaucrates préoccupés de la défense de l’environnement depuis les années soixante-dix, mais ils sont sans influence et restent enfermés dans de petits départements annexes. L’extraction de lignite en RDA, l'irrigation dans l’agriculture en URSS, etc., sont des exemples d’erreurs de planification et de destruction de paysages entiers.

L’idéologie de la bureaucratie a prôné comme une obligation l’optimisme et la foi dans le progrès. Le résultat de ce « socialisme » idéologique, proclamé d’en haut, a été une intériorisation du contraire, c’est-à-dire les thèmes de l‘idéologie de consommation capitaliste de la part des masses. En riposte, les bureaucrates avançaient la perspective de la « concurrence entre les deux systèmes » et du « dépassement » des sociétés capitalistes. Dans ce sens, des modèles de consommation et de modernisation capitalistes catastrophiques pour l’environnement étaient valorisés et adoptés comme valeurs idéologiques contribuant à déterminer le cadre du plan.

Lorsque des idées et des conceptions de socialisme alternatives tenant compte des problèmes de l’environnement, étaient exprimées, elles étaient combattues et supprimées par voie administrative et par la répression. Toute opposition à n’importe quel sujet était considérée comme une menace au pouvoir bureaucratique. Seuls des modèles basés sur une quantification des ressources naturelles (c’est-à-dire, des modèles comparables à ceux d’économistes bourgeois conservateurs) étaient acceptés par la bureaucratie. Sans trop de résultats pourtant, parce que ou bien des calculs visant à établir la valeur des forêts, de l’air, de l’environnement, etc., sont arbitraires, ou bien ils sont « dynamiques » à tel point qu’ils ne peuvent trouver de place dans des plans bureaucratiques rigides.

Ainsi, les bureaucraties staliniennes ont contribué de façon très importante à prolonger l'influence de la production capitaliste bien au-delà de ce qui était objectivement nécessaire. Leur modèle de société a combiné des traits précapitalistes et « féodaux » avec l'objectif d’obtenir plus de succès que le capitalisme. Le développement de relations sociales vraiment socialistes a été étouffé de façon systématique. Ce n’est qu’aujourd’hui, après les ouvertures de la glasnost et l’éclatement de la crise des sociétés bureaucratisées que se sont formés des groupes écologiques et une opposition socialiste qui montrent ce qui serait possible avec une économie planifiée démocratiquement et autogéré. Il est de plus en plus tragique — et dramatiquement clair — que ces perspectives ne pèsent pas (encore) très lourd face aux « avantages » du capitalisme secrètement cultivés pendant des décennies dans la conscience des masses.

IV. Mouvement ouvrier et écologie

Marx et Engels, les fondateurs du socialisme scientifique, ont traité dans plusieurs pages cruciales de leurs œuvres du rapport entre la société et la nature. Ainsi, il est dit d’une façon très claire dans la Critique du programme de Gotha (1875): « Le travail n'est pas la source de toute richesse. La nature est tout REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 103 autant la source de valeurs d'usage (ce sont bien celles-là qui composent la richesse matérielle) que le travail, qui lui-même n'est que l'expression d'une force naturelle, la force de travail humaine. » La formulation « le travail est la source de toute richesse et de toute culture » est qualifiée de « bourgeoise » n’ayant pas de place, en tant que telle, dans un programme socialiste.

En démontrant clairement le caractère contradictoire du « rôle civilisateur du capital », Marx note dans le Capital : « La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du processus de production social qu'au détriment des sources de toute richesse : la terre et l’ouvrier. »

On ne saurait nier que les classiques du marxisme étaient marqués eux aussi par une vision trop optimiste des choses. Par endroits au moins, il apparaît qu’avec le développement des sciences de la nature, les problèmes écologiques tendraient à disparaître. « Notamment depuis les progrès immenses des sciences naturelles pendant ce siècle, nous sommes de plus en plus à même de connaître etpar là même de maîtriser les retombées, du moins de nos activités productives les plus élémentaires. » (Friedrich Engels, Dialectique de la nature).

Parallèlement au développement duréformisme dans les rangs du mouvement ouvrier, la position bien réfléchie des fondateurs du socialisme scientifique concernant la société et la nature a disparu progressivement. Tout comme il s’est intégré pas à pas dans la société bourgeoise en acceptant ses principales institutions (Etat, armée, lois, etc.), le réformisme a repris point par point les conceptions productivistes de celle-ci, c’est-à-dire les formulations bourgeoises auxquelles s’opposait le verdict de Marx.

Vers le début du siècle, le Deutscher Metallarbeiterverband (DMV), organisation des ouvriers de la métallurgie, dominée par la social-démocratie, explique dans une prise de position significative : « Plus le développement de la technique sera rapide, plus vite le mode de production capitaliste aura atteint le point où il se bloquera lui-même et où il devra être remplacé par un mode de production supérieur. »

A cause de la guerre civile, de l’intervention militaire des puissances impérialistes et de l’agonie de l’économie du pays, le champ d’action politique objectif de la direction de la jeune Union soviétique était sans doute très restreint : la situation était caractérisée par la famine et la pénurie de matières premières. Un développement rapide des forces de production était dès lors un devoir impératif duquel dépendait le sort de la révolution. Une victoire de la révolution allemande aurait ouvert la possibilité d’une coopération internationale. Mais l’Union soviétique restait isolée. L’élévation de la productivité se faisait principalement par des méthodes traditionnelles (discipline de fer imposée aux ouvriers, pouvoir dictatoriaux des dirigeants d’entreprises, concurrence, travail aux pièces, taylorisme, etc.). Les difficultés objectives étaient sous-estimées et l’on faisait de nécessité vertu.

Lénine était parfaitement conscient de l’ambivalence du progrès bourgeois. En revanche, pendant l’ère stalinienne, la compréhension de la nature contradictoire de la production technologique bourgeoise disparaît complètement. L’idolâtrie productiviste atteint un sommet caricatural, la surexploitation de l’homme (stakhanovisme) et de la nature (projet de détournement des fleuves sibériens) deviennent pratiquement des dogmes.

Le fait que la révolution socialiste n’a vaincu jusqu’à ce jour dans aucun pays capitaliste développé a rendu le développement des forces productives prioritaire (éliminer les suites de la guerre [civile], la faim et la misère). Ceci a contribué d’une manière substantielle à la non-remise en cause de la structure des forces productives déterminée par les rapports de production bourgeois.

Rien d’étonnant qu’un mouvement ouvrier, affaibli politiquement par le fascisme, le stalinisme, la guerre froide et le « miracle économique », ne se préoccupe de remettre en cause le modèle de production historiquement donné.

Dans ces conditions, ce sont des scientifiques, de petits groupes d'initiative ou des mouvements locaux, le Club of Rome, etc., c’est-à-dire des personnes et organisations extérieures au mouvement ouvrier qui mettent en garde contre les conséquences terribles du fait de considérer la nature comme un supermarché dans lequel l’homme peut se servir à volonté. Souvent, les positions politiques générales de ces critiques sont confuses, voire réactionnaires, ce qui facilite la tâche aux directions traditionnelles du mouvement ouvrier qui les dénoncent, et les traitent de « fous » et de « destructeurs d'emplois ». Il en est ainsi, jusqu’à la naissance des mouvements antinucléaires, qui obligent ces directions à se mesurer avec des forces progressistes importantes échappant à leur contrôle.

Parallèlement aux différenciations dans le camp bourgeois, la persistance de catastrophes écologiques, la croissance de mouvements pour la protection de la nature, les succès partiels de ceux-ci, leurs tentatives de structuration politique (partis « verts »), etc., ont conduit à des différenciations à l’intérieur du mouvement ouvrier. En faisant abstraction des groupements révolutionnaires fortement minoritaires qui soumettent le rapport actuel entre société et nature à une réflexion fondamentale et en déduisent la nécessité d’une « rupture » avec le cadre politique, sociale et technique préexistant, on peut différencier principalement trois courants dans le mouvement ouvrier :

a) La fraction « béton » qui veut continuer comme si rien ne s’était passé. Même cette fraction a dû procéder à des adaptations, vu les développements catastrophiques pour l’environnement. Elle revendique aujourd’hui des normes d’émissions, plaide en faveur des catalyseurs et de réglementations nouvelles. Sans modifier ses positions myopes, elle s’est pourtant déclarée d’accord avec des « réparations » écologiques, surtout si celles-ci ouvrent de nouveaux marchés.

b) Un courant technocratique qui croit pouvoir résoudre les problèmes écologiques par l’utilisation de technologies avancées (high-tech). En réalité, il ne s’agit le plus souvent que d’un simple transfert des problèmes : que faire, par exemple, des quantités énormes de résidus de filtrage, de boues d'épuration et autres déchets ? Peter Glotz du SPD allemand plaide en faveur d’une coopération avec la fraction « end ofthe pipe technology » du grand capital : par une alliance entre « la gauchetraditionnelle. les élites techniques et les minorités critiques des REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 105 capitalistes bien orientés en matière de croissance », une innovation socialement dirigée pourrait être réalisée. Il rejette expressément la remise en cause de la propriété privée des moyens de production.

c) Le troisième courant qu’on pourrait appeler « réformiste écologique », craint lui aussi de parler des rapports de production. Une fois de plus, on prétend qu’il serait possible de débarrasser le capitalisme, traité pudiquement de « société industrielle », d’une de ses excroissances, en l’occurrence, de ses péchés écologiques. Erhard Eppler, président de la « commission des valeurs fondamentales » du SPD allemand, a expliqué : « Plus que jamais, la tâche de la social-démocratie est donc de procéder, par une nouvelle politique de réformes, à des corrections démocratiques, humaines et écologiques de la société industrielle. »

Comme acquis positifs, on peut constater que dans une série de pays, des syndicats entiers ou du moins de fortes minorités en leur sein s’opposent à l’utilisation « pacifique » de l’énergie nucléaire (CGIL en Italie, mineurs britanniques, etc.) et font preuve d’une sensibilité accrue face aux questions écologiques (CUT au Brésil, Solidarnosc, IG-Metall, etc.).

La politique actuelle de perestroïka/glasnost en Union soviétique crée pour l'écologie, comme pour d’autres sujets, des conditions contradictoires. D’une part, il y a maintenant une place plus large pour un contrôle, les initiatives écologiques, les mouvements de protestation, etc. D’autre part, renforcer l’économie du marché revient aussi à permettre que des critères de profits gagnent du terrain face à des conceptions, des idées qui s’orientent vers la valeur d’usage des marchandises.

V. Acquis et limites du mouvement écologique

L’acquis fondamental du mouvement écologique, qui a provoqué un changement profond dans la prise de conscience des questions de l’environnement, aétéet reste la compréhension de l’ampleur de la destruction de l’environnement par le capitalisme du troisième âge. La destruction de la nature a atteint des dimensions qui mettent en péril l’humanité toute entière. Il s’agit ici, comme dans le cas d’une guerre nucléaire mondiale, d’une question de survie. Toutefois, à la différence du danger de destruction nucléaire, c’est une question qui est toujours « neuve » et qui s’aggrave constamment par des manifestations de plus en plus évidentes : changements de climat, pollution et déséquilibre écologique de la Méditerranée et de la Mer du Nord, etc.

Cet acquis fondamental du mouvement écologique constitue en même temps — c’est la dialectique — sa limite fondamentale. Dans la mesure où la question est reconnue comme vitale pour l’humanité, on cherche des solutions «interclassistes » et par conséquent on n’utilise pas les moyens adéquats (lutte de classe contre le capital).

La remise en question du concept de « progrès » est elle-aussi un acquis du mouvement écologique. Elle a montré les carences de l’analyse marxiste du capitalisme du troisième âge : on ne peut plus parler comme au début du développement du capitalisme d’un développement positif des forces de production qui ne seraient que freinées par le cadre de la propriété privée des moyens de production ou développées au détriment du prolétariat. Le capitalisme, qui a « survécu » beaucoup plus longtemps qu’historiquement « nécessaire » pour le développement des forces productives, transforme plus en plus les forces de production en forces de destruction, dans l’effort de leur enlever leur «explosivité » à l’égard des rapports de production. Mais ceci signifie aussi qu’elles ne peuvent pas être « libérées » telles quelles, c’est-à-dire utilisées dans un système socialiste au profit de tous, mais qu’une sélection et une analyse critique sont nécessaires.

Il ne s’agit pas seulement d’une question théorique, mais aussi d’une question éminemment pratique qui comporte la critique de l’idée de « dépassement » du capitalisme propre à la bureaucratie stalinienne. De plus, le côté matériel de la production (valeur d’usage) a été mis en avant pour la première fois par une analyse plus fouillée, en posant la question de savoir quels produits sont désirables d’un point de vue écologique et social, etc. En deuxième lieu, on a soulevé le problème de l’aliénation du travail : travail de masse parcellisé à la chaîne ou bien unités plus limitées à échelle humaine... Cependant, cet acquis a son revers dialectique : le refus de la grande industrie, de la croissance économique et le vœu littéralement réactionnaire d’un retour à la production simple de marchandises.

Après le recul du mouvement de 1968, le mouvement écologique a de nouveau introduit dans la politique la dimension « utopique ». La discussion sur un changement fondamental du système social, sur une autre façon de vivre et de produire, est relancée à partir des nécessités écologiques. Au débat susmentionné sur la valeur d’usage des produits est intégrée la discussion d’une production socialement utile, de nouvelles idées utopiques à propos d’une société différente sont exprimées et des « plans de reconversion » concrets sont esquissés. Mais, puisqu'il y a, en général, très peu de clarté sur la nature du système économique capitaliste, ces utopies restent souvent limitées. Du fait même qu’elles ne se relient pas consciemment à des positions anticapitalistes, les utopies du mouvement écologique ont une tendance inhérente à glisser vers des utopies petites-bourgeoises (comparables aux conceptions des socialistes utopiques).

Un acquis incontestable du mouvement écologique a été (et reste aujourd’hui, même dans une moindre mesure) la mobilisation de larges masses et leur radicalisation au moins ponctuelle dans des pays où le mouvement ouvrier était (et reste) sur la défensive et la lutte de classe était (ou reste) à un niveau assez modeste. Dans des pays comme l'Autriche, de même qu’en Suisse et en RFA, l’emploi de formes de résistance combatives et concrètes, comme des manifestations de masses, des blocus, des occupations (de sites), mais aussi le recours à des formes d’actions comme les pétitions de masses, les journées d’action, les référendums, ont été étroitement liés au développement des luttes écologiques. Malgré une stagnation persistante de la lutte de classe, des succès ont pu être REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 107 réalisés dans ce domaine (référendum gagné contre l’énergie nucléaire en Autriche, par exemple), avec des conséquences positives pour l’affirmation d’une « culture de résistance » dans ces pays. Lors de grandes mobilisations, ces succès ont aussi renforcé la gauche radicale.

En même temps, des mobilisations ont été le plus souvent dirigées contre le mouvement ouvrier traditionnel qui défendait, ensemble avec le capital, des projets destructeurs de l’environnement. L’isolement parrapportaux organisations du mouvement ouvrier qui provoque une certaine hostilité, a été donc la plus grande faiblesse et la limite la plus sérieuse du mouvement écologique.

Dans certains pays, le mouvement écologique a réussi à faire adopter de nombreuses réformes, qui ont partiellement freiné un accroissement explosif de la destruction de la nature. Ainsi, par exemple, il n’y a presque plus de nouvelles centrales nucléaires, la production de certains produits chimiques (CIFC, engrais, etc.) a été limitée, des normes restrictives ont été fixées pour certaines usines, pour les automobiles, etc. Une industrie de l’environnement capitaliste s’est développée, des réformes écologiques entrent même dans le catalogue des revendications des partis bourgeois.

Une partie du mouvement écologique a sous-estimé la capacité d’intégration du capitalisme. L’erreur traditionnelle de croire en un développement « automatique » des crises a été commise une fois de plus.

Pourtant, malgré toutes les réformes et malgré l’industrie de l’environnement, les destructions au niveau mondial sont plus graves que jamais. La pollution des mers, le déboisement des forêts tropicales, la destruction de la couche d’ozone montrent clairement qu’à la suite des réformes, la marche sur le chemin de la catastrophe globale n’est ralentie que dans une mesure insignifiante. De ce point de vue, la destruction écologique montre la nécessité, par-dessus toute réforme, d’un changement fondamental de notre société.

Une partie du mouvement écologique (ainsi que des parties du mouvement pour la paix et du mouvement des femmes) s’est organisée en parti(s). La nécessité d’une solution au niveau de la société est reconnue et on s’organise à un niveau supérieur aux comités, etc. D’autre part, les partis verts (avec quelques différences) portent en leur sein les limites fondamentales du mouvement écologique : ils se considèrent souvent comme « neutres » du point de vue de classe, ne conçoivent pas la classe ouvrière comme un sujet révolutionnaire, n’ont presque pas de liens avec les syndicats, etc. Les limites, tant du point de vue de leur conception de fond que du point de leur composition sociale, déterminent les frontières du mouvement écologique. Comme il n’a pas de programme révolutionnaire cohérent et qu’il ne considère pas la classe ouvrière comme sujet révolutionnaire, il est loin de concrétiser son aspiration à constituer une nouvelle force révolutionnaire, qui puisse occuper ou hériter de la place du mouvement ouvrier. Néanmoins, si on fait abstraction des groupements explicitement bourgeois ou réactionnaires, numériquement faibles, le mouvement écologique reste un allié important des révolutionnaires dans la lutte d’ensemble contre le système capitaliste.

VI. Les problèmes de l’environnement et la domination bourgeoise

A cause des effets de la production capitaliste sur le climat et la qualité des sols, de l’eau et de l’air, la destruction des fondements naturels de la société humaine a atteint une dimension nouvelle qui est en soi un problème pour la domination de la bourgeoisie et son idéologie. Les raisons en sont les suivantes :

* la crise écologique est mondiale et, dans un contexte de concurrence inhérent au capitalisme, elle ne peut qu'être conçue comme un mal commun ;

- certaines causes de la crise écologique remontent dans le temps, d’autres sont le produit du développement combiné de différents facteurs séparés ; il est donc difficile d’en établir et d’en dater les causes temporelles et physiologiques. De même, la maîtrise de la crise écologique nécessite du temps et des investissements qui condamnent au désarroi toutes les conceptions bourgeoises des cycles input/output ;

* enfin, contrairement à ce qui est le cas quant à la crise économique classique, aux conséquences sociales néfastes du capitalisme et même aux suites d’affrontements militaires, on ne peut faire payer que partiellement l'addition de la crise écologique aux classes dominées et exploitées. Cependant, il est incontestable que, surtout dans les pays dépendants, surtout les classes opprimées en portent le fardeau ; et ceci d'autant plus qu’il y a interaction entre crise sociale et économique et crise écologique.

La prise de conscience croissante de la crise écologique et le mouvement écologique qui s’est formé dès le début des années soixante, ont représenté une attaque vigoureuse à l’un des concepts les plus importants de l’idéologie bourgeoise : l’idée selon laquelle l’ordre social et économique bourgeois serait à même de garantir de façon continue un « progrès pour tous », ou bien que la soumission continue de la nature est en soi positive et que tous les problèmes en rapport avec elle pourraient être résolus.

Même si la critique de la destruction de l’environnement et les protestations de masses contre certains projets écologiquement néfastes ne se sont attaqué de front au capitalisme que rarement, une méfiance à l’égard de l’idéologie de progrès bourgeoise et la recherche d’un nouveau modèle de développement social, d’une « nouvelle pensée », se sont répandues, et un un grand nombre de scientifiques et d’experts s’y sont joints assez rapidement.

Aux protestations et aux mobilisations de masses, les gouvernements bourgeois ont réagi par des moyens répressifs bien connus. Mais, face au défi idéologique, des tentatives d’actualisation de l’idéologie bourgeoise ont vu le jour depuis les années soixante-dix. La première, mondialement connue, a été le rapport du Club of Rome (1972), qui démontrait que la destruction de l’environnement progresse rapidement et proposait une politique supranationale contre la croissance démographique, le gâchis de matières premières, la destruction de l’environnement, etc. Ce rapport, titré « Les limites de la croissance » a été suivi et complété par beaucoup d’études similaires, dont le rapport au REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 109 président nord-américain Carter, « Global 2000 »,, est le plus connu. Ces études ont eu un effet à double tranchant. D’une part, la science et l’idéologie bourgeoise reprenaient l’initiative sur les questions de l’environnement et entamaient la discussion sur les pronostics et les exigences à mettre en avant. D'autre part, cela confirmait les visions pessimistes de l’avenir du monde en stimulant davantage le mouvement écologique. L’ordre existant de l’économie capitaliste mondiale perdait son auréole de supériorité ; sa finalité et ses mécanismes étaient remis en question de l’intérieur. En même temps, ces analyses aboutissaient à des catalogues de revendications plus ou moins élaborés tendant à une planification mondiale et à une régulation politique de l’économie. Ainsi, elles entraient directement en conflit avec l’économie de marché capitaliste, le libéralisme économique et les offensives gouvernementales de dérégulation à l’ordre du jour partout dans le monde à l’époque.

Au plus tard au milieu des années quatre-vingt, une deuxième offensive bourgeoise sur le terrain de la défense de l’environnement s’était avérée nécessaire : il fallait apporter des solutions, surtout au niveau de la politique concrète, à de telles contradictions. Le rapport Brundtland (« Our Common Future »), adopté par l’assemblée générale de l'ONU en 1988, en est une expression. Il est déjà entièrement marqué par la conviction bourgeoise que le capitalisme, tout en portant malheureusement atteinte à l’environnement, sera en même temps en condition de prendre les mesures de réparation nécessaires. Il revendique une approche qui prenne plus en considération les questions de l’environnement ; une combinaison de mesures de réparation et de restrictions dans la production de produits toxiques et la destruction des éléments naturels, de même que le développement de technologies « douces » visant à venir à bout de la crise écologique. On indique, d’ailleurs, dans tout cela une nouvelle source de croissance économique ; en d’autres termes, les trusts trouveront leur compte dans une nouvelle politique de l’environnement. Les éléments d’une nouvelle croissance plus équilibrée (sustainable growth) seraient alors rassemblées.

Certains gouvernements bourgeois ont salué ouvertement le rapport Brundtland. Beaucoup d’idées de la social-démocratie y étant reprises (protection de l’environnement comme industrie de l’avenir, un nombre plus élevé d’accords internationaux qui lieraient plus étroitement les pays signataires, programmes d’action étatiques d’assainissement, etc.), ce sont notamment les partis de l’Internationale socialiste qui y ont vu confirmée leur ligne. Du point de vue écologique, les mesures de réparation que propose ce rapport sont très limitées. Nulle part, les solutions radicales nécessaires ne sont proposées, même pas en ce qui concerne les problèmes les plus importants (protection des forêts tropicales, de l’Antarctique, arrêt de l’utilisation du nucléaire, etc.).

Aujourd’hui, une approche pratique des problèmes de l’environnement fait partie du programme de tout gouvernement bourgeois. En général, on s’efforce de fixer des limites à la pollution de l’air, de la terre et de l’eau. S’y ajoutent des plans progressifs de réduction des effets dangereux des résidus des processus de production. Ces plans font l’objet d’accords internationaux. En fin de compte, une telle politique n’est que du rafistolage : elle reste toujours insuffisante pour contrecarrer ses destructions qui se produisent réellement. Les programmes économiques et les orientations politiques concernant « l’économie écologique de marché » prennent eux aussi de l’importance. Jusqu’à présent, les tentatives de tourner intrinsèquement l’économie capitaliste vers un fonctionnement respectueux de l’environnement n’ont pas dépassé le stade de la théorie. Des théoriciens conservateurs (surtout aux USA et en RFA) proposent d'émettre des certificats autorisant un certain degré de pollution. Ces certificats seraient échangeable librement, comme des actions, et leur cours réglerait ainsi le respect de la nature. La nature, qui jusqu’à présent était « librement » exploitée, serait de cette manière « mise en valeur » et prendrait ainsi place parmi les paramètres que les chefs d’entreprise doivent prendre en compte.

Les impôts écologiques revendiqués par certains hommes politiques, conservateurs ou réformistes, n’ont été testés en pratique que très marginalement. Des taxes sur l’utilisation des sources énergétiques de l’air, des eaux, ainsi que sur l’utilisation des plus importantes matières premières seraient censées inciter à l’économie. Pourtant, même sans toucher à la politique des prix (et donc sans introduire plus de dirigisme de la part de l’Etat), de tels impôts reviennent à une ponction sur le revenu des masses, qui en feront les frais.

Les programmes influencés avant tout par les sociaux-démocrates et visant à guérir le capitalisme à l’aide de mesures gouvernementales d’assainissement de l’environnement et du développement technologique, ne sont eux aussi que théoriques. L'idée, selon laquelle la protection de l’environnement pourrait devenir le moteur d’une nouvelle modernisation de l’économie capitaliste, s’avérera illusoire, d’autant plus qu’unetelle politique se heurte aux orientations des politiciens conservateurs partisans de la dérégularisation.

En outre, un véritable fossé sépare les Etats riches des Etats pauvres. Si, dans les pays impérialistes riches, on a réussi ces dernières années à endiguer quelques-uns des phénomènes les plus graves de pollution et de destruction, dans les pays pauvres, même les moindres mesures nécessaires échouent face aux problèmes de financement ou face à l'intérêt de quelques entreprises qui réalisent leurs profits, en grande partie, justement en dégradant l’environnement.

VIL Expériences d’organisation politique du mouvement écologique

Les temps où le mouvement écologique ne développait que des activités ponctuelles sont révolus. Dans un nombre croissant de pays, des organisations vertes ou des partis verts existent. En Europe occidentale, ilsont une représentation parlementaire dans des pays aussi différents que la RFA, l’Autriche, la Suède, l'Italie ou le Portugal. Des partis verts existent de même dans des pays dépendants (Brésil, Turquie, etc.) et dans des pays comme la Hongrie, l’ancienne RDA et la Tchécoslovaquie. REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 111

Le développement d'organisations et de partis verts ne peut pas être expliqué complètement que par les dangers écologiques actuels et futurs. Les facteurs supplémentaires suivants jouent aussi un rôle dans leur naissance :

+ le manque de perspectives générales des directions traditionnelles du mouvement ouvrier (surtout face aux effets croissants de la crise) et l’étroitesse d’esprit dont elles ont fait preuve dans l’approche non seulement des questions écologiques ;

+ l’absence de percée révolutionnaire en Europe capitaliste après 1968, la division, l’éclatement de l’extrême gauche et le recul général de laradicalisation ; la répression et les échecs subis pendant une longue période et les échecs par les oppositions embryonnaires en Europe de l’Est ;

* nos propres erreurs politiques et, dans de nombreux pays, notre incapacité à devenir force hégémonique dans l’extrême gauche ;

* la compréhension que l’existence de mouvements disparates n’est pas en elle-même suffisante et qu’une alternative politique d’ensemble est nécessaire (sans pour autant remettre en question l’autonomie des différents mouvements).

Il est complètement erroné de mettre dans le même sac les diverses expériences « vertes ». Selon les pays, les cultures politiques, leur origine historique concrète, elles ont des caractéristiques spécifiques. La palette va d’une forte influence de forces bourgeoises et petites-bourgeoises jusqu’à la prédominance de courants gauches, alternatifs, éco-socialistes, en passant par des groupements verts réformistes. On peut dire d’une façon générale et avec toute la prudence qui s’impose que :

* il s’agit de tentatives d’organisation à gauche des partis socialistes et communistes traditionnels, et que ces tentatives se situent, le plus souvent, à gauche des directions traditionnelles ;

*__ bien que leur base sociale soit souvent composée à 75% de salariés, ces courants ne se considèrent pas comme faisant partie du mouvement ouvrier ;

* en particulier en raison de leur aversion envers le mouvement ouvrier « classique », leur idéologie est souvent fort confuse (nous ne sommes ni à gauche, ni à droite) et emprunte à des théories du type small is beautiful ;

* tout en étant souvent nés comme des structures électorales informelles sur des plates-formes centrées sur l’écologie, après leur entrée au Parlement les mouvements verts ont pris des positions critiques dans d’autres domaines aussi (politique sociale, course aux armements, tiers monde, etc.) ;

+ dans la plupart des cas, la fraction parlementaire étouffe quasiment l’activité du parti vert, et par là même tend à désamorcer le caractère partiellement révolutionnaire de son mouvement.

Dans ce sens, les Verts sont un exemple presque classique de phénomène de transition. Apparus dans une phase de crise généralisée du mouvement ouvrier, ils n’ont eu jusqu’à présent ni la volonté, ni la capacité de reconnaître dans le prolétariat révolutionnaire le sujet déterminant du changement social. Leur activité est caractérisée par la combinaison d’une critique correcte d’injustices sociales sectorielles et des « stratégies » réformistes illusoires. Dans leur pratique politique , les verts allemands, par exemple, mettent l’accent sur de simples réformes, au détriment d’un changement social fondamental : ils s’en-foncent de plus en plus dans les organes de représentation parlementaires, accordent de moins en moins d’importance à la mobilisation extraparlementaire, ce qui favorise l’apparition de formes traditionnelles de délégation de pouvoir. Si une telle tendance est maintenue sans réflexion critique, les Verts risqueront de perdre toute leur charge utopique et de se transformer en un simple « parti de réforme » parmi d’autres. La question de la nécessité de choisir son camp se posera tôt ou tard pour les Verts, notamment dans des situations politiques cruciales où il faut prendre sans ambiguïtés des positions de classe. Il est vain de spéculer sur le rythme et les formes possibles d’un tel développement et sur la question de savoir dans quelle mesure la succession de décisions prises par les Verts pourrait faire système en modifiant ainsi leur caractère.

Les marxistes révolutionnaires jugent les acteurs politiques non pas en premier lieu en fonction de leurs affirmations, de leurs programmes ou de la conscience qu’ils ont d’eux-mêmes, mais d’après leur fonction réelle dans la lutte de classe. De façon général, on peut affirmer que l’apparition d’organisations et de partis verts n’a pas eu d’effets rétrogrades, mais a, dans nombre de cas, élargi le champ d’action de la gauche.

Nous réaffirmons l’analyse fondamentale selon laquelle il n’y a pas de possibilité de contourner les partis ouvriers traditionnels et que l’orientation du front unique ouvrier reste donc valable. Dans toute une série de pays, des partis révolutionnaires avec un fort enracinement dans les masses ne se formeront que si des ruptures apparaissent dans la social-démocratie et dans les partis communistes, et s’il y a apparition de courants lutte de classe dans les syndicats.

Vu l’état actuel de la lutte de classe en Europe de l’Ouest et le niveau actuel de différenciation politique, un tel processus n’est nulle part à l’ordre du jour immédiat. Dans certains pays cependant, ont surgi des partis de protestation et des mouvements écologiques qui rassemblent électoralement et organisent partiellement la majeure partie du potentiel critique social. Il serait catastrophi-que de les ignorer. Il s’agit plutôt de développer face à eux une politique active : actions communes, débat sur leurs positions théoriques, etc. Il appartient à chaque section de l’Internationale de juger concrètement s’il est opportun d’entrer dans de tels partis ou mouvements pour faire avancer de l’intérieur le processus de différenciation .

VIIL. La IV: Internationale et la crise écologique

Comme nous l’avons vu dans le chapitre IV, on trouve dans la pensée marxiste originelle les prémisses d’une critique écologique radicale du capitalisme. Mais, comme ce fut le cas pour la plupart des partis du mouvement ouvrier, cette problématique n’a pas été abordé dans les premières années d'existence de notre Internationale. Il serait inutile de la chercher, par exemple, dans le Programme de transition, qui est le document programmatique de base du congrès de fondation en 1938. Dans la période qui a suivi la Seconde Guerre REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 113 mondiale, les marxistes révolutionnaires n’ont pas du tout ignoré la destruction de l’environnement et la pollution de l’air et de l’eau. Mais ces phénomènes n’étaient considérés que comme l’une des conséquences néfastes d’un système exploiteur et inhumain et non perçus comme un phénomène global qui menace de détruire les bases mêmes de toute vie.

Ceci a changé depuis le début des années soixante-dix, lorsque la tendance auto-destructrice de la société capitaliste était devenue un sujet largement discuté et repris même par des idéologues bourgeois la croissance du Club of Rome en 1972. Des articles et des études écrits par des membres de notre mouvement sont apparus.

Mais le véritable test pour les organisations du mouvement ouvrier a été la naissance d’un mouvement populaire contre l’énergie nucléaire, surtout au Japon, en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis.

Pratiquement toutes les sections de la IV* Internationale ont été impliquées dans ces mouvements de masse, même si très peu de sections ont trouvé les moyens de consolider leur travail écologique quand le mouvement antinucléaire a commencé à décliner. L'expérience de ces mouvements a cependant frayé son chemin dans nos discussions pour les congrès mondiaux. Tandis que dans les textes du X° congrès, l’écologie ou les problèmes qui lui sont liés ne sont même pas mentionnés, au congrès suivant, en 1979, la lutte contre l’industrie nucléaire est considérée comme « une question de survie de la classe ouvrière » et on déclare que la tâche de l’Internationale et des ses sections est de « renforcer le mouvement en entraînant les ouvriers industriels » dans sa lutte. Au congrès de 1985, les positions sont mieux élaborées. Les documents donnent une analyse plus détaillée pour chacun des trois secteurs de la révolution mondiale. La résolution principale appelle l’Internationale et ses sections à avancer de plus en plus la question écologique dans leurs propagande et leurs activités et à organiser des actions communes avec les mouvements écologistes.

Aujourd’hui, la IV° Internationale considère la destruction de l’environnement comme un des principaux dangers qui menacent l’humanité, un problème qui donne un sens nouveau à la fameuse formule de Rosa Luxemburg : socialisme ou barbarie. Elle voit dans l’engagement du mouvement ouvrier et de ses organisations dans la lutte contre la destruction de la planète sa tâche principale dans ce domaine et elle s’efforce de frayer le chemin de la collaboration du mouvements ouvrier et du mouvement écologique, non seulement contre les différentes formes de destruction, mais aussi contre le système qui les détermine. Elle veut contribuer à la discussion dans ces mouvements et essaye de contrecarrer les illusions largement répandues sur la possibilité d’un capitalisme « propre ».

Dans de nombreux pays, l’Internationale participe activement aux luttes en cours, comme celle contre la destruction de la forêt amazonienne au Brésil ou celle contre la centrale de Laguna Verde au Mexique. Des sections européennes participent à la construction de courants socialistes au sein de partis verts, d’autres jouent un rôle dirigeant dans le mouvement écologique de leur pays.

Dans nos analyses, le problème écologique constitue un des pôles les plus importants autour desquels la restructuration du mouvement ouvrier doit s’opèrer.

Tout cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de problèmes avec l’intégration de ces « nouveaux » thèmes dans l’activité de notre mouvement. Beaucoup de camarades ont continué à considérer les problèmes écologiques comme une contradiction du capitalisme parmi d’autres et qu'aucune solution n’est possible avant la révolution prolétarienne. Ils ne les ont pas conçus comme des problèmes étroitement liés aux luttes quotidiennes pour la survie de la classe ouvrière, contre des conditions de vie et de travail inhumaines, contre le danger de guerre. La plupart des sections n’ont commencé à se poser les problèmes écologiques que lorsqu'ils ont fait les gros titres de la presse à la suite des actions d’autres forces. Il se peut qu’une meilleure implantation dans la classe ouvrière industrielle a rendu certaines sections plus vulnérables aux pressions idéologiques du réformisme et de son manque d’intérêt pour des questions essentielles pour la survie de l’humanité, un aspect réformisme qui est plus difficile à combattre lorsque le niveau de la lutte de classe est très bas.

Ils’en est suivi que le débat au sein de l’Internationale a été rélativement lent. Tandis que d’autres courants et individus discutent de la question de l’écologie et du socialisme depuis des dizaines d’années, les marxistes révolutionnaires sont restés plutôt silencieux. Il est de plus en plus clair que les marxistes doivent faire un effort spécial pour appliquer leur méthode aux questions posées. Il n’est pas possible de se limiter à prendre quelques éléments de la pensée écologique et de les peindre un peu en rouge.

La IV* Internationale ne veut pas seulement contribuer aux discussions sur la politique écologique concrète. Elle veut aussi faire les pas en avant politiques et organisationnels nécessaires pour développer des actions de masses. Car ce n’est que par l’action du mouvements de masse que les conditions actuelles pourront être changées et que la classe ouvrière pourra devenir le porteur des changements sociaux, une « classe pour soi ».

IX. Programme d’action

Aujourd’hui, il existe à travers le monde une multitude d’initiatives et de mouvements contre le pillage et la destruction de la nature. La IV* Internationale soutient ces initiatives et ces mouvements et y participe parfois d’une façon critique, car les positions générales de certains écologistes sont souvent plutôt confuses. Les expériences du mouvement écologique montrent que seules de larges mobilisations et protestations de masse permettent de gagner l’opinion publique et d’obtenir de succès réels. La IV® Internationale veut surtout agir en faveur d’une participation des organisations ouvrières à ces luttes. Des conflits qui mettent en danger tant la santé des salariés que l’environnement peuvent constituer le point de convergence pour une politique d’action commune.

Nous défendons l’indépendance complète des mouvements de protection de la nature à l’égard de l’Etat bourgeois et de la bureaucratie dans les sociétés de REVOLUTION SOCIALISTE ET ECOLOGIE 115 transition bureaucratisées. Nous militons en leur sein, sans aucune intention de les manipuler. Nous pensons que même dans une société socialiste libre et pluraliste, lemouvement écologique, aussi bien, par exemple, que lemouvement des femmes, devra rester autonome et indépendant des partis politiques et des institutions de l’Etat, car la socialisation des moyens de production à elle seule ne garantit pas l’élimination du danger d’épuisement des ressources naturelles.

En tant que militants loyaux des mouvements écologistes, nous voulons mettre l’accent sur deux points : même des améliorations écologiques relativement modestes se heurtent aux rapports de production capitalistes ou au pouvoir de la bureaucratie. Il ne s’agit donc pas de greffer artificiellement l’idée de la nécessité d’une transformation sociale donc pas sur la critique écologiste radicale, mais de comprendre qu’elle en est la conséquence logique. Deuxièmement, les objectifs fixés par la critique écologique ne seront atteints sans l’intervention du sujet historique qui, en fonction de sa condition économique et sociale, est potentiellement capable de construire un monde sans exploitation de l’homme et de la nature : la classe ouvrière. Bien entendu, une classe ouvrière qui se considère comme l’avant-garde de la lutte pour la protection de l’environnement. C’est pour établir un tel lien réciproque entre mouvement écologiste et mouvement ouvrier que nous œuvrons.

Pour conclure, rappelons ici quelques problèmes écologiques fondamentaux qui doivent être résolus sous peine de disparition de l’humanité. Toutes ces questions ne peuvent être abordés qu’à l’échelle internationale. C’est sur ce terrain que nous voulons concentrer nos forces — par exemple, dans le cadre de campagnes transnationales —, avancer nos propositions et montrer par quels moyens celles-ci peuvent être réalisées.

Revendications :

* rupture radicale, dans les pays du tiers monde, avec le système agricole exploiteur de la production pour l’exportation , système qui est source de faim et de misère ;

- sortie immédiate du cycle nucléaire ;

+ arrêt immédiat de la production et de l’utilisation de produits toxiques et dangereux comme les CIFC et l’amiante ;

* non à l’expoitation économique de l’Antarctique ;

+ non à la destruction des forêts tropicales et à la dégradation des forêts dans les pays industrialisés ;

* pour l’arrêt d’une agriculture qui détruit les terres arables dans les pays industrialisés ;

* les mers, les fleuves, les lacs ne doivent plus être considérés comme des poubelles ;

*nonà des projets nucléaires dangereux dans le tiers monde — dans certains cas, comportant un véritable génocide (Indiens del’ Amazonie) — comme ceux de Kararao (Brésil}et de Sardar-Sarovar (Inde) ;

* non aux transports de déchets toxiques, non au transfert de productions dangereuses vers les pays du tiers monde. (Revendications à élaborer par rapport aux technologies génétiques)

Alternatives :

- dans le tiers monde, système de production agricole qui garantisse d’abord la satisfaction des besoins élémentaires de la population ;

+ production civile au lieu de production militaire ;

* utilisation rationnelle et planifiée de l'énergie face au pillage des sources d’énergie non renouvelables : développement de sources d'énergie alternatives comme l'énergie solaire et l’énergie éolienne, la biomasse, etc :

* organisation de l’exploitation agricole selon des critères écologiques ;

+ face au développement du transport individuel, développement des transports en commun, surtout dans le domaine du transport à courtes distances, et des chemins de fer ;

* une politique radicale tendant à éviter les déchets et à les recycler : des installations de filtrage, d'épuration, etc., ne suffisent pas à elles seules, il faut une conversion industrielle fondamentale qui évite a priori la pollution à la source.

Comment réaliser ces alternatives ?

Il faut lutter pour :

* une réforme agraire profonde dans les pays du tiers monde ;

+ l'annulation intégrale de la dette des pays sous-développés et des sociétés de transition bureaucratisées ;

+ le développement de plans d'énergie alternatifs élaborés par le mouvement ouvrier et le mouvement écologique en collaboration avec des scientifiques progressistes ;

* la levée du secret d’entreprise (qui permet, par exemple, de cacher les émissions réelles de CIFC) et l'obligation de tenir des registres spécifiant les matières premières et produits utilisés, libre accès à ces registres ;

* un programme de grands travaux publics pour la reconversion de la production ;

*la mise sur pied d’un « contre-pouvoir écologique » par le truchement du contrôle ouvrier de la production ; droit de veto du personnel sur les productions dangereuses pour la santé et l’environnement ;

+ la nationalisation des secteurs décifitaires de l’économie, sous contrôle des ouvriers, des consommateurs et du mouvement écologique ;

* une production répondant à des critères écologiques, basée sur le principe de la satisfaction des besoins, et non sur le principe des profits ou sur le pouvoir de la bureaucratie ;

+ une société socialiste, libre, démocratique, pluraliste et autogestionnaire.

Source : Quatrième Internationale, 39, décembre 1990-janvier 1991 · scan (Radar, 16-014-00182).

Une erreur sur cette page ?