Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

De la réunification au Xe Congrès 1963-1979 › Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974)

Solidarité avec les fedayin !

20 septembre 1970 · Secrétariat unifié · Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974) · 869 mots

Moyen-Orient et Palestine

In English: Solidarity with the Fedayeen! — texte anglais publié à l’époque.

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(Déclaration du Secrétariat Unifié de la IV* Internationale)

Au moment de rédiger la présente déclaration, la bataille fait rage en Transjordanie entre les forces armées de la monarchie hachémite et les guérilleros palestiniens. Ceux-ci se battent seuls, sans qu'aucun des régimes arabes démagogiques, si prodigues pourtant en démonstrations verbales de solidarité, ne leur ait apporté une aide concrète. L'issue de cette lutte, encore incertaine en ce moment-ci, sera certainement déterminante pour la phase suivante de la révolution arabe.

Une victoire des fedayin préluderait à une montée révolutionnaire sans précédent au Proche-Orient, modifiant l'équilibre des forces sociales dans la région de manière encore plus spectaculaire que la nationalisation du canal du Suez ou la révolution irakienne de 1958. Une défaite serait certainement suivie de la liquidation physique des combattants palestiniens au Liban. Elle renforcerait considérablement l'emprise de l'impérialisme dans la région, accroîtrait le poids de l'Etat sioniste et se répercuterait sur l'ensemble du mouvement national et révolutionnaire arabe, notamment sur sa pointe avancée au Dhofar et au Sud-Yemen.

La confrontation sanglante de septembre 1970 constitue l'aboutissement logique et délibérément voulu du plan Rogers qui est en réalité un plan Nixon-Kossyguine, Tous les participants à ces tractations étaient parfaitement conscients de ce que l'obstacle majeur à leur volonté de liquider le problème palestinien était le peuple palestinien lui-même. La fameuse résolution de l'O.N.U. du 22 novembre 1967, qui ignore sans vergogne les droits nationaux de ce peuple martyr, en constituait la pierre angulaire. Et pour une bonne part, le délai qui s'est écoulé entre novembre 1967 et août 1970 s'explique par la recherche effrénée par toutes les parties concernées de la voie lo plus opportune pour étouffer le processus révolutionnaire palestinien : que ce soit par la manipulation, par la pression, ou par la violence armée.

C'est donc à un front unique de la réaction arabe y compris la petite bourgeoisie radicale, celle-ci agissant par affinité avec les régimes en place ou par couardise congénitale, de la bureaucratie soviétique et de l’impérialisme mondial que les fedayin doivent tenir tête aujourd’hui. Et le moindre des paradoxes de la situation n'est pas de voir que les ennemis attitrés de l'émancipation arabe —— les autorités sionistes et l'impérialisme américain —— sont parvenus à faire effectuer leur sale besogne par des bras arabes en y impliquant gravement le régime nasserien, lequel ne pourra plus, à coup sûr, se relever de cette infâmie. De re la scène se placent la Maison Blanche et le Pentagone, qui tiennent des troupes américaines prêtes à intervenir, si Hussein et ses généraux s'avèrent incapables de noyer dans le sang des fedayin.

Vu dans le contexte général de l‘Asie mineure et même du monde arabe tout court, il est indubitable que les fedayin constituent sans aucun doute un ennemi redoutable. Non pas sur le plan militaire pour Israël car, quoi qu'on ait dit, l'impact purement militaire de la guérilla en Palestine est resté très faible (sauf à Gaza). Mais bien politiquement, tant pour Israël que pour les régimes arabes, l'impérialisme mondial et la bureaucratie soviétique.

La résistance palestinienne sapait les bases mêmes de l'Etat bourgeois en Jordanie ct au Liban, ralliant autour d'elle les meilleurs éléments de la jeunesse arabe. Par la elle risquait d'entraîner à la longue l'effondrement de l'équilibre précaire et instable de la région, ouvrant les digues devant les flots montants de la révolution arabe. C'est à ce p là qu'il devait être mis fin de toute urgence, d'où l'acharnement mis par la réaction arabe à exterminer les fedayin. Il est significatif à cet égard que l'assaut frontal ait été précédé de mesures policières prises par la R.A.U., spécialement contre l'aile la plus avancée de la résistance palestinienne,

Ce même processus explique l'intérêt commun de toutes les forces hostiles à l'ouverture de perspectives révolutionnaires au Levant, à appuyer l'opération de liquidation. D'où la complicité silencieuse de l’ensemble des Etats arabes et des Etats ouvriers bureaucratisés. Conscients de l‘interdépendance dialectique des divers secteurs de la révolution mondiale, les dirigeants du Kremlin agissent avec un sens sûr de leurs intérêts de caste ilégiée.

Le seul espoir de victoire des Palestiniens réside en dernière analyse dans l'effort de mobiliser les masses populaires arabes, leur seul allié véritable, et d'obtenir un large appui international, quelle que soit l'issue immédiate des combats actuels,

Lo lutte à mort qui se déroule aujourd'hui est la démonstration finale de l'échec de la politique de « neutralité » à l'égard des « affaires intérieures » arabes, alors que les régimes arabes ont foulé aux pieds les principes les plus élémentaires de solidarité afin d’étouffer la voix des Palestiniens. On mesure aujourd’hui ce qu'il en coûte au mouvement de résistance palestinienne que ses principaux dirigeants n'ont pas voulu où su combattre l'emprise du nassérisme sur la population arabe, et qu'ils ont renoncé à organiser à ses côtés les masses populaires de la région. La leçon ne sera pas perdue, tout comme la défaite de juin 1967 a enterré Choukeiry et son idéologie raciste.

À l'heure actuelle, la tôche première de tous les révolutionnaires au Proche- ‘Orient et dans le monde est la défense inconditionnelle de la résistance palestinienne, avant-garde de la révolution arabe, contre tous ses ennemis, avant tout contre son «ennemi principal, l'impérialisme américain.

20 septembre 1970

Source : Quatrième Internationale, 46, novembre 1970 · scan (Radar, 16-014-00128).

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