Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le VIe Congrès mondial et après (1961-1963)

Tendances et perspectives de l'économie mondiale

janvier 1961 · VIe Congrès mondial · Le VIe Congrès mondial et après (1961-1963) · 16 678 mots

Europe et UE Chine Grande-Bretagne Construction de l'Internationale Révolution coloniale et libération nationale

In English: Documents of the Sixth World Congress: Economic Document: Trends and Prospects of the World Economy — texte anglais publié à l’époque.

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1. - Introduction.

Au cours des dix dernières années, la situation économique mondiale a été dominée par les trois facteurs ci-après :

1) La croissance économique rapide des Etats ouvriers, avant tout de Union one et, plus tard, de plus en plus, de la République Popul de Chine. L' industrie soviétique n'est pas seulement devenue la deuxième du monde : la possibilité au elle dépasse la puissance industrielle des Etats-Unis à un moment déterminé dans l'avenir est devenue, pour la première fois, tangible et est examinée sérieusement par la bourgeoisie américaine elle-même. Dès aujourd hui, la part de l'économie capitaliste dans l'économie mondiale décline de manière irréversible.

2) Bien qu’elle soit plus lente que celle des Etats ouvriers, la croissance économique des pays d'Europe occidentale a été plus. rapide et plus durable que prévue — surtout si on la compare avec la période qui a suivi la première guerre mondiale. C'est surtout le cas pour les pays du Marché Commun européen et, dans une moindre mesure, pour l'Autriche. Contrairement à toutes les prédictions, tant de la part d'économistes marxistes que d'économistes bourgeois, l'économie capitaliste des Etats-Unis et celle de l’Europe occidentale n'ont plus connu de crise économique très grave depuis 1938, c’est-à-dire depuis plus de vingt ans. Aucune des trois récessions d’après-guerre : celle de 1949, celle de 1953 et celle de 1957, n'a empêché une reprise relativement rapide et un nouveau boom après 12 à 18 mois.

3) La crise permanente dans laquelle vivent les pays coloniaux et semi-coloniaux, qui, dans le monde capitaliste, n'est que l'autre face de la prospérité relative des pays impérialistes. Elle est provoquée par la contradiction entre, d'une part, l'exploitation impérialiste à travers les investissements et le commerce, sinon l'intervention colonialiste directe, et d'autre part, un profond et large mouvement de masse vers l'indépendance politique, l'expulsion de l'impérialisme, le renversement des vieux régimes oligarchiques, la réforme agraire et l'industrialisation.

Cette contradiction du système impérialiste s'est exprimée :

a) par la liquidation progressive des empires coloniaux, de la division du monde entre les grandes puissances, par l'accès à l'indépendance politique de grandes zones du monde ; b) par les mesures économiques prises par les révolutions _coloniales, mesures d'expropriation des entreprises impérialistes dans la dernière décade : expropriation de la Cie Anglo-Iranienne du Pétrole, des mines d’étain boliviennes, du Canal de Suez et d'entreprises impérialistes en Egypte ; expropriation des entreprises hollandaises en Indonésie ; étatisation de l'économie à Cuba ; développement des entreprises nationales de pétrole dans différents pays : réforme agraire en Bolivie et à Cuba, etc Au-delà des chiffres embrassés par ces mesures, restent la crise de la domination impérialiste, l'insécurité des investissements ; c) par la rupture de la superstructure sociale féodo-capitaliste dans différentes zones du monde, par suite du processus montant dé la révolution coloniale, régimes sur lesquels reposait la domination impérialiste.

Bien que l'industrialisation des pays coloniaux et semi-coloniaux ait fait des progrès dans les conditions favorables de la deuxième guerre mondiale et du «boom de la guerre de Corée», leur croissance économique, non seulement n'a pas été proportionnelle à celle des pays capitalistes d'Europe occidentale (sans parler de celle des Etats ouvriers), mais elle a à peine suivi le rythme d'’accroissement de la population et n'a même pas permis de neutraliser l'évolution défavorable des termes d'échange. Il en résulte que l'écart qui sépare le degré d'industrialisation -et le niveau de vie des pays coloniaux et semi-coloniaux de ceux des pays industrialisés est aujourd’hui plus prononcé qu'il y a 10, 20 ou même 56 ans.

Certains cas particuliers comme celui du Japon, qui connaît, pour le moment, une expansion industrielle exceptionnellement rapide — n’entrent pas dans ce schéma. I] n'en résume pas moins les grands traits de l'évolution économique mondiale et ses tendances fondamentales. Le document présent précise dans quelle mesure, au cours des dix années à venir, ces tendances se maintiendront, dans quelle mesure elles seront modifiées et quelles en seront les principales conséquences économiques, politiques et sociales.

Un avertissement s'impose cependant. Pour étudier des tendances économiques à moyen et à long terme, on doit nécessairement faire abstraction des transformations politiques et sociales, des irruptions de la violence révolutionnaire dans le domaine de l'économie. La IV° Internationale est plus convaincue que jamais que ces irruptions sont nécessaires et inévitables. Elle est convaincue que les dix années à venir ne connaîtront pas plus de statu quo dans le monde que les dix ou les vingt années qui viennent de s’écouler. En ce sens, toute politique « communiste » axée sur l’idée de la «compétition économique entre les deux blocs » est à la fois utopique et démobilisatrice ; la stratégie du mouvement ouvrier international ne doit pas être d'assurer cette compétition pacifique, mais bien de renverser l'impérialisme et le capitalisme. Les conclusions de la présente résolution offrent d’ailleurs des raisons objectives et subjectives confirmant cette thèse.

Néanmoins, en tant que marxistes, nous devons étudier les tendances d'évolution du capitalisme et des Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou déformés, dans l'hypothèse que ces régimes subsisteront encore pendant une certaine phase historique. C'est seulement ainsi que nous pouvons connaître les forces objectives qui restent sous-jacentes à toute évolution politique. Sans cette hypothèse et sans cette étude, on me peut pas avoir une vision globale de la réalité ét on ne peut pas élaborer une stratégie révolutionnaire efficace, notamment pour neutraliser certaines des forces objectives ainsi révélées, ou pour s'appuyer sur certaines autres.

Les thèses sur les « Perspectives économiques et politiques internationales » adoptées par le 5° Congrès Mondial affirmaient déjà vouloir « dégager les tendances générales dans les années à venir, aussi bien de l’économie capitaliste que de l’économie des Etais ouvriers, telles qu’elles peuvent s’esquisser sur la base de l'état et de la dynamique actuels de l’une et de l'autre, et dans l'éventualité toute théorique d'absence de conflit majeur pendant cette période... »,

Elles précisaient en outre que «cette méthode de procéder d’une extrapolation en partant de l'état et de la dynamique actuels, abstraction faite de perturbations majeures, est la seule méthode possible si on veut définir les tendances et les perspectives générales ». : . En appliquant la même méthode et en confirmant d’ailleurs, dans leurs grandes lignes, les conclusions du > Congrès Mondial, nous soulignons la nécessité d’une compréhension scientifique des forces objectives qui déterminent, en dernière analyse et à long terme, l'évolution mondiale, compréhension sans laquelle tout jugement sur les perspectives de l'action révolutionnaire risque d'être teinté de subjectivisme.

En même temps, nous comprenons parfaitement — comme l'avaient d’ailleurs également précisé les thèses du 5° Congrès Mondial — que l'évolution réelle n’est pas un simple reflet de ces tendances économiques à long terme, mais qu’elle résulte de l'interaction de ces tendances et de l'intervention consciente des hommes (l'action révolutionnaire des forces anti-capitalistes ainsi que l'action conservatrice des classes possédantes et des autres forces sociales qui craignent la révolution), interaction qui peut profondément modifier, et quelquefois même renverser totalement les tendances objectives révélées par pareil procédé d’extrapolation. Parmi ces facteurs extra-économiques, l’action révolutionnaire des masses joue déjà, et jouera de manière croissante dans les années à venir, un rôle décisif.

I. — LA CROISSANCE ECONOMIQUE DES ETATS OUVRIERS

2. - L'économie des Etats ouvriers croît plus rapidement que celle des Etats capitalistes.

, Au cours des dix dernières années, le taux de croissance des Etats ouvriers a été très rapide, même s’il a été inégal de pays à pays, de période en période et de secteur économique à secteur économique. I] a dépassé le double de celui de l'économie capitaliste dans son ensemble. La comparaison avec les pays capitalistes ayant connu la croissance la plus élevée (Japon, Allemagne occidentale, France, Italie) est un peu moins flatteuse pour les Etats ouvriers, ; elle n’en révèle pas moins une différence encore très nette des rythmes de croissance, surtout à long terme.

nee à 1959, le taux d'accroissement annuel moyen de la production industrielle a été de :

24,8 % en République Populaire de Chine

13,3 "% en Pologne

11,8 % en U.RSS.

10,8 % en République Démocratique Allemande 10,7 % en Tchécoslovaquie contre 14 ‘“% au Japon 10,0 % en Allemagne occidentale 8,5 % en Italie 5,8 % en France et

2,8 % aux Etats-Unis 2,5 % en Grande-Bretagne

{Source : « Etude sur la Situation économique de l'Europe en 1956» de la Commission Economique pour l'Europe des Nations-Unies - «Trentième Rapport Annuel de la Banque des Règlements Internationaux, 1960).

De 1955 à 1959, le taux d’accroissement annuel moyen de la production industrielle s'est établi ainsi : 13,5 % en Yougoslavie 10,8 % en URSS. 10,4 % en Tchécoslovaquie 10,0 % en Pologne 8,2 % en République Démocratique Allemande contre 11,8 % au Japon 8,0 % en Italie 6,9 % en Allemagne occidentale 6,7 % en France

% aux Etats-Unis % en Grande-Bretagne

3. - Causes dé cette supériorité.

La supériorité de l'économie planifiée par rapport à l'économie capitaliste apparaît ainsi de manière frappante. Les raisons de cette supériorité méritent d’être rappelées :

1) Contrairement à l'économie capitaliste, l'économie des Etats ouvriers connaît une croissance qui n'est pas interrompue par des crises, des récessions, de brusques chutes de la production industrielle. Élle connaît le plein emploi permanent des travailleurs et des moyens de production (ce qui n'implique pas nécessairement leur emploi optimum).

2) La centralisation des décisions d'investissement les pius importantes permet d'éviter les doubles emplois, la capacité excédentaire, les gaspillages et les faux frais généralement causés par la concurrence capitaliste et la « libre entreprise », même à l’époque du capitalisme des monopoles, bien que la gestion bureaucratique neutralise en partie ces avantages.-

3) La propriété nationalisée des moyens de production supprime les freins puissants au progrès technique que constituent, dans les pays capitalistes, les intérêts privés des propriétaires des capitaux fixes encore à amortir.

4) La propriété nationalisée des moyens de production permet également une Standardisation plus rapide de la production, l'application de la production en série à des produits comme les machines-outils qui, en régime capitaliste, sont soumis à des surveillances jalouses des bénéficiaires de brevets, etc.

5) L'économie planifiée et la propriété nationalisée des moyens de production permettent une distribution du revenu national qui réduit certains gaspillages du point de vue de la croissance économique (frais excessifs de distribution, dépenses de luxe excessives, etc.…). Cependant, le régime bureaucratisé maintient encore ces dépenses improductives et inutiles à un niveau trop élevé.

En outre, la véritable révolution culturelle que l'URSS. et la plupart des autres Etats ouvriers ont effectuée, a payé des dividendes dans le domaine de l'expansion économique. L'U.R.S.S. dispose aujourd’hui d'une armée d'ingénieurs, d'inventeurs, de technologues et de techniciens qui dépasse largement, en nombre, celle des Etats-Unis. Elle maintient de ce fait un rythme d'innovation industrielle supérieur à celui de tout pays capitaliste.

L'accès normal aux études supérieures de tous les éléments doués supprime le gaspillage de talents inhérent au régime capitaliste. Les dépenses plus élevées pour l'enseignement et la soif de connaissances, systématiquement suscitée et encouragée, permettent la formation d’un nombre supérieur d'universitaires. Ainsi, du côté de la qualité comme de la quantité, l'innovation technologique se trouve stimulée bien plus fortement en U.R.S.S. que dans les pays capitalistes avancés — sans parler des pays coloniaux et semi-coloniaux.

G A

(1) Pourcentage d’accroïssement de la production industrielle pour l'ensemble de la production envisagée :

1950-1955 1955-1960 (plans de 1955} Tehécoslovaquie 70 % 50 % R. D, allemande .. … 90 % 55 % order 102 % 48 0% HER ee ed Veite tro ete 65 %

(Source : « Etude sur la situation économique de l'Europe en 1956 », de la Commission Economique pour l'Europe des Nations Unies).

Dans les années à venir, il n'y a pas de raison de prévoir une modification fondamentale de ces taux de croissance, ni de leur avance par rapport à ceux des pays capitalistes les plus importants. Il est vrai que les taux de croissance industrielle wnt été nettement réduits entre 1950-1955 d’une part, et 1955-1960 de l'autre (1), et que même ce taux d'expansion plus bas n'avait pu être réalisé en U.RS.S., raison pour laquelle le 6‘ plan quinquennal avait dû être abandonné. D'une part, la pression des masses avait obligé la bureaucratie à faire un effort plus soutenu en vue d'accroître la consommation du peuple sans qu'une gestion plus démocratique ait pu stimuler parallèlement l'expansion, ce qui aurait permis de conserver, ou même d'accroître, le taux de croissance. D'autre part, la gestion bureaucratique et surtout l'hypercentralisation de l'économie, avaient contribué à ralentir ces taux de croissance. Ces derniers obstacles ont été partiellement surmontés par lés réformes de Khrouchtchev qui ont permis de réaliser à nouveau les taux de croissance industrielle prévus par le 6° plan quinquennal, sauf dans quelques secteurs.

4. + La Chine en passe de devenir la 4° puissance du monde.

Dans ces conditions, le facteur nouveau le plus important qui modifiera l'économie des Etats ouvriers au cours de la prochaine décade sera l'apparition de la République Populaire de Chine comme une puissance industrielle de première importance. Même si on conserve un certain scepticisme envers les statistiques chinoises (depuis la révision des chiffres de résultats du « grand bond en avant »), on peut admettre que le taux de croissance du revenu national en Chine est actuellement de deux à trois fois plus élevé qu'en U.RS.S. Ce taux très élevé s'explique naturellement en partie par le fait que la base de départ est beaucoup plus basse et que la création de nouvelles entreprises dans divers secteurs, surtout dans l’industrie lourde, permet d'y accroître d’un seul coup la production de pourcentages très élevés.

I1 s'explique pourtant également par deux causes accessoires : l’aide de l'URSS. et des autres Etats ouvriers qui, même si elle est encore manifestement insuffisante, men constitue pas moins un apport appréciable qui fit défaut à l'URSS. à l'époque de ses premiers plans quinquennaux; la possibilité d'éviter une série d'expériences négatives, surtout en ce qui concerne la bureaucratisation extrême de la direction des entreprises et la chute de la production agricole, qui avaient freiné l'essor de l’industrie soviétique. Le fait que l’agriculture chinoise ait pu éviter la longue phase de stagnation qui avait accompagné en U.R.SSS. la phase de l'industrialisation rapide, à cause de la collectivisation forcée, a permis d'éliminer un frein important à une <roissance industrielle plus rapide dans la République Populaire de Chine.

Même si l'actuel taux de croissance de l'industrie chinoise scra réduit dans les années qui viennent — phénomène inévitable, du moment qu'une première infrastructure d'industrie Jourde aura été créée — il est probable qu'il restera supérieur à celui de l’industrie soviétique, et largement supérieur à celui des pays capitalistes les plus avancés. En comparaison avec l'Inde et les autres pays semi-coloniaux ou coloniaux en voie d’industrialisation, l'écart sera particulièrement frappant. Quels que soient les sacrifices évitables que certaines méthodes bureaucratiques ont imposés et contiNueront à imposer aux masses laborieuses chinoises, l'exemple chinois d'industrialisation rapide exercera, comme au cours des années écoulées, une force d'attraction exceptionnelle sur tous les peuples coloniaux et semi-coloniaux.

. On peut prévoir que, dans la décade qui vient, la production industrielle chinoise dépassera largement celle du Japon et celle de la Grande-Bretagne. La R. P. de Chine deviendra donc la 4 puissance industrelle du monde. Elle restera cependant æncore inférieure à celle de la Communauté Economique Européenne (Marché Commun), de l'URSS. et des Etats-Unis. Dans ces conditions, il ne semble guère réaliste de prévoir que la production globale des Etats ouvriers dépasse la moitié de la production industrielle mondiale en 1965, pour autant, bien entendu, que le capitalisme ne soit pas aboli dans de nouvelles et impôrtantes puissances industrielles.

. Il ne faut pas oublier par ailleurs que, malgré tous les succès obtenus dans la voie de l'industrialisation, la Chine qui compte plus de 600 millions d'habitants, reste un pays très pauvre si la production par tête d’habitant est prise en considération. Pour qu'elle atteigne le niveau d'industrialisation actuel du Japon, il faudrait que sa production d'acier, sa production d'électricité, sa production de machines sa production de machines, sa production textile dépassent six fois celle du Japon (c’est-à-dire atteignent le niveau prévu par l'Union Soviétique pour 1970-72. Il est peu probable que cet objectif puisse être atteint avant au moins deux À trois décades (2).

3. - Problèmes spécifiques de l'économie des Etats ouvriers.

La croissance plus éle: de l'économie des Etats ouvriers à 2 pavs capitalistes, est la caractéristique fondamentale, donc de dette ee Elle n’en est cependant pas la seule. La progression de l'économie des Etats ouvriers est caractérisée par un rythme inégal de développement des différents sec‘eurs qui, avec les défauts de structure dûs à la déformation ou à la dégénérescencé bureaucratique de ces Etats, pose une série de problèmes à résoudre, crée des

(2) La Chine produit actuellement 14 millions de tonnes d'acier : Pour atteindre l'actuelle production japonaise par tête d'habi ë vrai i jlli 17 millions) # abitant, elle devrait en produire 102 millions (6 fois difficultés ou des-tensions au cours de la croissance économique ou provoque mème l'apparition d'une série de goulots d'étranglement, d

Le développement inégal entre les différents secteurs de l'économie est avant tout ‘un développement inégal entre l'industrie et l’agriculture. Plus que jamais, l’agriculture reste le talon d'Achille de l'économie soviétique. Ce problème n'est toujours pas résolu, pas plus par la tentative de Khrouchtchev de « contourner » le paysan grâce à la culture des « terres vierges » que par les concessions très importantes accordées à la paysannerie (vente des tracteurs et machines agricoles aux kolkhoz). Les conditions agronomiques et climatologiques particulières de la Sibérie centrale font qu'il n'y a sur les terres vierges qu'une bonne récolte sur deux, ce qui fait fluctuer énormément, d'année en année, la production soviétique de céréales.

en millions de tonnes engrangées

Les deux obstacles majeurs à une solution définitive du problème du retard de l'agriculture sur l'industrie en U.R.S.S. sont l'intérêt insuffisant porté par les kolkhoziens à un accroissement continu de la production, et l'insuffisance des investissements dans l’agriculture (surtout la consommation réduite d'engrais). Il en résulte une productivité moyenne du travail agricole qui est très inférieure à celle des Etats-Unis, sans parler de celle des pays d'Europe occidentale et centrale à agriculture intensive.

Les réformes de Khrouchtchev, surtout la révision des prix reçus par les kolkhoz en échange des produits fournis à l'Etat, et la vente des tracteurs et des machines agricoles aux :kolkhoz, ont incontestablement permis une certaine augmentation de ‘la production agricole. Elles ont en même temps fait naître un nouveau problème, celui de l’acéumulation entre les mains des kolkhoz de sommes :d'argent très élevées. Leurs revenus sont passés de 50 milliards de roubles, en 1953, à 95 milliards en 1956, et à 150 milliards en 1959, c'est-à-dire qu'ils ont triplé en l’espace de six ans. Comme l’approvisionnement du village en moyens de consommation n'a certainement pas augmenté dans la même proportion, les kolkhoz ont en fait accumulé un énorme pouvoir d'achat sans contre-partie. Khrouchtchev l'a en partie épongé par la vente des tracteurs et machines agricoles. Il permet également, de plus en plus, la vente de certains moyens dé production industriels aux kolkhoz, qui établissent des usmes d'industrie légère, développent une industrie de matériaux de construction et, quelquefois même, se mettent à en revendre les produits aux citadins. Un élément nouveau est ainsi introduit dans la structure économique de l'U.R.S.S. les usines d'Etat perdent le monopole de fait de la production industrielle. Il va sans dire qu'il s'agit d’un phénomène purement marginal, qui ne touche guère l'industrie lourde, et ne représente qu’une fraction infime de la production courante.

L'inégalité du développement entre différents secteurs de l'industrie — et entre l'industrie et le système des transports — reste également très prononcée, En général, dans les nouveaux plans élaborés depuis 1955, les taux de croissance de l'industrie légère sont fortement rapprochés de ceux de l’industrie lourde, sans toutefois les égaler. Mais, dans l'exécution des plans, la priorité centinue à être accordée aux secteurs de l'industrie lourde, ce qui provoque un retard dans le développement de l'industrie textile et de l'industrie des biens de consommation durables par rapport aux prévisions, aussi bien en U.R.S.S. que dans la plupart des « démocraties populaires ».

L'inégalité de développement des secteurs de base (énergie et minerais) et des secteurs manufacturiers avait provoqué de dangereux goulots d'étranglement dans la plupart des pays d'Europe orientale, surtout dans la période 1953-1956. Ces goulots ont été surmontés, grâce au développement forcé du lignite en Allemagne orientale et à l'approvisionnement massif de la zone orientale en produits pétroliers, de provenance soviétique (le réseau de pipe-lines en construction doit accentuer la tendance à la sul tution du pétrole au charbon dans la plupart de ces pays).

6. - L'in‘égration économique des Etats ouvriers et la pression des consommateurs.

Le problème de l'intégration des économies de tous les Etats ouvriers (ou même des Etats ouvriers européens), n’est pas encore résolu. Le COMECON n'est pas un instrument d'intégration économique. Il se contente d'opérer la spécialisation et la division de travail dans certaines branches (autos, machines et machines-outils) et dans le commerce extérieur, Il ne coordonne même pas les investissements (voir la plainte récemment énoncée à ce propos par Gomulka) et ne prévoit aucune planification d'ensemble de tous les Etats ouvriers. Cette déficience est due aux intérêts particuliers de chaque bureaucratie nationale, y compris ceux de la bureaucratie soviétique. ;

La pression de forces objectives (par exemple : risques de concurrence des ressources énergétiques) et de forces subjectives (pression des consommateurs) deviendra cependant telle, dans les années à venir, que la bureaucratie soviétique sera obligée d'avancer sur la voie d'une plus grande intégration économique de l’ensemble de sa

(3) Compte tenu de l'accroissement de la population. cette production est inférie: tête d'habitant à celle de 1987 ! RE

« zone d'influence », ce qui provoquera de nouveaux conflits en son sein et sapera davantage encore le mythe du « monolithisme » dans la direction de l'économie.

Cette tendance du développement de la planification internationale de l'économie des Etats ouvriers, déjà exprimée dans le C.O.M.E.CO.N. s’accentuera, ainsi que le prouvent les accords conclus à ce sujet à Bucarest et la résolution de la Conférence des 81 partis à Moscou. Ce développement posera à nouveau, et sur des bases nouvelles, la question de la participation des masses dans l'administration de l'économie, avec toutes les conséquences qui en découlent.

. La pression des consommateurs augmentera d'ailleurs sans cesse, aussi bien en URSS. même que dans la plupart des autres Etats ouvriers, Ce fut déjà le cas depuis le début de l’année 1950. Mais maintenant que la première vague des réformes de Khrouchtchev a eu ses effets, que les peuples sont mieux nourris et mieux habillés, cette pression s’accroîtra de nouveau fortement. Elle se concentrera sur trois domaines : la qualité (surtout des vêtements, mais aussi de la nourriture); les biens de consommation durables, et la solution de la crise du logement.

Des « grèves des acheteurs » se produisent de plus en plus fréquemment (la presse soviétique vient d'en admettre un exemple récent dans le domaine des produits plas-tiques), et la pression des consommateurs est aujourd’hui la menace la plus forte à l'égard de la dictature bureaucratique, comme l'a montré l'exemple des émeutes du Kasakstan en 1959, lorsque des milliers de jeunes se révoltèrent contre l'absence d'un minimum de confort et de biens de consommation,

La propagande de Khrouchtchev, promettant « d'atteindre et de dépasser » le niveau de vie moyen des Etats-Unis, se retournera d'ailleurs de plus en plus contre lui-même, stimulant les revendications des masses en matière d'approvisionnement en biens de consommation durables. Si cette pression, notamment en vue d'établir la propriété des voitures particulières, devenait Hop forte dans la décade à venir, elle poserait des problèmes entièrement nouveaux à l'industrie siderurgique soviétique, dont seule une fraction négligeable de la production est pour le moment destinée à l'industrie de l'automobile (contrairement à ce qui est le cas aux Etats-Unis et en Europe occidentale).

Quant à la pression des producteurs en vue d’une participation plus grande à la gestion des entreprises, elle augmente plus lentement. Mais l'élévation du niveau de vie et surtout la réduction de la durée du travail (introduction générale de la journée de 7 heures) et le relèvement du niveau moyen de culture et de qualification, la renforceront dans les années à venir.

7.:- Quelques cas particuliers.

Quelques Etats ouvriers en Europe connaissent des problèmes économiques. particuliers

Yougoslavie. — Ce pays jouit aujourd'hui du, taux de croissance le plus élevé, aussi bien pour la production. industrielle que pour le revenu national, parmi tous les Etats ouvriers d'Europe. Ceci s'explique par les particularités de sa politique éeonomique : affaiblissement de la bureaucratie grâce à l'auto-gestion des entreprises Gui devient progressivement plus authentique ; politique agricole évitant à la fois la collectivisation forcée et un marché dominé par des paysans privés; une intégration plus harmonieuse dans le marché mondial qui lui permet de profiter davan-tagé de la division mondiale du travail. La quantité et la qualité des biens de con-sémmation durables mis à la disposition des travailleurs yougoslaves augmente plus vite que dans la plupart des autres Etats ouvriers. Cependant, l'économie yougoslave sé heurtera à deux dangers : l'extension excessive de l'économie de marché dans le secteur industriel qui implique un danger d'accroissement de l'inégalité sociale (cf. l'alignement récent des loyers sur les « prix de revient réel », qui a abouti à une redistribution des bons logements en faveur des couches privilégiées et aux dépens des ouvriers); l'intégration excessive dans l'économie mondiale qui peut impliquer une dépendance croissante par rapport à l'économie capitaliste internationale (en crédits et en devises) et son isolement prolongé (par Ja faute de la bureaucratie soviétique)

de Ja planification internationale croissante des Etats ouvriers,

République Démocratique Allemande. — Bien que les habitants de ce pays disposent vraisemblablement dès maintenant du niveau de vie le plus élevé de tous les Etats ouvriers en Europe, l'écart avec le niveau de vie de l'Allemagne occidentale, tout en se réduisant peu à peu, y reste très sensible. Etant donné le taux de croissance relativement élevé de l'économie de l'Allemagne occidentale, la résorption totale de cet écart est peu probable dans un proche avenir, à moins d’une crise économique grave frappant ce pays.

Cet écart joue aujourd’hui un rôle-clé, non seulement sur le plan politique mais même sur le plan social; il fait de la R.D.A. une véritable brèche dans le dispositif des « démocraties populaires ». 11 est une des causes qui provoque l'exode constant d'éléments qualifiés (ouvriers et intellectuels), exode qui constitue un véritable drainage des ressources économiques de la R.D.A \ :

La pression d'Ulbricht en vue de « résoudre la question de Berlin » s'explique en grande partie par sa volonté d'arrêter ce drainage. Le dogmatisme étroit et la brutalité bureaucratique de la direction du S.E.D. aggravent cependant encore cette situation, notamment par la collectivisation forcée de toute l’agriculture (fût-ce une

« collectivisation » qui maintient formellement la propriété privée d'une bonne partie des paysans).

Tchécoslovaquie. — L'économie tchécoslovaque a la structure la plus diversifiée et la mieux équilibrée de tous les pays de « démocratie populaire ». Après un ralentissement autour des années 1953-55, elle a repris son essor rapide, Mais comme la demande de certains produits semble largement saturée dans ce pays, on y connaît actuellement, pour la première fois dans un Etat ouvrier, des problèmes d’ajuste-ments de l'offre à la demande de biens de consommation durables. Pour pouvoir être résolus de manière harmonieuse et progressive, ces problèmes nécessiteraient une participation beaucoup plus active des producteurs et des consommateurs à l'élaboration des plans, tant au sein des entreprises qu'au sein des collectivités locales (villes ou. districts).

II. — LA CROISSANCE ECONOMIQUE DES PAYS CAPITALISTES INDUSTRIALISES

Contrairement à ce que les économistes marxistés et non marxistes avaient prévu avant la fin de la deuxième guerre mondiale, celle-ci n'a pas été suivie par une grave crise capitaliste de surproduction, du type 1929 ou 1937, mais par une période de reconstruction, puis par une période d'essor économique, interrompue seulement par des sions d'assez courte durée et d'une gravité plus réduite que les crises d'entre les deux guerres. Cet essor économique se poursuit actuellement en Europe occidentale ct au Japon, bien qu'il ait fait place aux Etats-Unis à une quasi stagnation de l'économie depuis quelques années.

8. - Causes de cet essor relatif et de l'absence de crises graves.

Les causes de ce nouvel essor de l'économie capitaliste dans les pays industrialisés ne peuvent pas être ramenées à un seul facteur principal. L'essor résulte plutôt d'un concours de circonstances, d’une série de transformations soit dans la politique de la bourgeoisie (et de l'Etat bourgeois), soit dans la structure des entreprises capitalistes. Les principaux facteurs qui expliquent cette stabilité relative et qui stimulent cette croissance imprévue sont a) Le rôle croissant de l'Etat qui limite le process: miques, et arrête celles-ci à un premier palier (les statistiques américaines indiquent qu'en 1957, la première phase de la récession était presque aussi dramatique que la première phase de la crise de 1929; ce qui l’a distinguée de la crise de 1929, c'est le fait qu'elle se soit arrêtée à cette première phase, alors que la crise de 1929 s'est constamment aggravée de ses propres effets pendant trois ans) (4).

cumulatif des crises écono-

1 faut distinguer à la fois le rôle croissant que l'Etat bourgeois joue de manière pérmanente dans l'économie capitaliste, ct ses possibilités d'intervenir brusquement afin d'amortir le choc des crises.

Les dépenses publiques absorbent aujourd'hui de 15 à 35 % du revenu nationaf dans la plupart des pays capitalistes industrialisés, L'Etat est de ce fait une des sources principales des investissements (surtout dans le secteur militaire et, subs-diairement, dans celui des transports et de l'énergie), et une des sources principales des revenus des consommateurs ouvriers et employés (l'armée des fonctionnaires publics, des ouvriers des entreprises nationalisées où municipalisées, etc.). IL effectue en même temps des paiements de transferts importants qui réduisent les pertes de pouvoirs d'achat subies par les travailleurs du fait de l'insécurité fondamentale de la condition prolétarienne (paiement de pensions, d'allocations de chômage, couverture des frais de maladie et d'accidents de travail, etc.), Il est vrai que ces paiements sont couverts en bonne partie par des versements provenant des travailleurs eux-mêmes (cotisations, impôts indirects, etc.). Néanmoins, la plupart des Etats capitalistes industrialisés y contribuent également par des subsides.

L'ensemble de ces dépenses publiques, pratiquement indépendantes de Ia confonc-ture économique momentanée, tend à assurer un volume plus stable des investissements et des revenus des consommateurs, et joue donc un rôle anti-cycle permanent.

En outre, l'Etat bourgeois dispose de tout un arsenal d'instruments pour résorber le choc des crises dès le moment où elles se produisent : accroissement des dépenses de transferts et des dépenses publiques en général (financement de déficit); réduction du coût du crédit; subsides et primes aux investissements privés et à l'exportation, etc.

En dernière analyse, ce rôle croissant de l'Etat bourgeois dans la vi économique des pays capitalistes signifie que, dans la crise mondiale sociale et politique que traverse aujourd'hui le Système capitaliste, les facteurs extra-économiques jouent et

(4) les neuf premiers mois de la récession de 1957-58 aux Etats-Unis, la production trielle diminua de 13,1 0% contre une diminution de 15,9 % pendant les neuf premiers mois de la crise de 1929. Les commandes de biens durables diminuèrent de 20,1 % contre une diminution de 26.5 %% pendant la période équivalente de la grande crise économique.

joueront un rôle croissant dans l’économie. Cela implique que la bourgeoisie sacrifie, collectivement, les intérêts de la stabilité de sa monnaie et l'avenir de son projet à long terme (ainsi que les intérêts immédiats de certains secteurs), aux intérêts de l'auto-défense immédiate du système, indépendamment de ses conséquences à plus longue échéance.

Loin de diminuer d'acuité, ce facteur jouera un rôle de plus en plus important dans les années à venir, surtout aux Etats-Unis, du fait du changement continuel des rapports de forces à l'échelle mondiale aux dépens du capitalisme.

Il n'est pas inutile d'ajouter que cette analyse, loin d'approuver la thèse révisionniste selon laquelle le capitalisme serait actuellement capable d'« éviter les crises », confirme au contraire la thèse marxiste selon laquelle la succession des conjonctures bonnes et mauvaises, des booms et des crises, est un mal inhérent et incurable de l’économie capitaliste. La seule chose que l'Etat bourgeois puisse réauser, c'est de limiter l'ampleur de ce mal dans l'immédiat (au prix d’une aggravation à long terme), mais non pas de supprimer le mal lui-même.

Il faut, en outre, ajouter que cette possibilité n'est elle-même pas illimitée, qu'elle ne peut ni éviter l'éclatement même de la récession, ni éviter que, malgré l'intervention étatique croissante, les récessions deviennent progressivement plus graves.

b) La grande explosion d'innovation technologique (essentiellement préparée par la deuxième guerre mondiale) a déterminé un taux d'investissement fixe de l'industrie privée beaucoup plus élevé que dans l'entre-deux guerres, et a contribué à un raccourcissment du cycle capitaliste (les récessions éclatent tous les 45 ans, et non pas tous les 7-10 ans comme les crises de jadis), Cette révolution technologique, qui continue à être stimulée en partie par l'économie d'arméments (techniques nucléaires et électroniquës), trouve son expression la plus frappante dans les progrès de l’automation. Elle constitue en même temps la réponse fondamentale que les rapitalistes peuvent donnér au renforcement des syndicats ouvriers et au relèvement des salaires dans les premières années d'après-guerre : augmentation de la plus-value relative, et accroissement de l'armée de réserve industrielle grâce à une augmentation frénétique de la productivité, et du chômage technologique,

Aux Etats-Unis, cet aspect social de la poussée technologique est déjà apparu le plus nettement : le chômage ne descend plus en-dessous de 5 millions, même en période de bonne conjoncture. En Grande-Bretagne et dans le Marché Commun, ce phénomène retarde quelque peu (dans le Marché Commun surtout, du fait d'un taux de croissance élevé, plus élevé que l'accroissement, tout substantiel, de la a ductivité). Mais, ce qui se passe aujourd'hui aux Etats-Unis annonce vraisemblable-ment l'évolution future des pays capitalistes d'Europe.

c) La demande de biens de consommation par les masses laborieuses s'est modifiée structurellement. Le centre de gravité passe de plus en plus des produits d'alimentation et d'habillement aux logements et à des biens de consommation durables.

Cette évolution est en partie le résultat d'une première phase prolongée de plein emploi et d'une élévation relative des salaires réels. Elle résulte également du développement de plus en plus effréné du crédit à la consommation et de la pression publicitaire (c'est-à-dire qu'il s'agit aussi d'une certaine substitution des dépenses de la deuxième catégorie aux dépenses de la première, par exemple d'une certaine détérioration qualitative de la consommation alimentaire dans certains cas).

De ce fait, le pouvoir d'achat disponible pour les biens de consommation durables augmente beaucoup plus vite que celui disponible pour l'industrie textile, alors que le pouvoir d'achat pour les produits agricoles diminue relativement, sinon de manière absolue, En partie aussi du fait du relèvement du niveau de vie, la consommation de produits lourds, comme les céréales, les pommes de terre, la viande de porc, commence d'ailleurs à diminuer de manière absolue.

La modification de la demande des travailleurs, d'abord résultat d'une certaine période de prospérité relative et d'un niveau élevé de l'emploi, devient par la suite un soutien principal de cette prospérité, par le «boom» de l'industrie des biens de consommation durables qu’elle provoque. Ceci se traduit bien par l'inégalité des indices de croissance des différents secteurs de l'économie, par exemple du Marché Commun :

(production 1953 — 100)

en 1959 :

production d'autos .. .. .. .. .. sr 340 production industrielle totale . 7 158 production textile .. EE ST SE SU) d w 122 production agricole .. oder ÉAAAEYS =NeIre— 104

Le taux de croissance très élevé des secteurs « nouveaux » (biens dé consommation durables, produits pétroliers, produits plastiques, appareils électroniques, machines automatiques, etc.) explique définitive le taux d'expansion moyen assez élevé de l'économie capitaliste industrialisée, surtout en Europe occidentale et au Japon.

Le déplacement du pouvoir d'achat s'exprime par ailleurs dans une crise de surproduction agricole plus ou moins permanente dans les pays capitalistes avancés. Pour maintenir une rente, même décroissante, devant la tendance générale au fléchissement des prix agricoles dû à la stagnation des ventes, surtout pour les céréales, les pommes de terre et la viande de porc, les paysans ont considérablement augmenté la productivité agricole, par une mécanisation poussée des travaux, un investissement accru sous forme d'engrais et une technique agronomique de plus en plus perfectionnée, Cet accroissement de la productivité aurait dû, normalement, éliminer les fermes les plus faibles et conduire à l'abandon de l'exploitation des terres les plus médiocres. Mais la politique de soutien artificiel des prix suivie par tous les gouvernements capitalistes dans des buts essentiellement électoraux et sociaux (la paysannerie constitue en général la couche sociale la plus conservatrice des pays capitalistes avancés) a maintenu artificiellement l'exploitation de ces terres, limité l'exode rural, et l'accroissement de la productivité, sous des conditions de demande stagnante, s'est ainsi traduit en surproduction plus ou moins permanenta Seuls les produits les plus «nobles » (viande de qualité, agrumes, etc.) échappent encore à cette tendance.

d) L'industrialisation des pays coloniaux et semi-coloniaux. — Malgré le caractère limité du développement industriel des pays arriérés, il y a eu, au travers de cæ processus, même avec ses limitations, un clargissement du marché des moyens. de production, se substituant partiellement à l'exportation d'articles de consommation, mena par cette industrialisation.

Tandis que les produits industriels des pays impérialistes ont augmenté leurs prix, il:v a eu une pression: permanente sur les prix: des matières premières exportées par les pays coloniaux et semi-coloniaux (5).

Ce travail, non payé par les impérialistes au pays coloniaux et semi-coloniaux, est un autre ‘élément qui soutient la prospérité des pays impérialistes, en rejetant ainsi quelques contradictions qui retombent sur les pays arriérés.

9. - Perspectives de l’économie capitaliste dans la décade à venir.

Quelle sera l'évolution à court ct à moyen terme de ces quatre facteurs ? Quelles conclusions peut-on en tirer quant à l'avenir de la croissance économique des paÿs capitalistes industrialisés ? . L'intervention de l'Etat — des facteurs extra-économiques — dans l'économie te se poursuivra. plus -forte,-que jamais ; elle aura tendance à s'accentuer. atifs.de la:«compétition. économique » avec les Etats ouvrie nces capitalistes, à accroître la capacité de production de: grâce à des garanties étatiques, même lorsque cet accroissement paraîtra «non rentable » (en présence d'une capacité déjà lärgement excédentaire). C'est notamment déjà le cas dans l'industrie sidérurgique et pétrolière aux Etats-Unis. La tendance des grands monopoles à élaborer des « programmes d'inves! L plus indépendants de la conjoncture précise à court terme, facilite cette intervention.

L'évolution des rapports de forces entre les classes (sur lesquelles joue l'évolution des rapports de forces entre la révolution coloniale et l'impérialisme) déterminera la mesure dans laquelle l'intervention croissante de l'Etat Sera du type « austérité » (financement des investissements aux frais exclusifs des travailleurs, comme en France sous le gouvernemént Debré-Pinay) ou du type « paternaliste-inflationniste » (partage inégal des fruits de la croissance entre profits ét salaires), comme ce fut le cas aux Ætats-Unis et en Grande-Bretagne dans la première décade d'après-guerre.

La vague d'innovation technologique se poursuivra, mais à un rythme ralenti, aux Etats-Unis (sauf dans certains secteurs, comme la sidérurgie). En Europe, le retard technologique par rapport aux Etats-Unis permet encore un accroissement élevé pendant la première partie de la décade à venir, L'histoire du capitalisme montre cepéndant que ces «explosions technologiques » ne peuvent pas se prolonger indéfiniment, un intervalle devant s'intercalér entre deux «explosions» pour permettre la mise en valeur pleine et entière ainsi que l'amortissement des nouvelles installations fixes. Vers la seconde moitié de la décade à venir, la vague pourra s'épuiser progressivement. Cela se fera sans doute sentir dès la deuxième récession des années 1960.

La modification de la structure de la consommation des masses a cessé de jouer un rôle de stimulant aux Etats-Unis. Au contraire, l'importance prise par le secteur des biens de consommation durables y est aujourd'hui un facteur croissant d'instabilité, Ja demande, pour ces produits, fluctuant de manière beaucoup plus forte que la demande pour des biens de consommation non durables. C'est dans ce secteur que J'excédent de la capacité de production existe de la manière la plus frappante, et augmente même de cyclé en cycle.

En Europe, il reste sans doute encore un délai avant que cette situation ne soit atteinte. Mais si l'on constate que la capacité de production automobile atteint actuellement 5 millions de voitures par an en Europe occidentale (y compris la Grande-Bretagne, la Suède et l'Autriche), et que cette capacité, en pleine expansion, sera portée

(G) Les exportations de l'Europe occidentale vers les pays 41958 de 150 % par rapport à ieur valeur en 1953, tandis que les importations de matières prémières ont té lement de 112 %%% dans lé même temps. Les Etats-Unis ont, ode, augmenté leurs exportations de 41 %%, tandis que la valeur importées en 1958 fut inférieure de 2 % à celle de 1953. Ce phéno-cien. Les prix argentins, par exemple, après Ja crise mondiale de 1930-1983. éta érieurs de 19 % aux prix moyens de la iode allant du début siècle jusqu'à crise, Cela signifie une perte de profit moyen annuel de 238 millio: de, dollars, selon les calculs de la CÆ.P.A.I.

ont augmenté en à une production annuelle de 7 à 8 millions de voitures dès 1963 — et ce, pour une population à peine supérieure à celle des Etats-Unis, qui ont produit au maximum 7 millions de voitures par an en 1955, pour des consommateurs ayant en moyenne un revenu supérieur de 250 % au revenu moyen d'Europe occidentale — il est à prévoir que sera atteint en Europe occidentale, au cours de la prochaine -décade, dans ie domaine des biens de consommation durables, le même état de saturation que celui des Etats-Unis aujourd'hui. Ce facteur perdra donc graduellement son rôle stimulant d’une croissance industrielle relativement rapide en Europe occidentale.

Le quatrième facteur (les investissements dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, ainsi que le commerce avec ces zones), est celui qui est lié aux changements les plus profonds et les plus durables pour l'ensemble du système impérialiste. Dans l'avenir immédiat, dans la mesure où «l’aide» impérialiste tendra à croître, ses effets de stimulant sur conomie impérialiste augmenteront aussi, grâce aux exportations etc, vers les pays coloniaux et semi-coloniaux. lution coioniale en révolution prolétarienne portera, s à l'impérialisme.

Pour toutes ces raisons, la variante la plus probable, à court terme, est donc un taux de croissance beaucoup plus rapide en Europe occidentale ct au Japon qu'aux Etats-Unis et, à moyen terme, un ralentissement général de la croissance de l’économie capitaliste, croissance par ailleurs interrompue par des récessions fréquentes, qui auront tendance à devenir de plus en plus profondes, et à laisser subsister des résidus croissants de chômage technologique d'une part, et de capacité excédentaire de l’autre.

Le rythme et l'ampleur avec lesquels se manifestera ce ralentissement de la croissance économique dans les pays capitalistes, et les phénomènes de concurrence accrue et.de pr 1laires auxquels il aboutit, détermineront, dans une large mesure, les. .çonditions: objectives de la lutte de classe ouvrière, tant en Europe occidentale qu'en Amérique du Nord, sans être pour autant des conditions sine qua non d'une reprise. du. mouvement ouvr dans cette partie du monde.

accrues de machines, d'outillage c

10; - La modification des rapports de forces inter-capitalistes.

C'est dans ces perspectives qu'il faut placer la modification très importante des rapports de forces inter-capitalistes au cours des dernières années. Par suite de l'écart croissant entre les rythmes d'expansion économique aux Etats-Unis et en Europe occidentale, et par suite de la constitution de la Communauté Economique Européenne, la suprématie absolue, acquise par l'impérialisme américain dans le monde capitaliste, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, ‘et conservée pendant toute la première période d'après guerre (période de reconstruction, puis

“période dite de «boom de la guerre de Corée »), commence à être remise en question.

Ce.déclin relatif de la suprématie de l'impérialisme américain à l'intérieur du camp capitali se traduit par un grand nombre d'indices et fut révélé brusquement par l'apparition d'un déficit de la balance des paiements des Etats-Unis,

Voici quelques exemples Produc‘ion sidérurgique (millions de tonnes) :

ÉCURIES var he te 57,3 6i 101,3 84,7 Marché Commun .. .. .. .. .. .. 35,6 11,8 39,7 62,3 Grande-Bretagne .. .: .. .. .. 9,8 12,9 17,9 20,5

Production d'autos (millions d'unités) :

État UNIS 22055 Momie, ASS mare 3,9 6,7 6,1 7,95 5,6 Marché Commun RDA DE Re 0,51 0,58 0,9 1,5 SL Grande-Bretagne .. .. ., .. .. .. 0,38 0,52 0,6 0,9 12

Exportations (milliards de dollars) :

ÉAISURISE en see ne me RES SES 10,1 mort

Marche ORAN 7... ERI 13 4,8 5 18,2 224 25,2

Grande-Bretagne .. Le 2,7 35 23 6,0 8,0 9,3 93

Comme le taux de croissance de la production industrielle est à présent au moins deux fois plus éle dans le Marché Commun qu'aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, l'écart entre la production de la C.E.E. et la production des Etats-Unis se réduira a rapidement, vu le niveau de départ déjà assez élevé du Marché Commun. Dans la décade à venir, la C.E.E. pourrait atteindre et même dépasser la capacité de production américaine pour la plupart des biens de consommation durables, Mais ce mouvement sera en partie freiné par la défaillance relative du pouvoir d'achat des travailleurs européens

En même temps, il ressort des chiffres mentionnés ci-dessus qu’ Grands » de ia production industrielle mondiale (Etats-Unis, U.R.S.S. et Marché Commun), la Grande-Bretagne risque de n'être plus que la 4° puissance, bien que ses exportations par tête d'habi:ant. dépassent encore légèrement celles du Marché Commun. Dans la décade à venir, la République Populaire de Chine, et même le Japon, pourraient dépasser la production industrielle britannique. On comprend dès lors la à côté des «Trois pression que certains milieux capitalistes exercent sur le gouvernement conservateur pour que la Grande-Bretagne rejoigne le Marché Commun. On comprend en même temps pourquoi l'impérialisme américain, favorable, surtout pour des motifs politiques, à Ja ation du Marché Commun, s'oppose à une entrée de la Grande-Bretagne dans celui-ci : la puissance industrielle qui naîtrait d’une telle fusion exerceraït une pression énorme sur le marché mondial (elle achèterait plus de 50 "% des exportations mondiales) et pourrait égaler bientôt, sinon dépasser, la puissance industrielle des Etats-Unis. Une importante réaction de l'impérialisme américain devant cette modification es rapports de forces inter-capitalistes a été l'exportation croissante de capitaux vers les pays d'Europe, en premier lieu vers la Grande-Bretagne et l'Allemagne occidentale. Cette tendance vise deux objectifs à la fois : utiliser les salaires européens, plus bas que les salaires américains, pour battre les concurrents européens, notamment en tirant partie de procédés technologiques plus avancés ; accroître l’armée de réserve industrielle aux Etats-Unis, ce qui permettrait d'exercer une pression croissante sur les salaires américains (6). Cette tendance se maintiendra pendant plusieurs années ; elle contribuera d'ailleurs à donner à l'économie de l’Europe occidentale un taux d'inves- -ment et un rythme de croissance supérieurs à ceux des Etats-Unis. Il est vrai que des crises politiques ou sociales très graves en Europe (nouvelle crise de Berlin, nouvelle montée, toujours possible, du mouvement de masse, révolution dans la péninsule ibérique avec ses répercussions internationales, chute du régime gaulliste, etc...) pourraient modifier cette situation, ralentir l'accumulation des capitaux en Europe occidentale, et provoquer même un vaste exode de capitaux vers des pays d'outre-mer. De nouveaux bonds en avant de la révolution mondiale — par exemple, des victoires d'ampleur historique en Inde, en Argentine, au Japon — pourraient également ébranler la confiance croissante que la bourgeoisie d'Europe occidentale manifeste pour le moment dans sa destinée. Cependant, en cas de tels changements des rapports de forces, catastrophiques du point de vue du capitalisme, le danger de guerre deviendrait majeur, et une nouvelle vague accrue de production d'armements pourrait neutraliser partiellement cette perte de confiance des capitalistes et des entreprises privées.

11. - Possibilités et limites du Marché Commun européen.

Le document européen présenté pour le 6 Congrès Mondial a déjà esquissé les raisons essentielles de la naissance et du développement du Marché Commun européen: Celui-ci correspond à la fois aux nécessités de développement des forces productives en général, qui se son, depuis longtemps, rebellées contre les limites des petits Etats nationaux en Europe, et à la logique du développement des grands monopoles capi talistes qui, depuis longtemps, avaient étendu leur pouvoir au-delà des frontières nationales et recherchaient des voies pour normaliser et légaliser une nouvelle expansion.

Mai cette double origine correspond aussi une double dynamique, D'une part, la libération des échanges et la création d'un marché plus large contribuent à une expansion plus rapide — bien que plus différenciée — de l’industrie en général. D’autre part, les alliances et les interpénétrations de monopoles accaparent les bénéfices c: talistes de cette expansion, accentuent la concurrence dans les branches et les groupes i laissés pour compte et préparent même, pour une étape ultérieure, des batailles d'envergure au sein du groupe des monopoles pour la domination sur l'Europe des Six, ce qui provoquera des interruptions brutales de l'expansion généralisée.

C'est l'économie ouest-allemande qui était la mieux placée pour profiter des possibilités d'expansion créées par le Marché Commun. Cependant, le régime gaulliste en France incarne la fraction dynamique et agressive du patronat français qui cherche elle aussi à ssurer une vigoureuse expansion au sein du Marché Commun. Dans de nombreux domaines, une co-direction franco-allemande est aussi constituée qui trouve en pratique son expression dans l'axe politique Paris-Bonn dominant aujourd'hui le Marché Commun. En Italie, la tendance Fanfani-Mattei représente également la fraction la plus dynamique de la bourgeoisie qui s'efforce d'exploiter au maximum à son profit les possibilités du Marché Commun.

. Cette situation restera foncièrement acquise aussi longtemps que le taux d'expansion élevé de l'ensemble de l'économie européenne ne posera le problème que sur le ‘errain du partage des bénéfices, Mais déjà dans plusieurs branches industrielles « en retard » — charbonnages, textiles, demain diverses branches de la métallurgie et de la chimie lourde — la capacité de production paraît excédentairc dans l'ensemble du Marché Commun. Ce sont dès lors les secteurs et les pays travaillant avec les prix de revient les plus élevés qui subisont d’abord les pertes : charbonnages belges jet allemands, textiles français et belges, construction navale française, sidérurgie de la Loire, mines de fer italiennes, etc. Lorsque les investissements de modernisation auront perdu leur élan, et que le marché sera progressivement saturé de biens de consom-ma‘ion durables, la tendance « concurrence et rationalisation » prendra le dessus sur

(8) Déjà, des firmes américaines, comme Remington Rand, Ford et General Motors, ont décidé d'effectuer l'ensemble de leur production, pour certains produits, en Europe, d'où ils seront réexportés vers les Etats-Unis.

la tendance « expansion et bonne entente ». Les luttes que les divers groupes monopoleurs mèneront entre eux, et les répercussions de ces luttes sur le niveau de vie des travailleurs, faciliteront des luttes d’abord défensives puis — en cas de succès — offensives de Ia classe ouv en Europe occidentale, luttes qui doivent aboutir à une reprise générale du mouvement ouvrier pour les revendications transitoires esquissées dans le document européen.

Toute cette perspective suppose, du moins pendant la phase transitoire, le maintien, au sein du Marché Commun, d'une structure économique encore caractérisée par l'existence de la propriété pri à prédominance « nationale » dans chacun des six pays. Au bout de cette phase de transition, l’interpénétration des capitaux devrait prendre le dessus sur la seule alliance.

Mais cette perspective sera mise en question de façon permanente par de nouveaux coups portés au capitalisme par les récessions chaque fois plus critiques, la révolution dans le monde et les luttes du mouvement ouvrier européen, telles qu'on les a carac-isées ci-dessus.

12. - Quelques situations particulières.

Etats-Unis. — L'évolution politique, économique et sociale de plus en plus d vorable, à l'échelle mondiale, place la bourgeoisie américaine devant une série d'options qui ont été nettement délimitée: au cours de la campagne électorale présidentielle de ll

Pour faire face à la concurrence croissante des autres puissances capitalistes sur Je marché mondial, la bourgeoisie américaine devrait exercer une pression crois-nte sur les Salaires, refuser toute nouvelle réforme sociale, se concentrer sur un ement de la productivité, employer la masse croissante de chômeurs -rver les bénéfices de cette productivité exclusivement au patronat et au nforcement de la stabilité du dollar. Afin de défendre ses intérêts à long terme, le devrait également rationaliser à l'extrême les nouveaux investissements, s'oppose à ‘oute nouvelle augmentation des dépenses publiques et, en cas d'accroissement — à son point de vue inévitable — des dépenses militaires, réduire dans la même proportion les dépenses civi

L'attitude des patrons de la sidérurgie a démontré qu'une fraction de la bourgcoisie. est prête pour parcille politique. Mais la réaction de l'administration républi-çaine a cependant clairement indiqué que la majorité des dirigeants responsables de la bourgeoisie américaine, tant dans le parti démocrate que dans le parti républicain, comprend que cette politique tuerait le régime à moyen terme sous prétexte de lé consolider à long terme.

Il est clair en effet qu'une attaque virulente contre les droits des syndicats, accompagnée d'un blocage ou d’une réduction des salaires, au même moment où l’'U.R.S.S. est pour la première fois dans son histoire prête à introduire des réformes sociales nouvelles et audacieuses (journée de 7 heures, puis semaine de 35 heures), provoquerait immédiatement une -riposte des - travailleurs (comme -l'a_ d'ailleurs montré la grève de l'acier), ébranlerait l'apathie et l'indifférence politique qui paralysent depuis de longues années le mouvement ouvrier américain, et préparerait une grave crise sociale dans ce pays.

D'autre part, une politique axée sur la « stabilité budgétaire » avec des dépenses militaires maintenues à un niveau très élevé ne limite pas seulement les dépenses sociales à l'intérieur des Etats-Unis, mais encore l'aide aux pays sous-développés, É tit dangereusement le taux de croissance de l'économie américaine et risque de faire perdre à brève échéance à l'impérialisme américain le reste de l'influence dont il dispose encore auprès de la bourgeoisie coloniale.

L'administration Eisenhower a en partie suivi pareille politique; elle est pour cette raison entièrement discréditée. Après la récession de 1957, il n'y a cu qu'un semblant de « boom », et déjà en 1960 les économistes inquiets se demandent si l'on assiste à un plafonnement de l'économie ou à. une nouvelle récession,

Par la bouche de Rockcfeller comme par celle de Kennedy, les milieux les plus représentatifs des grands monopoles américains réclament et réaliseront dès 1961 un renversement de politique. À la politique conservatrice de « stabilisation du dollar » — politique non pas anti-crise mais anti-cycle, qui provoque une quasi-Stagnation de l'économie — ils substitueront à nouveau une politique d'accroissement des dépenses publiques considérées comme principal stimulant d’une croissance économique plus rapide. Ils augmenteront aussi bien les dépenses publiques militaires que l'aide aux pays coloniaux et semi-coloniaux, da un dernier effort de grande envergure pour renverser une évolution mondiale qui condamne le système capitaliste mondial à sa perte dans un laps de temps qui n'est plus très éloigné. Un pays disposant d'un revenu national de 500 milliards de doliars ct pouvant encore puiser dans d'immenses réserves peut risquer pareille aventure sans craindre un effondrement immédiat.

E sant, la bourgeoisie américaine Sacrifiera délibérément la stabilité à longe terme à palliatifs à court et à moyen terme. Mais dans la situation mondiale d'aujourd'hui, elle n'a en réalité pas d'autre choix.

Cependant les impératifs de la concurrence obligeront en même temps le patronat américain à durcir de plus en plus Son opposition à des augmentations des salaires réels, l'accroissement des dépenses sociales de l'Etat pouvant amortir le choc de cette politique pour certaines couches de la classe ouvrière. L'hostilité au mouvement syndical, et les tentatives d'effriter ses forces, s’accroîtront. Les conditions objectives deviendront donc plus favorables pour une certaine politisation de l'avant-garde ouvrière dans les syndicats ces conditions s’ajoutera l'influence que la révolution coloniale erce sur certaines couches de la population américaine laborieuse (la révolution africaine sur les Noirs, la révolution cubaine sur les Portoricains et les intellectuels, etc.). La tentative de fonder au Canada un parti travailliste appuyé sur les syndicats, pourrait, en cas de réussite, servir d'exemple aux travailleurs des Efats-Unis,

Japon. — L'économie japonaise est caractérisée par la combinaison d’un secteur de grande industrie très moderne, qui fabrique des biens d'équipement et des biens de consommation durables pour les marchés intérieur et extérieur, et d'un secteur d'industrie à domicile et artisanale travaillant avec des méthodes archaïques et primitives, et subsistant exclusivement de l'exploitation féroce d'une main-d'œuvre très bon marché. La coexistence de ces deux secteurs explique à la fois la force et la faiblesse du capitalisme japonais, pour lequel la réforme agraire de Mac-Arthur, malgré ses limites et ses insuffisances, a incontestablement créé un marché intérieur plus vaste.

Dans les périodes de haute conjoncture internationale, ce capitalisme dispose de réser de main-d'œuvre pratiquement illimitées (à côté de la main-d'œuvre employée dans l'industrie artisanale, il peut également mobiliser la masse souffrant d'un sous-emploi de fait dans l’agriculture). La pression de l’armée de réserve potentielle sur es salaires maintient ceux-ci à un niveau fort bas, même en période de boom. De ce fait, le taux d'accumulation peut dépasser tout ce qu’on connaît normalement en Europe occidentale ou aux Etats-Unis.

Mais, par ailleurs, la contradiction entre la puissance industrielle en rapide développement et le pouvoir d'achat presque Stagnant de la population rend le capitalisme japonais encore plus dépendant de ses exportations qu'avant la deuxième guerre mondiale. Or, il a perdu quelques-uns de ses march classiques, et ses tentatives d'élargir sa place sur le marché mondial se heurtent à l'opposition violente de concurrents anciens (Grande-Bretagne, Allemagne occidentale) ou nouveaux (Inde, HongKong et R.P. de Chine, notamment pour les textiles). De ce fait, l'économie japonaise est plus instable que celle du Marché Commun Européen ou celle de la Grande-Bretagne, davantage sujette à des récessiens importantes, et obligée d'opérer de vastes reconversions structurelles (développement d'une puissante industrie exportatrice de biens d'équipement; déclin relatif de l'industrie textile; début de déclin de l'industrie charbonnière, etc.).

Cette instabilité ne favorise pas automatiquement le mouvement ouvrier. Dans des conditions de divisi nndicale, de peur croissante du chômage de la part de vriers des grandes usines, et de manque de conscience de la part des ouvriers dé l'industrie primitive, elle peut même temporairement provoquer un déclin relatif du mouvement ouvrier. Mais le réveil inévitable de ia masse la plus exploitée, jointe à l'instabilité économique plus grande, finira par créer au Japon la situation fa plus explosive de tous les pays capitalistes.

III. — LA CRISE DE CROISSANCE DES PAYS COLON ET SEMI-COLONIAUX

Tous les phénomènes partiels, conjoncturels, de léconomie des paÿs coloniaux et semi-coloniaux sont dominés par un phénomène général : le commencement de: liquidation du régime impérialiste et semi-féodal, un début de transformation de lü vieille structure économique et sociale, un mouvement pour la réforme agraire et l'industrialisation,

X

De même que, dans les pays impérialistes, le gouvernement s'efforce de soutenir la conjoncture économique par une intervention directe et permanente, dans les pays coloniaux et semi-coloniaux ce sont les masses qui soutiennent le processus de changement de Structure, qui imposent des nationalisations, la réforme agraire, ou qui empêé-chent simplement la stabilisation de la domination impériaiiste et capitaliste.

Depuis la fin de la guerre, ce processus a déjà donné naissance aux Etats ou de Chine, de Corée du Nord, du Nord-Vietnam et de Cuba, et il n’a cessé de s'élargir et de pprofondir. C'est lui qui propulse la crise de l'impérialisme au-delà de toute conjoncture momentanément favorable dans iles pays impérialisies eux-mêmes, et qui propuise en définitive la crise du régime capitalisie dans son ensemble.

Alors que les Etats ouvriers et les pays capitalistes avancés ont connu et connaissent encore — à des degrés divers — une croissance économique rapide, pa coloniaux et sous-coloniaux voient augmenter leur retard par rapport au niveau de production et de consommation des pays avancés. Ils traversent de ce fait une véritable crise économique et sociale sous-jacente à la révolution coloniale qui, fait dominant de la dernière décade, dominera sans aucun doute encore la décade à venir.

En parlant de crise économique, il faut préciser qu'il s’agit d’une crise sui generis, crise de croissance insuffisante et non pas crise de surproduction ciassique, même si certains symptômes (mévente de certains produits, chômage massif, chute des revenus réels des travailleurs, etc.) sont communs aux deux types de crise. Malgré cette crise sui generis, l'augmentation de la production industrielle, c'est-à-dire le processus d’industrialisation se poursuit, mais à un rythme à la fois inférieur à celui des pays avancés, totalement insuffisant pour modifier la structure du pays, et surtout impuissant à améliorer le niveau de vie des masses.

. _ Ainsi la production industrielle de l’Amérique latine est passée de l'indice 91, en 1959, à l'indice 100 en 1953, et à l'indice 136 en 1958. Cette augmentaücn reste cependant très inférieure à celle de l'Europe des Six, sans parler à celle du Japon ou à celle de l'URSS. et de la Chine. La plupart des zones sous-développées dans le monde ont d’ailleurs connu une augmentation de la production inférieure à celle de l'Amérique latine; c’est surtout le cas pour la péninsule indienne et le sud-est asiatique. ‘.… La croissance de moins en moins satisfaisante qui a caractérisé l'économie des pays coloniaux ef semi-coloniaux au cours de la période 1952-1959 a des causes à la fois conjoncturelles. et structurelles. Les premières ont trait à Ja. tendance à la dépression des prix (et quelquefois même. des volumes) des matières prémières ‘expôrtées, principal élément d'exportation de ces pays, Les secondes se rapportent aux principales conséquencés d'une structure féodo-capitalisté: qui agit comme frein puissant à une rapide industrialisation.

113. - Système impérialiste et révolution coloniale.

. Les profits recueillis par les capitaux impérialistes investis daus les pays arri qui jouent un rôle important dans les métropoles, empêchent l'accumulation primitive possible dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. Contrairement à ce qui est dit couramment par les propagandistes de l'impérialisme, ce sont les zones arriérées du monde qui financent en partie les Zones avancées.

. Traditionnellement, c’est l'exportation des matières premières qui à permis aux économies des pays arriérés de profiter en partie des ressources du marché mondial capitaliste. Cependant, l'évolution défavorable des termes d'échange limite même cette possibilité (7): La situation est aggravée par le développement de la production des matières premières dans les pays impérialistes eux-mêmes (pétrole et pétrole synthé-tique, etc.) et par le développement des matières premières dans de nouvelles zones comme l'Afrique (notamment café, coton, cacao, cuivre, étain, aluminium, etc.).

D'autre part, il y a eu, spécialement après la guerre de Corée, un effort conscient ct organisé de la part de l'impérialisme pour faire baisser les prix des matières premières. Les Etats-Unis principalement ont utilisé comme moven de pression leurs propres ressources internes, surtout les excédents agricoles, produits de la croissance inouïe de la productivité de leur travail agricole, en même temps que leur propre production minière, pétrolière, etc. Pour les matières premières que les Etats-Unis et les autres grandes puissances impérialistes ne produisent pas dans les métropoles elles-mêmes, on a eu recours à l'organisation de grands marchés de consommation pour imposer leurs conditions et leurs prix aux pays producteurs. Tel est le cas du Conseil International de l'Etain (8), de l'Accord International du Sucre, des accords sur le: café, le coton, etc.

Une des ripostes décidées par les régimes nationalistes bourgcois ou petits bourgeois des pays semi-coloniaux a été de limiter le rapatriement des bénéfices des capitaux étrangers, d'établir différents systèmes de change et de prendre dés mesures protectionnistes en faveur de l’industrie locale, notamment pour relever les prix des produits manufacturés importés, Mais l'impérialisme intervient activement pour forcer ces portes qui se ferment devant son expansion. Il profite des crises des goulots d'étranglement, des déficits menacçants de la balance des paiements des pays semi-coloniaux pour imposer une « libéralisation » de tous les contrôles économiques et financiers. En Amérique latine, notamment, les plans Eder (Bolivie), Klein-Sachs (Chïli), Prebich (Argentine) et ensuite l'intervention directe du Fonds Monétaire International, en imposant la liquidation des contrôles de change, montrent jusqu'à quel point l'impérialisme considère nécessaire de maintenir ouvertes ces économies à son exploitation, et jusqu’à quel point il en a besoin pour défendre le dollar.

Quand l'impérialisme tente d’apaiser les contradictions, ai. de prétendus plans d'« aide », il ne adi nsi exacerbées, au moyen nd plans d'e ,ne peut en réalité résoudre aucun des problèmes post L'aide impérialiste n'est l'équivalent que d’une petite partie de la plus-value qu'il retire lui-même des pays arriérés. Pour pouvoir assurer leur industrialisation et leur développement économique d'ensemble, les pays coloniaux et Semi-coloniaux auraient besoin non seulement de capitalisér toute la plus-value produite dans le pays et d'obtenir des prix équitables pour leurs matières premières, mais encore de recevoir

(7 Suivant les informations du G.A.T.T., de 1953 à 1958 la rtie s i i d'articles manufacturés que les régions non industrialisées dans Ho ne acheter avec les revenus de leurs exportations est tombée de 90 % à 64 0%. 2

(8) Dans des cas comme celui de l'étain, les Etats-Unis ont recouru à la forma‘ion de grands stocks à prix bas, qui se maintiennent grâce aux opérations d'échange et à la pression sur le marché avec ces stocks quand les prix tendent à monter.

une aide sous forme d'investissement net d'un montant au moins &ix fois plus grand que la somme totale de « l’aide » donnée aujourd'hui par tous les pays impérialistes et par tous les Etats ouvriers annuellément,

Certaines régions du « tiers-monde » ont reçu des investissements el ont connu un développement industriel non sans importance; telles l’Union sud-africaine, les deux Rhodésies, le Congo ex-belge (où un tiers de la population masculine adulte est salarié), l'Argentine, le Brésil, le Mexique, ie Chili, de même que l'Inde et d'autres zones d'Asie. Le Vénézuéla, les pays pétroliers du Proche-Orient, ont reçu des royalties très importantes, qui cependant n'ont pas calmé les contradictions sociales, mais ont plutôt accentué la polarisation des classes et l’explosivité de leur situation intérieure:

La réforme agraire, ou la lutte pour la réforme agraire, pose ie problème de l'incorporation de plus de la moitié de l'humanité à une vie civilisée. Elle secoue le pouvoir des propriétaires fonciers indigènes ou des colons blancs qui détiennent les meilleures terres (notamment en Algérie, au Kenya, en Rhodésie du sud et en Afrique du sud), elle entre en conflit direct avec le système des plantations capitalistes et abat les cloisons séculaires qui ont coupé les communautés tribales ou communales (en Afrique noire, au Pérou et en Bolivie, en Inde) du reste du monde.

L'éveil de ces populations, qui groupent en général la majorité des paysans de <es pays et occupent la majeure partie des terres (bien qu'elles ne soient pas les plus productives), exige de grands investissements pour les détacher de leur état arriéré. La longue stagnation de la réforme agraire bolivienne en est une preuve. La réforme elle-même et les problèmes de développement économique qu'elle pose ne peuvent être résolus dans le cadre du régime capitaliste. Ils exigent l’expropriation et l'expulsion des maîtres actuels, un large plan d'investissement s'appuyant sur des millions de petits paysans auxquels est concédée la terre qu'ils travaillent. Le développement de la réforme agraire accentue de ce fait la crise du système impérialiste et offre un appui objectif — et à un degré croissant, même subjectif — aux forces prolétariennes et révolutionnaires qui poussent vers la liquidation mondiale du capitalisme.

L'autre grand processus économique déclenché par la révolution coloniale c'est l'industrialisation et le développement économique général, De même que la réforme agraire, il trouve ses racines dans le désir profond des masses de changer leurs conditions de vie. Et de même que la réforme agraire, il se heurte bien vite au capitalisme lui-même, à la division du travail unilatérale imposée par l'impérialisme, à l'étroitesse du marché intérieur, à la balkanisation de l'Amérique latine, du monde arabe et de l'Afrique noire, à la pénurie des capitaux, au rapatriement vers les pays impérialistes d’une partie importante de la plus-value produite dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. Le capitalisme est incapable de résoudre le problème de l'accumulation, dans ces pays, du surplus économique qui peut permettre un développement économique, comme est incapable d'incorporer de larges couches de la population dans le marché intérieur, en les arrachant à leur état végétatif grâce à la réforme agraire.

Seule l'accumulation par l'Etat peut résoudre en partie ce problème, notammént par l’expropriation des entreprises étrangères et des propriétaires fonciers indigènes. Ainsi peut se rassembler le surproduit social entre les mains d’un gouvernement ouvrier et paysan, qui l’'emploiera à la fois pour le développement économique et pour l'amélioration du niveau de vie des masses, grâce à la mobilisation sur grande échelle des forces productives qui sommeillent dans les immenses masses de # availleurs inoccupés ou insuffisamment occupés. C'est l'alternative qui se pose devant la révolution coloniale, qui est entrée déjà sur ce chemin au travers de la révolution chinoise et qui, aujourd’hui, atteint Cuba et commence à s'ouvrir des pas dans quelques zones d'Afrique.

14, - La structure féodo-capitaliste, obstacle à l'industrialisation rapide.

| À côté du facteur conjoncturel que représente le retournement des termes d'échange aux dépens des pays coloniaux et semi-coloniaux à partir de 1952-53, la Structure sociale féodo-capitaliste de ces pays reste le frein principal à une industria-Bsation rapide. En général — surtout en Afrique noire et dans le sud-est asiatique — la pauvreté extrême des paysans qui constituent l'écrasante majorité de la population et qui, soit vivent dans des conditions encore primitives, soit sont exploités jusqu'au Sang par l'alliance des propriétaires fonciers, des usuriers et des commerçants, détermine l'absence d'un marché intérieur suffisamment ample pour stimuler un développement privé de la grande industrie. La balkanisation de ces régions — aussi bien l'Amérique la: l'Afrique noire que les pays arabes — limite encore davantage ce marché intérieur. Il s'ensuit que les ressources disponibles pour l'accumulation, qui ne sont pas toujours limitées, s'investissent surtout dans la spéculation foncière, le commerce et l'usure, ou sont exportées.

Ainsi s'explique le mystère notamment de pays comme les grands producteurs de pétrole (Venezuela, Irak, Iran, Arabie séoudite, Koweit, Qatar) qui ont accumulé au cours de la dernière décade des milliards de dollars de royalties sans pour cela connaître un véritable processus d'industrialisation. La majeure partie de ces capitaux considérables a servi à des travaux d'infrastructure ou à des constructions de

S prestige (à Caracas, à Téhéran et ailleurs), à l'importation massive de produits de luxe ou à la création d'industries simplement complémentaires de la production de pétrole (raffineries, ports, chimie). Dans des pays comme le Sud-Vietnam, la Corée du sud, la Tunisie et le Pakistan, qui avaient reçu pendant la même période plusieurs milliards de doliars d'aide américaine, pour des raisons essentiellement stratégiques, ce gaspillage s'est répété encore sur une plus vaste échelle.

Les initiatives de la bourgeoisie nationale indigène, même dans les pays où elle est relativement la plus forte (Inde, Argentine, Brésil, Mexique) se sont limitées au secteur des biens de consommation. L'elfort de création d'une industrie lourde nationale, en opposition direct x pays impérialistes et en concurrence avec ceux-ci, a dû être généralement confi l'Etat. Il se heurte à des obstacles sociaux et économiques de plus en plus puissants, au fur et à mesure que l’on passe des plans ou des travaux préparatifs à l'exécution réelle, et est fréquemment remise en question par des Fer des classes dominantes (Turquie sous Mendérès, Argentine sous Frondizi, etc.).

La où, comme au Mexique, en Egypte, en Indonésie ou en Bolivie, les intérêts importants de l'impérialisme ont été expropriés, mais où la gestion capitaliste de l’économie a été conservée, cette propriété nationalisée tend à devenir le domaine des affaires de la propriété privée, la source d'enrichissement privé des fonctionnaires et des bureaucrates, ce qui sème l'échec et jette le discrédit sur la propriété nationalisée et cesse de faire de celle-ci une source d'accumulation pour le développement économique.

La réforme agraire envisagée par ces régimes, comme en Egypte, ou au Mexique, celle de Bettancourt au Vénézuela ou celle de Nehru en Inde, n'est qu'un rachat capitaliste des terres et un essai d'apaiser les contradictions dans la campagne, sans résoudre le problème fondamental de remettre la terre entre les mains de ceux qui la travailllent, et de f: des investissements pour le développement de la production agricole. La bourgeoisie elle-même, sous la pression .de l'impérialisme, est secouée par des contradictions internes. L’essai de Frondizi de développer l’industrie lourde en s'appuyant sur l'impérialisme, a été réalisé peut-être aux dépens des perspectives à court terme de l'industrie légère, développée sous le gouvernement de Péron, dans È tend l'accumulation de capitaux d'une exploitation plus se ouvrière et des secteurs popula -dire d'une limitation ur pour l'industrie 1 TE.

C'est la classe ouvri qui a mené en même ces plans de démobilisation ind: ielle et qui à d: atteinte, contre la bourgeoisie elle-même.

€ permanente contre alité l'industrialisation

Les tentatives de surmonter la balkanisation au moyen d'accords régionaux ne sont que des mesures ineffi s, de même que les accords du pe relatifs à l’Amé rique centrale, à la Grande Colombie, où à l'actuelle zone de « libre échange » en Amérique latine, qui ne font que maintenir quelques privilèges du commerce régional existants avant les accords avec le FMI. En général, même dans les pays Semi-coloniaux, les différences sont si grandes que les accords régionaux impliqueront un privilège les p: les plus développé pourraient étouffer les essais d'indus-ialisation des zones 2S plus î

15. - Effets économiques de Ia révolu‘ion coioniale.

révolution coloniale n'a pas manqué d'influenc taliste dans son ensemble, et elle i à le sap: effets se font sentir aussi bien directement dans les pa que dans les pays métropolitain: ê le système économique capi-dans les années à venir, Ses coloniaux et semi-coloniaux,

-mêmes.

Dans les pays sous-développés, la révolution coloniale en stimulant les aspirations des masses au bien-être entrave cu empêche la « stabilisation » financière et économique capitaliste, sape le taux de profit et rend tout investissement privé à long terme de plus en plus spéculatif et risqué. En exerçant une puissante pression en faveur de l'industrialisation de cette zone, la révolution coloniale tend à réduire les débouchés encore ouverts aux pays capitalistes métropolitains, débouchés par ailleurs déjà amputés par la destruction du capitalisme dans une vaste zone du monde. Elle suscite dè même des concurrents nouveaux aux producteurs industriels métropolitains, et dans la mesure où elle tend spontanément à une alliance avec les Etats ouvriers, elle menace d’autres débouchés capitalistes qui seront pris par les exportations de J'U.RS.S., de la R.D.A, de la Tchécoslovaquie, etc.

. Dans les pays capitalistes avancés, elle réduit la possibilité de trouver dans l'exportation vers les pays d'outre-mer une soupape de sûreté contre la tendance à la surproduction, inhérente à la production capitaliste, En réduisant ou en supprimant les revenus provenant des investissements de capitaux exportés vers les pays coloniaux et semi-coloniaux, elle ébranle l'équilibre de la balance des paiements, réduit la marge de manœuvre de la bourgeoisie dans sa lutte contre le prolétariat et tend à obliger cette bourgeoisie à une politique d'austérité qui risque de déclencher une crise sociale. *

Cependant, ces effets économiques de la révolution coloniale ne se font sentir qu'à long terme, et ce, dans la mesure précisément où elle aboutit à détacher les pays coloniaux et semi-coloniaux de l’ensemble de l’économie capitaliste mondiale. Or, pendant toute la première phase, l'impérialisme s'est efforcé de conserver le entiel de ses positions dans les pays sous-développés en y passant de la domination directe à la domination indirecte, en y transférant le pouvoir à la bourgeoisie nationale. Pareil transfert ne porte un coup très dur à l'impérialisme que dans le seul cas où il est accompagné d'une nationalisation des capitaux étrangers investis dans le pays et d’une réorientation fondamentale du commerce extérieur, Malgré quelques nationalisations spectaculaires au cours de la décade passée (industrie du pétrole iranienne, canal de Suez), en général la plupart des pays entraînés dans la révolution coloniale ne se sont pas largement détachés de l'économie capitaliste mondiale. Voilà le facteur principal qui a jusqu'ici limité les effets économiques immédiats de la révolution coloniale sur l'économie des pays capitalistes métropolitains.

L'expérience de la révolution cubaine ouvre à ce propos une phase nouvelle dans la révolution coloniale. Pour la première fois, cette révolution, avant même de sc donner une direction prolétarienne, a abouti à la nationalisation des principaux capitaux étrangers investis dans le pays, ainsi qu'à une réorientation fondamentale du commerce extérieur de Cuba vers les Etats ouvriers. Si les effets économiques immédiats de cette évolution sur l'économie capitaliste américaine ou européenne sont restreints, ils n'en sont pas moins d'importance historique en tant qu'esquisse d’une tendance générale future. Dans la mesure où, au cours de la décade à venir, la révolution coloniale dépassera sa phrase de direction démocratique-bourgeoise dans plusieurs pays, ses effets économiques sur les pays capitalistes métropolitains deviendront de plus en plus importants. Et si des blocs entiers (Inde, Brésil, Moyen-Orient) du « tiers-monde » devaient échapper au marché mondial capitaliste, ces effets deviendraient désastreux pour celui-ci.

La révolution coloniale exprime aujourd'hui sous une forme aiguë la crise mondiale du système capitaliste. Mais cette crise ne se transforme en une crise de l'économie capitaliste mondiale que dans la mesure où elle sape l'économie des pays capitalistes les plus importants du point de vue industriel : Etats-Unis, Marché Commun, Grande-Bretagne, Japon. L'expérience permet d'affirmer que ce retentissement à court terme est déterminé plus ou moins exactement par le degré dans lequel Ja direction démocratique-bourgeoise dépassée par la révolution coloniale.

16. - Facteurs qui ont jusqu'ici limité les effets économiques de la révolution coloniale.

Le paradoxe principal de la décade passée réside précisément dans le fait que, malgré un marché mondial capitaliste qui unit la zone sous-développée à la zone industrialisée, malgré les progrès énormes de la révolution coloniale, ct malgré l'évo-Jution globale des rapports de forces défavorable pour le Capital (ce qui sape de plus en plus la sécurité à long terme des investissements), les pays capitalistes avancés ont pu connaître une croissance industrielle relativement rapide. En dernière analyse, celle-ci ne peut s'expliquer que par l'entrée en jeu d'une série de facteurs qui limitent momentanément l'effet économique de la révolution coloniale sur l'économie capitaliste métropolitaine. La plupart de ces facteurs ont déjà été signalés par les thèses sur les perspectives économiques et politiques du 5° Congrès Mondial a) Le maintien d'importantes positions impérialistes dans les pays où la révolution coloniale a commencé. Ceci s'applique autant aux inves ements des capitaux qu'aux débouchés pour les produits industriels. Le cas le plus frappant est celui de l'frak où, malgré le début de la révolution, les dividendes importants s'écoulent toujours vers la City. En tout, la Grande-Bretagne continue à toucher chaque année en revenus quelque 350 millions de livres sterling pour ses investissements à l'étranger. Quant aux débouchés, en 1959, 53 % des exportations britanniques, 44 " des exportations françaises, 27 % des exportations italiennes et 25 % des exportations de l'Allemagne occidentale allaient encore vers les pays coloniaux, semi-coloniaux et les dominions britanniques.

b) La substitution, à l’intérieur de la zone sous-développée, de débouchés nouveaux aux débouchés perdus. Ainsi, des pertes de débouchés subis par ia Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas dans leurs anciennes colonies ont été en partie neutralisées par un essor des exportations avec des territoires « associés » (pour la Grande-Bretagne : surtout l’Australic, l'Afrique du sud, le Canada et la Fédération d'Afrique centrale; pour la France, surtout l'Afrique noire et l'Algérie; pour les Pays-Bas, les Antilles néerlandaises) ou avec les zones coloniales ou semi-coloniales des partenaires.

c) La substitution d'échanges entre pays industrialisés aux échanges avec les pays coloniaux et semi-coloniaux, D'une manière générale, depuis 1953, les échanges entre pays capitalistes industriellement avancés se développent plus rapidement que les échanges entre pays capitalistes avancés et pays sous-développés. Deux phénomènes ont été frappants à ce propos.

— Les Etats-Unis sont devenus un marché important pour la plupart des puissances coloniales qui y ont retrouvé une partie des débouchés perdus ailleurs

Pourcentages des exportations totales vendues aux Etats-Unis :

Grande-Bretagne .. .. .. .. 6 % 4 % 5% 11 % France …. 4... +. . 6% 6 % 4% 8% MÉOHÉ SEE SE Lee 11 % 8 % 6 % 12 % ÆavS Base lee eu tee 4 % 3 % % 6 %

SSP LOU te A ere a nee 8 % 7 % 9% 14 %

Quant au Japon, il expédie actuellement 30 % de ses exportations aux Etats-Unis

— Les échanges à l'intérieur du Marché Commun se développement beaucoup plus rapidement que le commerce entre le Marché Commun et le reste du monde.

d) La substitution de produits (et de débouchés) intérieurs aux produits jadis importés. Ceci s'applique autant au développement d'industries de matières premières synthétiques ou nationalement nouvelles (pétrole en Italie, France, Allemagne, Pays-Bas; gaz méthane en Italie et en France; uranium aux Etats-Unis, au Canada et en France, etc.) qu’à la substitution progressive d'achats de produits alimentaires ou textiles à l'étranger, de fabrications nationales de textiles synthétiques et d'industries de biens de consommation durable.

— PERSPECTIVES DE L'ECONOMIE MONDIALE DANS LA DECADE À VENIR

De l'analyse des tendances économiques fondamentales des pays coloniaux et semi-coloniaux, développée dans la résolution sur la révolution coloniaie, il apparaît clairement que ces pays continuent pour le moment, et continueront sans doute pendant toute une période, à évoluer en sens inverse du reste du monde. Alors que dans la zone mondiale industrialisée, la production et le revenu par tête d’habitant a déjà atteint un niveau élevé, ou est en croissance très rapide (Etats ouvriers) ou rapide (Europe occidentale et Japon), dans les pays coloniaux et semi-coloniaux revenu et produit par tête d’habitant continuent à stagner ou à s'élever très lentement à partir d'un niveau tràs bas.

Les pays capitalistes industrialisés et les Etats ouvriers, confrontés avec cette situation, s’efforceront d'y faire face selon les ressources dont ils disposent et selon les forces de classe qu'ils incarnent, Les perspectives de l'économie capitaliste seront pourtant de plus en plus dominées par l’approfondissement de la crise de l'impérialisme, avant tout dans la mesure où la révolution coloniale passe sous des directions prolétariennes ou semi-prolétariennes.

47. - Compétition dans « l'aide » aux pays sous-développés,

Du point de vue purement économique, les pays capitalistes disposent aujourd'hui encore de ressources supérieures à celles des Etats ouvriers pour pouvoir déclencher un mouvement d'aide plus important à la bourgeoisie coloniale. Non seulement ils sont encore beaucoup plus riches, peuvent faire fructifier à cette fin des réserves en machines et en hommes et peuvent puiser dans une production courante de biens d'équipement plus abondante, mais ils ne subissent pas, comme l'URSS. la pression constante d'un puissant allié des dimensions de la R.P.-de Chine qui désire drainer la majeure partie des ressources disponibles au profit de son propre développement.

L'avantage des Etats ouvriers est que leur aide, même inférieure en quantité, donnée aussi pour des raisons politiques, est en général liée directement à des mouvements et des entreprises qui tendent à transformer la structure arriérée de ces pays. Ceci fait que cette aide est beaucoup plus importante et fructueuse et le sera de plus en plus dans les années à venir. Le cas de Cuba a montré, comme l'avait déjà montré celui de l'Egypte et d’autres pays, que cette aide sert d'appui pour échapper aux représailles et aux tentatives de blocus économique de l'impérialisme.

Il est vrai que l'administration républicaine aux Etats-Unis, effrayée par l'évo-Jution défavorable de la balance des paiements américaine, avait depuis un certain temps freiné même le mouvement de dons et de crédits aux pays sous-développés, sous prétexte d'acculer par ce chantage ses alliés d’'Eur occiäentale — et avant tout l'Allemagne occidentale — à de plus grands sacrifices. Mais cette politique qui aboutit en définitive à la passivité et à l'immobilisme politiques, et ne laisse le choix à la bourgeoisie américaine qu'entre l'intervention militaire systématique devant toute nouvelle extension de la révolution coloniale, ou la capitulation pure et simple, provoque de plus en plus d’irritation dans les milieux dirigeants du capitalisme mondial, aussi bien aux Etats-Unis même qu'en Europe occidentale,

Ii est probable que, dans un proche avenir, cette politique sera modifiée, et qu'on assistera à une aide américaine aux pays sous-développés beaucoup plus ample que nee le passé. Cette aide sera vraisemblablement sélectionnée selon les zones que ashington jugera les plus critiques et les plus stratégiques : Amérique latine (avant tout Brésil, Mexique, Venezuela et peut-être Argentine), Inde, Turquie, Iran, peut-être Indonésie.

Mais la possibilité concrète de l'impérialisme de réaliser ce plan se heurte néanmoins à de sérieuses difficultés, notamment par les conditions d’affaiblissement financier de l'impérialisme américain, sous les charges écrasantes des armements et de Ja préparation à la guerre.

I1 se heurte en, outre, à différents obstacles sociaux dans les pays coloniaux et sémi-coloniaux eux-mêmes, obstacles qui limiteront en définitive fortement les effets de ce plan d'« aide » :

#2 I#FQU ATRIEME INTERNATIONALE a) Le capital privé est peu enclin à créer dans les pays coloniaux et semi-coloniaux des industries de transformation qui entrent en concurrence ayec l'industrie métropolitaine. L'aide accordée dans ce but sera en bonne partie une aide étatique (et limitée par les ressources des Etats), le gouvernement américain pouvant, dans l’intérêt collectif de la classe capitaliste, passer outre les intérêts économiques étroits de certains secteurs de cette classe, comme il l’a déjà fait après 1945 en Europe occidentale.

b) L'ampleur même d’un tel plan n'est pas suffisante pour modifier à brève échéance la misère et le mécontentement des masses et arrêter la montée révolutionnaire dans les pays Coloniaux et semi-coloniaux. Ce n'est que dans certains cas limités, et après un certain temps, qu'elle pourrait relever le niveau de vie des masses, sans que d'ailleurs cela ait automatiquement des effets démobilisateurs sur celles-ci.

c) Dans .la plupart des pays coloniaux et semi-coloniaux, il n’y a pas de couche sociale bourgeoise suffisamment large pour pouvoir canaliser productivement l’ensemble de cette aide vers un véritable essor économique. Les exemples non.seulement anciens (Tchang Kaï-chek, Syngman Rhee, Ibn Séoud, Nouri es-Saïd) mais même plus récents (Iran, Turquie, Sud-Vietnam) sont significatifs à ce sujet.

En tout cas, les programmes d'« aide » ne réussiront d'aucune manière à stabiliser la, situation économique de ces pays, du fait du processus de la révolution, et du fait que, quelle que soit la nature de la couche capitaliste qui reçoit cette aide, elle se trouvera en définitive toujours en opposition avec le mouvement des masses.

En effet, les tentatives de l'impérialisme d'arriver à un accord avec les bourgeoisies nationales qui dirigent transitoirement le mouvement des masses sont faites aux dépens ‘achèvement des tâches progressistes : éviter dans la mesure du possible l’expropriation des entreprises; remplacement de la réforme agraire par des mesures inadéquates; accumulation du capital aux dépens d'une surexploitation des ouvriers, qui maintient toutes les contradictions et contribue à séparer le mouvement révolutionnaire et la direction nationale-bourgeoise.

Dans ces conditions, l'éventualité la plus probable est donc la suivante : dans les années à /venir, aussi bien l’aide américaine, capitaliste, que l’aide soviétique aux pays sous-développés iront croissant, et l'impérialisme américain fera un effort exceptionnel pour se lier ainsi certains secteuits de ila bourgeoisie coloniale, en leur faisant d'impor'antes concessions. Mais cette aide ne suffira pas pour freiner la révolution coloniale, dans Île contexte mondial social et politique actuel.

18. - La compétition économique entre les Etats ouvriers et les pays capitalistes.

Quant à la compétition directe entre l'URSS. et les Etats-Unis, et entre les Etats ouvriers et les Etats capitalistes dans leur en semble, en supposant que les tendances actuelles se maintiennent en gros, on peut conclure qu'il est extrêmement improbable que la production soviétique dépasse, en 1979-1972, la production américaine actuelle par tête d’habitant, et qu’il est encore plus improbable que la production des E'ais ouvriers dépasse celle des Etats capitalistes dès 1965, ainsi e Khrouchtchev l'avait affirmé dans son rapport au XXI° Congrès du P.C. sov que. Ces deux prévisions ne pourraient se réaliser qu'à la condition très improbable d'une stagnation totale de l'économie américaine et de l'économie des autres pays capitalistes. Les sources soviétiques elles-mêmes admettent, par exemple, qu'en 1959, la production d'énergie de tous les Etats ouvriers ne s'élevait.qu’à 20 %, et la production d'acier qu’à 31 %, de la production mondiale. Ces chiffres donnent la mesure de ce qui devrait être accompli au cours de six années pour réaliser la prévision peu sérieuse de Khrouchichev. :

. Certes, il n'est pas exclu que, dans tel ou tel domaine, la production de l’'U.R.S.S. puisse rattraper la production américaine par tête d’habitant, surtout si l’année en question (soit 1965, soit 1970, 1971 ou 1972) est une année de récession grave. Mais ce serait se leurrer d'en déduire que, soit les rapports de forces économiques entre les deux pays, soit le niveau de vie des deux peuples seraient déjà égaux.

En ce qui concerne les rapports de forces économiques, c'est la capacité de production, et non pas la production courante, qui doit entrer en ligne de compte. En ce qui concerne le niveau de vie, c'est la masse des biens de consommation durables accumulés au cours d'une ou de plusieurs décades qui s'ajoute à la production courante. Pour toutes ces raisons, les 10 à 20 années à venir s’annoncent comme Ja dernière période historique pendant laquelle les Etats capitalistes conserve-xont une certaine avance sur l'économie des Etats ouvriers.

Mais, cette avance ira constamment en se rétrécissant. Et, au fur et à mesure que les récessions s’amplifieront, que l'écart entre la capacité de production et la production courante s'élargira dans une série croissante de branches industrielles capitalistes et que la révolution coloniale aura arraché de plus en plus de pays au marché mondial capitaliste, cette supériorité pourra être interrompue par de brèves phases pendant lesquelles les Etats ouvriers se hisseront déjà au même niveau de production courante que les Etats capitalistes,

I1 faut, en outre, considérer que la dynamique. économique dés Etats ouvriers, des pays impérialistes et des pays coloniaux et semi-coloniaux, est soutenue par des facteurs extra-économiques, par la conduite de l'Etat et la mobilisation des masses dans la construction des premiers, par l'intervention de l'Etat sur les seconds, par l'intervention de la révolution sur les derniers.

Le succès de l’économie étatisée et planifiée en face de l'économie capitaliste est mesuré non seulement par son taux de croissance et par ses succès actuels, sous la direction bureaucratique, dans l'élévation du niveau de consommation des masses, mais aussi par le fait que l'expérience montre qu'elle, constitue l'unique système pour que les pays coloniaux et semi-coloniaux — les trois-quarts de l'humanité — sortent de leur état arriéré, aient accès à une économie moderne et puissent profiter de leurs ressources en fonction des nécessités des masses. Ceci est confirmé par l'exemple comparé de la Chine d’une part, et de l'Inde et de tous les pays ayant acquis leur indépendance politique d'autre part. Ce fait devient un stimulant concret du mouvement révolutionnaire des masses,

La compétition entre les Etats ouvriers et le capitalisme dans la, période prochaine ne sera pas seulement réalisée dans les plans quinquennaux de l'U.R.SS. et de la Chine, et les ressources que peuvent mobiliser les Etats impérialistes pour éviter des crises plus graves et maintenir une conjoncture favorable ; maïs elle sera également réalisée dans la capacité que montrera l’un ou l'autre régime pour résoudre Jes nécessités du développement, posées par les masses coloniales et semi-coloniales.

Il faut ajouter que la bourgeoisie américaine est consciente de l'enjeu décisif de cette compétition. Elle mettra en jeu toutes les ressources à Sa disposition pour accroître le taux d'expansion de l’industrie américaine, pour maintenir une certaine supériorité technique et technologique de son industrie par rapport à celle de l’'U.R.S.S. et pour déclencher une épreuve de force avant qu’elle ne perde ce dernier atout.

1% - La compétition sur le marché mondial,

La course à «l'aide» vers les pays coloniaux et semi-coloniaux n'est plus qu'un des trois domaines dans lesquels se joue déjà et se jouera dé plus en plus la compétition économique entre Etats capitalistes et Etats ouvriers. Les deux autres domaines de cette compétition sont : le marché mondial et la comparaison directe entre la production et les niveaux de vie relatifs des deux camps en présence.

Le seul fait qu'on puisse parler actuellement d'une concurrence entre Etats ouvriers et Etats capitalistes sur le marché mondial, exprime l'énorme progrès réalisé au cours de la dernière décade par l'économie planifiée et sociali de ces derniers Etats. Déjà, au cours des dernières années, cette concurrence a fait son apparition, surtout dans le domaine des matières premières, Elle vient de se révéler spectaculairement au monde par les incursions du pétrole soviétique dans les «chasses gardées» des grands monopoles capitalistes : Afghanistan, Inde, Pakistan, Cuba. De manière progressive, l'URSS. et la R.P. de Chine ont pénétré profondément sur le marché de pays comme la Finlande, l'Islande, l'Autriche, Ceylan, la Grèce, l'Afghanistan, la RA.U. et même l'Iran et la Turquie, et en sont devenus à la fois des fournisseurs et des clients des plus importants, Cette évolution se poursuivra sans doute, favorisée par les progrès de la révolution coloniale et la tentative des classes dominantes de ces pays de « monnayer » à leur profit la compétition américano-soviétique, Elle sera par contre quelque peu freinée par une amplification des dons et crédits impérialistes à prévoir.

La compétition passera peu à peu du domaine dés matières premières à celui des produits finis. Déjà, l'U.R.S.S. est un gros exportateur de machines et de biens d'équipements dans divers pays semi-coloniaux.Elle pourrait développer énergiquement ces exportations, même vers des pays capitalistes avancés, et y joindre sous peu l’expor-tion massive de biens de consommation bon marché (montres, machines à coudre, bicyclettes et motocyclettes, matériaux de construction, appareils de radio et dé télévision, etc...). Elle pourra également mettre en question le monopole anglo-américain d'instruments et appareillages pour l'industrie nucléaire sur le marché mondial.

20. - Conclusions politiques.

Le nouvel essor de la révolution coloniale, la crise du système impérialiste la réduction de l'avance économique dont les États capitalistes A rapport aux Etats ouvriers signifient une nouvelle et importante modification des rapports de forces entre les forces capitalistes et les forces anti-capitalistes dans le monde, en faveur de ces dernières et aux dépens des premières, Cette modification des rapports de forces passe successivement du plan social au plan politico-militaire et finira par passer également sur le plan économique. Notre mouvement qui, le premier, avait mis l'accent sur cette modification fondamentale dès 1950, n’a aucune raison d'abandonner cette appréciation parce que les dirigeants de la bureaucratie soviétique et les chefs des partis staliniens de par le monde la reprennent à leur tour, avec des années de retard.

L'alliance entre les Etats ouvriers et la révolution coloniale peut accentuer, dans les années à venir, par bonds, ce changement du rapport des forces. Cette alliance dispose de possibilités incalculables par la mobilisation de ressources humaines inconnues dans l’histoire, et par la mobilisation des ressources économiques sur l'échelle mondiale, pour la première fois sur une base non-capitaliste, Ce développement combiné : révolution coloniale et Etats ouvriers, se’ développe tant contre le système impérialiste que contre le contrôle bureaucratique, bien que de nouvelles formes bureaucratiques transitoires puissent apparaître, à Ce puissant développement révolutionnaire, non seulement compromet la domination .de l'impérialisme et de la bureaucratie soviétique, mais ouvre la possibilité, pour l'avant-garde révolutionnaire, d’influencer, dans les années à venir, d'une façon: crois- ‘Sante, par une solution harmonieuse et scientifique, les problèmes du développement économique, sur la base du contrôle et de la direction ouvrière et des masses exploitées. L'élaboration d'un programme de transition pour la transformation économique et Ja gestion de l'économie pendant cette étape du développement sera d’une grande ‘nécessité envers l'orientation de ces mouvements révolutionnaires dans la prochaine période.

Ce qui distingue cependant notre appréciation de celle mécaniste — de Khrouchtchev et des PC. c'est qu'elle est dialectique, c'e dire qu'elle inclut l'ensemble des éléments contradictoires de la réalité d'aujourd'hui. Nous comprenons .que, malgré cette modification des rapports de forces en faveur des forces anticapitalistes dans le monde, l'impérialisme américain dispose encore d’une supériorité économique réelle et de réserves potentielles énormes, et que le capitalisme a vécu et vit un nouvel essor en Europe occidentale, qui se traduit par une confiance accrue ‘de la bourgeoisie en elle-même (dépassant même quelquefois la confiance de certaines couches de la bourgeoisie américaine),

Dans ces conditions, il est absolument ïllusoire et dangereux d'attendre un changement radical de la situation mondiale de par la réduction (ou même la suppression) de l'avance économique des Etats-Unis par rapport à l'URSS,

La réduction de cet écart n'enièverait à l'impérialisme américain aucune des armes qui lui permettent ct lui permettront de déclencher une guerre de défense-ue à un moment quelconque jugé décisif du processus de modification des rapports e forces.

En outre, étant donné le développement économique que connaît l'Europe capitaliste, il est tout aussi improbable que les progrès économiques de l'URSS. y modifient automatiquement les rapports de forces sociaux en faveur du prolétariat, sans même parler des Partis Communistes.

La stratégie dite «de coexistence pacifique», qui attend des seuls progrès économiques des Etats ouvriers des résultats mirifiques, s'appuie donc sur deux hypothèses totalement irréalistes. Elle exprime moins la volonté de «paix à tout prix» de larges couches .de la société soviétique (volonté qui existe incontestablement après des décades de souffrances et de sacrifices ininterrompus) que la peur de la bureaucratie soviétique devant de nouvelles avances de la révolution mondiale. Elle est rofondément conservatrice et démobilisatrice, car elle tend à réduire plus que jamais e rôle du mouvement ouvrier international (y compris celui des masses des pays coloniaux) à celui d'une simple force de pression sur l'impérialisme et sur la bourgeoisie coloniale, afin de l’amener à accepter la « coexistence ».

Il s'agit de comprendre que le danger de guerre nucléaire subsistera aussi longtemps que l'impérialisme disposera des forces dont il dispose encore aujourd'hui, et qu'aucun développement à l’intérieur des Etats ouvriers ne pourra lui enlever ces forces dans les deux décades à venir. Par conséquent, il s’agit d'utiliser au maximum les conditions favorables qui existent aujourd’hui dans un certain nombre de pays, afin de porter de l'intérieur, par les masses laborieuses de ces pays, de nouveaux coups au capitalisme mondial, afin d'assurer une reprise du mouvement ouvrier dans les pays où il se trouve momentanément arrêté. C'est le seul moyen pour désarmer en définitive l'impérialisme et empêcher la catastrophe nucléaire.

;à Ceux qui affirment qu’une telle politique des partis ouvriers «provoquerait » l'impérialisme oublient d'expliquer pourquoi ils ne sont pas non plus en faveur d'un arrêt de la croissance économique de l’U.R.S.S. et de la R.P. de Chine qui « provoque » l'impérialisme de la même manière,

Seules des révolutions victorieuses dans les pays capitalistes les uissan: peuvent, en définitive, rendre « évitable» une Fr ondiale en le nie de cette guerre, loin de démobiliser les masses, peut devenir une des principales forces de radicalisation des travailleurs des pays capitalistes (comme c’est déjà le cas au Japon et en Grande-Bretagne). Transformer cette crainte en une puissante arme anti-capitaliste, voilà le devoir des partis ouvriers, devoir qu'ils ont, jusqu'à maintenant, scandaleusement trahi. Car, pour les marxistes révolutionnaires, le renversement du capitalisme ne présuppose pas nécessairement l'existence d’une grave crise de suproduction ; il peut être placé à l'ordre du jour par des crises politiques et sociales qui permettent la mobilisation révolutionnaire des masses, malgré l'absence de conditions économiques catastrophiques.

Propulser par tous les moyens la révolution coloniale vers de nouvelles victoires contre l'impérialisme et le capitalisme, c'est saper chaque fois plus la stabilité relative de l'économie capitaliste, et contribuer ainsi également à la reprise du mouvement dans les pays capitalistes.

C'est cette stratégie, à la fois révolutionnaire, réaliste et responsable, que la IV® Internationale oppose au mythe de la «coexistence pacifique» qui sème La démoralisation et la passivité dans les rangs des travailleurs, et qui laisse au capitalisme les forces pour les précipiter, tôt ou tard, dans l’holocauste nucléaire,

Source : Quatrième Internationale, mars 1961 · scan (Radar, 16-014-00092).

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