Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

De la réunification au Xe Congrès 1963-1979 › Le VIIIe Congrès mondial et après (1965-1969)

A bas les lois d'exception en Espagne

7 février 1969 · Secrétariat unifié · Le VIIIe Congrès mondial et après (1965-1969) · 724 mots

Espagne et Portugal Répression et prisonniers politiques Jeunesse et étudiants

In English: Down with Franco's "State of Emergency"! — texte anglais publié à l’époque.

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Les mesures d'exception prises par le régime de Franco le 22 janvier 1969 sont l'aboutissement d’une tendance à une répression renforcée qui a déjà été soulignée pendant toute l’année 1968. Elles expriment la faillite de la prétendue « libéralisation » du régime qui avait créé quelques illusions dans des couches réformistes du mouvement ouvrier.

Etant donné la détérioration de la situation économique, en conséquence de la récession de l'Allemagne de 1966-1967, et étant donné la radicalisation d'importants secteurs du mouvement d'opposition à Franco, la marge de manœuvre de la dictature en déclin devint si faible qu'il lui fallait supprimer même les misérables concessions faites au cours des années précédentes.

Dans la période qui a directement précédé les mesures d'exception, les secteurs décisifs de radicalisation ont été : les masses basques qui combinèrent la lutte pour l’autodétermination nationale avec une défense acharnée des droits ouvriers dans les entreprises, les mineurs des Asturies dont les emplois et les moyens d'existence sont de plus en plus menacés par la crise qui frappe l’industrie du charbon, les commandos d’étudiants à Madrid, Barcelone et dans d’autres villes universitaires qui transportèrent l'agitation violente dans les rues, les commissions ouvrières {les organismes illégaux élus par les ouvriers dans les usines) recourant de plus en plus aux revendications politiques, les femmes des prisonniers politiques occupant les églises pour exiger la libération de leurs époux, un grand nombre d’avocats et d'intellectuels protestant contre l'utilisation de la torture par la police contre les prisonniers politiques, les ouvriers agricoles dont l'agitation grandissait dans le sud du pays, etc.

Craignant que tous ces mouvements fassent boule de neige, le régime Franco a intensifié sa répression comme un moyen désespéré pour contenir le flux montant. Cette décision est probablement le produit de discussions et de divergences au sein des groupes dirigeants, certains des militaires et des fascistes « durs » se heurtant aux cercles favorables à la poursuite d’une politique de « libéralisation ». Mais ce n’est pas l’aspect principal de la crise. Celle-ci exprime la détérioration du rapport de force entre le groupe dirigeant en tant que tel et les masses laborieuses, bien plus qu'une modification du rapport des forces entre les diverses cliques participant au gouvernement de Franco.

La magnifique réponse aux mesures d'exception des ouvriers de Bilbao, entrant en grève non seulement pour leurs salaires, mais aussi spécifiquement pour le retrait des lois d'exception et la libération des prisonniers politiques, a été reprise par les ouvriers à travers toute l'Espagne. Au moment où nous rédigeons cette déclaration, plus de cent cinquante mille ouvriers espagnols sont en grève. Loin d’avoir réduit les forces qui œuvrent à la maturation d’une situation pré-révolutionnaire en Espagne, la répression aggravée du régime Franco semble avoir objectivement accéléré cette maturation.

Le Secrétariat Unifié de la IV® Internationale adresse son salut fraternel et exprime sa solidarité active totale aux ouvriers et étudiants révolutionnaires d’Espagne. En développant courageusement la lutte contre Franco, ils peuvent aujourd’hui frapper sur l’un des plus faibles maillons du capitalisme européen et ainsi affaiblir ce système tout entier. Le renversement de Franco qu’ils doivent s’efforcer de réaliser ne ferait que lever le rideau sur la révolution socialiste dirigée contre le régime capitaliste et son Etat bourgeois. Les tentatives d’unifier tous les révolutionnaires en un parti marxiste révolutionnaire luttant pour cette perspective doivent être accélérées étant donné la maturation de la situation objective.

Le Sécrétariat Unifié de la IV° Internationale appelle les ouvriers et les étudiants révolutionnaires de toute l'Europe, le mouvement ouvrier international et les mouvements anti-impérialistes du monde entier à exprimer activement leur solidarité envers les ouvriers, les étudiants, les intellectuels et les paysans espagnols, qui élargissent et approfondissent si courageusement leur lutte contre le régime de Franco. Partout il faut organiser des manifestations, des meetings, des actions militantes contre la dictature et ses représentants dans les différents pays. Il faut lancer un grand mouvement de protestation pour que soit imposée la libération des prisonniers politiques en Espagne, pour que soit refusée toute aide ou assistance de forme quelconque par les puissances capitalistes ou par les bureaucraties des Etats ouvriers au gouvernement de Franco.

A BAS LES LOIS D'EXCEPTION !

A BAS LA DICTATURE DE FRANCO !

SOLIDARITE PLEINE ET ENTIERE AUX OUVRIERS ET ETUDIANTS ESPAGNOLS !

EN AVANT VERS LA REVOLUTION SOCIALISTE EN ESPAGNE !

Le 7 février 1969

Le Secrétariat Unifié de la IV? Internationale.

Source : Quatrième Internationale, n°36, mars 1969 · scan (Radar, 16-014-00117).

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