Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

De la réunification au Xe Congrès 1963-1979 › La réunification : le VIIe Congrès mondial et après (1963-1965)

Appel aux communistes et aux révolutionnaires d'Amérique latine (La leçon du coup d'État du Brésil : la seule voie, c'est la voie de la IIe Déclaration de la Havane)

juillet 1964 · Comité exécutif international · La réunification : le VIIe Congrès mondial et après (1963-1965) · 1 264 mots

Brésil Cuba Amérique latine Révolution coloniale et libération nationale

In English: Documents: The Lesson of the Coup d'Etat in Brazil — texte anglais publié à l’époque.

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c’est la voie de la ITI° Déclaration de la Havane

La classe ouvrière du Brésil vient de subir une grave défaite. Certes, cette défaite ne peut être très durable. La réaction n’a aucune chance de stabiliser la situation au Brésil. Aucun des facteurs explosifs de cette situation ne peut être éliminé par les « gorilles » au pouvoir. Des millions de paysans sans terres restent affamés dans le Nord-Est du pays ; des masses de travailleurs agricoles restent transformés en serfs sur les grandes faciendas ; les chômeurs qui affluent vers les grandes villes y vivent dans de misérables favelas ; la fuite des capitaux des classes dominantes se poursuit ; l'inflation s'affirme plus que jamais ; la mainmise impérialiste sur les principales richesses du pays reste aussi forte qu'avant, Tous les facteurs objectifs sont donc présents pour stimuler une nouvelle vague de luttes des masses à une prochaine étape.

Mais ces considérations ne doivent pas servir à minimiser la défaite subie, qui est réelle et grave. Quinze mille militants ouvriers et anti-impérialistes sont jetés en prison. Les syndicats ouvriers et les Ligues Paysannes sont décapités. La terreur déclenchée par les « gorilles », mais plus encore la stupeur et la désorientation provoquée par la défaite imprévue par les masses, ont pour le moment refoulé et désarmé celles-ci, laissant l'initiative à l'ennemi.

Les effets internationaux de la défaite brésilienne ne sont pas moins graves. Le régime usurpateur à rompu les relations diplomatiques avec Cuba. Il exerce une forte pression sur tous les gouvernements d'Amérique latine pour être suivi sur cette voie, Il appuie les efforts des gouvernants vénézuéliens, laquais de l'impérialisme yankee, pour déclencher une agression contre Cuba sous la forme de « sanc-tions » contre les « menées subversives » de Cuba en Amérique latine. Il envisage de prendre la tête d’une « sainte croisade » de l’oligarchie latino-américaine contre la « menace communiste » venant de Cuba.

Ainsi les événements du Brésil, après ceux du Guatamala, de Saint-Domingue, d'Argentine, d'Equateur, confirment que l'impérialisme yankee cherche à renverser tout régime, quel qu'il soit, en Amérique latine, qui maintient des relations normales avec Cuba révolutionnaire, et qu'il est prêt non seulement à déclencher la terreur mais même à conduire le monde au bord de l’holocauste nucléaire dans sa rage furieuse d'abattre Fidel Castro, qui a osé le défier sur un continent considéré comme son propre empire par l'impérialisme américain.

Ces événements sont un avertissement pour tous les peuples. Mais les peuples d'Amérique latine, les masses de travailleurs et de paysans pauvres de ce vaste continent, qui regardaient hier encore pleines d'espoir la montée des forces anti-impérialistes et anti-capitalistes au Brésil, doivent se demander comment ces forces se sont laissées refouler et battre si facilement par une poignée de généraux réactionnaires. La réponse à cette question touche aux questions fondamentales de la stratégie et de la tactique révolutionnaire en Amérique, et constitue la leçon principale qui se dégage de la défaite brésilienne pour les communistes et les révolutionnaires de tous ces pays.

Le régime des « gorilles » a pu s'installer si facilement parce que les masses brésiliennes avaient été désorientées par les partis dits « progressistes », y compris par le PC brésilien, concernant les possibilités d'une « voie pacifique » et « parlementaire » menant à la destruction du pouvoir pro-impérialiste et oligarchique. Elles avaient été désorientées concernant la « résolution » de Goulart d'entreprendre une lutte décidée pour des « réformes de structure ». Elles avaient été désorientées concernant la volonté et la capacité de Goulart de «résister à l'assaut de la réaction ».

Les événements du Brésil confirment, une fois de plus, que si la bourgeoisie nationale est capable d'effectuer des mobilisations limitées des masses pour arracher des concessions à l'oligarchie et à l'impérialisme, elle est incapable de mobiliser ces masses en vue d'amener celles-ci à briser les structures fondamentales de l'Etat, de l’armée réactionnaire et de la propriété privée, Prise entre le choix d'une telle mobilisation ou la capitulation devant l'oligarchie, la « bourgeoisie nationale » préfère capituler, L'expérience de Goulart, après celle de Quadros, et celle de Vargas, est extrémement instructive à ce propos. Elle confirme que les masses ne doivent avoir confiance qu'en elles-mêmes, qu'elles ne doivent compter que sur leurs propres forces, pour abattre l'oligarchie, l'impérialisme et le capitalisme, Seule leur propre lutte, dirigée par un parti révolutionnaire prolétarien, est capable de mener à bien le combat contre la réaction.

Les événements du Brésil confirment, une fois de plus, que toutes les armées officielles d'Amérique latine sont réactionnaires jusqu'à la moëlle. Lorsque les premiers signes de décomposition de cette armée sont apparus, lorsque les sergents d'abord, les fusiliers marins ensuite sont entrés en insubordination, la réaction a immédiatement préparé son coup d'Etat. Le devoir des partis ouvriers aurait été de préparer au même moment l'armement du prolétariat, pour rencontrer la réaction autrement que les mains vides. Les grandes batailles d'Amérique latine seront tranchées par les armes : cette conclusion, qui ne laisse rien subsister des élucubrations khrouchtchéviennes sur la « voie pacifique », doit maintenant être dégagée par tous les communistes d'Amérique latine.

D'aucuns n'ont rien appris des événements en Cours. Aux dernières élections présidentielles, le PC brésilien a flirté avec des généraux et des politiciens bourgeois tel Adhemar de Barrios qui se trouvaient cette fois à l'avant-garde de la conspira-tion réactionnaire. Pour les prochaines élections, il prépare une nouvelle mascarade électoraliste. Les communistes, les révolutionnaires d'Amérique latine doivent, au contraire, conclure des événements du Brésil que la « lutte constitutionnelle » ne peut aboutir à elle seule et que dans la plupart des pays s'impose la voie de Fidel Castro, la « voie insurrectionnelle », la voie des guerillas ».

Rejetant la subordination du mouvement des masses à la direction de la bourgeoisie nationale ; rejetant la « voie pacifique » et « constitutionnelle » ; comprenant l'importance de la lutte armée, les révolutionnaires et communistes d'Amérique latine doivent comprendre en même temps que la révolution anti-impérialiste sera, comme la révolution eubaine, une révolution permanente, une révolution ininterrompue, qu’elle ne pourra donner la terre aux paysans et libérer le pays de l’emprise impérialiste qu'à condition d'amener le prolétariat et les paysans pauvres au pouvoir, d'établir la dictature du prolétariat, de créer un Etat ouvrier, et d'assurer ainsi la transcroissance de la révolution anti-impérialiste en révolution socialiste, ainsi que le proclame la Deuxième Déclaration de La Havane.

Il y a un an, Prestes, dirigeant du PC brésilien, proclama que la «voie de Fidel Castro n’a pas d'application au Brésil ». La défaite subie par les masses est le triste commentaire de cette ligne faillie. Elle apprend au contraire aux révolutionnaires latino-américains que la voie de Fidel Castro est la voie de la victoire en Amérique latine.

La IVe Internationale appelle tous les révolutionnaires, tous les communistes, tous les socialistes, tous les militants anti-impérialistes résolus, à constituer un puissant front unique antiimpérialiste et anti-capitaliste, à se laisser inspirer par un puissant souffle unitaire, à se rassembler dans un vaste front de combat qui s'engage résolûment sur la voie révolutionnaire en s’appuyant notamment sur l'implantation de guerillas partout où c’est possible, où c'est géographiquement et matériellement nécessaire.

C'est de cette manière, et de cette manière seulement, que d’autres défaites similaires à celle du Brésil seront évitées, que la défaite brésilienne sera vengée, que la révolution cubaine sera soulagée par un vaste Deuxième Front sur le continent jJatino-américain lui-même, que de nouvelles et importantes défaites seront infligées à l'impérialisme yankee, que de nouvelles victoires pour le socialisme seront remportées dans l'hémisphère occidental.

Le Comité Exécutif International de la IVe Internationale.

Source : Quatrième Internationale, n°22, juillet 1964 · scan (Radar, 16-014-00102).

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