La domination coloniale, l'une des assises les plus importantes de l'impérialisme mondial, est sur le point de s'effondrer. Tandis que la bourgeoisie rencontre des difficultés croissantes à maintenir son pouvoir dans les métropoles et à régler ses relations internationales, les peuples coloniaux se soulèvent l'un après l'autre pour balayer l'infâme tyrannie des « civilisateurs » impérialistes. Indochinois et Indonésiens se révoltent contre la domination de leurs maîtres français et néerlandais qui ne leur ont apporté qu'une exploitation forcenée, basée sur une sanglante dictature militaire et policière. En Birmanie, aux Indes et à Ceylan, aux Philippines et en Corée, les masses s'organisent pour entrer à leur tour dans la lutte émancipatrice.
Saisis d'épouvante et de rage devant l'ampleur de ces mouvements populaires, les calomniateurs bourgeois et sociaux-patriotes dressent leur front unique. La presse mondiale de toutes tendances est mobilisée contre les révolutionnaires
d'Extrême-Orient.
Les
hypocrites
défenseurs
de
la « démocratie », qui appelaient au sacrifice de centaines de milliers d'hommes pour abattre le « militarisme japonais », n'hésitent pas à utiliser ce même militarisme japonais contre le soulèvement des masses coloniales. C'est à l'armée nippone que les généraux britanniques s'adressent pour rétablir l’« ordre ». C'est avec le concours de la police japonaise et les hordes irrégulières françaises que les troupes britanniques ont essayé d'écraser l'Annam révolté. C'est ensemble, oubliant pour un temps leurs intérêts, leurs appétits particuliers et contradictoires, que tous les impérialismes organiseraient demain une intervention sauvage, si une nation coloniale réussissait à affermir momentanément son indépendance.
Ainsi, il suffit d'une étincelle révolutionnaire pour éclairer sous leur vrai jour la bourgeoisie impérialiste et ses agents. Leur « défense de la liberté », c'est la défense du droit des banquiers à vivre du sang et de la sueur de millions d'esclaves coloniaux. Leur « défense des droits des petites nations », c'est le refus, aux nations coloniales, de jouir du droit démocratique le plus élémentaire : l'indépendance !
Face au front unique des esclavagistes, dressons le front unique des exploités du monde entier ! Certes, il reste au prolétariat colonial d'immenses tâches à accomplir pour que la victoire de la révolution coloniale soit définitive : entraîner les masses des paysans pauvres pour abolir, avec la domination de l'impérialisme étranger, celle de sa propre bourgeoisie ; résoudre la question agraire ; balayer les vestiges féodaux ; supprimer les frontières et construire la grande fédération socialiste des peuples d'Asie. Mais la lutte des masses coloniales pour leur indépendance immédiate est en elle-même, dès sa naissance, une lutte hautement progressiste que le prolétariat métropolitain doit soutenir de toutes ses forces. Elle met en danger de mort la domination impérialiste sur le globe ; elle enlève à la bourgeoisie européenne décadente ses dernières réserves ; elle favorise d'une façon décisive la lutte de classes du prolétariat dans les métropoles. Elle place les organisations et les masses ouvrières du monde entier devant l'alternative, inéluctable : avec les bandits impérialistes pour perpétuer leur propre asservissement, ou avec les peuples soulevés contre une exploitation barbare dont elles sont elles-mêmes victimes.
« Solidarité pleine et entière avec l'émancipation coloniale », tel est le mot d'ordre de la IVe Internationale. Tel doit être le cri de ralliement de tous les travailleurs européens. La cause des peuples coloniaux est leur cause. L'impérialisme sanglant qui entraîne l'humanité vers la barbarie est l'ennemi commun. C'est lui qu'il faut abattre, à travers la lutte révolutionnaire intransigeante, par le regroupement et l'union de tous autour du drapeau du communisme, autour de la Ive Internationale.
Prolétaires d'Europe, ne laissez pas écraser la révolution coloniale ! Sa défaite préparerait votre défaite. Sa victoire sera un pas décisif vers votre victoire. Suivez l'exemple des travailleurs australiens, qui, par des actes, ont affirmé leur solidarité avec leurs frères des colonies.
Dockers de Marseille, de Naples, d'Anvers et de Rotterdam, refusez de charger des navires d'armes et de transports de troupes, destinés à combattre les peuples coloniaux.
Cheminots français, hollandais, belges, refusez de transporter des soldats et du matériel de guerre vers les ports d'embarquement pour l'Extrême-Orient.
Ouvriers et ouvrières soviétiques, dénoncez l'abandon par le Kremlin de la politique léniniste de soutien total des révolutions coloniales. La défense de l'URSS se joue aujourd'hui à Saigon, à Hanoi, à Java.
Ouvriers et ouvrières anglais, manifestez, cessez le travail pour protester contre l'infâme collusion de votre gouvernement « travailliste » avec les esclavagistes de Paris, d'Amsterdam, de Londres et de Tokyo !
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous dans la lutte contre l'impérialisme, pour la défense de la révolution coloniale menacée. Exigez que toutes les organisations ouvrières, partis et syndicats, fassent de la solidarité internationale des travailleurs une réalité effective et non une formule creuse et démagogique.
Pas un soldat, pas un fusil contre les peuples coloniaux !
À bas l'impérialisme, vive la révolution coloniale !
Indépendance totale et immédiate de toutes les colonies ! Vive la solidarité internationale des travailleurs !
Le Comité exécutif européen de la IVe Internationale
PCI, section française de la IVe Internationale RCP, section anglaise de la IVe Internationale PCR, section belge de la IVe Internationale POC, section italienne de la IVe Internationale PCI, section grecque de la IVe Internationale IKD), section allemande de la IVe Internationale CRM, section hollandaise de la IVe Internationale GCI, section espagnole de la IVe Internationale PCR, section irlandaise de la IVe Internationale MAS, section suisse de la IVe Internationale
Octobre 1945
In Quatrième Internationale
N° 22-24, septembre-novembre 1945