Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960)

Bilan, problèmes et perspectives de la Révolution coloniale (projet de thèses pour le 6e Congrès mondial)

juillet 1960 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 15 303 mots

Afrique Amérique latine Algérie et Maghreb Inde et Sri Lanka Révolution coloniale et libération nationale Construction de l'Internationale

In English: Documents: Draft Resolution for the Sixth World Congress of the Fourth International — The Colonial Revolution: Its Balance-Sheet, Its Problems, and Its Prospects — texte anglais publié à l’époque.

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Projet de thèses soumis par le Secrétariat International à la discussion préparatoire au 6° Congrès Mondial.

I. — LES CAUSES QUI SOUTIENNENT L'ESSOR DE LA REVOLUTION COLONIALE

La montée continue de la Révolution coloniale contraste de manière maintenant frappante avec le déclin du mouvement ouvrier révolutionnaire dans les pays capitalistes avancés.

L'essor de la Révolution coloniale dans cet après-guerre est soutenu par toute une série de causes, qui manquaient ou qui ont cessé d'exister avec la même intensité qu'auparavant dans les pays capitalistes avancés.

Le processus de stabilisation capitaliste relative dans ces pays est allé de pair avec l’aggravation de la situation économique et financière de la plupart des pays coloniaux et semi-coloniaux. £ ,

Le capitalisme dans les pays avancés a profité Sc nestnne massives du capital américain, et des énormes besoins mondiaux en matière de reconstruction et de développement industriel créées par la guerre, pour déclencher un nouveau cycle

‘d'expansion sur un niveau supérieur de productivité. Les pays coloniaux et sein,i-coloniaux par contre, ayant épuisé rapidement les capitaux accumulés pendant la guerre et les premières années qui ont suivi celle-ci, se voyaient de plus en plus distancés par les progrès absolus et relatifs que réalisent les pays avancés.

L'évolution économique des pays coloniaux et semi-Ccoloniaux, caractérisée par un processus d’industrialisation qui, quoique saccadé et inégal, ne manque pas RÉReren moyenne continu, favorise l'expansion industrielle des pays capitalistes avancés.

En même temps ceux-ci profitent aussi bien des progrès technologiques et scientifiques pour accroître leur indépendance relative de certaines importations de produits agricoles et de matières premières, que de la baisse des prix de ces importations, pour s'assurer une balance commerciale favorable par rapport aux pays dépendants et une meilleure protection contre l'inflation.

Far contre les pays dépendants voient leur balance commerciale se détériorer et ils se débattent contre les poussées fiévreuses d’une inflation endémique.

Le décalage entre pays avancés et pays dépendants s'aggrave aussi bien en production absolue qu’en production par tête d'habitant, la population des pays dépendants augmentant à un rythme plus rapide que leur production.

A la base de ce développement résident la structure sociale et économique différente, et le retard historiquement pris Je les pays dépendants.

Pour qu'un pee puisse rattraper le développement actuel des pays capitalistes avancés, il est nécessaire de partir d'une infrastructure économique développée, d'une main-d'œuvre technologiquement qualifiée, et d'un taux d’investissement par habitant très élevé. S

Or les pays déperfdants sont handicapés structurellement dans cette course.

Ils manquent d'une infrastructure économique adéquate, disposent d’un revenu national relativement bas, et accumulent insuffisamment aussi bien à cause de leur revenu actuel limité que du fait de l'envoi dans les pays impérialistes d’une grande partie de la plus-value réalisée, et de la disposition orientée vers l'usure, le profit commercial, ou la rente, d'une grade partie des capitaux appartenant aux oligarchies indigènes.

De toute manière, le taux d’accumulation de 15 à 25 % du revenu national jugé nécessaire pour une industrialisation en grand s'avère dans ces pays au-dessus de leurs possibilités pratiques actuelles.

Même ce taux, dans la plupart de ces pays, à revenu national très faible, serait insuffisant s'il n'était épaulé par d'autres ressources.

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Dans le cas de pays à structure encore capitaliste ces autres ressources devraient venir normalement du capital étranger, sous forme d'investissements d'ordre public (pour l'infrastructure) ou privé avec réinvestissement sur place.

De telles ressources même si elles se trouvaient — malgré les réticences du capital pour des placements ne rapportant pas le taux de profit moyen — devraient être énormément supérieures au total des dépenses annuelles actuelles (U.R.R.S. comprise) qui vont aux pays « sous-développés » : de 4 milliards de dollars environ à pius de 20 milliards sinon considérablement davantage (1).

. Il est exclu que le capitalisme puisse consentir un tel effort. Dans ces conditions — et sans minimiser du tout de nouvelles tentatives de l'impérialisme d’« aider >» sur une plus grande échelle les pays dits « sous-développés >» (Inde, Amérique latine, Afrique, Pays arabes) — il faut plutôt prévoir que le décalage absolu et relatif (dans le sens indiqué) de ces pays, par rapport aux pays avancés, s’aggravera dans les années à venir.

Ce qui signifie que le développement économique et industriel de ces pays, qui ne cesse pourtant d’être continu, se fera dans des conditions hautement expiosives et très différentes de celles des pays avancés : véritables crises économiques et non pas simples récessions, chômage, inflation.

. C'est cette situation économique différente, résultant à la fois du retard historique des pays dépendants par rapport aux pays avancés lancés dans un nouveau cycle d'expansion, et des obstacles que dresse à leur développement leur structure économique et sociale féodo-capitaliste, sinon par endroits tribale à infiltration capitaliste, qui explique fondamentalement le décalage entre l'activité révolutionnaire puissanté, sans cesse renouvelée, des masses des pays dépendants et le EE du mouvement ouvrier révolutionnaire dans les pays capitalistes avancé:.

. Une autre cause qui attise actuellement l'essor de la Révolution coloniale est évidemment le déclin de l'impérialisme par rapport à la force montante des Etats ouvriers et les nouveaux rapports établis dans cet après-guerre par les couches dirigeantes de la Révolution coloniale, avec l'impérialisme d’un côté et la kureau-crate des Etats ouvriers de l'autre.

Ces couches dirigeantes, à fonction bonapartiste, composées principalement d'éléments aspirant à un développement national, profitent de l'existence, de l4 force, des possibilités accrues des Etats ouvriers, ainsi que de leur antagonisme avec l'impérialisme, pour accroître précisément leur rôle bonapartiste et avancer loin dans leurs efforts pour se libérer de l'emprise directe de l'impérialisme.

La Révolution coloniale ne s'épuise pas par l'atteinte du but primordial de l'indépendance formelle par rapport à l'impérialisme.

Elle continue par la recherche d'une véritable liquidation de toutes les séquel-les de l'impérialisme et des entraves économico-sociales structurelles à un développement économique rapide, et à l’industrialisation. Le besoin essentiel, senti d’une manière sans cesse plus impérieuse et irrésistible, par les masses des pays dépendants, est d'accéder rapidement au niveau des pays industriels avancés et de combler leur rétard historique.

C'est pour cette raison que, de façon générale, la phase anti-impérialiste nationale de la Révolution coloniale pendant laquelle des directions bourgeoises ou petites bourgeoises ont pu jouer un rôle dirigeant, est actuellement en train de céder la place à une phase supérieure mettant en avant les impératifs économico-sociaux de l'évolution des pes dépendants. C'est le cas plus particulièrement pour les He) formellement indépendants de l'Amérique latine, les pays musulmans du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, l'Inde, le Pakistan, l'Indonésie, Ceylan, etc.

Dans ces conditions la Révolution coloniale occupe la place d'avant-garde de la révolution mondiale et agit comme force principale, y compris pour Île réveil de la lutte révolutionnaire dans les pays avancés.

Par le fait du retard historique pris ie la révolution dans les pays capitalistes avancés, qui est le résultat de l'interaction dialectique de la trahison des directions et de la nouvelle évolution économique du capitalisme, la Révolution coloniale est objectivement la force motrice de la révolution mondiale, combinée à la force montante des Etats ouvriers.

Le réveil de la révolution dans les pays capitalistes avancés, de l’Europe en particulier, a toute chance d'apparaître historiquement comme le résultat, en partie au moins, de la pression exercée de l'extérieur de ces forces combinées, dans une nouvelle conjoncture économique moins favorable qu'actuellement au capitalisme dans ces pays.

(1) Tes experts de l'O.N.U. ont avancé que la somme annuellement nécessaire pour promouvoir en 35 ans le doublement du niveau de vie des populations disposant de moins PNTAISES par tête et par an (soit 1.600 millions d'hommes) s'élèverait à 20 milliards le oliars, ; . Mais d'autres évaluations portent cette somme à 50 sinon à 60 milliards de dollars et même davantage.

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II. — LA REVOLUTION COLONIALE ET L'IMPERIALISME us la poussée irrésistible des masses portant la Révolution coloniale sans dun SE position plus avancée, l'impérialisme se voit obligé d'avoir recours à des formes de dépendance plus indirecces et plus souples. =

Tous les exemples donnés par les impérialismes anglais, français el belge montrent clairement cette tenaance : promotion des Lerritoires, hier encore coloniaux au statut d’autogouvernement, où de dominion au sein d’une association de plus en plus soupie avec la mécropole; Etats formellement complètement indépendants. j *

L'impérialisme — au moins son aile la plus clairvoyante — cherche actuellement à sauvegarder l'essentiel de ses positions économiques à travers la passa-tion du pouvoir à des élites indigènes, qu'on s'efforce de développer et de corrompre, grâce au pouvoir politique et économique. t

Cette aile est consciente de l'impossibilité de gouverner longtemps soit sous la forme de ia domination européenne Cat joe ont la forme plus souple de ements indigènes non largement indépendants. N Se où ds élites TP existent — intellectuels et diverses autres catégories d'éléments bourgeois ou petits bourgeois de fait où potentiellement — l'impérialisme s'efforce de s'apuyer sur elles en leur cédant le pouvoir politique, immédiatement ou par étapes, et en les corrompant par l'association à l'exploitation économique commune de leurs pays respectifs. :

Mais la grande difficulté pour l'impérialisme dans cette entreprise est le manque de couches indigènes suffisamment développées pour assumer un tel rôle, face au mouvement impétueux des masses. CrThL

La-position plus précise de chacun des principaux impérialismes dépen e sa fée de je bte concrète qu'il a à traiter. L'impérialisme anglais, qui s'est dégagé à temps de l'Asie, tout en réussissant à sauvegarder l'essentiel de ses intérêts dans des pays comme l'Inde, le Pakistan, Ceylan, la Malaisie même, s'efforce actuellement de réaliser la même opération en Afrique tout en tenant, compte des situations particulières dans ce continent : Afrique Centrale, Afrique du Sud, à forte implantation européenne, avec de très gros capitaux investis en jeu. À | à is même dans ces territoires l'impérialisme envisage maintenant froidement le où la politique explosive du colour baf et de la suprématie dictatoriale des minorités européennes, sera obligée de céder la place AU pANO de la majorité indigène, malgré la résistance farouche et prolongée qu'il faut prévoir de la part de Ces minorités. un ele ri jialisme français lui-même est actuellement obligé de brüler les étapes rs Re à fe, « Communauté » paternaliste, et de celle-ci à la Communauté « rénovée », à savoir une association d'Etats plus ou moins formellement indépendants comme ceux en cours d'accession à la « souveraineté internationale ».

Il ne résiste désespérement qu’en ste fre de forte implantation euro-

É otée des richesses ineéstimables du ara. « PRE me belge s'est vu obligé de céder l'indépendance du Congo après une velléité de résistance aussi courte ae ne # ä enr na

L'impérialisme portugais qui sait que l'in ndance de ses colonies s0 # le en a régime abtator al ou bien par le fait qu’elle démontrerait la faiblesse du régime que par le tarissement d'une grande pa ie des ressources économiques et financières de celui-ci, résiste encore, défendant son style esclavagiste de domination. k =

Mis c'est une raison de plus pour que, dans le contexte actuel, international et africain, sa chute Mnévitatie se fasse plus violente.

Quant à l'impérialisme américain, sa politique coloniale est plus variée.

Evitant la domination directe, sauf dans le cas de Porto Rico, il n'hésite pas à appuyer des régimes dictatoriaux indigènes brutaux dans toutes les parties du monde où il possède des intérêts économiques et stratégiques très considérables (Amérique centrale, Vietnam, Corée du Sud, Siam, etc.). :

En Afrique, par contre, où il a à lutter contre de vieux adversaires re rialistes, compromis par la domination directe, il se pare du masque du « li rateur » et du « libéral », en s’efforçant de gagner les bonnes grâces des couches bourgeoises indigènes en formation, au moyen de son « aide » pos Ë

Pour l'impérialisme, l'importance économique et en partie stratégique des pays er nt conne ne cesse jamais d'être vitale (aussi FH pour son approvisionnement en matières premières, que pour l'exportation de ses produits industriels et même de ses capitaux, l'importance de ce dernier facteur ayant cependant quelque pe provisoirement diminué par rapport aux deux autres).

D'autre part la stratégie de la guerre atomique, qui favorise l’attaque par surprise et pose le problème de la survivance, favorise la dispersion des bases de par le monde. à

Dans la course décisive dans laquelle, par la force des choses, l’impérialisme se voit lancé contre les Etats ouvriers, le maintien de son influence sur les pays dépendante acquerra une importance encore plus grande que le passé. Car cette compétition, à supposer qu'elle se maintienne « pacifique » pour une période, implique une course plus acharnée que par le passé à la puissance économiqu: dont nes réserve la plus importante Ééste toujours les ressources et dust lisation des pays dépendants.

L'impérialisme la décade qui s'ouvre engage cette course handicapé de plusieurs points de vue : compromis par son pure aux yeux des masses; incapable par sa structure d'accorder une aïde effi ; divisé dans ses propres rangs entre puissances qui ont rétabli et dépassé leur potentiel d'antan et se lancent.

dans une concurrence avivée précisément dans le domaine par excellence de l'accumulation : l'industrialisation des pays dépendants. k J

La seule chance de l'impérialisme dans ce domaine réside dans l'aide que pourrait lui apporter la bourgeoisie coloniale en formation.

L'étape prochaine de la Révolution coloniale dépend de la course de vitesse engagée entre la formation d’une telle couche à laquelle l’impérialisme tend par tous les moyens, et le mouvement révolutionnaire des masses en quête de solutions radicales, et par conséquent d'une direction radicale.

Mais, même la transition à travers une direction néo-bourgeoise indigène ne peut que s'avérer historiquement de courte durée et, en définitive, économiquement ruineuse, elle aussi, pe l'impérialisme.

. Car tout développement important d’une bourgeoisie indigène ne ut que diminuer à la longue la part de plus-value encore accaparée par l'impérialisme.

III. — LA REVOLUTION COLONIALE ET LES ETATS OUVRIERS

* Dans la phase historique actuelle de la formation, à côté du capitalisme, d'un système international d'Etats ouvriers, l'alliance entre la Revolution clontale et ce système d'Etats ouvriers, devrait s'établir de manière toute natürelle et quasi automatique. La convergence d'intérêts, dans la lutte commune contre l'impérialisme est évidente et devrait donner lieu à un appui actif et inconditionnel de la part des Etats ouvriers à cette lutte,

D'autre part, dans le domaine des échanges économiques, les Etats ouvriers auront progressivement la possibilité de remplacer avantageusement « l’aide » accordée par l'impérialisme et de détourner vers leur orbite les circuits actuels avec Hope +

Les ts ouvriers peuvent accorder une aide financière et technique bon marché pour le développement économique réel des pays indépendants, et sans imposer de conditions politiques.

Is peuvent, d'autre part, établir, sans que le cas soit éral, des rapports commerciaux sur la base de la complémentarité de leurs économies : Produits agricoles et matières premières en provenance des pays dépendants contre du Rene Donner en provenance des États ouvriers.

veloppement, dans une perspective historique, de tels ra rts avec les pays dépendants fait clairement apparaître les possibilités ou fie les Etats ouvriers possèdent potentiellement dans ce domaine et les risques mortéls que l'impérialisme encourt dans l'éventualité d’une « compétition pacifique » prolongée. Ce n’est que la nature du régime politique des Etats ouvriers actuels, dégénérés ou déformés pee la bureaucratie, qui restreint les possibilités exploi-Fabien Handies . et déforme l'alliance de fait entre la Révolution coloniale ét ers.

On ne saurait naturellement faire d’objection à l’aide économique que la ‘ bureaucratie de l'U.R:S.S. ou des autres Etats ouvriers accorde aux régimes bourgeois des pays dépendants pour qu’ils résistent momentanément à l'inpérialiamne ou qu'ils se développent plus librement. ; ais dans la mesure où cette aide est accordée en échange de la politique « neutraliste » de la bourgeoisie coloniale, et que les partis communistes dans les pays dépendants se voient obligés de subordonner leur politique autonome de classe aux impératifs de la diplomatie des Etats ouvriers, ceci risque d'aboutir es . nc Ê régimes bourgeois se tournant invariablement e ement ouvrier de leur propre pays, et, à éloi, COR les Etats LOHNeES EUX mÉMES BAR A IE AT e ce point de vue, les exemples donnés récemment Nehru, S Nasser, Kassem et autres bénéficiaires de l’aide des Etats Urdere sont Ho

IV. — LE ROLE DE LA BOURGEOISIE NATIONALE

Les oligarchies indigènes compradores, tirant leurs revenus du i - mercial, de la rente foncière, de l'usure, où du fonctionnariat Énies de limpérialisme, sont des couches en déclin dans les pays dépendants, au profit de nouvelles formations sociales, qui reflètent le processus, malgré tout continu du ÉAreDpenenr no que, e ere de ces pays. J ces couches qui, directement ou par leurs idéologues petil ï aCCa] arent à l'étape actuelle la direction de ta Révolution Crea es ARE importance de ces couches dites de bourgeoisie nationale est fort variable

LEE les différents pays dépendants, selon le degré de développement économique

Dans des cas comme celui de l'Inde, de l'Argentine, du Brésil, du Chili, il s'agit déjà d’une véritable classe suffisamment puissante et consciente pour assumer le pouvoir politique direct, même si elle risque de le perdre momentanément au profit d'autres fractions, plus liées à l'oligarchie et à l'impérialisme. Dans le cas d’autres pays asiatiques et latino-américains, l'importance de la bourgeoisie nationale par rapport à l'oligarchie compradore est moindre.

Dans certains cas l'exercice de son pouvoir se fait souvent à travers des régimes politiques bonapartistes (comme Sukarno, Nasser, Kassem, Nkrumah, etc.) qui agissent historiquement au profit de la bourgeoisie nationale. L

Dans d'autres cas, qui peuvent s'avérer fréquents en Afrique, la très faible formation d'élites indigènes, autres que les chefs tribaux et les fonctionnaires au service de l'impérialisme, pourra donner naissance à une nouvelle bourgeoisie compradore étroitement associée à l'impérialisme pour la coexploitation économique de son pays d'origine. 21 ut linétrument principal pour le développement de la bourgeoisie nationale s'avère être le pouvoir politique bonapartiste. C'est grâce à ce pouvoir qu'il est possible de faire face à la fois à l'oligarchie, à l'impérialisme, aux masses, de trouver les capitaux importants qu'exigent la construction de l'infrastructure et le financement d’entreprises d'envergure. : ra .

D'autre part, c’est par l'exercice du pouvoir politique et les fonctions économiques de l'Etat que se forment en partie les cadres de cette bourgeoisie, par l'enrichissement des fonctionnaires, leur infiltration dans les entreprises, leur orruption, etc. À At Ÿ L'Etat bonapartiste devient dans ces conditions la véritable pépinière du développement capitaliste dans les pays dépendants. V Ê

L'idéologie qui correspond le mieux à l'Etat bonapartiste est la dictature de fait du Parfi unique, ce dernier se résumant à sa direction assumant le ouvoit. ÿ ver hi Dans le cas où il s'agirait d'un Parti vraiment prolétarien et socialiste, par son programme et son idéologie, une telle dictature, appuyée sur les masses organisées en Comités, ou Communes démocratiques, aurait incontestablement 1n sens historique progressif. à “Ar £ é

Mais le prétexte de la soi-disante société coloniale sans classe que certains utilisent actuellement en Afrique, pour justifier la dictature bonapartiste du Parti unique, engagée dans un développement économique capitaliste, et sans contrôle démocratique des masses organisées, est à rejeter. S

S'il est vrai qu'on ne saurait transplanter, dans une société à peine sortie du tribalisme, tel quel, le régime multi-parti de la démocratie socialiste, on ne saurait pour autant négliger la nécessité pour le Parti unique éventuel d'avoir un caractère de classe à idéologie et programme prolétariens et de s'appuyer sur les masses démocratiquement organisées en Communes paysannes et Comités urbains qui contrôlent le gouvernement et assument le pouvoir. lues

Pour des pays plus évolués, le droit à plus d'un Parti soviétique doit figurer comme une garantie essentielle d’une véritable démocratie socialiste. 21

Aucune illusion n'est permise sur les véritables tendances de la bourgeoisie nationale. Si à sa formation elle est obligée de lutter jusqu’à une certaine mesure contre l'impérialisme et l'oligarchie, de S'allier au prolétariat et à ses organisations syndicales, de préconiser et de pratiquer même pour toute une période des nationalisations et une économie « mixte », elle tend invariablement, précisément par son renforcement, à agir comme la bourgeoisie classique des pays avancés : à se retourner contre le mouvement ouvrier, et à se rapprocher de l'impérialisme aussi bien par la « libération » de son économie « mixte » (afin d'attirer les capitaux étrangers et de stimuler l'initiative capitaliste indigène privée) que par son alignement diplomatique avec l'impérialisme. L'Inde de Nehru, un des premiers pays qui a acquis son indépendance et où s'est formée une importante bourgeoisie nationale, est le miroir dans lequel se reflète déjà clairement l’évolution historique régressive et contre-révolutionnaire inévitable, relativement à courte échéance, de la bourgeoisie nationale. (Autres exemples : la Tunisie, l'Egypte, le Ghana, l'Argentine, le Brésil, etc.).

Le plus grand danger qui guette les masses coloniales en révolution, c'est de s'endormir dans la mystique de l'unité nationale avec leur bourgeoisie et de sacrifier à cette mystique leur politique et leur organisation de classe autonome.

V. — VOIE CAPITALISTE OÙ VOIE SOCIALISTE ?

L'aspiration des masses coloniales à l'indépendance politique et à un développement économique rapide est partout profonde et irrésistible.

La bourgeoisie nationale s'efforce de remplir cette mission, aussi bien pour en profiter elle-même que pour apaiser les masses.

Mais elle trébuche sur l'impossibilité d'atteindre l'objectif du développement économique rapide par des voies capitalistes.

ourgeoisie nationale se montre partout incapable de nationaliser en définitive (après quelques étapes qui peuvent s'avérer nécessaires), l'essentiel de la plus-value extorquée je les impérialistes dans les pays dépendants, ainsi que la rente foncière des féodaux indigènes, et de valoriser l'énorme ressource que s représente la main-d'œuvre inemployée de ces pays. Nulle part elle n'a pu, ni voulu, exproprier sans indemnisations les entreprises impérialistes, ss minières, commerciales; exproprier sans indemnisations les féodaux et donner la terre aux paysans; nationaliser, planifier l'économie et mobiliser à son service les masses du pays.

Or, la question agraire est partout fondamentale. La terre, dans sa plus grande partie, est partout accaparée par des féodaux indigènes, des colons et des entre-rises impérialistes étrangères, une partie seulement de la terre (dont l’impor-ce diffère selon le cas concret) étant cultivée à titre Ne par des paysans indigènes, ou collectivement, dans les réserves de l'Afrique Noire, par exemple,

Même ces paysans libres, ni serfs, ni métayers, ni ouvriers agricoles, sont pour la pue des paysans pauvres ut aux standards des paysans des pays capitalistes avancés, et ont désespérément à lutter pour subsister en tant que paysans.

D'où l'importance primordiale d'une réforme agraire radicale, accompagnée de l'aide effective, matérielle et technique, d’un véritable Etat prolétarien.

La réforme agraire, c'est avant tout la disposition de la terre selon la volonté libre de ceux qui la travaillent.

Selon le cas concret, elle peut prendre la forme de Ja distribution des terres des féodaux et des colons aux paysans sans terre ou avec très peu de terre, accompagnée de l'aide efficace de l'Etat aux coopératives paysannes. Ou bien la forme d’une gestion collective dès le début de la terre par les Communes villageoises (ou plus étendues), et les collectifs des ouvriers agricoles et des He des grandes plantations et domaines; ou, le plus souvent, d’un système mixte.

La bourgeoisie nationale ne compte pour le développement économique que sur l'apport principal des capitaux étrangers. Or la masse et les conditions d'octroi et d'opération de ceux-ci, rendent illusoire une industrialisation tant soit peu rapide des pays dépendants, qui rattraperait les pays avancés.

L'exemple comparatif de la Chine et de l'Inde devient décisif dans ce domaine (sans insister sur celui de l'U.R.SSS.).

L'exemple de la Yougoslavie l’est aussi. L'expérience chinoise est absolument valable en tant qu'indication d’une voie précise pour le développement P pe économique rapide et équilibré d’un pays colonial partan des forces productives.

. L'organisation en Communes des masses paysannes, contient des éléments qui pourraient s'appliquer avec profit dans d’autres cas, spécialement là où les traditions communautaires des paysans sont encore relativement fortes.

L'organisation politique et économique de la Commune permet d'employer productivement toute la masse travailleuse disponible, en utilisant les moyens et les forces productives sur place et d'amorcer ainsi le développement économique rapide et équilibré du pays.

On ne saurait critiquer l'institution des Communes en général qu'en ce qui concerne leur administration bureaucratique éventuelle, qui aurait tendance à ne pas tenir suffisamment compte des conditions de vie des masses et de la

RU Re d'une adhésion volontaire à ce type nouveau d'organisation économique et sociale.

Mais dans le cas où les excès bureaucratiques pourraient se trouver limités — principalement grâce à l’organisation démocratique des masses gérant les Communes — les Communes en tant qu’institution pourraient s'avérer historiquement comme une forme valable pour le développement économique rapide, équilibré et plus productif des pays sous-développés, utilisant pleinement et judicieusement ee les ressources disponibles, et comme l'école d'une vie sociale plus communautaire,

L'exemple yougoslave de son côté est valable en tant qu’expérience de développement rapide d'un pays sous-développé dans lequel prédomine la petite propriété agricole privée, grâce à une économie qui, tout en ayant un caractère ouvrier, reste ouverte aux avantages du marché mondial; grâce également à l’association démocratique, étroite, des producteurs au contrôle et à la gestion même de l'économie (Conseils ouvriers).

Les pays sous-développés, loin de se trouver enfermés dans le dilemme — développement de type capitaliste grâce à l'apport des capitaux étrangers ou stagnation — ont la possibilité réelle d'emprunter, selon leur cas concret, « la voie chinoise » ou « la voie yougoslave », ou toute combinaison de l'une et de l’autre, débarrassées de leurs éléments négatifs.

Mais la condition primordiale d’un tel développement possible est la mise en place de structures économiques et sociales nouvelles de type socialiste. Ce qui signifie que la lutte pour la libération réelle de l'impérialisme, et pour le développement économique et l’industrialisation est inséparable de la lutte pour la Révolution socialiste. Seuls les pays dépendants qui ont su combiner la lutte anti-impérialiste à la lutte pour la Révolution socialiste ont pu se détacher réellement du système impérialiste et ouvrir largement la voie à leur développement rapide et à l'industrialisation.

d'un très bas niveau

VI. — LE CARACTERE PERMANENT DE LA REVOLUTION COLONIALE

Instinctivement, lés masses lancées dans la lutte anti-impérialiste contre la domination impérialiste direcce ou indirecte, sont poussées vers des objectifs qui dépassent celui de l'indépendance formeile. Dans le contexte international et national actuel de la Révoiution coloniale, celle-ci a inexorablement tendance a se developper en rant que Révolution permanente, mettant de plus en plus en première ligne les objectirs économiques et sociaux des larges masses paysannes et ouvrières qui la portent réforme agraire, nationalisation et planification de l’économie, émancipation des femmes.

Dans ce processus, le choc avec la bourgeoisie nationale devient également inévitable à une étape donnée de la lutte. Si celle-ci commence inévitablement dans une sorte de front unique de fait de toutes les classes sociales des pays dépendants (à l'exception des féodaux et de la bourgeoisie compradore) contre la domination impérialiste directe ou indirecte, l’approfondissement de la lutte cdfférencie non moins inévitablement le front selon des lignes de classe. La bourgeoisie nationale se trouve vite aux prises avec le radicalisme du mouvement des masses paysannes et ouvrières qui aspirent à la réforme agraire, à la nationalisation et à la planification de l'économie, à l'émancipation des femmes, tous objectifs incompatibles avec le règne de la bourgeoisie nationale.

Ce qui oblige celle-ci à se tourner contre le mouvement des masses et à avoir recours à un régime ouvertement ou non dictatorial.

Le prestige acquis par la bourgeoisie nationale pendant la phase de la lutte anti-impérialisce umie, en l'absence d’un véritable parti révolutionnaire des masses, peut lui accorder un crédit auprès des masses, et lui permettre d’arrêter momentanément à mi-chemin la révolution (Nehru, Sukarno, Bourguiba, Nasser, Kassem, Nkrumah, etc.).

D'où la nécessité de ne jamais subordonner le mouvement révolutionnaire autonome des masses à la direction politique de la bourgeoisie nationale, de ne jamais l’embellir, de ne jamais cesser de la critiquer et de la démasquer, tout en acceptant le front unique anti-impérialiste avec elle, c'est-à-dire non pas une alliance politique durable, mais des accords pratiques éventuels pour des objectifs communs, limités et précis.

Le rôle proéminent que jouent actuellement la bourgeoisie nationale, ou les formations petits bourgeoises à idéologie en définitive bourgeoise, dans la Révolution coloniale, est en partie le résultat de la politique du stalinisme qui a subordonné le mouvement révolutionnaire autonome des masses, soit aux intérêts de la bourgeoisie métropolitaine, soit à ceux de la bourgeoisie coloniale nationale.

Si l'on ne s'oppose pas radicalement à cette politique et si on continue à traiter le mouvement révolutionnaire des masses comme une simple force d'appoint dans lé jeu de la bourgeoisie et de ses rapports avec la bureaucratie stalinienne, on risque de retarder énormément la progression de la Révolution coloniale vers un niveau supérieur. Les éléments marxistes révolutionnaires qui agissent dans les pays dépendants n'ont pas toujours la possibilité de s'opposer de l'extérieur, et de manière complètement indépendante, aux mouvements nationaux existants, à direction ou idéologie bourgeoise. Ils risqueraient dans ce cas de se couper des larges masses et de rester pratiquement inefficaces.

Tout en assumant partout la tâche d'édition de publications marxistes révolutionnaires ouvertes, qui clarifient les problèmes et tracent une perspective claire, ils peuvent se trouver dans l'obligation d'agir pour l'essentiel au sein des mouve-merits nationaux existants à caractère de masse et révolutionnaires, et de promouvoir dans leur sein une aile à orientation prolétarienne et socialiste. Cette orientation peut prendre par endroits la forme transitoire d'un Parti de classe, du Parti ouvrier de masse, basé sur les syndicats.

La politisation des syndicats dans plusieurs pays dépendants peut jouer aussi bien pour le mouvement ouvrier révolutionnaire, que pour la bourgeoisie nationale.

Celle-ci s'efforce de domestiquer les syndicats en tant que force politique dirigeante, aussi bien pour son Combat contre les autres fractions des féodo-bourgeois compradores que pour son développement économique.

D'où la possibilité et la nécessité d'orienter la force organisée du jeune et dynamique prolétariat des Peys dépendants vers l'idée transitoire du Parti ouvrier basé sur les syndicats. ‘

Mais toute orientation exclusive vers le prolétariat qui néglige de fait la paysannerie dans les pays dépendants peut s'avérer fatale pour une issue victorieuse, du combat révolutionnaire. Outre la nécessité d'un programme adéquat sur la question agraire, tenapt compte des particularités de chaque cas, il est nécessaire de lier constamment les luttes ouvrières aux luttes des paysans, et d’enraciner l’organisation révolutionnaire dans les campagnes, par un travail quotidien.

Dans plusieurs pays dépendants, les conditions sont propices pour l’organisation et le, maintien d'une guerilla, nourrie par l'apport des forces paysannes, et par l’aide et la protection de la population paysanne.

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La combinaison adéquate de la lutte armée des paysans avec la mobilisation ouvrière dans les villes, peut énormément renforcer la vigueur et l’efficacité du combat révolutionnaire et accélerer la chute des régimes impérialistes ou compradores dans les pays dépendants.

La maturité et l'efficacité d'une direction révolutionnaire, dans plusieurs cas actuels, doit se démontrer par son esprit d'initiative, sa capacité, son audace à saisir une occasion pour commencer une lutte armée des paysans afin d'épauler, de stimuler le mouvement révolutionnaire national, et de ne laisser aucun répit à l'adversaire pour reconsolider ses positions.

La réappréciation des possibilités révolutionnaires de la guerre des paysans, à la lumière de l'expérience aussi bien de la Chine que de l'Algérie, de Cuba, et ailleurs, est un devoir pour toute direction RRes dans des conditions analogues, et une des leçons les plus valables, et les pius importantes à assimiler à fond, de l'expérience de la volution coloniale,

Le Parti révolutionnaire moderne, dans plusieurs pays dépendants, doit être celui qui s'avère l'audacieux organisateur de la lutte armée des paysans, portant du coup tout le processus révolutionnaire dans le pays à un niveau supérieur, en l'engageant vers la prise du pouvoir.

Ile PARTIE

Les diverses épicentres de la Révolution colonialeet leurs particularités

INDE ET INDONESIE

Dans les pays dépendants en Extrême-Orient, le pouvoir politique direct se trouve actuellement aux mains de la Hourgeoisie nationale (Inde) ou de gouvernements bonapartistes qui agissent pour son compte (Indonésie, Birmanie) ou de cliques compradores étroitement liées à l'impérialisme (Vietnam, Laos, Cambodge, Siam, Ceylan, Malaisie, Corée du Sud). Dans tous les cas où nous avons maintenant affaire à des Etats formellement indépendants, l'incapacité organique de la bourgeoisie d'achever la révolution, y compris la révolution démocratique-bourgeoïse (la réforme agraire, en rl est patente. L'exemple le plus criant est celui de l'Inde, le pays de loin le plus drcibpes,

L'Inde, loin de progresser sur la voie d'une économie de plus en plus « socialiste », nationalisée et planifiée, d'une réforme agraire radicale, et d’une réelle unification nationale, jetant ainsi les bases d’un développement économique rapide, va en réalité en sens contraire.

Son économie « mixte » développe surtout son secteur privé à nouveau lar-Re ouvert aux capitaux étrangers, tandis que ni le Community Project and tational Extension Services programme, ni le mouvement non officiel « of land gifts » de Vinoba Bhave, n’ont résolu la distribution effective de la terre aux paysans, et, ensuite, leur organisation efficace en coopérative.

Par le fait que la structure surannée de l’Inde n’a pas pu encore être fondamentalement bouleversée, les objectifs économiques du gouvernement de la bourgeoisie restent limités et subordonnés à l'aide capitaliste extérieure. Ce qui fait que le taux de développement économique du pays aussi bien sur le plan industriel os reste bas, et même retarde par rapport au taux de développement de la population.

Le faible développement économique du pays et sa structure de classe féodo-capitaliste peu bouleversée empêchent d'autre part de liquider les antagonismes régionaux, et les obstacles d'ordre divers, coutumiers, linguistiques, religieux, etc. qui se dressent sur la voie d’une véritable unification nationale du pays. À 80 ou cet état de choses entrave le développement économique et culturel rapide u pays.

Comme dans le cas de l'Indonésie, de diverses régions de l'Afrique et même de l'Amérique latine, c'est l’absence d’une révolution radicale dans l'Inde qui perpétue les séquelles des modes de vie et de barbarie précapitalistes enchevêtrées dans celles de la domination impérialiste, aggravées par celle-ci, et qui entravent à la fois le processus d’unification nationale par-dessus les frontières surannées ou artificielles du régionalisme, du communalisme, du tribalisme, ou de l'impérialisme, et l'essor économique et culturel.

D'où la perspective d’une évolution explosive dans les années à venir, qui fait ge le pouvoir de la bourgeoisie, après une période où il s’est maintenu avec une açade parlementaire et démocratique, s'oriente vers une dictature plus'ouverte.

L 4 L.

Sous la pression conjuguée du décalage alarmant entre l'augmentation de la production et celle de la population, et de l'influence révolutionnaire des succès que remporte sans cesse la ne, la bourgeoisie indienne envisage dès maintenant le jour où le prestige accumulé par le Parti du Congrès et Nehru personnellement PR la période de la lutte contre l'impérialisme britannique, sera complètement puisé.

L'éclatement qui a commencé, du Parti du Congrès et la cristallisation sur sa droite de formations féodo-capitalistes et pro-impérialistes plus militantes sont un signe d’une évolution qui peut bien conduire à la même dictature ouverte que celle que connaît déjà le Pakistan.

Ainsi la preuve sera faite dans le cas de l'Inde également que le régime de la bourgeoisie nationale est voué partout à la même neue économique et potes En Indonésie, autre pays où l'importance de la bourgeoisie nationale et de ses leaders tient aux défaillances du Parti Communiste pendant la guerre, ceux-ci ont su acquérir un prestige national peu mérité. Les exercices parlementaires périlleux de la bourgeoisie se sont terminés par l'instauration de son pouvoir bonapartiste ouvert, appuyé sur l’armée,

C’est la politique traître du P.C. indonésien qui a permis au « héros » de la faible bourgeoisie nationale indonésienne, Sukarno, de survivre à travers toutes les graves crises qui se sont succédé dans ce pays depuis 1945, et de consolider actuellement son pouvoir bonapartiste, avant qu’il ne se retourne de manière plus décisive contre les masses et contre le P.C. indonésien.

Certes, même aujourd’hui, le pouvoir de la bourgeoisie indonésienne reste faible, face aux problèmes non résolus du pays (réforme agraire, unification nationale réelle, liquidation effective de toutes Îes séquelles économiques de l'impérialisme, industrialisation) et au mécontentement des masses, qui voient leur niveau de vie s’abaisser par l'insuffisance du taux de développement économique, l'inflation et le chômage.

Un changement radical de la politique des P.C. par rapport à la bourgeoisie nationale, aussi bien en Inde qu’en Indonésie, urrait naturellement ouvrir de réelles perspectives révolutionnaires relativement à courte échéance.

Dans la mesure où on peut cependant tenir cette éventualité comme peu probable, la tâche des ee révolutionnaires organisés dans le R.C.PI. et l’'Acoma Partai est d'élaborer un programme de transition concret qui démasque complètement le pouvoir de la bourgeoisie et oriente toute les forces révolutionnaires vers la lutte pour le gouvernement ouvrier et paysan.

La défense de la Révolution chinoise et la popularisation de toutes les réalisations valables de celle-ci (y compris de la conception des Communes) sont non seulement un devoir, mais une arme très puissante aux mains des marxistes révolutionnaires agissant dans ces pays.

D'autre part une politique léniniste de front unique, aussi bien avec le P.C. indien qu’avec le P.C. indonésien est nécessaire, tant pour mener une lutte efficace contre la bourgeoisie, que pour provoquer la différenciation idéologique inévitable dans ces deux Partis.

La Révolution indienne et la Révolution indonésienne sont les deux grands événements à affronter dans les années à venir, et il faut se préparer pour eux avec un sérieux extrême dès maintenant.

Malgré les différences qui existent dans le développement économique respectif de l'Inde et de l'Indonésie, la force relative de la bourgeoisie, la structure dans les campagnes, les facteurs équivalents décisifs dans les deux cas sont les suivants : Aussi bien en Inde qu'en Indonésie, les masses ont acquis une expérience considérable du règne direct de la bourgeoisie nationale, de son incapacité à résoudre la question agraire, la question de l’unification réelle et de l’industrialisation, face à une population qui augmente; de son évolution vers la dictature également. L'impasse à laquelle conduit cette politique, qui contraste de plus en plus avec les réalisations révolutionnares de la Chine et avec le contexte international, ne peut que conduire à une explosion.

C'est probablement l'éclatement de la crise révolutionnaire dans un de ces deux pays qui déclenchera une nouvelle avalanche révolutionnaire dans toute une série d’autres pays de l’Extrême-Orient actuellement sous la domination des cliques compradores activement appuyéèes par l'impérialisme américain.

La Révolution ceylanaise pourrait constituer une exception déjà avant, par le fait de l'existence dans ce pays du L.S.S.P. qui a une solide base de masses.

Mais pour que le L.S.S.P. joue pleinement son rôle il doit raffermir sa structure bolchevique et mieux se lier aux masses paysannes, grâce à un travail systématique parmi elles, appuyé sur l'influence ouvrière du Parti, et conduit sur la base d’un programme concret de revendications économiques, politiques et transitoires.

LA REVOLUTION ARABE DU MOYEN-ORIENT

A J’autre extrémité de l'Asie, dans les pays islamiques du Moyen-Orient, se détache actuellement l’épicentre de la Révolution irakienne, Celle-ci fait plus particulièrement partie de la Révolution arabe,

60 QUATRIEME HU, Jr

Après avoir avancé pendant toute une période, réalisant des mesures importantes dans l'expropriation de quelques positions impérialistes, la réforme agraire, l'émancipation des femmes, l'organisation syndicale ec militaire des masses, elle marque depuis un certain temps déjà le pas et régresse même.

Comme dans d'autres cas analogues, la Révolution irakienne a porté au pouvoir une équipe d'officiers « nationaux », d'origine petite bourgeoise, aspirant à un développement économique plus rapide, débarrassé Gu contrôle et des entrave de l'impérialisme.

De telles équipes sont prises entres les forces sociales adverses, caractéristiques des pays arabes du Moyen-Orient : les féodaux et la bourgeoisie mercantile et usurière compradore, les couches restreintes de la bourgeoisie nationale et de la petite bourgeoisie citadine (artisans, employés, fonctionnaires, intellectuels), la paysannerie et le prolétariat révolutionnaires, et acquièrent un caractère bonapartiste prononcé. En tant que telles, elles sont cependant vouées soit à succomber en définitive, à nouveau sous l'influence des féodo-bourgeois, soit dans le meilleur des cas à devenir l'instrument de la politique et des intérêts de la somegTee industrielle nationale et de la petite bourgeoïsie acquise aux mêmes uts.

L'évolution de Kassem, à la suite de l'évolution analogue plus rapide de Nasser (à cause du poids plus grand en Egypte qu'en Irak de la bourgeoisie nationale) est à ce propos caractéristique.

Afin de consolider son pouvoir bonapartiste, Kassem a été obligé pendant toute une période non seulement de tolérer le mouvement révolutionnaire dans les villes et les campagnes, et les organisations se réciamant de lui, mais aussi de s'appuyer en partie sur eux afin de faire face aux féodo-bourgeois compradores et aux milieux pronasseristes qui visaient à le renverser.

. Kassem est devenu progressivement l'instrument de la politique des milieux dirigeants irakiens qui pensent exploiter pour leur propre compte les richesses considérables du pays et qui, en connivence avec d’autres milieux dirigeants arakes, de la Syrie en particulier, disputent à la bourgeoïsie égyptienne, rangée derrière Nasser, la suprématie dans le Moyen-Orient.

La rivalité Kassem-Nasser, ainsi que celle qui oppose Nasser à Bourguiba, détruit le mythe d’une unité arabe placée au-dessus des antagonismes entre classes et démontre que la recherche historiquement progressive de l'unité effective de la nation arabe ne sea pas l'œuvre de la bourgeoisie arabe, mais des masses révolutionnaires arabes engagées dans le combat contre l'impérialisme, et à une étape donnée également contre leurs propres classes dirigeantes, y compris contre la bourgeoisie nationale.

La consolidation relative du pouvoir de Kassem a été grandement favorisée par la politique traître du P.C. irakien, qui a embelli Kassem, qui a énormément aidé à bâtir son prestige, qui a subordonné la postque et l'organisation autonomes du mouvement révolutionnaire à la direction de Kassem, et qui n’a pas su exploiter ce mouvement ee porter la révolution à un niveau supérieur. Comme dans le cas de Nasser et du Parti Communiste égyptien qui a glorifié pendant toute une période Nasser et son régime, comme dans le cas également du Parti Communiste marocain envers le roi, la monarchie et son régime, le Parti Communiste irakien recueille actuellement le mépris et la répression de l’idole adorée.

Les Nasser et Kassem représentaient au moment culminant de la révolution les Kerensky de la Révolution arabe, avant de devenir, par la force des choses, les fossoyeurs de son parachèvement socialiste.

S'il est juste et nécessaire de leur accorder un soutien critique contre l’attaque de l'impérialisme ou des féodo-bourgeois indigènes, il est vital de dissiper les illusions des masses à leur sujet et de promouvoir une politique de classe autonome orientée vers le gouvernement ouvrier et paysan.

Le remplacement d'un programme de transition qui lie les revendications économiques et politiques élémentaires des masses, aux revendications transitoires proprement dites et à la perspective du gouvernement ouvrier et paysan, par un programme simplement démocratique bourgeois, assurant le développement économique du capitalisme, ne peut que conduire à la défaite certaine du mouvement révolutionnaire et au règne dictatorial de la bourgeoisie ou même des fécdo-bourgeois compradores.

* Car seule la direction prolétarienne du mouvement révolutionnaire des masses, instaurant un gouvernement ouvrier et paysan, peut résoudre les tâches démo- . crati ues-bourgeoises dans les pays dépendants (réforme agraire, liquidation des séquelles de l'impérialisme, unification nationale réelle) et lancer l'industrialisation sur la base d'une économie nationalisée, planifiée et mobilisant productivement tours à MoN inemployée du pays. près l'expérience Mossadegh en Iran, après l'expérience de Nasser en Heyhte, L'expeuenee de la Révolution irakienne Aie pointe la plus avan-a on jusqu'ici par la Révolution coloniale dans le Moyen-Orient. . . Cette expérience démontre également aue, sans direction prolétarienne = cialiste du mouvement révolutionnaire des masses, la voie n’a aucune dan de résoudre les tâches démocratiques-bourgeoi 4 ieu ñ dustrialisation. “ geoises et d'entamer sérieusement l'in-

Au contraire, les équipes bonapartistes au pouvoir succombent fatalement devant les forces indigènes réactionnaires et l'influence de l'impérialisme, et se retournent contre les masses, afin de maintenir leur mouvement dans le cadre d'un Ai ee capitaliste du pays, basé sur l'apport essentiel de capitaux étrangers et la surexploitation des masses indigènes, ‘ 4

Le pouvoir de Kassem est cependant encore faible et le potentiel révolutionnaire des masses irakiennes, bien qu'atteint, n'est pas épuisé. Le redressement de la situation reste possible à condition que le mouvement des masses clarifie sa position envers le pouvoir bonapartiste bourgeois de Kassem, rom l'alliance permanente subordonnée à sa direction, et ouvre la perspective du gouvernement ouvrier et paysan en Irak et de la République socialiste fédérale irakienne.

LE CAS PARTICULIER D'ISRAEL

L'Etat d'Israël, création artificielle, favorisée par les intérêts de l'impérialisme dans sa lutte contre le développement de la Révolution arabe, est actuellement un facteur, dans le Moyen-Orient en particulier, dont il faut tenir compte.

On ne saurait ni envisager la disparition violente de sa population, ni l'installation dans l'état de fait de son existence sous sa forme actuelle et de son dynamisme expansionniste au détriment des masses arabes. Les marxistes révo-jutionnaires arabes lutteront pour que les droits d'une minorité nationale auto-gouvernée soient accordés à la population d'Israël, au sein de l'Etat centralisé ou fédéral arabe du Moyen-Orient. Les marxistes révolutionnaires israéliens lutteront pour la dissolution de l'Etat d'Israël dañs un tel Etat, et pour la réparation complète des abus et des crimes commis envers la population arabe déracinée de Palestine.

LA REVOLUTION ALGERIENNE

Presque à l’autre extrémité du monde arabe, la Révolution algérienne continue son Combat, vieux déjà de six ans, contre l'essentiel des forces répressives de l'impérialisme français. 5 ; 5

Le monde arabe se trouve ainsi pris entre ces deux foyers révolutionnaires actifs, de l'Irak et de l'Algérie, mais qui, outre leurs propres difficultés internes de développement, doivent compter avec l'hostilité de l'impérialisme, l'intérêt très relatif de la bureaucratie soviétique et l'embourgeoisement avancé aussi bien de la Tunisie et du Maroc, que surtout de l'Egypte. ù :

L’aile bourgeoise de la Révolution arabe se trouve considérablement renforcée; laissée à sa propre dynamique, elle maintiendrait la révolution sur an niveau analogue à celui des pays semi-coloniaux de l'Amérique latine.

La Révolution algérienne est à l'heure actuelle une force plébéienne non encore domestiquée par ia bourgeoisie arabe ou par un impérialisme quelconque.

Le manque d'une classe féodo-capitaliste indigène en Algérie, et même d'une petite bourgeoisie citadine tant soit peu importante, fait que la base paysanne et ouvrière de la Révolution algérienne exerce toujours une influence prépondérante sur les quelques éléments potentiellement pro-kbourgeois qui truffent l'appareil du FLN.

Beaucoup plus grand, par contre, est le danger qui découle de la structure de cette organisation, son appareil politique formé dans l'émigration étant insuffisamment lié aux forces militantes de la Révolution et insuffisamment contrôlé ar celle-ci.

: Ce facteur, combiné au fait que la doctrine sociale et politique du F.L.N. est toujours insuffisamment précisée et que le manque d'aide du prolétariat français et international livre la Révolution algérienne à une pression toujours plus grande des forces extérieures bourgeoises et impérialistes, accentue le danger de la cristallisation dans l'appareil du F.L.N. d'une tendance bureaucratique perméable à l'influence bourgeoïse.

On ne saurait combattre une telle évolution possible que par l'apport d'une aide prolétarienne efficace, en premier lieu en France même, ét par la création au sein du F.L.N. d'une tendance à orientation prolétarienne et socialiste plus précise, liée à la base militante de la Révolution, aux combattants de l'intérieur et à la population, à l'immigration prolétarienne en France.

La nécessité de la transformation du F.L.N. en parti politique, avec un programme précis, du contrôle du Parti par les combattants et la population, du contrôle du gouvernement par le Parti, de l'intérieur même de l'Algérie, est devenue actuellement une condition primordiale pour le développement ultérieur sain de la Révolution, La Révolution algérienne est arrivée à un tournant critique,

È Pendant plus de 5 ans, elle a sacrifié une grande partie de ses forces vives -dans un combat more contre un impérialisme puissant, presque sans aide aucune de la part du prolétariat mondial.

En même temps, elle a su À , £ gagner dans le combat i i Ft HE cadres, étendre le réseau de sa ae de es np ons si 2 publique, plus particulierement celle des pays arabes e e . san Li Frs k Se LIENS où ns ee LE PURE RU et militaire da ù Ë S dans divers domaines. en A et pour qu'elle puisse affronter éventuellement dns oUvele lon Re etre : avec l'impérialisme français, elle à besoin, outre l’aide du Lee rielle, diplomatique et. moral). AS ee ee in mate poliique, oreanisationnel RE a organisation qui la dirige à un niveau , les pertes immenses, l'usure, la fatigue du com! i HR os la lutte pour l'objectif ce l'indé ARR D Dane Rene onto Por object Sune Indépendance réee subite pure ef simple aus AL a à éventualité d'une évolution bour-ciation idéologique et l'éclatement du FLN

Dre Doro : bourguibiste, qui s'efforcerait dacraterer nr du a un compromis avec l'impérialisme, et l’autre plu olé se hype pat ia D 5 FAO inévitable à la longue. s ce cas, le ee Free Re pe Le Maroc, aura lieu également avec le FLN on te nn É es endance bourguibiste peut s'avérer plus faible dès le déb à PR TE Le lance de gauche peut s'avérer beaucou plus radical. ke ne Riocuse et s'orienter vers un parti de masse pe sur les : ni a arr pates algérienne stimule puissamment non seulement la Rae ui iu mais, également et plus particulièrement toute la Ré lu on ste en ï a ue d'une aide efficace de la part du prolétariat me ne ne son oral Fa jprRereS de la Révolution ee qui, qe re algérienne uencer les développements ultérieurs de la Révo-autre part, c'est de l'issue de la Ré i éri ebon lement CU de a Révolution algérienne que dépend 1 bhine. de on ONE s les quelques années à venir, de la Revot mire

Par rapport à la France, dominée par le i i ré ï aetennes es de nue principale sapant es nel Re nd Ra Algérie. gime gaulliste aussi longtemps que dure la Fo.

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AFRIQUE NOIRE

Les développements 1 i é Au Colbuiale ont Le Ê ie het HOT Pers IR vec une vitesse stupéfiante, II itoires Fate tre ,. 1es territoires sous contrôle colonial direc! Pindépen PA PAT les étapes, accèdent à l'autogouvernement et même à . L'impérialisme anglais, ainsi que les impérial , ainsi rialism i Ml ( DAS ne er ici et là de le PA ra RL = PE RP ae r libération du joug colonial direct, soit de bande. ê “ sous contrôle portugais qui retardent sur ee tele me D} CAES

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Les raisons qui poussent l'impérialisme à cet assouplissement sont diverses :

Le réveil des masses africaines, à la suite des événements de la guerre et depuis (le renforcement des Etats ouvriers, l'URSS. en tête, la victoire de la Révolution chinoise, la Révolution arabe, et algérienne en particulier) a été favorisé davantage par le développement de l’économie capitaliste en Afrique, l'urbanisation, la détribalisation, l'insécurité introduite dans la vie économique et sociale des sociétés autarchiques de jadis, la naissance d'un prolétariat concentré, dynamique, et de couches d'intellectuels, et par endroits d'éléments économique ment potentiellement bourgeois aspirant à gérer eux-mêmes le pouvoir. D'autre part, l'Afrique toute entière, et l'Afrique Noire en particulier, contenant des richesses minérales, énergétiques et agricoles très considérables et quasi encore inexploitées, est devenue depuis la guerre la réserve coloniale principale de l'impérialisme. Ses positions stratégiques en ont également augmenté l'intérêt pour l'impérialisme.

Enfin les rivalités entre les puissances impérialistes qui se disputent le continent, ainsi que l’antagonisme Est-Ouest, ont favorisé la confiance des élites indi-ènes en leur possibilité d'exploiter la situation pour accéder au pouvoir direct. ‘orientation, maintenant suffisamment claire, aussi bien de l'impérialisme anglais que des impérialismes français, belge et américain en Afrique, est d’accé-Térer la formation d'élites indigènes restreintes, de leur remettre le pouvoir politique et de les associer, en les corrompant, à la coexploitation économique de l'Afrique. En l'absence d'une structure de classe de type classique tant soit peu poussée parmi les indigènes en Afrique Noire, et en particulier du manque d'une bourgeoisie, y compris d'une etite bourgeoisie développée, les élites restreintes qui existent, quelques intellec uels, quelques fonctionnaires, quelques cadres syndicaux, quelques commerçants et hommes d'affaires, constituent potentiel-jercent, sinon déjà de fait, des couches nouvelles de compradores, sur lesquelles se base l'espoir de l'impérialisme de les voir se développer et se stabiliser en tant que telles. ï à

Mais, d'autre part, la faiblesse sociale, économique et politique, encore extrême de ces élites restreintes, face à un mouvement de masses puissant, avide de réformes et de solutions radicales, ainsi que la consciences de ces élites de leur ossibilité de miser sur les rivalités des mpérialistes, et sur l'antagonisme Est-est, les poussent à un rôle sui generis non seulement politique mais également social, dans le sens plus précis suivant :

N'ayant pas encore pris forme et racine dans la société africaine en transformation rapide, ces élites constituent à l'étape actuelle plus que l'embryon d'une classe néo-bourgeoise; c’est l'embryon d'une bureaucratie d'Etat manœuvrant entre la masse plébéienne de la société africaine actuelle et l'impérialisme.

Ce n'est que dans des cas comme le Ghana et la Côte d'Ivoire, où la pénétration capitaliste dans l'agriculture a créé déjà une paysannerle et une petite bourgeoisie citadine ( truffée de quelques éléments véritablement bourgeois), mercantiles l'une et l’autre, qu'on trouve l'embryon d'un pouvoir indigène bourgeois.

Ce rôle social spécifique propre à la société africaine actuelle ut aussi bien évoluer vers un caractère net ement bourgeois, que vers un carac! ère quasi-prolétarien, selon la force du mouvement des masses, et les rapports avec l'impérialisme et les Etats ouvriers. La Guinée de Sekou Touré est l'exemple le plus avancé à l'heure actuelle de ce phénomène. Le Kenya de Jomo Kenyatta, et même le Tanganyka de Julius Nyerere peuvent s'avérer demain des exemples analogues, ainsi que le Kamerun, les territoires sous contrôle portugais et autres.

Dans tous ces exemples, l'élément fondamental de l'évolution future est l'Etat et la couche qui l’administre.

Dans le cas où on oriente l'économie vers la nationalisation des quelques entreprises clés (minières, agricoles et commerciales), et la collectivisation de l'agriculture sur la base du village tribal, ou de Communes plus larges, et la structure de l'Etat sur les Communes paysannes et urbaines, on amorce le développement d'un Etat ouvrier basé essentiellement sur une économie nationalisée et planifiée.

La nationalisation des entreprises étrangères peut du reste se faire par étapes, à condition qu'elles n’expatrient qu'une partie restreinte du profit, qu'elles réin-vestissent l'autre sur place, et qu'elles se soumettent au contrôle de l'Etat et de leurs travailleurs organisés en Conseils.

La collectivisation de l'agriculture peut s'avérer énormément facilitée par la survivance en Afrique Noire des mœurs tribales communautaires, particulièrement fortes dans Ce domaine.

L'aide essentielle de l'Etat pour l'agriculture, afin de lutter efficacement contre les conditions climatiques adverses, et d'augmenter les rendements (aide SRE technique, matérielle), peut également faciliter énormément une telle orientation collectiviste de Tagriculture dès le début. La ressource la que importante dans ces pays pour leur développement économique rapide réside ans l'utilisation productive de toute la force de travail disponible, jusqu'ici grandement inemployée.

Mais une telle mobilisation est impossible sans le climat d’une véritable révo-Jution, d'un véritable gouvernement ouvrier et paysan, sans le cadre d'une économie nationalisée et planifiée.

Certes il ne s’agit pas de viser à la construction d’une économie « socialiste » autarchique, qui ne pourrait que maintenir les masses à un niveau de vie très bas, et faire dégénérer le régime politique vers une dictature bureaucratique.

11 s’agit de profiter largement de toutes les possibilités du marché mondial, aussi bien de son secteur capitaliste que socialiste, ainsi que du développement du marché et du commerce inter-africain.

La Révolution socialiste en Afrique Noire présentera nécessairement des particularités par le fait que nous Y avons affaire à un niveau économico-social inférieur à celui des pays dépendants d’autres parties du monde, à structure féodo-capitaliste, de l'Amérique latine ou de l'Asie.

. En Afrique Noire, nous avons Ronan à faire avec des structures plus spécifiques, d'une société encore argement tribale, qui se désagrège sous la pénétration de l'impérialisme et du ca] italisme, détruisant l’économie autarchique de subsistance, commercialisant la te production agricole indigène à côté de la grande production agricole capitaliste, et provoquant la concentration dans les villes, les centres miniers, et les plantations agricoles impérialistes, de la main-d'œuvre dégagée par la dislocation de l'économie naturelle traditionnelle.

Par le fait que ce degré de développement économique n'a pas dégagé des classes indigènes dirigeantes, les minorités européennes restreintes, avaient jusqu'à encore très récemment administré et dirigé elles-mêmes l’économie, tandis qu’elles confiaient l'administration civile locale aux chefs traditionnels et à leurs propres fonctionnaires. La société actuelle en ot Noire est une forme spécifique de développement combiné des structures d'économie naturelle, d'économie marchande simple et d'économie impérialiste. Les chaînons d'une économie féodale, ou capitaliste indigène, y manquent encore totalement ou largement (1).

D'où le rôle spécifique de la couche indigène restreinte qui accède au pouvoir et contrôle l'Etat, dans un contexte international et national également spécifique, inconnu dans le passé.

.. Cette couche détient une force en soi, l'Etat, sans subir l'influence précise, ni le contrôle, d'une classe dirigeante, dont elle serait le mandataire.

, C’est par la gestion de l'Etat que cette couche se développe et acquiert une importance sociale, et non pas par les besoins intrinsèques de la production ni par son rôle dans la production. Dans les conditions historiques qui prévalaient dans le passé, et jusqu'à la dernière guerre, une telle couche, avec une telle fonction ne pouvait qu'évoluer vers une bourgeoisie compradore au service de l'impérialisme.

Mais dans les conditions précises actuelles, où elle subit nécessairement l'influence du puissant mouvement des masses, de la force montante des Etats ouvriers, et où elle sait qu'elle peut profiter de l’antagonisme Est-Ouest, cette couche acquiert un rôle bonapartiste qu'elle imprime à l'Etat tout entier, dont les structures économiques et sociales ne sont Pas encore définitivement orientées vers un développement nécessairement capitaliste classique.

Les frontières des Etats africains actuels sont artificielles et absurdes, et correspondent aux lignes de rtage des Zones d'influence, partage pratiqué par l'impérialisme vers la fin du siècle passé (Congrès de Berlin de 1885).

Il est nécessaire de procéder à un fr UbeMent des Etats existants en des formations plus larges, en direction de 1’ tat africain fédéral, groupant tout le peuple négro-hammite au sud des pays arabes de l'Afrique du Nord,

Ce peuple n’est pas strictement homogène du point de vue origine ethnique, langue, religion.

Mais il s'est forgé des coutumes, une civilisation, une destinée communes, sur la base d'une organisation économique et sociale tribale identique à travers les siècles de son exploitation esclavagiste par les blancs et les mercenaires indigènes à leurs ordres, et maintenant le début d'une conscience nationale commune africaine, à travers la lutte qu’il mène pour sa libération du joug impérialiste. Le panañfricanisme qui anime les élites africaines et qui emporte de plus en plus les couches d'avant-garde entrant dans la lutte décisive contre l'impérialisme, correspond à une recherche confuse de l'unité nationale africaine, forgée par des origines communes, une destinée, une lutte communes.

Certes, le panañfricanisme peut également devenir l'idéologie de la bourgeoisie africaine en formation pour éclipser les différences et la lutte de classes, et pour exploiter pendant toute une période, à son profit de classe, le potentiel révolutionnaire et la force de travail des masses.

Le panarabisme connaît une telle destinée aux mains d'un Nasser et d'autres porte-paroles de la bourgeoisie arabe montante,

Il est nécessaire de distinguer entre le panañfricanisme dans la bouche d’un Nkrumah et le panafricanisme en tant qu’idée d'unité nationale de tout le peuple africain noir, puissante force révolutionnaire animant les masses africaines dans leur lutte contre l’impérialisme.

On ne saurait dès maintenant RENE et préconiser les étapes concrètes de regroupement, par fusion ou par fédération, de la nation africaine.

(1) A l'exception toutefois de cértaines régions où domine la propriété agricole féodale, comme le nord du Nigéria.

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QUATÉRIEME INTERNATIONALE 65

: : SR Re ae Maison peut dire que la tendance à l'unification doit être partout favorisée, encouragée, ot dans le programme du rarti Révolutionnaire Africain. Si le rayonnement de la Guinée de Sékou Touré est destiné à s'accroître dans toute l'Afrique du Sud, l'Angola et le Mozambique, l'Afrique Centrale, le Kenya, le foyers révolutionnaires à enregistrer dans les années à venir en Afrique Noire sont lAfrique du Sud, l'Angola et le Mozambique, l'Afrique Centrale, le Kenya, le ongu, le Nigéria. 4 * Fa Léalition commencée en Afrique du Sud a toute chance de se développer dans les années à venir, comme une deuxième guerre d'Algérie, à l’autre extré-ité du continent. AE k f "1 si fcette lutte, combinaison d’une guerrilla et d'une mobilisation révolutionnaire du prolétariat dans les villes et les mines, aura le soutien actif de toute l'Afrique Noire qui constitue l’arrière-pays. al es réserves humaines Tayeannes. ainsi que les avantages géographiques du pays sont extraordinairement favorables pour la guerrilla. Li 7 \

‘ D'autre part, le prolétariat industriel, agricole et minier de l'Afrique du est vital pour l’économie du pays. è #4 Une ee oo me. des masses sud-africaines, basée sur une véritable organisation révolutionnaire à caractère national, est capable de venir relativement vite à bout de la résistance acharnée de la minorité européenne. Mais il faut en tout cas tenir compte de cette résistance inévitable, ne pas la minimiser et se éparer en fonction de celle-ci. u Û % FE FE Révolution sud-africaine tendra nécessairement à prendre l'aspect d'une révolution prolétarienne et socialiste, renversant le régime esclavagiste, racial, sui generis, d’un capitalisme économiquement le plus avancé de toute l'Afrique. Aussi bien pendant sa phase de lutte que par la signification et les résultats de sa victoire, ia Révolution sud-africaine, entraînera toute l'Afrique Noire sur un niveau supérieur de son développement révolutionnaire. Ce qui est nécessaire actuellement en Afrique du Sud, c'est de construire nationalement une organisation révolutionnaire des masses non européennes qui, tout en partant des revendications nationales, économiques et Sat de ces masses, s'oriente vers le oulèvement armé et la révolution prolétarienne. 4. a he action décisive dans ce sens, sans participation à toutes les mobilisations des, masses, sans tactique souple, pour ne pas se couper des masses, même dans leurs faux pas, le risque est grand que le potentiel révolutionnaire des masses se dépense pendant toute une période dans des explosions sans lendemain, et que leur direction effective passe à des éléments activistes incapables de soutenir une lutte à long terme, nationalement organisée et s'élevant sans cesse à iveaux supérieurs. À Cote de le cas des pays arabes et par endroits même davantage, dans le cas également des pays de l'Afrique Noire l’organisation de la tendance marxiste révolutionnaire, qui est partout nécessaire, aura à travailler pour l'essentiel et, pendant toute une période, au sein des mouvements nationaux de masse existants syndicats là où ceux-ci existent. 4 er ue général sera la création de partis de classe à caractère de masse, s. dicats, à organiser partout. Nr Pate ob à élabore un D rni de transition, correspondant aux conditions spécifiques de chaque pays, tout en tenant compte de leur regrou-ement et de leur orientation: vers l'Etat africain fédéral (ou vers les Etats-Unis ialistes d'Afrique Noire). ,

D ee des syndicats et leur Fédération autonome sur le plan pana-fricain, est une tâche à poursuivre partout avec ardeur, les syndicats étant appelés à représenter partout la force organisée principale que les gouvernements (ainsi, du reste, que les Partis nationalistes de la bourgeoisie en formation) s’efforceront de domestiquer à leur service.

La nouvelle phase de la Révolution latino-américaine

LES CAUSES DE L'INSTABILITE EN AMERIQUE LATINE

La Révolution en Amérique latine est en train d'accéder au niveau le plus élevé atteint par la Révolution coloniale à l'étape actuelle, ayant dépassé la phase de l'indépendance formelle et one Le CRAN considérable de l'oli-ie cormmpradore et même de la bourgeoisie nationale. ee dc bpement capitaliste de l'Amérique latine est le plus avancé de toutes les régions dépendantes, et dans certains cas, comme celui de l'Argentine, du Brésil, du Chili, du Mexique, il a même déjà atteint un niveau qui rapproche

6G QUATRIEME INTERNATIONALE ces pays des Etats capitalistes, en retard certes par rapport aux pa capitalistes avancés d'aujourd'hui, mais considérablement proches du niveau cap taliste moyen d’avant-guerre. Cependant, même dans ces cas, l'emprise impérialiste est encore forte, ainsi que celle de l’oligarchie *errienne et commerciale compradore, ce qui implique une structure combinée de ces pays, pleine de contradictions avec des discontinuités et des déséquilibres caractéristiques de leur développement économique. î Le processus d'industrialisation de l'Amérique latine s’est considérablement accéléré durant la guerre et depuis, et ne cesse, malgré son caractère saccadé, d'être continu. L à e Re

L'Amérique latine a reçu la plus grande partie des investissements d'origine européenne et nord-américaine placés dans toutes les régions dépendantes.

ais c'est d'elle également que l'impérialisme a extorqué la plus grande partie dé la plus-value, dépassant de loin le total de son « aide », et sans réinvestissement productif sur place. s 1

Ce sont les conditions de l’exploitation impérialiste des ressources agricoles, énergétiques et minières énormes de l'Amérique latine, combinées à celle de loligarchie parasitaire terrienne et commerciale, qui retardent le développement économique de cette région et causent les discontinuités, les crises et les désé-auilibres caractéristiques de ce développement.

La formation d'un capital réinvesti productivement sur place est entravée par le retrait de la plus grande partie de la plus-value extorquée par les entreprises impérialistes, minières, pétrolières, agricoles et autres; par orientation spécu-jative des placements de l'oligarchie; par le très faible taux d'épargne indigène, dû au très bas revenu actuel de la population. L'importance de ce dernier facteur, pour la formation des capitaux, est cependant limitée par rapport aux deux autres facteurs. Le é

Aussi longtemps aue les exportations agricoles et minières de l'Amérique latine profitaient de la pénurie du marché méndial, durant la guerre et immédiatement après, la formation de capital monétaire indigène était ascendante et considérable. 1

Ce qui. avec d’autres facteurs, a favorisé une industrialisation accélérée. À

Mais depuis que ces exportations souffrent de la baisse des prix et même relativement de leur volume, cette source de formation de capital indigène diminue.

Les structures féodocapitalistes et impérialistes surannées de l'Amérique latine empêchent d'autre part l'élargissement équilibré du marché intérieur. La majorité paysanne de la population est sans terre, ou avec peu de terre, sans aide adéquate de la part de l'Etat. Les salaires ouvriers sont généralement bas, tandis que manque une infrastructure développée (communications, énergie, constructions utilitaires diverses, etc.). .

D'où un marché intérieur à la fois limité et désarticulé.

D'autre part, par le fait que l'économie dépend souvent de l'exportation d'une gamme très limitée de produits, sinon principalement d'un seul produit agricole ou minier, ces pays ressentent les récessions du marché mondial comme de véritables crises économiques et se débattent dans les affres d’une inflation chronique. .

Ce qui n'est pas fait pour élargir le marché intérieur, ou pour favoriser la formation et l'investissement des capitaux indigènes.

Les frontières artificielles, héritage de la colonisation et de la domination impérialistes et des intérêts régionalistes de l’oligarchie compradore, empêchent ésalement que le marché s'élargisse selon l'ampleur de son cadre naturel : l'Amérique latine toute entière, sinon pour commencer l'Amérique du Sud d'un côté, l'Amérique Centrale, le Mexique et les Caraïbes, de l'autre.

C'est l'impérialisme nord-américain qui s'oppose avec la plus ferme détermination au libre développement de la Révolution latino-américaine.

Les ressources agricoles, énergétiques et minières de l'Amérique latine. du Mexique à la Patagonie, en passant par les richesses du Vénézuela et du Brésil, constituent pour son économie développée, qui est en train d'épuiser ses propres ressources nationales, des réserves absolument nécessaires.

D'autre part. l'Amérique latine est le plus important débouché pour les produits industriels et les capitaux de l'impérialisme américain.

Son intérêt stratégique est également vital pour celui-ci.

C'est l'impérialisme américain, ayant progressivement et grandement supplanté les impérialismes européens en Amérique latine, qui est devenu la force réactionnaire principale, alliée à l'oligarchie compradore, entravant le développement économique libre et équilibré de cette région et son industrialisation, et maintenant les structures sociales anachroniques, ainsi que la balkanisation extrême de cette région.

Cenendant son emprise sur elle depuis la guerre ne cesse de rencontrer l'opposition violente et parfois victorieuse des forces nouvelles montantes de la Révolution latino-américaine. La concurrence interimpérialiste avivée. ainsi que celle commencée de la part des Etats ouvriers, minent également cette emprise.

Dans la mesure où, malgré tout, le développement économique et l'industrialisation de cette région sont continus et s’accélèrent même depuis la guerre. la configuration sociale de ces pays se trouve sérieusement modifiée, et est de loin différente, plus développée, que dans les autres régions dépendantes du monde.

Outre la paysannerie — métayers, ouvriers agricoles ou paysans pauvres — qui constitue coujours la très grande majorité de la population et, oùtre également ia petite bourgeoisie citadine considérable — inceliectuels, employés, tonc-tionnaires, petits commerçants et artisans — 1l s’est formé un prolétariat industriel concentré et dynamique, particulièrement en Argentine, au Brésil, au Chili, au Mexique, ainsi que dans les centres miniers ou pétroliers du Chih, de la bolivie, du Férou, du Venezuela.

D'autre part, à côté de l'oligarchie terrienne et commerciale compradore classique, se sont formées des couches nouvelles de bourgeoisie nationale indus-trielie, qui aspirent à un développement économique plus libre, moins entravé par l'impérialisme et l'oiigarchie. Ce sont ces couches qui, dans divers pays latino-américains, directement, ou par l'intermédiaire de régimes politiques bonapartistes, s'efforcent d'accaparer et ae conserver le pouvoir politique, et de canaliser à leur profit le puissant mouvement anti-impérialiste ec révolutionnaire des masses de là paysannerie, du prolétariat et de la petite bourgeoisie citadine radicalisée.

Mais la résistance de l'impérialisme et de l’oligarchie à de telles expériences est toujours très puisante. D'autre part, la bourgeoisie nationale elle-même est trop eftrayée pour se fier à l'appui des masses révolutionnaires et est incapable de s'opposer radicalement à l'impérialisme et à l’oligarchie. Ce facteur politique, en interaction avec les difficultés économiques, l'acuité des contradictions sociales, et la puissance du mouvement révolutionnaire des masses, est à la base de l'instabilité chronique et de la crise révolutionnaire quasi permanente qui caractérisent les pays latino-américains à l'étape actuelle.

La dictature des régimes de l’oligarchie compradore, appuyée sur l'armée et la police, s'avérant, dans la plupart des Cas, désormais impossible ou inopérante, et le pouvoir de la bourgeoisie nationale pris entre l'opposition de l'impérialisme, de l’oligarchie, et du radicalisme du mouvement de masse, étant profondément instable, la crise politique en Amérique latine devient endémique. Elle reflète ainsi sur le plan politique la transformation révolutionnaire en cours de la société Jatino-américaine, pleine de contradictions, de discontinuités, de déséquilibres, dans le contexte intérnational actuel de crise générale de l'impérialisme, de montée de la puissance économique et militaire des Etats ouvriers, de montée internationale de ia Révolution coloniale. Le prolongement de l'instabilité et de la crise révolutionnaire des pays latino-américains, est, d'autre part, l'expression du retard ou, plutôt, d'une non maturation adéquate parallèle d’une direction prolétarienne révolutionnaire, capable de donner dans l'immédiat une issue victorieuse à cette crise.

Mais les conditions objectives sont éminemment favorables pour un tèl müûris-ue rapide et pour la formation d'une direction prolétarienne révolutionnaire e masse.

La situation objectivement révolutionnaire qui caractérise actuellement plus ou moins de façon générale l'Amérique latine, se reflète clairement aussi bien dans la puissance du mouvement révolutionnaire des masses, que dans l'extrême division et l’acuité des antagonismes dans les classes dirigeantes.

La lutte ininterrompue du prolétariat argentin depuis la chute de Péron, le maintien des conquêtes fondamentales de la Révolution bolivienne depuis 1952, la montée de l'influence des Partis ouvriers au Chili, la chute des dictatures en Colombie, au Pérou, au Vénézuela, la Révolution cubaine, la lutte commencée contre la dictature au Paraguay sont autant d'indices éloquents de l'extrême puissance montante du mouvement révolutionnaire des masses.

D'autre part, les divisions dans les classes dirigeantes en Argentine, au Erésil, au Chili, en Bolivie et ailleurs, ainsi que l'incapacité de l’armée, instrument traditionnel de la dictature réactionnaire dans ces pays, d'intervenir efficace-ment et de dénouer la crise chronique, sont également des indices significatifs de la profondeur de l'instabilité et de la situation objectivement révolutionnaire qui caractérisent l'Amérique latine.

LE PROGRAMME DE TRANSITION ET LES PRINCIPAUX PROBLEMES DE LA REVOLUTION LATINO-AMERICAINE

_Le niveau auquel atteindra à l'étape prochaine la Révoiution latino-américaine dépendra de la formation d’une direction prolétarienne révolutionnaire de masse capable de remplacer les équipes hourgeoises ou petites bourgeoises qui dirigent le mouvement révolutionnaire des masses.

Cette tâche est actuellement possible à condition que la tendance marxiste révoluionnaire opère avec audace et ingéniosité dans le mouvement des masses, en tenant compte des conditions particulières qui règnent dans chaque pays.

Combinant partout l’activité indépendante avec un travail entriste dans les formations prolétariennes ou même plébéiennes de masse à caractère révolutionnaire, elle aura pour tâche d'élaborer et de défendre un programme de transition au gouvernement ouvrier et paysan et au socialisme, qui comporte en per eier une réforme agraire radicale, distribuant la terre aux paysans qui la ravaillent, et une aide étatique efficace aux organisations coopératives de ceux-ci; un plan de développement économique et d’industrialisation sur la base d'une économie tondamentalement nationahsée et planifiée qui tienne compte des res- -sources du marché mondial et plus particulièrement du marché latino-américain unifié, de l'aide et des échanges avec les Etats ouvriers.

Sur le plan général latino-américain, le mot d'ordre des Etats-Unis Sociulistes d'Amérique latine doit être inlassablement propagé.

Ce qui est partout nécessaire, ce n'est pas une propagande abstraite pour le pouvoir prolétarien et la Révolution socialiste, mais une réponse concrète aux problèmes vitaux de chaque pays à résoudre par le gouvernement ouvrier et paysan, appuyé sur les organisations ouvrières politiques et syndicales, et sur l'organisation des masses en milices et comités.

La réforme agraire doit tendre à distribuer les terres de l'oligarchie terrienne aux paysans qui les travaillent et à n'envisager dès le début leur exploitation collectiviste que dans les cas précis où des mœurs communautaires encore vivaces facilitent cette solution, ainsi que dans le cas des plantations que l'Etat transforme en exploitations collectives modèles gérées par le collectif de leurs travailleurs.

La réforme agraire, d'autre part, doit être accompagnée d’un, programme d'aide précise de la part de l'Etat ouvrier, sur le plan technique et financier, favorisant l'exploitation coopérative des does

Quant aux nationalisations, si celles des banques, des transports, des quelques entreprises-clés et du commerce extérieur sont dès le début indispensables, on procédera pour le reste, selon le critère de la continuité et de l'augmentation de la production, en se contentant éventuellement d'un contrôle de l'Etat sur les entreprises (y compris les entreprises étrangères).

Comme pour les pays dépendants moins développés que ceux de l'Amérique latine, dans Cette région également une des principales ressources pour accélérer le développement économique et l'industrialisation selon un plan, est la mobilisation productive de l'immense main-d'œuvre d'une population actuellement lar-genmient inemployée et qui augmente À un taux des plus élevés du monde.

Or, seule la révolution radicale, conduite par le prolétariat, sous le pouvoir du gouvernement ouvrier et paysan, peut créer le cadre moral et pratique nécessaire pour une telle mobilisation.

L'élakoration du Frogramme de Transition politique concret doit aller de pair avec la recherche de la voie organisationnelle transitoire vers le Parti révolutionnaire de masse.

Le kut &ans ce domaine doit être actuellement partout en Amérique latine, de former des organisations politiques de classe, #yant une influence de masse, distinctes des formations les plus avancées de la bourgeoisie nationale où de la petite bourgeoisie radicale, qui accaparent la direction de la révolution, Une caractéristique de la Révolution latino-américaine, plus accentuée qu'ailleurs, est le rôle important, y compris le rôle politique, joué dans plusieurs pays latino-américains par le mouvement syndical (Argentine, Bolivie, Chili en particulier).

Dans tous ces pays la bourgeoisie nationale a cherché à domestiquer les syndicats en tant que force pour lutter contre ses adversaires et pour se développer.

Pour contrecarrer cette tendance et pour exploiter pleinement l'importance sociale et politique acquise par les syndicats, il est nécessaire de propager systématiquement l'idée du Parti ouvrier de masse basé sur les syndicats.

D'autre part, afin de renforcer la puissance propre du mouvement syndical, il faut préconiser l'unification syndicale dans chaque pays (un seul Syndicat par branche industrielle, une seule Centrale syndicale) et lutter pour elle ainsi que pour la création d'une Confédération syndicale latino-américaine autonome.

Le potentiel révolutionnaire énorme de la paysannerie latino-américaine sans terre, s’est démontré aussi bien en Bolivie, au’au Brésil, en Colombie, en Amérique Centrale, et surtout à Cuba.

Si une attention toute particulière n'est pas accordée à cette question de la part de la tendance marxiste révolutionnaire, la mobilisation révolutionnaire du prolétariat risque de rester inopérante.

La mobilisation révolutionnaire des paysans est possible sur la base d’ne propagande systématique du programme d'une réforme agraire radicale et d'un travail non moins systématique parmi eux, qui enracinera l'organisation révolutionnaire dans les campagnes et créera des cadres paysans. Mais. surtout. il est nécessaire de saisir un moment politique propice, pendant la période de fermentation révolutionnaire aiguë, pour orsaniser et déclencher audacieusement une lutte armée des paysans pour la terre et pour la lier aux mobilisations ouvrières.

Par la suite, la guerrilla paysanne peut s’avérer comme un puissant stimulant durable des luttes ouvrières et enlever à l'ennemi de classe l'avantage d'une éventuelle défaite partielle ou d’une récession du mouvement ouvrier,

La tendance marxiste révolutionnaire possède en Amérique latine un terrain plus propice qu'ailleurs pour son dévetoppement rapide.

Malgré les conditions obiectives favorables, ni les Partis socialistes existants, ni jes Partis communistes, n’ont pris profondément racine dans les masses.

Leur politique opportuniste, timorée, à la remorque de la bourgeoisie, ne correspond pas aux aspirations révolutionnaires des masses latino-américaines et à l'urgence d’une solution radicale.

Scus la poussée du puissant mouvement révolutionnaire des masses, les divisions et la crise au sein des classes &irigeantes, l’affaiblissement international de l'impérialisme, la puissance et le prestige ascendant des Etats ouvriers, certains Farûs socialistes développent actuellement des ailes centristes de gauche importantes (Chili, Uuruguay, Argentine). F ,

Les Partis communistes, par contre, sont axés sur le but unique d'exercer une pression sur l'impérialisme américain au profit des intérêts momentanés de la diplomatie soviétique en misant ex-lusivement sur l'antagonisme tout relatif entre la bourgeoisie nationale et cet impérialisme. D'où l'atandon de leur part de toute politique autonome de classe, et le déploiement d'une politique ultra-opportuniste gui les relègue au rôle de comparses im uissants, sans prestige et invariaklement 4 trahis », des différents politiciens de la bourgeoisie, en quête d’une couverture à, « gauche » très appréciée.

LES SITUATIONS PARTICULIERES

Dans le contexte actuel, généralement objectivement révolutionnaire, de l'Amérique latine ,se détachent les situations plus particulières de l'Argentine, de lu Bolivie, du Vénéeuelt, de Cuba.

En Argentine, la combattivité spontanée de la classe ouvrière depuis la chute de Péron n’a d'égale que celle des masses au Japon. s

Dans ces conditions la stabilisation du régime est constamment remise en cause, mais également sans que les masses arrivent à donner une issue révolutionnaire à la crise chronique du pays. Seule la création d'un parti politique de classe basé sur les syndicats, qui saura saisir un moment propice pour organiser les masses en Comités et en Milices, mobiliser les paysans et le prolétariat agricole et orienter toute la lutte vers le gouvernement ouvrier et paysan, peut sortir le pays de l'impasse. L

A divers moment, dans la situation créée par la mobilisation révolutionnaire du prolétariat argentin, sont apparus des éléments, potentiellement du moins, de double pouvoir, qui vont également très probablement apparaître à nouveau.

Il faut œuvrer pour que ces éléments Pere une forme organisationnelle précise (Comités, Milices, Guerrilla). propagande décuplée dans une telle situation pour le parti ouvrier basé sur les syndicats peut alors donner des résuitats plus substantiels, basculant l'aile radicale des syndicats péronistes dans sie ton ce qui accélèrerait par interaction tout le processus révolutionnaire ans le pays.

Car LD robyant actuellement ankylosé dans l'impasse d'une activité de type largement syndicaliste révolutionnaire, qu int de vue politique il risque à la longue d'épuiser, au moins momentanément, l'intérêt activiste des masses, et de provoquer une stabilisation temporaire et toute relative de la dictature ouverte ou camouflée appuyée essentiellement sur l’armée.

En Bolivie, on assise à un nouvel essor relatif du mouvement révolutionnaire des masses qui s'exprime dans les sanglantes défaites subies aussi bien par la Rosca que par l'aile droitière du M.N.R. parmi les paysans et les mineurs. Mais, faute d’un affermissement suffisant du parti révolutionnaire, ce nouvel essor risque d'être accaparé encore une fois par l'aile centre gauche du M.N.R. (Paz none secondée par la direction centriste de la C.O.B. (Lechin), gauche du

C’est la puissance du mouvement révolutionnaire des masses oui a permis le maintien des conquêtes fondamentales de la Révoution, et qui a repoussé jusqu'ici victorieusement tous les assauts de la réaction ouverte et ce le droite proi-impérialiste du M.NR.

C'est la faiblesse Gu parti révolutionnaire qui a empêché que la Révolution aboutisse au gouvernement ouvrier et paysan.

Dans la perspective d’un retour au pouvoir de l'alliance centriste Paz Estensoro-Lechin et du contexte favorable actuel latino-américain, une nouvelle montée des masses est inévitable.

Il faut profiter de cette situation pour faire passer toute la région minière sous une gestion ouvrière effective (Comités et Milices) et pour généraliser la réforme agraire sous la pression des milices et des syndicats paysans, et pour imposer un plan économique tenant compte des ressources réelles du pays, y compris de sa force de travail, de l’aide des Etats ouvriers et des échanges avec eux

Le mot d'ordre du Congrès Extraordinaire de la C.O.B., pour régler, avec l'aide des Comités et des Milices, la question du pouvoir, de la réforme agraire et du plan économiaue, peut dans ces conditions redevenir actuel. La clé de ce dévelopnement possible et nécessaire reste cependant l’affermissement du Parti sur l'échelle nationale, et particulièrement parmi les mineurs et les paysans où doit résider l'essentiel de son activité quotidienne, et de sa direction.

Au Vénézuéla, le parti porté au pouvoir par les masses révolutionnaires doit faire face à la pression impérialiste et à celle venant des masses avides d'une transformation radicale, d'un aboutissement réel de la révolution commencée. L'expérience du passé dans ce pays a démontré qu'invariablement tous les gouvernements, aussi « révolutionnairement » qu’ils aient commencé leur carrière, succombent à la pression de l'impérialisme yankee et de ses intérêts énormes dans les richesses pétrolières et minières fabuleuses du Vénézuéla.

L'Action Démocratique est une formation hétéroclite, rappelant l'Apra ou le M.NR., à direction petite bourgeoisie radicale, et qui se différencie déjà entre une aile réactionnaire et pro-impérialiste et une aile plus perméable à l'influence de sa base radicale.

Sans l’organisation de Milices ouvrières et paysannes et de Comités, i] s'avérera impossible d'obliger ce parti et le gouvernement d'élargir les conquêtes de la révolution, de procéder à une véritable réforme agraire, de nationaliser les richesses pétrolières et minières du pays, de promulguer un plan de développement diversifié et rapide de l'économie, bénéficiant des ressources financières considérables du pays, et de défendre ainsi efficacement la Révolution contre les nouveaux assauts inévitables de l'impérialisme et de la réaction.

Le travail entriste de la tendance marxiste révolutionnaire au sein de l'aile gauche de l'AD. doit tendre à préconiser la formation d'un Parti ouvrier basé sur les syndicats.

CUBA

Les réalisations et les enseignements de la Révolution cubaine, pointe. avancée de toute la Révolution latino-américaine, sont déjà nombreux et importants.

La Révolution cubaine a démontré l'efficacité de la guerrilla basée sur le soutien actif d'une paysannerie pauvre avide d'une réforme agraire radicale, combinée à la mobilisation des masses prolétariennes et petite bourgeoises des centres urbains, y compris à une étape donnée sous forme d'action armée par des équipes restreintes entourées de la sympathie et de la protection de la population.

La Révolution cubaine, sous l'impulsion des masses révolutionnaires paysannes, prolétariennes et petites bourgeoises citadines radicalisées, et devant la compromission extrême des forces compradores avec la dictature sanglante qui à été renversée, évolue rapidement et puissamment en tant que Révolution Permanente, age sa direction officielle disparate et le manque d’un Parti révolutionnaire e masse.

La direction de la Révolution cubaine, épurée de toute une série d'éléments carrément bourgeois-libéraux, est à l’étape actuelle une équipe jacobine soumise, à des degrés divers, à l'influence révolutionnaire des masses.

C'est-à-dire une équipe qui, malgré son origine sociale et son idéologie non prolétarienne, s'est vue obligée d'aller au-delà du cadre capitaliste et de miner sérieusement l'équilibre de celui-ci. Mais elle n’a pas encore renversé ce régime, et elle ne pourra pas le faire en tant que telle, sans la création d'un Parti révolutionnaire de masse, lié aux Milices, aux Comités et aux syndicats de masses.

Par l'ampleur déjà prise par la réforme agraire, par les quelques mesures de nationalisation des entreprises impérialistes fe, par l’épuration profonde de l'appareil étatique, par la création des Milices et des Tribunaux Popu- .

laires, etc., 1a Révolution cubaine est déjà largement sortie du cadre capitaliste, sans l'avoir encore complètement brisé et remplacé par un Etat de type nouveau, basé sur une économie nationalisée et planifiée.

Ce qui importe à l'étape actuelle n'est pas tellement le parachèvement des mesures économiques et sociales qui scelleront le renversement du régime féodo-capitaliste, mais l’organisation d'un pouvoir politique prolétarien, par l'extension et l'institutionalisation des Milices, des Tribunaux Populaires, et l'organisation des Communes et des Comités, en tant qu'organes de pouvoir local.

Les mesures économiques et sociales, dans le sens d'une économie nationalisés et planifiée effective, peuvent dans ce cas s'échelonner selon le renforcement intérieur et international de la révolution, sans provoquer des réactions prématurées de l'impérialisme yankee, et sans que la production en souffre démesurément. La clé de l’évolution victorieuse de la Révolution cubaine réside, à l'intérieur, dans la formation rapide du Parti révolutionnaire de masse à programme prolétarien er socialiste clair, intésrant tous les éléments révolutionnaires valables du pays, et, à l'extérieur, dans l’organisation internationale de la défense de la Révolution cubaine, particulièrement dans les pays de l'Amérique latine.

L'écho et les répercussions de la Révolution cubaine dans toute cette région son déjà énormes et iront croissant.

Des efforts acharnés de la part de l'impérialisme yankee et de l'oligarchie compradore latino-américaine sont donc à prévoir en vue d’abattre par tous les moyens le régime révolutionnaire cubain, ou de l'amener à capituler et à s’embourgeoiser.

Pour cette raison, le salut de la Révolution cubaine se trouve en définitive dans le maintien d'une défense effective de celle-ci dans les pays latino-américains, dans une claire indication à l'adresse de l'impérialisme yankee que toute intervention militaire de sa part à Cuba, soulèverait un véritable ouragan dans toute l'Amérique latine, dans l'extension enfin de la Révolution à d'autres pays de l'Amérique latine.

Le mouvement d'organisation des Comités de Défense de la Révolution cubaine, ul que des corps de volontaires, doit s'étendre rapidement dans toute l'Amérique atine.

L 1 a -

QUATRIEME INTERN ATIONALE 71

Ille PARTIE

La Révolution coloniale et la IV‘ Internationale

Un des aspects les plus positifs de la Révolution coloniale est le fait que des masses énormes de l'humanité, misérables, incultes, passives, hier encore écrasées par l'exploitation de l’impérialisme et des classes dirigeantes compradores, se sont mises en mouvement irréversible et irrésistible pour la conquête d’un niveau matériel, culturel et social, conforme aux possibilités actuelles de l'humanité.

De ce point de vue une transformation qualitative s'est déjà produite dans l'humanité par le réveil révolutionnaire aux Le es civilisatrices les plus élevées, et par les conséquences sociales de ce réveil sur le statut par exemple de la femme, de la famille, qui est en train de changer radicalement. L'humanité tout entière profite déjà de cette transformation qualitative par la révolution des masses qui ont si longtemps vécu à la périphérie de la civilisation et accélère, de ce fait, son mouvement général vers la nouvelle civilisation socialiste. $

Certes, il n’est pas question d’embellir exagérément le fait que la Révolution coloniale occupe à l'étape historique actuelle l'avant-garde de la révolution mondiale. , ;

Les marxistes révolutionnaires sont également pleinement conscients des inconvénients que comporte le retard de la révolution socialiste dans les pays Capitalistes avancés pour l'élévation du niveau idéologique des masses, la création de véritables Partis marxistes révolutionnaires de masse, Tour surmonter les phénomènes de bureaucratisation dans le mouvement et les Etats ouvriers, et pour la construction rapide du socialisme qui soit immédiatement profitable aux masses, et non pas dans un avenir lointain. 4 È

Mais il s'agit de toute façon de partir des réalités historiques actuelles et d'en tirer le meilleur parti. ; : , ê

Il est maintenant clair que le processus de la Révolution mondiale se dévelop-e de la périphérie des pays coloniaux et dépendants, ainsi qu’en partant des États ouvriers existants, vers les pays capitalistes de l’Europe et trés probablement vers les Etats-Unis en dernier lieu. En :

La IV“ Internationale, héritière des traditions et des principes révolutionnaires de la III* Internationale de Lénine et de Trotsky, ne peut, dans ces conditions que porter chaque fois tout naturellement l'essentiel de son activité dans le domaine vivant de la Révolution, là où luttent les masses et les peuples les plus opprimés et les plus exploités du monde. <

Pour des raisons historiques valables, la IVe Internationale s’est développée pendant toute une période, étant axée surtout sur les pays capitalistes avancés, considérés jusqu’à la veille de la dernière guerre comme l'épicentre n° 1 de la révolution mondiale.

Actuellement, il est nécessaire que la IV° Internationale réorganise ses activités en tant qu'Internationale en fonction du secteur principal de la révolution mondiale qui est la Révolution coloniale et porte dans ce domaine, et pendant toute une période, l'essentiel de ses efforts.

L'avenir immédiat de l'Internationale réside dans des pays et des régions comme l'Inde, l'Indonésie, le Japon, les pays arabes, l'Afrique Noire, l'Amérique latine, où des gains importants et rapides sont possibles.

La IVe Internationale doit se montrer SEP d'organiser dans tous ces domaines des forces valables qui, en dehors de tout sectarisme, se lient au mouvement révolutionnaire des masses et répondent efficacement à ses aspirations.

La dégénérescence opportuniste extrême de la social-démocratie à la remorque de l'impérialisme moribond, et du stalinisme à la remorque de la bureaucratie soviétique conservatrice, laissent le domaine de la Révolution coloniale grande-ment ouvert à l'audace stratégique et pratiaue, à l’ingéniosité tactique des organisations révolutionnaires de la IV* Internationale.

C’est par sa fusion intime totale avec la lutte libératrice des masses et des peuples les plus déshérités du monde que la IV® Internationale prouvera sa pleine RHREtOR historique et imposera son rôle d'avant-garde révolutionnaire dirigeante,

Source : Quatrième Internationale, 18e année n°10, juillet 1960 · scan (Radar, 16-014-00090).

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