Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960)

Déclaration du Secrétariat international de la IVe Internationale sur la libération de l'assassin de L. Trotsky

mai 1960 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 996 mots

URSS et Russie Mexique Tchécoslovaquie et Hongrie Répression et prisonniers politiques

In English: Documents: Declaration of the International Secretariat III: On the Release of Leon Trotsky's Murderer — texte anglais publié à l’époque.

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L'assassin de Léon Trotsky a été libéré vingt ans après avoir commis son crime et a quitté le Mexique, en direction de la Tchécoslovaquie, avec un passeport délivré par les autorités tchécoslovaques au nom de Vandendreschd, un des prétendus noms du prétendu Mornard.

L'assassinat de Trotsky fut le point culminant de la sanglante répression de Staline contre les bolcheviks. Il survint après les monstrueux procès de Moscou, les épurations 72 À QUATRIEME INTERNATIONALE massives de communistes soviétiques et étrangers en U.R-S.S. les répressions sanglantes par les staliniens de révolutionnaires en Epagne, les assassinats et les morts suspectes de communistes oppositionnels (dont Ignace Reiss, Rudolf Klement, Leon Sedov, fils de Trotsky). Il survint quelques semaines après une tentative manquée contre la vie de Trotsky, commise au Mexique par des staliniens notoires, dont le peintre Siqueiros.

Politiquement, il n'y avait aucun doute que le crime avait été ordonné par Staline.

Devant le tribunal mexicain, l'assassin, qui n'avait jamais été membre d’une section de la IV° Internationale ou d'une organisation communiste oppositionnelle, plaida qu’il avait été un trotskyste déçu de l'activité contre-révolutionnaire que Trotsky voulait lui faire exécuter : en rééditant le thème que le Guepeou avait imposé aux accusés des procès de Moscou dans leurs « aveux », l'assassin apportait une nouvelle preuve quant aux instigateurs du crime. À la suite des témoignages entendus, le tribunal rejeta l'explication donnée par l'assassin.

Mais, à ce procès, en 1943, l'identité exacte de Mornard n'avait pas encore été établie. Aussi ses liens avec les services du N.K.V.D. ne purent être établis d'une manière juridiquement incontestable. I1 ne faut pas oublier que cette période de guerre était peu propice à la recherche et à la manifestation de la vérité. IL suffit de rappeler que, pendant cette période, les autorités des EtatsUnis ont fait maintenir sous le boisseau le « Staline « écrit par Trotsky.

Depuis lors, les autorités mexicaines ont poursuivi leurs recherches, dont les résultats communiqués à des écrivains comme Gorkin et I. Don Levine, ont été portés par ceux-ci à la connaissance du public. FRONer NES empreintes digitales, etc. ont permis d'établir sans aucune contestation possible que Mornard s'appelle en réalité Ramon Mercader del Rio, qu'il était membre du P.C. espagnol, que sa mère, Caridad Mercader, était un agent des services spéciaux du N.K.V.-D., amie d’un des plus hauts chefs de celui-ci, le général Leonid Eitingon, et que Caridad Mercader et Eïitingon s'enfuirent précipitamment du Mexique le jour même de l'assassinat de Trotsky. Indiquons que le général Eitigon fut liquidé en même temps que Beria, après la mort de Staline.

Nous laissons de côté le témoignage de Enrique Castro Delgado, ancien membre du Bureau Politique du P.C. espagnol, qui déclare que, dans des conversations à Moscou au cours de la guerre, Caridad Mercader lui a dit qu’elle avait fait employer son fils par le NK.V.D., qu'il était le Mornard qui avait tué Trotsky et qu’il avait pour cela été décoré de l'Ordre du Drapeau Rouge. Nous ne doutons pas de la véracité du témoignage de Delgado, d'autant plus que Caridad Mercader, dès la libération du prétendu Mornard, s'est dérobée à des demandes de journalistes parisiens et a disparu de son domicile.

Les seules données rassemblées par les autorités mexicaines constituent un faisceau convergent de faits juridiquement probants quant à la source même du crime

Mais un fait nouveau vient s'ajouter, qui est, pourrait-on dire, la signature authentique des instigateurs du crime. Morrard s'était tu pendant vingt ans de prison ; il fallait à ceux-ci la certitude qu'il se taise une fois libre. Pour qu'il sorte sans esclandre de prison et disparaisse, il a obtenu des autorités tchécoslovaques un passe: port. Celles-ci n'avaient aucune raison administrative de montrer une générosité sans précédent, et probablement sans lendemain, pour une personne qui ne s'était jamais revendiquée de leur pays. Il n’y a qu'une seule explication sérieuse, incontestable. En remettant un vrai passeport au prétendu Mornard ou Vandendreschd, elles ont évité qu'apparaissent publiquement les autorités soviétiques, désireuses de brouiller les traces du crime commis par Ramon Mercader il y a vingt ans, sur l’ordre de Staline.

Nous ne sommes pas intéressés au sort qu'elles réserveront à leur agent, mais à la vérité historique. À

Au 20° Congrès du P.C. de l’Union soviétique, Khrouchtchev avait reconnu une partie des crimes de Staline. Mais les plus grands noms de la Révolution d'Octobre et de l'Intérnationale Communiste — Trotsky, Zinoviev, Kaménev, Boukharine, Rakovsky — n'ont jamais été réhabilités, et maintenant, le gouvernement soviétique vient de montrer qu'il veille à ce que ne soit pas connue la vérité sur l'assassinat de Trotsky. £

Pour s'excuser de l'obéissance aux ordres criminels de Staline pendant de longues années, Khrouchtchey a déclaré que toute résistance à Staline eut été réprimée et que le peuple ne l'eut pas comprise. Etranges justifications pour quelqu'un qui se prétend un leader communiste, que de craindre la répression et de ne pas être immédiatement compris des masses ! Mais, aujourd’hui, alors qu'il ne craint plus la répres-sior et qu’il veut se faire comprendre des masses, il veut empêcher que la vérité soit connue sur l'assassinat de celui qui fut l'âme de la résistance des révolutionnaires soviétiques à l'étranglement de la démocratie ouvrière par Staline.

Le passeport tchécoslovaque remis à Ramon Mercader ne confirme donc pas seulement que Staline a été celui qui a ordonné l'assassinat de Trotsky, il révèle aussi que la bureaucratie de Moscou, devenue « libérale », garde à son compte le crime de Staline contre le compagnon de Lénine, contre l'organisateur de l'Armée Rouge, contre le champion du bolchevisme en lutte contre le stalinisme montant.

L'énorme édifice de mensonges dressé par Staline s’est rapidement écroulé peu de temps après sa mort. Les ruses, les petits moyens, les mensonges par omission ou par demi-vérités des bureaucrates « libéraux », seront tout aussi impuissants à arrêter la marche en avant de la société soviétique. Le retour à Lénine, ce sera la dénonciation totale des crimes staliniens et le rétablissement de la démocratie soviétique.

Mai 1960.

Source : Quatrième Internationale, 18e année n°10, juillet 1960 · scan (Radar, 16-014-00090).

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