Nous avons déclaré avec satisfaction que dans l'élaboration de la résolution politique on est parti pour la première fois d'une analyse globale de la situation internationale. Nous avons déclaré également avec satisfaction qu'également pour la première fois la catastrophe d'une guerre menaçante est reconnue comme un danger à courte échéance et est ramenée à la contradiction fondamentale du système capitaliste mondial. Ainsi sont introduits les critères décisifs d'une analyse marxiste de la situation, comme nous l'avons toujours demandé depuis 1946. Il en résulte donc une appréciation correcte de la tendance de développement objectif général de la situation internationale.
Par la suite, si une opposition fondamentale se dressait contre ces textes, nous aurions — avec des réserves correspondantes —voté pour ces textes. Mais ceci n'est pas le cas ; nous nous sommes donc abstenus, les raisons suivantes ne nous permettant pas de les approuver :
1. Ces textes comprennent la particularité de la période actuelle (ébranlement profond du
système capitaliste mondial, etc.) seulement comme conséquence des années de guerre
1939-1945 et des années suivantes avec leurs événements révolutionnaires coloniaux,
tandis que cette période, en réalité, à savoir l'« agonie du capitalisme » (Programme de
transition), avait commencé déjà avant 1939. Sur cet état de fait repose notre estimation
de la situation, qui part de ce que la phase de guerre 1939-1945, surgie de cette crise
mortelle, n'était pas en état de réduire en rien les contradictions capitalistes de cette
période (comme par exemple la guerre impérialiste était encore en état de le faire !) ; la
phase de guerre 1939-1945 a au contraire aggravé ces contradictions spécifiques de
notre période et par suite rendu impossible même une stabilisation pacifique
temporaire. C'est la base réelle de la « formule algébrique » défendue par nous pour
caractériser la phase depuis 1945 : « la guerre mondiale continue ».
2. Des formules telles que « le monde stalinien » et l'identification du « camp stalinien »
avec le camp prolétarien, telles qu'elles apparurent dans l'article du camarade Pablo et
dans le rapport (et nous devons considérer cet article comme ce rapport comme des
parties officieuses de l'interprétation de ces textes politiques), signifient dans leur
conséquence une intégration du front de classe prolétarien dans le camp stalinien. Nous
considérons par contre l'URSS et les révolutions coloniales comme une partie de tout
le front prolétarien.
3. Les textes (et en particulier aussi le rapport du camarade Pablo) apprécient de manière
erronée le caractère et le rôle des partis staliniens. Ils admettent que les partis staliniens,
sous une pression de masse appropriée et en présence d'autres circonstances extérieures
particulières, peuvent être ramenés sur une ligne révolutionnaire. Ils concluent en outre
que ces partis peuvent établir un pouvoir ouvrier. Ceci est à notre avis une révision de la
juste appréciation de ces partis que nous avions jusqu'alors : ce sont des partis ouvriers
petits-bourgeois, des appareils bureaucratiques qui ne peuvent plus être amenés sur une
ligne révolutionnaire et qui, par suite, ne sont plus en état de conduire les masses à
l'établissement d'États ouvriers. Nous avons au contraire pour tâche de détacher les
masses de ces partis. Mais cette ligne condamne en fait l'internationale à n'être qu'une
simple opposition de gauche des partis staliniens et rend ainsi impossible et anéantit la
seule orientation juste de construction de partis révolutionnaires prolétariens
indépendants, de partis de la IVe Internationale.
4. Les textes caractérisent enfin les « démocraties populaires » comme des États
ouvriers, caractérisation qui à notre avis est fausse. Nous avons présenté notre
conception sur cette question dans la résolution du bureau politique de notre section,
ainsi que dans divers articles sur la question du « glacis » et de la Yougoslavie.
5. Ces erreurs encore contenues dans les textes proviennent à notre avis du fait que
l'application conséquente de la méthode marxiste contre la recherche empirique de
la réalité fortement dominante antérieurement et la représentation éclectique de
l'ensemble n'a pas encore été réalisée complètement, état de choses qui apparaît
clairement dans l'article du camarade Pablo ainsi que dans une série de votes de
discussion.