Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

« Déclaration des quatre », sur la nécessité et les principes d'une nouvelle internationale

22 août 1933 · Documents internationaux (1933-1935) · 1 006 mots

In English: "Declaration of the Four", on the necessity and principles of a new International — traduction assistée par machine.

Les organisations soussignées, en pleine conscience des responsabilités historiques qui pèsent sur elles, se sont entendues pour unir leurs efforts afin de travailler en commun à la régénération du mouvement révolutionnaire prolétarien à l'échelle internationale. À la base de leur activité elles posent les principes suivants :

1. La crise mondiale du capitalisme impérialiste, qui a supprimé le terrain pour le

réformisme (social-démocratie, Deuxième Internationale, bureaucratie syndicale

réformiste) pose impérieusement la tâche de rompre avec la politique réformiste,

de mettre à l'ordre du jour la lutte révolutionnaire pour la conquête du pouvoir et

pour l'instauration de la dictature prolétarienne, comme l'unique voie pour la

transformation de la société capitaliste en société socialiste.

2. La tâche de la révolution prolétarienne dans son essence même, a un caractère

international. Le parti révolutionnaire du prolétariat a cependant pour tâche, dans

chaque pays où les conditions historiques sont mûres, de mener la classe ouvrière

à la lutte pour le pouvoir. Mais le prolétariat ne peut construire une société

socialiste achevée que sur la base de la division internationale du travail et d'une

collaboration internationale. Les signataires repoussent donc résolument la

théorie du « socialisme dans un seul pays » qui sape les bases mêmes de l'interna-

tionalisme prolétarien.

3. La Troisième Internationale, surgie de la révolution d'Octobre, qui posa les règles

fondamentales de la politique révolutionnaire à l'époque de l'impérialisme et

donna au prolétariat mondial les premières leçons de lutte révolutionnaire pour

le pouvoir, tomba victime de sa dépendance servile envers la bureaucratie

soviétique qui dégénéra dans l'esprit du nationalisme et du centrisme. 4. L'offensive du fascisme en Allemagne plaça les organisations de la classe ouvrière

devant l'épreuve décisive. La social-démocratie y confirma encore une fois le

jugement que Rosa Luxemburg avait donné d'elle. Elle se montra comme un

« cadavre puant ». Triompher des organisations, des idées et des méthodes du

réformisme est une condition indispensable pour la victoire de la classe ouvrière

sur le capitalisme.

5. C'est également avec une vigueur non moindre que les événements d'Allemagne

dévoilèrent l'effondrement de la troisième Internationale. Celui-ci est le résultat

de la politique radicalement fausse de la bureaucratie staliniste. L'influence

décisive de cette bureaucratie sur l'IC a eu pour effet que l'IC, appelée à éveiller

les énergies révolutionnaires dans le monde entier, à créer dans tous les pays des

partis communistes de masse, capables de remplir leur tâche et de diriger le

mouvement révolutionnaire mondial, est devenue de plus en plus un obstacle pour

le mouvement révolutionnaire mondial. Dans les conditions ainsi créées par la

politique du Komintern, le réformisme fut partout soutenu et une incapacité

d'action effrayante de la classe ouvrière fut provoquée.

6. La situation du capitalisme mondial, la crise épouvantable qui précipite les masses

populaires dans une misère sans précédent, les mouvements révolutionnaires des

masses coloniales opprimées, le danger mondial du fascisme, la perspective d'un

nouveau cycle de guerres, menaçant de détruire toute la civilisation humaine —

telles sont les conditions qui exigent impérieusement le rassemblement de l'avant-

garde prolétarienne dans une nouvelle Internationale. Les signataires s'engagent

à contribuer de toutes leurs forces pour que cette Internationale se forme dans le

plus bref délai possible sur les fondements inébranlables des principes théoriques

et stratégiques posés par Marx et par Lénine.

7. Prêts à collaborer avec toutes les organisations, groupes, fractions qui évoluent

réellement du réformisme ou du centrisme bureaucratique (stalinisme) vers la

politique du marxisme révolutionnaire, les signataires déclarent en même temps

que la nouvelle Internationale ne peut permettre aucune tolérance à l'égard du

réformisme ou du centrisme. L'unité nécessaire de la classe ouvrière ne peut être

atteinte par une mixture des conceptions réformiste et révolutionnaire, par une

adaptation à la politique staliniste, mais seulement en surmontant la politique des

deux internationales banqueroutières. Pour remplir ses tâches la nouvelle

Internationale ne peut tolérer une déviation des principes révolutionnaires dans

les questions de l'insurrection, de la dictature prolétarienne, de la forme

soviétique d'État, etc. 8. Par ses bases sociales, par la forme dominante de propriété, l'URSS reste, même

aujourd'hui un État prolétarien. La défense de l'Union soviétique contre

l'impérialisme et la contre-révolution intérieure, la nouvelle Internationale

l'inscrit sur son drapeau comme une de ses tâches les plus importantes.

Précisément la défense révolutionnaire de l'URSS nous fait un devoir impérieux

de libérer les forces révolutionnaires du monde entier de l'influence pernicieuse

du Komintern stalinisé et de construire une nouvelle Internationale communiste.

Ce n'est qu'à condition de rendre les organisations prolétariennes internationales

complètement indépendantes de la bureaucratie soviétique et de démasquer

impitoyablement ses fausses méthodes devant les masses ouvrières qu'une

défense victorieuse de l'Union soviétique est possible.

9. Une condition indispensable d'un développement fondamental des partis

prolétariens révolutionnaires, aussi bien à l'échelle nationale qu'à l'échelle

internationale, c'est la démocratie du parti. Sans liberté de critique, d'élections des

fonctionnaires du haut en bas, du contrôle sur l'appareil par les adhérents, il n'y a

pas de véritable parti révolutionnaire. En étouffant la démocratie intérieure, la

bureaucratie staliniste a étouffé le Komintern.

La nouvelle Internationale, aussi bien que les partis entrant dans sa composition,

devra donc bâtir toute sa vie intérieure sur les bases du centralisme démocratique.

10. Les soussignés se sont mis d'accord pour créer une commission de représentants

de tous les partis soussignés dans le but :

a. Élaboration d'un manifeste programmatique, charte de la nouvelle

Internationale ;

b. Préparation d'une étude du mouvement ouvrier contemporain dans toutes ses

organisations et toutes ses tendances ;

c. Élaboration de thèses sur toutes les questions fondamentales de la stratégie

révolutionnaire du prolétariat ;

d. Organisation permanente et systématique du travail préparatoire pour une

nouvelle Internationale ; transmission du matériel (ci-dessus mentionné) à

toutes les organisations et tous les groupes liés ou sympathisants aux

initiateurs de la conférence aux fins d'une discussion fondamentale et générale

sur les principes de la nouvelle Internationale.

— Secrétariat international de l'Opposition communiste de gauche : E. Bauer.

— Socialistische Arbeiter Partei (Allemagne): J. Schwab.

— Parti révolutionnaire socialiste (Hollande) : H. Sneevliet.

— Parti socialiste indépendant (Hollande) : P. J. Schmidt.

La Vérité, n° 170, 1er septembre 1933

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 96–98 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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