Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

L'Opposition internationale et l'Internationale communiste

19-21 août 1933 · Documents internationaux (1933-1935) · 1 867 mots

In English: The International Opposition and the Communist International — traduction assistée par machine.

Les événements qui se sont déroulés en Allemagne et qui ont abouti à l'instauration du fascisme et à la faillite du Parti communiste allemand ont posé devant l'Opposition de gauche internationale la question du nouveau parti en Allemagne, question qui, après avoir été largement discutée dans nos rangs, a été définitivement tranchée.

Sur la base des événements d'Allemagne, le Plénum de mai a adopté unanimement l'orientation vers la construction d'un véritable parti communiste en Allemagne. Déjà, depuis la trahison commise en Allemagne par le parti staliniste, des voix se sont élevées dans nos rangs pour une nouvelle orientation internationale. « Comment peut-on condamner le parti allemand sans condamner en même temps l'Internationale communiste qui dirigeait le parti et qui est le véritable responsable de cette trahison ? » était l'argumentation habituelle de ces camarades. Les événements d'Autriche et de Bulgarie, la constatation que ni l'Internationale ni les partis ne furent capables de tirer la moindre leçon de la catastrophe allemande, mais au contraire se sont mis activement au travail pour justifier la politique néfaste suivie en Allemagne et, même, ont présenté la situation actuelle comme une victoire, ces faits ont élargi la critique envers le véritable responsable de la trahison allemande, et ont forcé de poser la question de notre attitude envers l'Internationale et de la trancher d'une manière claire et définitive.

Devons-nous continuer à nous considérer comme fraction de l'IC, ou rompre définitivement avec elle en séparant notre responsabilité de la politique de la fraction qui dirige l'Internationale ? Devons-nous persévérer dans l'orientation vers la réforme, ou bien y mettre fin et nous orienter vers un nouveau regroupement indépendant des forces révolutionnaires à l'échelle de l'Internationale ?

Le Secrétariat international a déjà exposé aux sections dans sa circulaire comment la question a été posée. Bien que la discussion ne soit encore qu'à ses débuts dans les sections, il semble que la proposition pour la nouvelle orientation a été favorablement accueillie. Il est nécessaire que ce tournant d'une importance historique soit précédé par une ample discussion pour éclaircir de la manière la plus complète toutes les questions qui lui sont liées et pour dégager les tâches qui en découlent.

Il s'agit maintenant de dresser le bilan de ce que nous a donné notre position de fraction vis-à-vis de l'IC et d'établir notre position à la lumière de l'expérience réalisée depuis la catastrophe allemande jusqu'à aujourd'hui. L'éloignement de l'IC de la ligne de ses premiers congrès s'est effectué par étapes dont la politique du Comité anglo-russe, la défaite de la révolution chinoise, la dégénérescence graduelle du Parti communiste russe, la capitulation traîtresse devant le fascisme allemand sont parmi les plus remarquables.

Ce processus de dégénérescence trouve son expression dans le mouvement communiste international sous la forme d'un affaiblissement idéologique et organisationnel des partis. Bien que toute cette dégénérescence ait été déterminée principalement par l'établissement de la théorie réactionnaire du « socialisme dans un seul pays », elle s'est effectuée cependant par étapes, entre lesquelles on constate des degrés de décomposition.

Notre position de fraction a été déterminée par la réalité dont nous sommes surgis, et dans laquelle nous avons été obligés de travailler. Le caractère prolétarien de l'État soviétique ; l'existence d'un parti ayant les plus grandes traditions et d'une organisation internationale englobant d'importantes forces révolutionnaires constituaient des forces sur lesquelles nous devions compter pendant une période entière pour la possibilité de la réforme que nous avons préconisée. Il fallait épuiser toutes les possibilités qui découlaient de cette réalité avant de poser la question d'une nouvelle orientation. C'était là un stade indispensable dans ces conditions concrètes, une expérience inévitable que nous devions faire, et sur la base de laquelle nous devions à une certaine étape décisive déterminer notre position.

La réforme est-elle possible après l'expérience allemande et particulièrement après les leçons de ces derniers mois ? Et si cela n'est plus possible, à quoi sert d'être une fraction ? Devons-nous fatalement attendre que la même expérience se répète dans tous les pays ou la catastrophe de la Russie soviétique pour abandonner la position de fraction ? Ou bien, comme avant-garde du mouvement révolutionnaire, devons-nous dès maintenant séparer les responsabilités, avouer quelle est la réalité et nous engager dans la voie du regroupement indépendant des forces révolutionnaires à l'échelle internationale pour mener la lutte la plus âpre et la plus efficace contre le capitalisme mondial et ainsi apporter un véritable soutien à l'État prolétarien ?

Voilà les questions auxquelles nous devons répondre. La force des faits nous impose une nouvelle orientation. Cela signifie que, dès maintenant, nous devons envisager toutes les possibilités de rapprochement et de collaboration avec les forces révolutionnaires qui, après la catastrophe allemande, commencent à se détacher de l'influence de l'Internationale communiste dirigée par les staliniens et de la IIe Internationale et à s'orienter vers un mouvement communiste fondé sur les principes formulés par les premiers congrès de l'IC et sur l'expérience acquise dans le mouvement communiste depuis la mort de Lénine. Cela signifie que, tout en séparant notre responsabilité des staliniens, nous devons collaborer avec les organisations staliniennes à l'échelle internationale, nationale, locale, sur la base de la tactique du front unique au moyen de laquelle nous devons nous lier et conquérir les meilleurs éléments qui restent encore dans les partis staliniens. Même au stade présent de décomposition de l'IC, la conquête de ces éléments constituera un objectif important de notre activité.

Les leçons des derniers événements après la catastrophe allemande ont fait apparaître tout à fait logiquement notre changement de point de vue à l'échelle internationale. Ces leçons nous ont aussi déliés de notre attitude envers le parti stalinien en Union soviétique.

La question de notre attitude envers le Parti communiste de l'URSS doit être envisagée en liaison avec la question de notre attitude envers l'Internationale communiste. D'une part, notre activité indépendante dans les pays capitalistes par le regroupement des forces révolutionnaires sur la base des véritables principes communistes forgera l'arme la plus efficace pour la défense de l'État prolétarien et, d'autre part, notre attitude audacieuse à l'intérieur de l'Union soviétique mettra plus en relief l'état de décomposition du parti stalinien, éveillera l'attention de tous les éléments dévoués à la cause communiste, en leur montrant le danger énorme qui menace l'État prolétarien et en leur donnant un drapeau pour lutter contre la réaction et écarter du pouvoir la bureaucratie centriste.

Le Plénum, en adoptant dans ses lignes générales cette nouvelle orientation, souligne les lourdes tâches qui incombent à notre organisation internationale dans la prochaine période. Plus que jamais s'impose avec une force particulière la nécessité d'une cohésion étroite de nos rangs, d'une clarté absolue dans les positions et les principes, d'un déploiement d'activité dans tous les domaines d'action parmi les couches ouvrières et opprimées.

Ces prémisses nous permettront d'appliquer une tactique souple envers tous les courants qui s'orientent vers le communisme et, sur la base de principes fermes, de leur faciliter l'assimilation de ces principes et leur passage définitif dans le camp commun de la lutte intransigeante et sans merci pour le renversement du capitalisme.

Comment constituer cette nouvelle internationale ?

Enraciner notre propre force dans les rangs ouvriers.

1. Se considérer comme embryon du véritable parti communiste ; établir dans

chaque section notre programme d'action très large ; tourner résolument le dos

au travail de réforme et à ses traits particuliers ; entretenir des fractions dans

toutes les organisations ouvrières et régler notre tactique en fonction du rapport

des forces.

Diriger nos feux principalement contre l'influence de la social-démocratie, être

les propagandistes, les vulgarisateurs du communisme et de l'internationalisme,

tendre à arracher les ouvriers attachés au parti par une action réelle contre la

bourgeoisie et ses valets. Pour cela pratiquer avec le PC officiel, à tous les

échelons, le front unique dans l'action. En cas de refus de la bureaucratie,

soutenir les actions des partis staliniens si elles sont justes ; les combattre si elles

sont erronées.

2. À l'égard des organisations auxiliaires, Secours rouge international, etc., tirer

avec conséquence des conclusions de notre nouvelle orientation. Partout où le

SRI s'affirmera n'être qu'un instrument de conservation bureaucratique et de

tendance, créer selon nos forces de réelles organisations de solidarité

révolutionnaire. Ce qui est dit à ce sujet est juste pour toutes les autres

organisations auxiliaires du parti.

3. Déclarer que l'analyse antérieure de l'État soviétique, comme État ouvrier à

dégénérescence bureaucratique accentuée, persiste à être la nôtre, que

l'accentuation de la dégénérescence bureaucratique dans le PCUS et l'IC implique

un danger décisif pour l'État ouvrier, que la reconstitution d'un parti en URSS et

le renforcement du prolétariat révolutionnaire dans le monde autour d'une

Internationale révolutionnaire sont des facteurs décisifs de défense de l'État

ouvrier.

Rassembler les forces révolutionnaires dans le monde en dénonçant l'incapacité

des partis staliniens de défendre l'URSS. Lutter en URSS pour la réforme de l'État,

le rétablissement complet des prérogatives du prolétariat, la défaite de la

bureaucratie. Appuyer à tout moment les forces prolétariennes contre les forces

thermidoriennes ; tel sera le rôle en URSS de notre section dont la création

indispensable

comme

incarnation

des

principes

communistes

et

révolutionnaires sera la plus grande assurance pour l'existence de la révolution

d'Octobre. De cette revendication ne découle nullement que nous sommes

disposés à admettre la création d'autres partis en URSS. Sur ce point l'opposition

de gauche n'a rien à changer à ses revendications de la démocratie ouvrière

comme pivot de la dictature du prolétariat.

4. Nos forces actuelles agissant comme embryon de parti communiste peuvent, par

leur cohésion politique, leur épreuve dans l'activité parmi les organisations de la

classe ouvrière, l'expérience qui en résulte, exercer une attraction importante

sur les autres courants du mouvement ouvrier, rejetés de la IIIe ou de la IIe

Internationale, et qui s'orientent vers les positions communistes. Notre

puissance attractive sera d'autant plus accentuée que l'écran de notre position

de fraction n'existera plus entre ces courants et nous.

Ces formations sont multiples, certaines sont proches de notre position, d'autres

sont encore hétérogènes et exigent un travail de longue haleine pour

l'assimilation à nos positions. Il faut combattre avec force la conception d'un

rassemblement

sans

principe.

Au

contraire,

l'Opposition

de

gauche

internationale doit orienter ses forces pour le rassemblement de ces courants

épars sur la base du principe communiste.

Il ne saurait s'agir d'un rassemblement entre la IIIe et la IIe Internationale, mais

bien sur les bases de la IIIe Internationale abandonnée par l'IC (les quatre

premiers congrès dans leurs grandes lignes, enrichis de l'expérience des dix

dernières années) et les onze points de la préconférence de l'OGI.

5. La base des rapports politiques avec les groupes existants étant ainsi définie,

l'Opposition de gauche doit comprendre l'intérêt historique que représente le

regroupement international de ces groupes épars actuellement, qui, sans assises

de principes bien définis, sans liens organiques, peuvent dans le chaos actuel

dégénérer ou être livrés aux manœuvres exterminatrices des staliniens.

D'autre part, l'OGI doit également comprendre que l'effritement de la IIe et de la

IIIe Internationale donnera encore naissance à d'autres éparpillements et qu'il

faut dans les relations avec les groupes qui se déplacent vers le communisme

faire montre d'autant de souplesse pédagogique que d'intransigeance politique.

Résolution du Plénum du 19-21 août 1933,

in la Vérité, n° 170, 1" septembre 1933.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 92–96 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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