Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La nouvelle montée révolutionnaire et les tâches de la IVe Internationale

Written by Trotsky 3 juillet 1936 · La conférence pour la IVe Internationale (29-31 juillet 1936) · 3 527 mots

In English: Title: The New Revolutionary Upsurge and the Tasks of the Fourth International — traduction assistée par machine.

I. La grève de juin ouvre une nouvelle période dans le développement intérieur de

la France et de la Belgique. Elle provoquera indubitablement, non seulement

l'exacerbation ultérieure de la lutte des classes dans ces pays, mais aussi, avec

tel ou tel retard, des mouvements de masses sur l'étendue d'une partie

importante de l'Europe, y compris la Grande-Bretagne, peut-être aussi au-delà

de l'Océan. La révolution espagnole sort, ainsi, de l'isolement.

2. La grève de juin a montré quelle exaspération et quelle disposition à lutter se

sont accumulées, sous l'apparence trompeuse de la passivité, dans les masses

prolétariennes de la ville et de la campagne pendant les années de crise et de

réaction. Elle a fait apparaître une sympathie pour la lutte des ouvriers de la part

de larges masses de la petite bourgeoisie des villes et de la paysannerie. Elle a

dévoilé, enfin, l'extrême instabilité de tout le régime, le manque de confiance des

classes dominantes en elles-mêmes, le fait qu'elles se démènent entre Léon Blum

et De La Rocque. Ces trois conditions : disposition à lutter de tout le prolétariat,

mécontentement aigu des couches inférieures de la petite bourgeoisie,

déconfiture dans le camp du capital financier, représentent les prémices

fondamentales de la révolution prolétarienne.

3. L'offensive combattive des masses a pris cette fois-ci encore le caractère de la

grève générale. Les revendications partielles, corporatives, importantes en elles-

mêmes, ont été pour les ouvriers le moyen nécessaire pour, après une longue

période d'immobilité, dresser et rassembler contre la bourgeoisie et son État les

masses les plus larges possible. La grève générale, ouvrant une période de

combats révolutionnaires, ne peut pas ne pas combiner en soi les revendications

corporatives et partielles aux tâches générales, quoique encore peu clairement

formulées, de toute la classe. C'est dans cette combinaison qu'est sa force, qu'est

le gage de la soudure entre l'avant-garde et les profondes réserves de la classe.

4. Notre section française dans les dernières années a placé la grève générale au

centre de sa propagande. À la différence de tous les autres partis et groupements,

qui parlent au nom de la classe ouvrière, les bolcheviks-léninistes français ont

apprécié à temps la situation comme prérévolutionnaire, ont justement compris

l'importance symptomatique des explosions grévistes de Brest et de Toulon et,

sous les coups ininterrompus des opportunistes et des sociaux-patriotes (Parti

socialiste, Parti communiste, CGT), en face de l'opposition des centristes

(Marceau Pivert, etc.), ont préparé par leur agitation la grève générale. Sur un sol

fertile une poignée de grain donne de grands germes. Ainsi, dans les conditions

de la crise sociale et de l'exaspération des masses une petite organisation, pauvre

en moyens matériels, mais armée de mots d'ordre justes, a exercé une influence

indiscutable sur la marche des événements révolutionnaires. La campagne

enragée contre les bolcheviks-léninistes de la part de toute la presse capitaliste,

sociale-démocrate, staliniste et syndicaliste de même que les répressions de la

police et des juges de Léon Blum servent de confirmation extérieure à cette

vérité.

5. Aucune des organisations ouvrières officielles de France, comme de Belgique, ne

voulait la lutte. Les grèves ont surgi contre la volonté des syndicats et des deux

partis. C'est• seulement placés devant le fait accompli que les chefs officiels ont

« reconnu » la grève, pour l'étrangler d'autant plus vite. Pourtant il s'agissait

encore d'un mouvement relativement « pacifique », sous des mots d'ordre

partiels. Peut-on douter même un instant que au moment d'une lutte ouverte

pour le pouvoir les appareils de la IIe et de la IIIe Internationale, tels les partis

des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks russes en 1917, se

trouveront entièrement à la disposition de la bourgeoisie contre le prolétariat ?

La nécessité de la nouvelle Internationale, en tant que parti mondial de la

révolution prolétarienne, est de nouveau et indiscutablement démontrée par les

événements de France et de Belgique.

6. Néanmoins une conséquence directe et immédiate de la grande vague de juin est

l'accroissement exceptionnellement rapide des vieilles organisations. Ce fait est

historiquement tout à fait normal. Ainsi, mencheviks et socialistes-

révolutionnaires se sont-ils fébrilement accrus après la révolution de février

1917, ce que, en tant que sociaux-patriotes, ils n'avaient pas voulu pendant la

guerre ; la social-démocratie allemande s'est rapidement gonflée après la

révolution de novembre 1918, qui était venue contre sa volonté. Avant de

dévoiler leur faillite devant toute la classe, les partis opportunistes deviennent

pour un court moment l'asile des masses les plus larges. L'accroissement rapide

du Parti socialiste et surtout « communiste » en France est un symptôme sûr de

la crise révolutionnaire du pays et en même temps prépare la crise mortelle des

partis de la IIe et de la IIIe Internationale.

Non moins d'importance a l'accroissement extraordinairement rapide des

syndicats en France. Augmentant, en apparence, le poids et l'importance de

l'état-major syndical réformiste-staliniste unifié (Jouhaux, Racamond, etc.),

l'afflux de nouveaux millions d'ouvriers et d'employés sape en fait le fondement

même de l'appareil syndical conservateur.

7. Les grands mouvements de masses sont la meilleure vérification des théories et

des programmes. La grève de juin montre combien sont fausses les théories

ultra-gauches sectaires, selon lesquelles les syndicats auraient en général « fait »

leur temps et devraient être remplacés par d'autres organisations ou bien qu'à

côté des anciens syndicats conservateurs il faudrait en construire de nouveaux,

de « véritables ». En fait dans une époque révolutionnaire la lutte pour les

revendications économiques et la législation sociale ne cesse pas ; au contraire,

elle prend une envergure sans précédent. Les centaines de milliers et millions

d'ouvriers nouveaux, qui ont afflué dans les syndicats, détruisent la routine,

ébranlent l'appareil conservateur, permettent au parti révolutionnaire de

construire dans les syndicats ses fractions, de conquérir de l'influence et de

lutter avec succès pour le rôle dirigeant dans le mouvement syndical. Le parti

révolutionnaire, qui serait incapable de mener dans les organisations syndicales

un travail systématique et couronné de succès, se trouvera encore moins capable

de créer ses propres syndicats. Toutes les tentatives de ce genre sont vouées à

l'effondrement.

8. Contrairement aux affirmations des chefs de la IIe et de la IIIe Internationale, le

capitalisme actuel n'est plus capable ni de donner du travail à tous les ouvriers

ni d'élever le niveau de vie des travailleurs. Le capital financier fait retomber les

dépenses des réformes sociales sur les ouvriers eux-mêmes et sur la petite

bourgeoisie par l'élévation des prix, l'inflation ouverte ou masquée, les impôts,

etc. L'essence de l'étatisme actuel, de l'ingérence de l'État — dans les pays

« démocratiques », comme dans les pays fascistes — consiste à sauver le

capitalisme pourrissant au prix de l'abaissement du niveau de vie et de culture

du peuple. Il n'y a pas d'autre voie dans le cadre de la propriété privée. Les

programmes des Fronts populaires de France, d'Espagne, comme le programme

de la coalition belge, représentent un mirage et une tromperie manifeste, la

préparation d'une nouvelle déception des masses ouvrières.

9. La situation absolument sans espoir de la petite bourgeoisie dans les conditions

du capitalisme pourrissant conduit à ce que — contrairement aux théories de

« l'harmonie sociale » de Léon Blum, de Vandervelde, de Dimitrov, de Cachin et

consorts — les réformes sociales en faveur du prolétariat, instables et

trompeuses en elles-mêmes, accélèrent la ruine des petits propriétaires de la

ville et de la campagne, les poussant dans les bras du fascisme. Une alliance

sérieuse, profonde et durable du prolétariat avec les masses petites-bourgeoises,

en opposition aux combinaisons parlementaires avec les exploiteurs radicaux de

la petite bourgeoisie, n'est possible que sur les bases d'un programme

révolutionnaire, c'est-à-dire de la prise du pouvoir par le prolétariat et d'une

révolution dans les rapports de propriété dans l'intérêt de tous les travailleurs.

Le Front populaire, en tant que coalition avec la bourgeoisie, est le frein de la

révolution et la soupape de sûreté de l'impérialisme.

10. Le premier pas vers l'alliance avec la petite bourgeoisie est la rupture du bloc

avec les radicaux bourgeois en France et en Espagne, avec les catholiques et les

libéraux en Belgique, etc. Il est nécessaire d'expliquer cette vérité, sur la base de

l'expérience, à chaque ouvrier socialiste et communiste. Telle est la tâche

centrale du moment. La lutte contre le réformisme et le stalinisme est au stade

actuel la lutte avant tout contre le bloc avec la bourgeoisie. Pour l'unité honnête

des travailleurs, contre l'unité malhonnête avec les exploiteurs ! Les bourgeois

hors du Front populaire ! À bas les ministres capitalistes !

11. On ne peut faire que des suppositions sur les délais ultérieurs du

développement révolutionnaire. Grâce à des conditions exceptionnelles (défaite

dans la guerre, problème paysan, Parti bolchevik) la révolution russe accomplit

son ascension — du renversement de l'absolutisme jusqu'à la conquête du

pouvoir par le prolétariat — en huit mois. Mais même dans cette courte période

elle connut la manifestation armée d'avril, la défaite de juillet à Petrograd et la

tentative de Kornilov de faire un coup d'État contre-révolutionnaire en août. La

révolution espagnole dure avec des flux et reflux depuis cinq ans déjà. Dans cette

période les ouvriers et les paysans pauvres d'Espagne ont manifesté un instinct

politique si magnifique, ont déployé tant d'énergie, de dévouement, d'héroïsme

que le pouvoir étatique serait depuis longtemps déjà dans leurs mains, si la

direction avait tant soit peu correspondu à la situation politique et aux qualités

combattives du prolétariat. Les véritables sauveurs du capitalisme espagnol ont

été et restent non pas Zamora, ni Azana ni Gil Robles, mais les chefs des

organisations socialistes, communistes et anarcho-syndicalistes.

12. Il en est actuellement de même en France et en Belgique. Si le parti de Léon

Blum avait été réellement socialiste, il aurait pu, s'appuyant sur la grève des

travailleurs, renverser en juin la bourgeoisie presque sans guerre civile avec un

minimum d'ébranlement et de victimes. Mais le parti de Blum est un parti

bourgeois, frère cadet du radicalisme pourri. Si, de son côté, le Parti communiste

avait eu quelque chose de commun avec le communisme, il aurait dès le premier

jour de la grève corrigé son erreur criminelle, rompu son bloc funeste avec les

radicaux, appelé les ouvriers à créer des comités d'usine et des soviets et établi

ainsi dans le pays un régime de double pouvoir, comme le pont le plus court et

le plus sûr vers la dictature du prolétariat. Mais l'appareil du Parti communiste

n'est en fait qu'un des instruments de l'impérialisme français. La clé du sort à

venir de l'Espagne, de la France, de la Belgique, c'est le problème de la direction

révolutionnaire.

13. La même conclusion découle pleinement des leçons de la politique

internationale, en particulier de la prétendue « lutte contre la guerre ». Sociaux-

patriotes et centristes, surtout français, pour justifier leur servilité envers la

Société des nations, ont invoqué la passivité des masses, en particulier le fait

qu'elles n'auraient pas été prêtes à appliquer le boycott à l'Italie au moment de

son agression de brigand contre l'Abyssinie. C'est le même argument

qu'utilisent, pour couvrir leur prostration, les pacifistes du type de Maxton. À la

lumière des événements de juin, il devient particulièrement clair que les masses

n'ont pas réagi aux provocations internationales de l'impérialisme uniquement

parce qu'elles étaient trompées, endormies, freinées, paralysées, démoralisées

par leurs propres organisations dirigeantes. Si les syndicats soviétiques avaient

donné à temps l'exemple du boycott de l'Italie, le mouvement, comme un

incendie de steppe, aurait infailliblement gagné l'Europe entière, le monde

entier et du coup serait devenu menaçant pour les impérialistes de tous les

pays. Mais la bureaucratie soviétique a prohibé et étouffé toute initiative

révolutionnaire, la remplaçant par la reptation de l'Internationale communiste

devant Herriot, Léon Blum et la Société des nations. Le problème de la politique

internationale du prolétariat, comme de la politique intérieure, c'est le

problème de la direction révolutionnaire.

14. Tout mouvement véritablement de masse rafraîchit l'atmosphère, comme un

orage, et détruit en passant toutes sortes de fictions et d'équivoques politiques.

Pitoyables et insignifiants apparaissent à la lumière des événements de juin le

mot d'ordre « d'unité » des deux Internationales, qui, telles qu'elles sont, sont

déjà assez unies dans la trahison des intérêts du prolétariat, ou les remèdes de

bonne femme du Bureau de Londres (II 1 / 2), qui hésite entre toutes les

directions possibles et choisit toujours la pire.

Les événements de juin ont dévoilé du même coup la complète faillite de

l'anarchisme et du soi-disant « syndicalisme révolutionnaire ». Ni l'un ni l'autre,

dans la mesure où en général ils existent sur terre, n'avaient prévu les

événements ni rien fait pour les préparer. La propagande de la grève générale,

des comités d'usine, du contrôle ouvrier doit être menée par une organisation

politique, c'est-à-dire par un parti. Il ne peut en être autrement. Les

organisations de masse de la classe ouvrière restent impuissantes, indécises,

décontenancées, si ne les inspire et ne les mène pas en avant une avant-garde

étroitement soudée. La nécessité du parti révolutionnaire est démontrée avec

une force nouvelle.

15. Ainsi toutes les tâches de la lutte révolutionnaire se réduisent infailliblement à

une seule : la création d'une nouvelle direction, véritablement révolutionnaire,

qui se trouve à la hauteur des tâches et des possibilités de notre époque.

Participer directement au mouvement des masses, avoir des mots d'ordre de

classe hardis poussés jusqu'au bout, une perspective claire, un drapeau

indépendant, être intransigeant pour les conciliateurs, impitoyable pour les

traités, telle est la voie de la IV° Internationale. Il est ridicule et absurde de

discuter s'il est opportun ou non de la « fonder ». On ne « fonde » pas une

internationale comme une coopérative, mais on la crée dans la lutte. A la

question des pédants sur l'« opportunité » les journées de juin ont répondu. Il

ne reste pas place pour de nouvelles discussions.

16. La bourgeoisie cherche une revanche. Un nouveau conflit social, consciemment

préparé dans les quartiers généraux du grand capital, prendra indubitablement,

à ses premiers pas, le caractère d'une vaste provocation et d'une série de

provocations à l'adresse des ouvriers. En même temps, les organisations

fascistes « dissoutes » s'organiseront fiévreusement. Le conflit des deux

camps, en France, en Belgique, en Espagne, est absolument inévitable. Plus les

chefs du Front populaire « concilieront » les contradictions des classes et

éteindront la lutte révolutionnaire, plus elle prendra un caractère explosif et

convulsif dans la période à venir, plus elle entraînera de grands sacrifices, moins

le prolétariat se trouvera en état de défense en face du fascisme.

17. Les sections de la IV° Internationale voient clairement et distinctement ce

danger. Elles en avertissent ouvertement le prolétariat. Elles apprennent à

l'avant-garde à s'organiser et à se préparer. En même temps elles rejettent avec

mépris la politique qui consiste à se laver les mains ; elles identifient leur sort

au sort des masses en lutte, quels que soient les sévères coups qui tomberont

sur elles dans les mois et années à venir. Elles participent à chaque acte de la

lutte pour y apporter la plus grande clarté et la plus grande organisation. Elles

appellent inlassablement à la création de comités d'usine et de soviets. Elles se

lient aux meilleurs ouvriers, poussés en avant par le mouvement, et la main dans

la main avec eux édifient la nouvelle direction révolutionnaire.

Par leur exemple et leur critique, ils accéléreront la formation d'une aile

révolutionnaire dans les vieux partis, l'attireront dans le processus de la lutte et

la pousseront sur la voie de la IV° Internationale.

La participation à la lutte vivante, toujours en première ligne du feu, le travail

dans les syndicats et la construction du parti vont de pair, se secondant

réciproquement. Tous les mots d'ordre de lutte : contrôle ouvrier, milice

ouvrière, armement des ouvriers, gouvernement ouvrier et paysan, socialisation

des moyens de production, sont indissolublement liés à la création de soviets

ouvriers, paysans et de soldats.

18. Le fait qu'au moment de la lutte des masses les bolcheviks-léninistes français se

soient trouvés d'un seul coup au centre de l'attention politique et de la haine des

ennemis de classe n'est nullement fortuit, au contraire. Par avance, il montre

infailliblement l'avenir. Le bolchevisme, qui apparaît comme du sectarisme aux

philistins de tout poil, combine, en fait, l'intransigeance idéologique avec la plus

grande attention à l'égard du mouvement des masses. L'intransigeance

idéologique elle-même n'est rien d'autre que l'épuration de la conscience des

ouvriers avancés de la routine, de l'inertie, de l'indécision, c'est-à-dire

l'éducation de l'avant-garde dans l'esprit des décisions les plus hardies, sa

préparation à participer à la lutte des masses jusqu'à la mort.

19. Aucun groupement révolutionnaire dans l'histoire mondiale ne s'est encore

trouvé sous une pression aussi terrible que le groupement de la IV°

Internationale. Le Manifeste communiste de Marx-Engels parlait des forces « du

pape et du tzar [...] des radicaux français et des policiers allemands » unis contre

le communisme. De cette liste, seul le tzar est disparu. Mais la bureaucratie

stalinienne représente actuellement un obstacle incomparablement plus

menaçant et plus perfide sur la voie de la révolution prolétarienne que ne l'était

autrefois le tzar autocrate. L'Internationale communiste couvre la politique du

social-patriotisme et du menchevisme, de l'autorité de la révolution d'Octobre

et du drapeau de Lénine. L'agence mondiale de la Guépéou mène dès

maintenant, main dans la main avec les polices des pays impérialistes « amis »,

un travail systématique contre la IV° Internationale. En cas de guerre les forces

unies de l'impérialisme et du stalinisme feront retomber sur les

internationalistes révolutionnaires des persécutions incomparablement plus

féroces que celles que les généraux des Hohenzollern, en commun avec les

bourreaux sociaux-démocrates, firent retomber en leur temps sur Luxemburg,

Liebknecht et leurs partisans.

20. Les sections de la IV° Internationale ne s'effraient ni de la grandeur des tâches,

ni de la haine acharnée des ennemis, ni même du fait qu'elles sont

numériquement faibles aujourd'hui.

Dès maintenant les masses en lutte, sans en avoir encore conscience, se trouvent

beaucoup plus près d'elles que de leurs chefs officiels. Sous les coups des

événements qui viennent se fera dans le mouvement ouvrier un regroupement

toujours plus rapide et plus profond. En France le Parti socialiste se trouvera

rapidement éliminé des rangs du prolétariat. Dans le Parti communiste il faut

attendre avec certitude une série de scissions. Dans les syndicats se crée un

puissant courant de gauche, sensible aux mots d'ordre du bolchevisme. Sous une

autre forme, mais identique quant au fond, des processus se produiront aussi

dans d'autres pays, entraînés dans la crise révolutionnaire. Les organisations de

l'avant-garde révolutionnaire sortiront de l'isolement. Les mots d'ordre du

bolchevisme deviendront les mots d'ordre des masses. L'époque à venir sera

l'époque de la IV° Internationale.

Post-scriptum

« Le conflit des deux camps en France, en Belgique et en Espagne est absolument inévitable. Plus les chefs du Front populaire « concilieront » les oppositions des classes et éteindront la lutte révolutionnaire, plus elle prendra un caractère explosif et convulsif dans la période à venir, plus elle entraînera de grands sacrifices, moins le prolétariat se trouvera en état de défense en face du fascisme ». (point 16 de la thèse ci-dessus).

Les événements ont apporté une confirmation de cette prédiction, avant que les présentes thèses aient pu être publiées.

Les journées de juillet en Espagne complètent et approfondissent avec une force extraordinaire les leçons des journées de juin en France. Pour la seconde fois en cinq ans la coalition des partis ouvriers avec la bourgeoisie radicale conduit la révolution au bord de l'abîme. Incapable de résoudre aucune des tâches que la révolution a posées — toutes ces tâches se réduisent à une seule, le renversement de la bourgeoisie — le Front populaire rend impossible l'existence du régime bourgeois et provoque par là le coup d'État fasciste. Endormant les ouvriers et les paysans par des illusions parlementaires, paralysant leur volonté de lutte, le Front populaire crée les conditions favorables pour la victoire du fascisme. La politique de coalition avec la bourgeoisie sera payée par la classe ouvrière par des années de souffrances et de sacrifices, sinon par des dizaines d'années de terreur fasciste.

Le gouvernement de Front populaire manifeste sa complète carence précisément au moment le plus critique ; une crise ministérielle suit l'autre, car les radicaux bourgeois craignent les ouvriers amis plus que les fascistes. La guerre civile prend un caractère traînant. Quelle que soit l'issue immédiate de la guerre civile en Espagne, elle porte un coup mortel au Front populaire en France et dans les autres pays. À chaque ouvrier français il doit maintenant être clair que le bloc avec les radicaux signifie la préparation légale d'un coup d'État militaire par l'état-major français sous la couverture du ministre de la Guerre Daladier.

La dissolution administrative des associations fascistes avec le maintien de l'appareil d'État bourgeois est, comme l'exemple espagnol le montre, mensonge et tromperie. Seuls les ouvriers armés peuvent s'opposer au fascisme. La conquête du pouvoir n'est possible qu'au moyen de l'insurrection armée contre l'appareil étatique de la bourgeoisie. La destruction de cet appareil et son remplacement par les soviets ouvriers, paysans et de soldats est la condition nécessaire pour remplir le programme socialiste. Sans l'accomplissement de ces tâches, il n'y a pour le prolétariat et la petite bourgeoisie ni issue à la misère ni salut devant la nouvelle guerre (1 er août).

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 119–127 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

Une erreur sur cette page ?