I. La grève de juin ouvre une nouvelle période dans le développement intérieur de
la France et de la Belgique. Elle provoquera indubitablement, non seulement
l'exacerbation ultérieure de la lutte des classes dans ces pays, mais aussi, avec
tel ou tel retard, des mouvements de masses sur l'étendue d'une partie
importante de l'Europe, y compris la Grande-Bretagne, peut-être aussi au-delà
de l'Océan. La révolution espagnole sort, ainsi, de l'isolement.
2. La grève de juin a montré quelle exaspération et quelle disposition à lutter se
sont accumulées, sous l'apparence trompeuse de la passivité, dans les masses
prolétariennes de la ville et de la campagne pendant les années de crise et de
réaction. Elle a fait apparaître une sympathie pour la lutte des ouvriers de la part
de larges masses de la petite bourgeoisie des villes et de la paysannerie. Elle a
dévoilé, enfin, l'extrême instabilité de tout le régime, le manque de confiance des
classes dominantes en elles-mêmes, le fait qu'elles se démènent entre Léon Blum
et De La Rocque. Ces trois conditions : disposition à lutter de tout le prolétariat,
mécontentement aigu des couches inférieures de la petite bourgeoisie,
déconfiture dans le camp du capital financier, représentent les prémices
fondamentales de la révolution prolétarienne.
3. L'offensive combattive des masses a pris cette fois-ci encore le caractère de la
grève générale. Les revendications partielles, corporatives, importantes en elles-
mêmes, ont été pour les ouvriers le moyen nécessaire pour, après une longue
période d'immobilité, dresser et rassembler contre la bourgeoisie et son État les
masses les plus larges possible. La grève générale, ouvrant une période de
combats révolutionnaires, ne peut pas ne pas combiner en soi les revendications
corporatives et partielles aux tâches générales, quoique encore peu clairement
formulées, de toute la classe. C'est dans cette combinaison qu'est sa force, qu'est
le gage de la soudure entre l'avant-garde et les profondes réserves de la classe.
4. Notre section française dans les dernières années a placé la grève générale au
centre de sa propagande. À la différence de tous les autres partis et groupements,
qui parlent au nom de la classe ouvrière, les bolcheviks-léninistes français ont
apprécié à temps la situation comme prérévolutionnaire, ont justement compris
l'importance symptomatique des explosions grévistes de Brest et de Toulon et,
sous les coups ininterrompus des opportunistes et des sociaux-patriotes (Parti
socialiste, Parti communiste, CGT), en face de l'opposition des centristes
(Marceau Pivert, etc.), ont préparé par leur agitation la grève générale. Sur un sol
fertile une poignée de grain donne de grands germes. Ainsi, dans les conditions
de la crise sociale et de l'exaspération des masses une petite organisation, pauvre
en moyens matériels, mais armée de mots d'ordre justes, a exercé une influence
indiscutable sur la marche des événements révolutionnaires. La campagne
enragée contre les bolcheviks-léninistes de la part de toute la presse capitaliste,
sociale-démocrate, staliniste et syndicaliste de même que les répressions de la
police et des juges de Léon Blum servent de confirmation extérieure à cette
vérité.
5. Aucune des organisations ouvrières officielles de France, comme de Belgique, ne
voulait la lutte. Les grèves ont surgi contre la volonté des syndicats et des deux
partis. C'est• seulement placés devant le fait accompli que les chefs officiels ont
« reconnu » la grève, pour l'étrangler d'autant plus vite. Pourtant il s'agissait
encore d'un mouvement relativement « pacifique », sous des mots d'ordre
partiels. Peut-on douter même un instant que au moment d'une lutte ouverte
pour le pouvoir les appareils de la IIe et de la IIIe Internationale, tels les partis
des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks russes en 1917, se
trouveront entièrement à la disposition de la bourgeoisie contre le prolétariat ?
La nécessité de la nouvelle Internationale, en tant que parti mondial de la
révolution prolétarienne, est de nouveau et indiscutablement démontrée par les
événements de France et de Belgique.
6. Néanmoins une conséquence directe et immédiate de la grande vague de juin est
l'accroissement exceptionnellement rapide des vieilles organisations. Ce fait est
historiquement tout à fait normal. Ainsi, mencheviks et socialistes-
révolutionnaires se sont-ils fébrilement accrus après la révolution de février
1917, ce que, en tant que sociaux-patriotes, ils n'avaient pas voulu pendant la
guerre ; la social-démocratie allemande s'est rapidement gonflée après la
révolution de novembre 1918, qui était venue contre sa volonté. Avant de
dévoiler leur faillite devant toute la classe, les partis opportunistes deviennent
pour un court moment l'asile des masses les plus larges. L'accroissement rapide
du Parti socialiste et surtout « communiste » en France est un symptôme sûr de
la crise révolutionnaire du pays et en même temps prépare la crise mortelle des
partis de la IIe et de la IIIe Internationale.
Non moins d'importance a l'accroissement extraordinairement rapide des
syndicats en France. Augmentant, en apparence, le poids et l'importance de
l'état-major syndical réformiste-staliniste unifié (Jouhaux, Racamond, etc.),
l'afflux de nouveaux millions d'ouvriers et d'employés sape en fait le fondement
même de l'appareil syndical conservateur.
7. Les grands mouvements de masses sont la meilleure vérification des théories et
des programmes. La grève de juin montre combien sont fausses les théories
ultra-gauches sectaires, selon lesquelles les syndicats auraient en général « fait »
leur temps et devraient être remplacés par d'autres organisations ou bien qu'à
côté des anciens syndicats conservateurs il faudrait en construire de nouveaux,
de « véritables ». En fait dans une époque révolutionnaire la lutte pour les
revendications économiques et la législation sociale ne cesse pas ; au contraire,
elle prend une envergure sans précédent. Les centaines de milliers et millions
d'ouvriers nouveaux, qui ont afflué dans les syndicats, détruisent la routine,
ébranlent l'appareil conservateur, permettent au parti révolutionnaire de
construire dans les syndicats ses fractions, de conquérir de l'influence et de
lutter avec succès pour le rôle dirigeant dans le mouvement syndical. Le parti
révolutionnaire, qui serait incapable de mener dans les organisations syndicales
un travail systématique et couronné de succès, se trouvera encore moins capable
de créer ses propres syndicats. Toutes les tentatives de ce genre sont vouées à
l'effondrement.
8. Contrairement aux affirmations des chefs de la IIe et de la IIIe Internationale, le
capitalisme actuel n'est plus capable ni de donner du travail à tous les ouvriers
ni d'élever le niveau de vie des travailleurs. Le capital financier fait retomber les
dépenses des réformes sociales sur les ouvriers eux-mêmes et sur la petite
bourgeoisie par l'élévation des prix, l'inflation ouverte ou masquée, les impôts,
etc. L'essence de l'étatisme actuel, de l'ingérence de l'État — dans les pays
« démocratiques », comme dans les pays fascistes — consiste à sauver le
capitalisme pourrissant au prix de l'abaissement du niveau de vie et de culture
du peuple. Il n'y a pas d'autre voie dans le cadre de la propriété privée. Les
programmes des Fronts populaires de France, d'Espagne, comme le programme
de la coalition belge, représentent un mirage et une tromperie manifeste, la
préparation d'une nouvelle déception des masses ouvrières.
9. La situation absolument sans espoir de la petite bourgeoisie dans les conditions
du capitalisme pourrissant conduit à ce que — contrairement aux théories de
« l'harmonie sociale » de Léon Blum, de Vandervelde, de Dimitrov, de Cachin et
consorts — les réformes sociales en faveur du prolétariat, instables et
trompeuses en elles-mêmes, accélèrent la ruine des petits propriétaires de la
ville et de la campagne, les poussant dans les bras du fascisme. Une alliance
sérieuse, profonde et durable du prolétariat avec les masses petites-bourgeoises,
en opposition aux combinaisons parlementaires avec les exploiteurs radicaux de
la petite bourgeoisie, n'est possible que sur les bases d'un programme
révolutionnaire, c'est-à-dire de la prise du pouvoir par le prolétariat et d'une
révolution dans les rapports de propriété dans l'intérêt de tous les travailleurs.
Le Front populaire, en tant que coalition avec la bourgeoisie, est le frein de la
révolution et la soupape de sûreté de l'impérialisme.
10. Le premier pas vers l'alliance avec la petite bourgeoisie est la rupture du bloc
avec les radicaux bourgeois en France et en Espagne, avec les catholiques et les
libéraux en Belgique, etc. Il est nécessaire d'expliquer cette vérité, sur la base de
l'expérience, à chaque ouvrier socialiste et communiste. Telle est la tâche
centrale du moment. La lutte contre le réformisme et le stalinisme est au stade
actuel la lutte avant tout contre le bloc avec la bourgeoisie. Pour l'unité honnête
des travailleurs, contre l'unité malhonnête avec les exploiteurs ! Les bourgeois
hors du Front populaire ! À bas les ministres capitalistes !
11. On ne peut faire que des suppositions sur les délais ultérieurs du
développement révolutionnaire. Grâce à des conditions exceptionnelles (défaite
dans la guerre, problème paysan, Parti bolchevik) la révolution russe accomplit
son ascension — du renversement de l'absolutisme jusqu'à la conquête du
pouvoir par le prolétariat — en huit mois. Mais même dans cette courte période
elle connut la manifestation armée d'avril, la défaite de juillet à Petrograd et la
tentative de Kornilov de faire un coup d'État contre-révolutionnaire en août. La
révolution espagnole dure avec des flux et reflux depuis cinq ans déjà. Dans cette
période les ouvriers et les paysans pauvres d'Espagne ont manifesté un instinct
politique si magnifique, ont déployé tant d'énergie, de dévouement, d'héroïsme
que le pouvoir étatique serait depuis longtemps déjà dans leurs mains, si la
direction avait tant soit peu correspondu à la situation politique et aux qualités
combattives du prolétariat. Les véritables sauveurs du capitalisme espagnol ont
été et restent non pas Zamora, ni Azana ni Gil Robles, mais les chefs des
organisations socialistes, communistes et anarcho-syndicalistes.
12. Il en est actuellement de même en France et en Belgique. Si le parti de Léon
Blum avait été réellement socialiste, il aurait pu, s'appuyant sur la grève des
travailleurs, renverser en juin la bourgeoisie presque sans guerre civile avec un
minimum d'ébranlement et de victimes. Mais le parti de Blum est un parti
bourgeois, frère cadet du radicalisme pourri. Si, de son côté, le Parti communiste
avait eu quelque chose de commun avec le communisme, il aurait dès le premier
jour de la grève corrigé son erreur criminelle, rompu son bloc funeste avec les
radicaux, appelé les ouvriers à créer des comités d'usine et des soviets et établi
ainsi dans le pays un régime de double pouvoir, comme le pont le plus court et
le plus sûr vers la dictature du prolétariat. Mais l'appareil du Parti communiste
n'est en fait qu'un des instruments de l'impérialisme français. La clé du sort à
venir de l'Espagne, de la France, de la Belgique, c'est le problème de la direction
révolutionnaire.
13. La même conclusion découle pleinement des leçons de la politique
internationale, en particulier de la prétendue « lutte contre la guerre ». Sociaux-
patriotes et centristes, surtout français, pour justifier leur servilité envers la
Société des nations, ont invoqué la passivité des masses, en particulier le fait
qu'elles n'auraient pas été prêtes à appliquer le boycott à l'Italie au moment de
son agression de brigand contre l'Abyssinie. C'est le même argument
qu'utilisent, pour couvrir leur prostration, les pacifistes du type de Maxton. À la
lumière des événements de juin, il devient particulièrement clair que les masses
n'ont pas réagi aux provocations internationales de l'impérialisme uniquement
parce qu'elles étaient trompées, endormies, freinées, paralysées, démoralisées
par leurs propres organisations dirigeantes. Si les syndicats soviétiques avaient
donné à temps l'exemple du boycott de l'Italie, le mouvement, comme un
incendie de steppe, aurait infailliblement gagné l'Europe entière, le monde
entier et du coup serait devenu menaçant pour les impérialistes de tous les
pays. Mais la bureaucratie soviétique a prohibé et étouffé toute initiative
révolutionnaire, la remplaçant par la reptation de l'Internationale communiste
devant Herriot, Léon Blum et la Société des nations. Le problème de la politique
internationale du prolétariat, comme de la politique intérieure, c'est le
problème de la direction révolutionnaire.
14. Tout mouvement véritablement de masse rafraîchit l'atmosphère, comme un
orage, et détruit en passant toutes sortes de fictions et d'équivoques politiques.
Pitoyables et insignifiants apparaissent à la lumière des événements de juin le
mot d'ordre « d'unité » des deux Internationales, qui, telles qu'elles sont, sont
déjà assez unies dans la trahison des intérêts du prolétariat, ou les remèdes de
bonne femme du Bureau de Londres (II 1 / 2), qui hésite entre toutes les
directions possibles et choisit toujours la pire.
Les événements de juin ont dévoilé du même coup la complète faillite de
l'anarchisme et du soi-disant « syndicalisme révolutionnaire ». Ni l'un ni l'autre,
dans la mesure où en général ils existent sur terre, n'avaient prévu les
événements ni rien fait pour les préparer. La propagande de la grève générale,
des comités d'usine, du contrôle ouvrier doit être menée par une organisation
politique, c'est-à-dire par un parti. Il ne peut en être autrement. Les
organisations de masse de la classe ouvrière restent impuissantes, indécises,
décontenancées, si ne les inspire et ne les mène pas en avant une avant-garde
étroitement soudée. La nécessité du parti révolutionnaire est démontrée avec
une force nouvelle.
15. Ainsi toutes les tâches de la lutte révolutionnaire se réduisent infailliblement à
une seule : la création d'une nouvelle direction, véritablement révolutionnaire,
qui se trouve à la hauteur des tâches et des possibilités de notre époque.
Participer directement au mouvement des masses, avoir des mots d'ordre de
classe hardis poussés jusqu'au bout, une perspective claire, un drapeau
indépendant, être intransigeant pour les conciliateurs, impitoyable pour les
traités, telle est la voie de la IV° Internationale. Il est ridicule et absurde de
discuter s'il est opportun ou non de la « fonder ». On ne « fonde » pas une
internationale comme une coopérative, mais on la crée dans la lutte. A la
question des pédants sur l'« opportunité » les journées de juin ont répondu. Il
ne reste pas place pour de nouvelles discussions.
16. La bourgeoisie cherche une revanche. Un nouveau conflit social, consciemment
préparé dans les quartiers généraux du grand capital, prendra indubitablement,
à ses premiers pas, le caractère d'une vaste provocation et d'une série de
provocations à l'adresse des ouvriers. En même temps, les organisations
fascistes « dissoutes » s'organiseront fiévreusement. Le conflit des deux
camps, en France, en Belgique, en Espagne, est absolument inévitable. Plus les
chefs du Front populaire « concilieront » les contradictions des classes et
éteindront la lutte révolutionnaire, plus elle prendra un caractère explosif et
convulsif dans la période à venir, plus elle entraînera de grands sacrifices, moins
le prolétariat se trouvera en état de défense en face du fascisme.
17. Les sections de la IV° Internationale voient clairement et distinctement ce
danger. Elles en avertissent ouvertement le prolétariat. Elles apprennent à
l'avant-garde à s'organiser et à se préparer. En même temps elles rejettent avec
mépris la politique qui consiste à se laver les mains ; elles identifient leur sort
au sort des masses en lutte, quels que soient les sévères coups qui tomberont
sur elles dans les mois et années à venir. Elles participent à chaque acte de la
lutte pour y apporter la plus grande clarté et la plus grande organisation. Elles
appellent inlassablement à la création de comités d'usine et de soviets. Elles se
lient aux meilleurs ouvriers, poussés en avant par le mouvement, et la main dans
la main avec eux édifient la nouvelle direction révolutionnaire.
Par leur exemple et leur critique, ils accéléreront la formation d'une aile
révolutionnaire dans les vieux partis, l'attireront dans le processus de la lutte et
la pousseront sur la voie de la IV° Internationale.
La participation à la lutte vivante, toujours en première ligne du feu, le travail
dans les syndicats et la construction du parti vont de pair, se secondant
réciproquement. Tous les mots d'ordre de lutte : contrôle ouvrier, milice
ouvrière, armement des ouvriers, gouvernement ouvrier et paysan, socialisation
des moyens de production, sont indissolublement liés à la création de soviets
ouvriers, paysans et de soldats.
18. Le fait qu'au moment de la lutte des masses les bolcheviks-léninistes français se
soient trouvés d'un seul coup au centre de l'attention politique et de la haine des
ennemis de classe n'est nullement fortuit, au contraire. Par avance, il montre
infailliblement l'avenir. Le bolchevisme, qui apparaît comme du sectarisme aux
philistins de tout poil, combine, en fait, l'intransigeance idéologique avec la plus
grande attention à l'égard du mouvement des masses. L'intransigeance
idéologique elle-même n'est rien d'autre que l'épuration de la conscience des
ouvriers avancés de la routine, de l'inertie, de l'indécision, c'est-à-dire
l'éducation de l'avant-garde dans l'esprit des décisions les plus hardies, sa
préparation à participer à la lutte des masses jusqu'à la mort.
19. Aucun groupement révolutionnaire dans l'histoire mondiale ne s'est encore
trouvé sous une pression aussi terrible que le groupement de la IV°
Internationale. Le Manifeste communiste de Marx-Engels parlait des forces « du
pape et du tzar [...] des radicaux français et des policiers allemands » unis contre
le communisme. De cette liste, seul le tzar est disparu. Mais la bureaucratie
stalinienne représente actuellement un obstacle incomparablement plus
menaçant et plus perfide sur la voie de la révolution prolétarienne que ne l'était
autrefois le tzar autocrate. L'Internationale communiste couvre la politique du
social-patriotisme et du menchevisme, de l'autorité de la révolution d'Octobre
et du drapeau de Lénine. L'agence mondiale de la Guépéou mène dès
maintenant, main dans la main avec les polices des pays impérialistes « amis »,
un travail systématique contre la IV° Internationale. En cas de guerre les forces
unies de l'impérialisme et du stalinisme feront retomber sur les
internationalistes révolutionnaires des persécutions incomparablement plus
féroces que celles que les généraux des Hohenzollern, en commun avec les
bourreaux sociaux-démocrates, firent retomber en leur temps sur Luxemburg,
Liebknecht et leurs partisans.
20. Les sections de la IV° Internationale ne s'effraient ni de la grandeur des tâches,
ni de la haine acharnée des ennemis, ni même du fait qu'elles sont
numériquement faibles aujourd'hui.
Dès maintenant les masses en lutte, sans en avoir encore conscience, se trouvent
beaucoup plus près d'elles que de leurs chefs officiels. Sous les coups des
événements qui viennent se fera dans le mouvement ouvrier un regroupement
toujours plus rapide et plus profond. En France le Parti socialiste se trouvera
rapidement éliminé des rangs du prolétariat. Dans le Parti communiste il faut
attendre avec certitude une série de scissions. Dans les syndicats se crée un
puissant courant de gauche, sensible aux mots d'ordre du bolchevisme. Sous une
autre forme, mais identique quant au fond, des processus se produiront aussi
dans d'autres pays, entraînés dans la crise révolutionnaire. Les organisations de
l'avant-garde révolutionnaire sortiront de l'isolement. Les mots d'ordre du
bolchevisme deviendront les mots d'ordre des masses. L'époque à venir sera
l'époque de la IV° Internationale.
Post-scriptum
« Le conflit des deux camps en France, en Belgique et en Espagne est absolument inévitable. Plus les chefs du Front populaire « concilieront » les oppositions des classes et éteindront la lutte révolutionnaire, plus elle prendra un caractère explosif et convulsif dans la période à venir, plus elle entraînera de grands sacrifices, moins le prolétariat se trouvera en état de défense en face du fascisme ». (point 16 de la thèse ci-dessus).
Les événements ont apporté une confirmation de cette prédiction, avant que les présentes thèses aient pu être publiées.
Les journées de juillet en Espagne complètent et approfondissent avec une force extraordinaire les leçons des journées de juin en France. Pour la seconde fois en cinq ans la coalition des partis ouvriers avec la bourgeoisie radicale conduit la révolution au bord de l'abîme. Incapable de résoudre aucune des tâches que la révolution a posées — toutes ces tâches se réduisent à une seule, le renversement de la bourgeoisie — le Front populaire rend impossible l'existence du régime bourgeois et provoque par là le coup d'État fasciste. Endormant les ouvriers et les paysans par des illusions parlementaires, paralysant leur volonté de lutte, le Front populaire crée les conditions favorables pour la victoire du fascisme. La politique de coalition avec la bourgeoisie sera payée par la classe ouvrière par des années de souffrances et de sacrifices, sinon par des dizaines d'années de terreur fasciste.
Le gouvernement de Front populaire manifeste sa complète carence précisément au moment le plus critique ; une crise ministérielle suit l'autre, car les radicaux bourgeois craignent les ouvriers amis plus que les fascistes. La guerre civile prend un caractère traînant. Quelle que soit l'issue immédiate de la guerre civile en Espagne, elle porte un coup mortel au Front populaire en France et dans les autres pays. À chaque ouvrier français il doit maintenant être clair que le bloc avec les radicaux signifie la préparation légale d'un coup d'État militaire par l'état-major français sous la couverture du ministre de la Guerre Daladier.
La dissolution administrative des associations fascistes avec le maintien de l'appareil d'État bourgeois est, comme l'exemple espagnol le montre, mensonge et tromperie. Seuls les ouvriers armés peuvent s'opposer au fascisme. La conquête du pouvoir n'est possible qu'au moyen de l'insurrection armée contre l'appareil étatique de la bourgeoisie. La destruction de cet appareil et son remplacement par les soviets ouvriers, paysans et de soldats est la condition nécessaire pour remplir le programme socialiste. Sans l'accomplissement de ces tâches, il n'y a pour le prolétariat et la petite bourgeoisie ni issue à la misère ni salut devant la nouvelle guerre (1 er août).