Le réarmement de l'Allemagne et l'invasion italienne de l'Abyssinie ont mis fin à l'époque d'après-guerre et inauguré officiellement une nouvelle époque de pré-guerre. Avec le mouvement gréviste en France et en Belgique en juin 1936 commence une nouvelle époque de flux révolutionnaire. Tous les partis et groupes opportunistes, sociaux-patriotes et pacifistes-centristes de la classe ouvrière, sont maintenant coincés par la guerre et la révolution qui approchent. Les premiers qui seront écrasés seront ces fragments d'organisations réunis dans ce qu'on appelle le Bureau de Londres.
Les événements des deux dernières années ont confirmé complètement l'appréciation marxiste des partis et groupes du Bureau de Londres comme organisations conservatrices-centristes, complètement incapables de résister à la poussée de la réaction et du chauvinisme. La simple énumération des faits ne laisse place à aucun doute à ce sujet.
Le Parti ouvrier socialiste allemand (SAP), comme force agissante de l'association de Londres, provoqua une scission dans le RSAP hollandais, dans le seul but d'entraîner le parti dans la voie du centrisme. Il entra dans le Front populaire de l'émigration allemande, le plus morne, le plus misérable et le plus trompeur de tous les fronts populaires. Il entreprit la défense hypocrite de la bureaucratie stalinienne contre les bolcheviks-léninistes et mena en réalité la lutte exclusivement contre la IV° Internationale.
L'Independent Labour Party (ILP) avait essayé de prendre dans le conflit italo-abyssin une position de principe juste, mais la clique pacifiste-parlementaire de Maxton et Cie, qui ne considère le parti que comme son auxiliaire technique de fortune, le poussa de nouveau, par un ultimatum brutal, dans le pacifisme lamentable et adopta en même temps une loi d'exception contre les « fractions », c'est-à-dire, contre l'aile révolutionnaire marxiste. Dans la question de l'URSS, l'ILP met la révolution d'Octobre à égalité avec la bureaucratie bonapartiste, passe ses crimes sous silence et fait en particulier de la réclame pour la compilation byzantine des Webb qui est faite uniquement pour égarer les ouvriers sur les véritables voies et méthodes de la révolution prolétarienne.
Le Parti espagnol d'unification marxiste éleva la plate-forme de la « révolution socialiste-démocratique » sur son pavois et sacrifia ainsi complètement les théories de Marx et de Lénine, ainsi que les enseignements de la révolution d'Octobre, qui prouvent avec une force égale que la révolution prolétarienne ne peut se déployer dans le cadre de la démocratie bourgeoise, que la « synthèse » de la démocratie bourgeoise et du socialisme n'est rien d'autre que la social-démocratie, c'est-à-dire, la trahison organisée des intérêts historiques du prolétariat. En accord complet avec sa propre plate-forme, le Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) trouva sa place dans le Front populaire espagnol à la traîne du parti de la bourgeoisie de gauche, y compris le président actuel de la République, Azana. La critique ultérieure envers le Front populaire, de la part des chefs du parti, n'atténue pas d'un grain leur crime, car on apprécie les partis révolutionnaires selon leur manière d'agir dans les moments critiques et non selon ce qu'ils disent d'eux-mêmes une fois que les événements sont passés. Pendant les années de la révolution espagnole, lourdes de conséquences, le parti de Maurin et Nin s'est montré absolument incapable de passer de la phrase petite-bourgeoise à l'action prolétarienne.
En France, le bloc entre Doriot, qui vient de fonder, après la dissolution des ligues fascistes, le Parti populaire français (PPF), et Marceau Pivert contre la IVe Internationale révéla très rapidement son caractère réactionnaire : le maire de Saint-Denis, Doriot, sous la protection duquel avait eu lieu la dernière conférence du Bureau de Londres, accomplit bientôt après le passage dans le camp de la réaction. Marceau Pivert agit aujourd'hui comme agent pour les besognes de « gauche » de Léon Blum, qui fait confisquer par la police bourgeoise le seul journal ouvrier révolutionnaire de France et qui fait poursuivre par les juges bourgeois les adhérents de la IV° Internationale.
On peut tranquillement s'épargner une considération particulière du parti suédois, qui ne sort pas du cadre du pacifisme provincial, sans parler des maximalistes italiens, des groupes en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie, qui n'ont pas la moindre signification qualitative ou quantitative.
Le Bureau des jeunes de Stockholm , attaché au Bureau de Londres, mène la politique du SAP, c'est-à-dire celle de la duplicité et de la tromperie, qui a un effet particulièrement démoralisant et néfaste sur les nouvelles générations révolutionnaires. Ce qui caractérise le mieux la physionomie de ce Bureau de Stockholm, c'est le fait que, pour pouvoir poursuivre sa politique amicale envers les pires groupements opportunistes et patriotiques, il estima qu'il était indiqué d'exclure le représentant des bolcheviks-léninistes, en minorité dans le bureau, qui ne revendiquait que le droit de libre critique. Par cette action, les dirigeants du Bureau de Londres ainsi que de celui de Stockholm ont prouvé, même à des aveugles politiques, qu'il n'y a et ne peut y avoir de place pour des révolutionnaires dans ces organisations.
Les conférences internationales des deux bureaux mentionnés représentent, à l'égal de la IIe Internationale — mais dans une bien moindre mesure —, des institutions et des réunions semi-diplomatiques, semi-parlementaires, qui ne servent que de moyen à fournir à des organisations centristes de droite une couverture décorative internationale, leur permettant de poursuivre leur politique nationale opportuniste.
Les
déclarations
et
prétendues
décisions
des
conférences internationales, déjà foncièrement éclectiques, restent sans aucune influence sur la véritable politique des organisations nationales affiliées.
Ce qu'il en est de la « base marxiste internationale » et de « l'homogénéité révolutionnaire » propagées par ces conférences apparaît dans le fait qu'il n'existe aucun accord dans cette Internationale naine sur quelque question principielle et d'actualité politique. Dans le conflit italo-abyssin, par exemple, l'ILP d'Angleterre est adversaire des sanctions de la Société des nations (SDN) et condamne toute marche en commun du mouvement ouvrier avec la Société des nations, les maximalistes italiens, en revanche, implorent la SDN, dont la force agissante est l'Angleterre, pour l'exacerbation des sanctions contre l'Italie. La section espagnole du Bureau de Londres, de son côté, signe le programme bourgeois du Front populaire espagnol, qui réclame une politique extérieure conforme aux principes et aux méthodes de la Société des nations. La même confusion règne dans la position du Bureau de Londres en face de la politique traîtresse du Front populaire des staliniens. Tandis que la dernière séance du Bureau salue la politique du Front populaire, que la section espagnole a pris part au Front populaire espagnol et les sections allemande et italienne aux parodies de Front populaire des émigrations allemande et italienne, l'ILP et, manifestement aussi, le Parti socialiste de Suède repoussent la politique du Front populaire pour leur pays (mais les reconnaissent internationalement !). L'ILP va même assez loin en refusant aux candidats du Labour Party son soutien contre les candidats bourgeois, mais le Bureau de Londres s'enthousiasme pour le Front populaire français qui élit au Parlement avec les voix socialistes et communistes des bourgeois à la Herriot.
Il suffit de dire qu'en mai 1935, au dernier congrès du Parti socialiste de Norvège (NAP), seule organisation de masse affiliée au Bureau de Londres, pas une seule voix de protestation ne s'est élevée contre la rupture des relations de ce parti avec le Bureau de Londres. Ce fait éloquent prouve irrévocablement que l'appartenance au Bureau de Londres n'a qu'un caractère purement extérieur, car cela n'implique aucune obligation pour personne, n'intervient en rien dans la vie intérieure des différentes sections et ne peut donc favoriser en rien la formation, ne serait-ce que du soupçon, d'une aile gauche.
Les partis du Bureau de Londres ne possèdent ni une doctrine ni une politique autonome. Ils végètent entre l'aile gauche de la IIe Internationale et la IIIe Internationale qui, dans sa dernière phase, représente la fraternisation avec leur propre bourgeoisie dans le prétendu intérêt de l'État ouvrier, la défense de la « patrie » démocratique, le Front populaire antifasciste, etc. Dans ce sens, il forme une nouvelle édition de l'Internationale deux et demie, mais d'un format tout à fait minuscule. Au cours des deux dernières années, le Bureau de Londres n'a pris, dans aucune question, une position révolutionnaire claire, il n'a rien apporté au mouvement ouvrier et, non seulement, il ne s'est pas attiré l'attention hostile de la IIe et de la IIIe Internationale, mais il les rejoint plutôt dans leur position contre la IVe Internationale. Maintenant que les deux anciennes Internationales se sont tellement rapprochées, l'existence d'une internationale intermédiaire devient une pure absurdité.
Les intérêts de la IV° Internationale, c'est-à-dire de la révolution prolétarienne, excluent un compromis de principe, une tolérance, une conciliation quelconque envers des partis, des groupes et des politiciens isolés qui, à chaque pas, abusent du nom de Marx, d'Engels, de Lénine, de Luxemburg et de Liebknecht pour des objectifs qui sont en contradiction directe avec les idées et les actes de ces maîtres et lutteurs.
Lorsque le spectre de la nouvelle guerre a commencé à paraître dans toute son horreur, le Bureau de Londres, sous la direction du SAP, au lieu de poser la question d'un programme marxiste, d'une politique bolcheviste, de la sélection de cadres révolutionnaires, lança le mot d'ordre creux d'un « nouveau Zimmerwald ». Tous ceux qu'effraient généralement les difficultés révolutionnaires se hâtèrent de s'emparer de ce mot d'ordre d'apparence léniniste. Peu de mois se passèrent, et même les initiateurs ont oublié leur invention. Cependant, les tâches de la construction de la nouvelle Internationale sur les fondements de granit des principes restent entières. Ce n'est pas d'une manière aisée qu'on sortira de cette situation historique.
Les dirigeants des organisations les plus importantes du Bureau de Londres ne sont pas des adolescents ni des novices. Ils ont tous derrière eux un long passé d'opportunisme, de pacifisme et d'oscillations centristes. Ni la guerre, ni la révolution d'Octobre, ni la destruction du prolétariat allemand et autrichien, ni le tournant de trahison de l'IC, pas plus que l'approche d'une nouvelle guerre ne leur ont servi d'enseignement, mais les ont plutôt démoralisés. Il n'y a pas la moindre raison de s'attendre à leur rééducation révolutionnaire. Les révolutionnaires prolétariens ont donc le devoir immédiat de démasquer systématiquement et irréductiblement les demi-mesures, les ambiguïtés et les hypocrisies du Bureau de Londres en tant qu'obstacle le plus proche et le plus immédiat sur la voie de l'édification ultérieure de la IV° Internationale.
Résolution sur la conférence contre la guerre du Bureau de Londres
Le Congrès mondial contre la guerre, le fascisme et l'impérialisme, annoncé pour octobre 1936 par le Bureau international pour l'unité révolutionnaire socialiste (Bureau de Londres), est, par sa nature même et par la composition des organisations qui ont fait connaître leur intention d'y assister, voué à l'impuissance et à l'incapacité d'exercer les fonctions pour lesquelles il a été convoqué.
La « lutte contre la guerre » ne peut être menée séparément et en dehors de la lutte de classes elle-même, de la lutte intransigeante du prolétariat contre le capitalisme impérialiste, c'est-à-dire contre l'ordre social qui, inexorablement, engendre la guerre et l'oppression impérialistes et qui est inconcevable sans ces deux fléaux. Toute tentative de mener une lutte « contre la guerre » par des « méthodes spéciales », distinctes ou « au-dessus » de la lutte de classes est, dans le meilleur des cas, une illusion cruelle et conduit généralement à une déception amère favorisant le travail des fauteurs de guerre impérialistes. À cet égard, la conférence convoquée par le Bureau de Londres ne peut être qu'une réédition caricaturale des nombreux congrès d'Amsterdam des staliniens, qui tous ont fini dans le camp d'un social-patriotisme à peine voilé.
Cette conclusion se trouve renforcée par la composition de la conférence proposée. Son but doit être officiellement « la résistance ouvrière directe à la guerre et le refus de l'union avec la classe capitaliste ou avec des gouvernements capitalistes dans la préparation à la guerre ou dans son accomplissement ». La participation à la conférence promise par une série d'organisations, dont la plupart sont affiliées au Bureau de Londres, dément déjà cette base qui reste en fait une phrase vide.
« L'union avec la classe ou un gouvernement capitaliste » est condamnable pour une organisation prolétarienne, non pas seulement en « temps de guerre », mais aussi en « temps de paix », qui n'est autre que la période pendant laquelle les impérialistes s'emploient à préparer la guerre. La forme la plus en usage, et par conséquent la plus dangereuse et désastreuse d'une telle « union » à l'époque actuelle, c'est le Front populaire organisé par différents partis des IIe et IIIe Internationale avec la bourgeoisie, dans lequel celle-ci joue nécessairement le rôle dominant.
En privant le prolétariat de son indépendance de classe et en le soumettant à la bourgeoisie impérialiste ou à des fractions de celle-ci, les « partis ouvriers » dans le Front populaire facilitent le travail impérialiste d'organisation de la « nation » pour la guerre menaçante, et constituent un obstacle direct dans la voie de la lutte prolétarienne contre elle. Or, parmi les participants annoncés au congrès du Bureau de Londres se trouvent des protagonistes du Front populaire comme le Parti socialiste italien, le Parti ouvrier d'unification marxiste espagnol, le Parti ouvrier socialiste allemand et — aussi monstrueux que cela puisse paraître — la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste français, dont le dirigeant, Marceau Pivert, est l'un des dirigeants officiels du régime patriotique de Blum qui, actuellement, avec tant de sollicitude « améliore » l'armée de l'impérialisme français.
La lutte contre la guerre, justement comprise et menée, présuppose l'hostilité sans compromis du prolétariat et de ses organisations, toujours et partout, envers sa propre bourgeoisie et n'importe quelle autre. Cependant, parmi les participants annoncés au congrès du Bureau de Londres qui, sans doute, doit organiser la lutte commune contre la guerre, on peut trouver à la fois des défenseurs notoires des « sanctions » impérialistes de la Société des nations (comme le Parti socialiste italien) et des adversaires de ces « sanctions » (comme l'Independent Labour Party britannique). La nécessité préalable pour la lutte prolétarienne contre la guerre, ce n'est pas l'union entre les prosanctionnistes et les antisanctionnistes, mais leur séparation implacable.
La lutte contre la guerre et sa source sociale, le capitalisme, présuppose un soutien direct, actif, sans équivoque des peuples coloniaux opprimés dans leurs luttes et guerres contre l'impérialisme. Une position neutre équivaut au soutien de l'impérialisme. Or, parmi les participants annoncés au congrès du Bureau de Londres se trouvent des gens de l'Independent Labour Party qui préconisent l'abandon des courageux guerriers abyssins contre le fascisme conquérant italien, pour des raisons de « neutralité », et des membres du Poale Sion de « gauche » qui s'appuient sur l'impérialisme britannique dans sa campagne sauvage contre la lutte justifiée, même si elle est confuse, de la paysannerie arabe.
Enfin, même si la conférence du Bureau de Londres prenait une résolution formellement juste dans la question de la guerre impérialiste, ce qui est assez improbable, cela n'améliorerait pas, mais aggraverait les choses. L'accord entre les paroles et les actes est le trait caractéristique, significatif d'une organisation révolutionnaire sérieuse. C'est pourquoi les résolutions qu'elle prend à ses assemblées sont non pas de simples formalités, mais les résultats établis par des expériences qu'elle a accumulées dans l'action et sont un guide pour l'action à venir. Pour les centristes, une thèse « révolutionnaire » adoptée à une occasion solennelle n'a pour but que de servir de décoration trompeuse, de voile devant les divergences irréconciliables dans ses propres rangs, de couverture à ses actes non révolutionnaires dans la période passée et à venir. Il n'y a donc pas la moindre raison pour les véritables révolutionnaires de prêter quelque aide que ce soit aux centristes dans leur œuvre de tromperie des forces de l'avant-garde.
La conférence envisagée est, sous son véritable aspect, une grande fraude, qui ne peut que paralyser la véritable lutte prolétarienne contre la guerre, le fascisme et l'impérialisme. Si ce congrès était composé d'organisations de masse de la classe ouvrière, il pourrait être profitable pour les organisations révolutionnaires, sans tenir compte du programme ou de la direction, d'y assister afin d'exposer la fraude devant une tribune prolétarienne et de lui opposer le programme de la lutte révolutionnaire. Dans le cas présent, la participation à un tel congrès ne pourrait servir qu'à fraterniser avec ces confusionnistes professionnels du centrisme ou à démasquer les chefs, sans masses devant eux-mêmes. En tout cas, le mouvement pour la IV° Internationale refuse de participer à cette tromperie ou de lui fournir une couleur ou dignité révolutionnaires par l'envoi d'une délégation. Il recommande une action identique à toutes les organisations affiliées.
La Conférence pour la IV° Internationale prend connaissance de la résolution du dernier congrès du RSAP hollandais concernant sa participation éventuelle à des congrès convoqués par le Bureau de Londres. La conférence n'est pas en mesure d'assumer une responsabilité pour cette décision de son parti frère hollandais et ne désire pas le faire. Cependant, si le Comité central du RSAP, suivant la décision de son congrès, trouve nécessaire d'envoyer une délégation au congrès du Bureau de Londres, la conférence de Genève pour la IV° Internationale pense que la délégation hollandaise se conduira dans l'esprit de la résolution présente.