Malgré la confusion et le désarroi politique et un niveau de conscience provoqués par la capitulation de Dubcek et des principaux leaders de l'aile «libérale» de la bureaucratie tchécoslovaque devant la bureaucratie soviétique, les masses de la République socialiste de Tchécoslovaquie poursuivent le combat avec une discipline, un sens admirables, pour progresser sur la voie de la révolution politique anti-bureaucratique qui consolidera les fondements économiques et sociaux du socialisme existant dans le pays.
La grève des étudiants a été l’expression la plus manifeste de la poursuite de QUATRIEME
INTERNATIONALE 61 ce combat. Mais l’appui spontané qu’elle a reçu de la part des travailleurs, les actions et les manifestations organisées par les ouvriers des grandes usines, les cheminots, les journalistes et les enseignants indiquent jusqu’à quel point la combativité des masses reste intacte malgré l'occupation du pays par des armées commandées par la bureaucratie soviétique, malgré les tergiversations et les capitulations des dirigeants du P.C. de Tchécoslovaquie.
L'intervention constante des masses, jointe à une pression qu’elles maintiennent sans relâche, a sensiblement modifié la situation politique dans le pays depuis septembre. Le Kremlin, qui avait cru pouvoir discréditer rapidement l'équipe Dubcek en l’utilisant pour appliquer sa politique en Tchécoslovaquie, est obligé de s'en remettre de plus en plus sur elle, les staliniens conservateurs qu’il rêvait remettre en place ne disposant visiblement d'aucun crédit ni au sein du PC, ni chez les masses. Les Husak, qui espéraient un instant prendre la relève de Dubcek en se montrant plus souples à l'égard du Kremlin, se voient immédiatement coupés des masses et obligés de battre en retraite. La marge de manœuvre de Dubcek, au début assez grande du fait de l’énormé popularité que lui valut sa résistance à la bureaucratie soviétique avant l'invasion militaire, se rétrécit au fur et à mesure qu’il est obligé de toucher à des conquêtes que les masses désirent conserver.
L'impasse politique vers laquelle on s'achemine à nouveau a été nettement visible lors de la séance de novembre 1968 du Comité Central du Parti Commu. niste. L'offensive fractionnelle des staliniens soigneusement préparée et orches. trée a été un succès organisationnel ; elle n'a pas pu empêcher la faillite politique, tant la pression des masses se reflétait au cours des travaux du CC. En désespoir de cause, le Kremlin a ordonné par téléphone à Dubcek et à ses camarades d'interrompre les travaux du CC et de se rendre à Varsovie, pour y recevoir les ordres de Brejnev. On ne saurait mieux confirmer que la «normalisation » dont parle le Kremlin, c'est la soumis. sion servile des dirigeants tchécoslovaques aux ordres de la bureaucratie soviétique.
La résistance des masses de Tchécoslo. vaquie non seulement se maintient mais se renforce même. Il est important de souligner que la défense et l'expansion des conseils ouvriers qui existent déjà dans quelques usines sont un des principaux objectifs de lutte de la gauche tchécoslovaque. Ces conseils ouvriers ne doivent pas seulement se transformer d'organes de cogestion en organes de gestion des entreprises et — démocrati. quement centralisés dans des congrés — de l’économie ; ils doivent aussi constituer l'embryon d'organes d'Etat prolétarien. Il ne sera pas facile d'expliquer aux soldats soviétiques, à la population de l'URSS et des autres Etats ouvriers que lutter pour un Etat de forme soviétique en Tchécoslovaquie, c’est lutter pour la restauration du capitalisme !
La principale menace reste celle d’une répression massive contre la gauche tchécoslovaque, avant tout contre son aile marchante parmi les étudiants et les travailleurs d'usines. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire international, tout en poursuivant sa lutte pour le retrait immédiat des troupes du Pacte de Varsovie du territoire de la République Socialiste de Tchécoslovaquie, doit suivre avec une grande vigilance l’évolution de la situation intérieure dans ce pays et alerter les masses laborieuses au premier signe de déclenchement de la répression. La solidarité révolutionnaire envers la résistance admirable des masses tchécoslovaques est la meilleure garantie contre toute tentative d'utilisation de la crise tchécoslovaque par l'impérialisme, tentative qui jusqu'ici a été extrêmement modérée, ce qui montre bien que, loin d’être en train de «restaurer le capitalisme», les masses tchécoslovaques, par leur combat pour la démocratie socia. liste, menaçaient en même temps quel. ques-unes des bases de survie du capitalisme en Europe occidentale.