Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Lettre de Daniel Renard à James P. Cannon

16 février 1952 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 3 413 mots

In English: Title: Letter from Daniel Renard to James P. Cannon — traduction assistée par machine.

Cher camarade Cannon,

Je prends la liberté de t'écrire aujourd'hui car je pense que tu es l'un des camarades les plus qualifiés du mouvement trotskyste pour évaluer la situation dans notre section, ainsi que le conflit en cours opposant le parti français au secrétariat international.

J'ai lu Défense du marxisme et le Combat pour le parti prolétarien : les efforts, les combats, les expériences au travers desquels les trotskystes américains, et toi particulièrement, sont passés, te donnent tout l'arrière-plan nécessaire pour me dire ce que tu penses de ce que nous faisons ici.

Toutes les directions des sections trotskystes ont maintenant en leur possession un document du secrétariat international daté du 21 janvier 1952 concernant la section française.

Cependant, avec ses cinq pages de textes, ce document ne donne pas un compte rendu exact de ce qui se passe. Il n'offre pas une vision politique de la situation mais une version purement administrative du conflit. À la lecture de ce document, on pourrait conclure que les dirigeants de la section française, par lubie, sont conduits à réagir aux décisions du SI avec mauvaise humeur et entêtement.

En réalité, les faits sont totalement différents. Personne n'ignore dans l'internationale les divergences qui ont opposé la majorité de la section française au SI jusqu'au congrès mondial. Ces divergences ont été exprimées par des votes et des documents. La majorité française a essayé de clarifier la nature de ces divergences, particulièrement dans la période de préparation du VIIe Congrès du parti français.

Mais les divergences mettant le parti français en opposition au SI furent apaisées, sinon résolues par le IIIe Congrès mondial. Cela s'exprima dans une résolution de la commission française du congrès mondial, résolution approuvée à l'unanimité par le comité central de notre section, dans la mesure où il s'agit de la ligne d'application de la politique adoptée par le IIIe Congrès mondial. Dire, comme le fait le SI, que la majorité française a « continué » en pratique à vouloir appliquer la ligne du VIIe Congrès du PCI est inexact, et réfuté par toute l'attitude et la politique appliquée par la direction française depuis le congrès mondial.

Permets-moi d'insister sur le fait que Pablo, en s'opposant à tout vote au congrès mondial, sur les documents que les délégués y présentaient (en particulier les dix thèses rédigées par le camarade Germain et adoptées par notre VIIe Congrès), sous le prétexte que l'internationale n'en aurait pas discuté, n'a pu, de ce fait même, essayer de faire condamner nos positions par le congrès.

La vérité est que, quel que soit le domaine d'activité de notre parti, rien n'a donné lieu à la moindre critique d'aucune structure dirigeante de l'internationale à propos d'une mauvaise volonté à appliquer la ligne définie par le dernier congrès mondial.

Concernant le travail « jeune », un projet de résolution fut présenté par le bureau politique. Il souleva un certain nombre de critiques, en particulier de la part de camarades de la minorité. Une commission paritaire des membres du BP fut élue. Cette commission soumit un nouveau document jeune révisé qui fut finalement adopté. Depuis quatre mois que cette résolution est en application, cela n'a entraîné aucune critique importante ni des rangs de la minorité, ni du SI.

Si nous prenons le travail syndical, jusques et y compris la dernière réunion de la commission de contact nationale de l'Unité, il s'est déroulé sur la base d'un complet accord entre la majorité du parti français et le SI. Des directives écrites furent soumises à l'unanimité d'une commission dont le camarade Frank était membre. Elles furent ultérieurement remises en question à nouveau par un document totalement différent dont je parlerai plus avant.

Finalement, dernier domaine mais non le moindre : notre organe central la Vérité, n'a jamais été mis en cause quant au fond, par qui que ce soit, à quelque moment que ce soit, pour n'avoir pas appliqué la ligne du IIIe Congrès mondial. Qui plus est, le camarade Pablo a déclaré à l'assemblée de la région parisienne que la Vérité montrait « les progrès évidents faits par la direction française dans l'application de la ligne politique définie par le IIIe Congrès mondial ». Mais si, comme le dit la lettre du SI, la direction française « continue à vouloir appliquer la ligne du VIIe Congrès du PCI », où cela devrait-il être plus évident que dans la Vérité ? Notre journal, la principale expression publique de notre parti est le mieux à même de refléter à la lumière des événements, les positions politiques de la direction qui le publie.

Ainsi, depuis le IIIe Congrès mondial, la direction française s'est en effet efforcée d'appliquer la politique de notre internationale « avec compréhension et discipline ». Davantage, elle a fait un silence total dans le parti sur les exigences sans cesse renouvelées du SI à notre égard. Des insuffisances ont pu apparaître çà et là. Elles étaient inévitables. Mais en aucune manière volontaires. Si cela avait été le cas, si la direction avait réellement voulu suivre une ligne différente, cela serait apparu non pas accidentellement, de façon épisodique et fragmentaire, mais dans toute l'activité du parti, dans tous les domaines et à chaque étape. Des exemples d'une telle attitude d'indiscipline seraient si nombreux qu'il ne serait pas difficile d'en présenter un grand nombre.

Mais la lettre du SI ne formule nulle part d'accusation claire ni précise. En fait, il y a deux phases bien distinctes dans le combat entre le SI et la direction française. La première phase se déroule après le IIIe Congrès mondial, période pendant laquelle le parti orientait son travail sur la base de la résolution française. Cette application, dans son déroulement, a nécessité certains ajustements. Ensuite, il y a eu une seconde phase dont la date de début peut être établie très précisément : c'est le 6 décembre 1951, lorsque le SI produit un document intitulé : « Pour la réorientation de notre travail syndical en France ».

Ce document, dont on ne savait s'il s'agissait d'une résolution impérative à mettre dès sa sortie en application ou d'une contribution à la discussion de la question syndicale en France, mettait en cause d'une façon nouvelle les décisions et les documents du Congrès mondial. La stupéfaction et l'indignation qu'un tel document a soulevées dans la direction du parti français étaient tout à fait fondées. Il ne s'agissait plus d'une question d'interprétation, de faire de l'exégèse sur une phrase ou l'autre : ce texte était en opposition fondamentale et formelle avec le texte de la commission française du congrès mondial.

Par exemple, dans la résolution française, on dit la chose suivante : « Le nécessaire tournant de l'activité du parti français qui résulte du tournant dans la situation mondiale ne signifie en aucune manière l'abandon des activités engagées et des résultats obtenus par ces activités. Au contraire (...). »

Le texte du SI explique : « Afin de réaliser ces objectifs qui sont possibles dès maintenant, il est nécessaire de ne pas tenter de nous constituer en tendance distincte (à l'intérieur de la CGT), ce qui n'est pas justifié objectivement à ce stade, mais de nous intégrer en devenant rapidement les meilleurs artisans de l'unification du mouvement syndical, en prenant partout clairement et sans ambiguïté position pour les propositions unitaires de la CGT, et en manœuvrant habilement à l'égard des dirigeants staliniens afin de calmer leur suspicion à notre égard et leur permettre de nous considérer comme des instruments utiles à leur politique unitaire. »

De tout cela, la lettre du SI datée du 21 janvier ne dit pas un mot : de la sorte, on rend le conflit entre le parti français et le SI incompréhensible. L'opposition qui se manifeste sur les questions administratives et organisationnelles ne peuvent s'expliquer qu'à la lumière des positions politiques de chacun des opposants. Toute autre voie pour essayer de clarifier la discussion ne peut en fait que l'obscurcir. C'est d'autant plus clair si l'on considère la lettre du SI du 14 janvier aux membres du comité central. Là aussi, de nouveau, le CC s'est trouvé confronté à de nouvelles positions totalement contraires à la lettre et à l'esprit du IIIe Congrès mondial. La question était celle de l'entrisme dans le PC, mais un type d'entrisme très spécial, sui generis, ainsi que le SI le décrivait. Le travail indépendant était subordonné à cet entrisme (« Le travail indépendant doit être compris comme ayant comme but essentiel d'aider le travail "entriste" et doit lui-même être dirigé d'abord vers les travailleurs staliniens. » « Le travail entriste aura une portée de plus en plus grande au fur et à mesure que nous approcherons de la guerre. » Lettre du SI aux membres du CC).

Mais le congrès mondial déclarait précisément : « Dans les pays où la majorité de la classe ouvrière continue à suivre les PC, nos organisations, nécessairement indépendantes, doivent se diriger vers un travail plus systématique en direction des militants de ces partis et les masses qu'ils influencent. » (« Thèses sur les perspectives et l'orientation de la IVe Internationale »)

C'est si vrai que les camarades italiens, dont la situation politique est analogue à la nôtre par bien des aspects, ont élaboré une résolution sur le travail en direction des travailleurs du PC. La question de l'entrisme est envisagée et résolue de la manière suivante : « Cette tactique "entriste" n'exclut pas mais présuppose le travail indépendant... » ; « En tenant compte de ces nécessités, nous arrivons à la conclusion que le travail indépendant ne doit pas être liquidé, mais qu'au contraire, il sera nécessaire de lui donner des moyens supplémentaires. » Les camarades italiens, en écrivant cela pensent qu'ils appliquent la ligne du IIIe Congrès mondial. Mais dire, comme le fait le SI, que cette résolution italienne « soutient une tactique identique à celle proposée par la lettre du SI du 14 janvier au CC du parti français », c'est refuser d'admettre l'évidence. La position du SI fait du travail indépendant un supplément à l'entrisme, les camarades italiens font exactement l'inverse. Il faut une bonne dose de myopie politique pour identifier les deux positions.

À mon avis, le SI cherche à cacher les vrais motifs de la discussion en accusant la majorité française de ne pas vouloir appliquer la ligne du IIIe Congrès mondial et de vouloir lui substituer la ligne du VIIe Congrès de notre parti. En vérité, la direction française n'est pas en opposition au SI, mais à ce que nous, en France, avons appelé « pablisme ». C'est cela qui est en cause. Et aujourd'hui, sous couvert de notre direction internationale, Pablo essaye de faire passer ses propres positions. Quand la majorité française dit que la résolution syndicale, comme la lettre du SI aux membres du comité central des 19 et 20 janvier, n'est pas l'expression honnête du congrès mondial, elle dit, sous une autre forme, que le pablisme ne l'a pas emporté au IIIe Congrès mondial. Pour s'en convaincre, il suffit à quiconque de se reporter à « Où allons-nous ? » et aux thèses du IIIe Congrès mondial.

Le combat dans lequel le parti français s'est trouvé engagé et auquel je prends part, a eu comme cadre l'action punitive du SI suspendant la majorité du comité central, mesure dirigée contre toutes les forces vives du parti, contre tout ce qui, directement ou indirectement, touche au travail ouvrier et syndical. Cette mesure punitive est injuste et injustifiable. C'est la suppression de toute direction authentique dans tous les domaines d'activité. Et comment le SI explique-t-il la mesure ? Par l'accusation de « décomposition organisationnelle et politique ». Et sur quoi fonde-t-il cette accusation ? Sur des ouï-dire et des ragots. Mais si la direction du parti se décompose politiquement et organisationnellement, cela devrait pouvoir être confirmé par d'autres moyens que les accusations des camarades de la minorité. La décomposition si elle est politique, doit apparaître dans des documents et en particulier dans les documents soumis précisément au plénum du CC dans lequel la majorité a été suspendue. La décomposition politique devrait aussi apparaître dans notre organe central la Vérité, dont dix numéros sont sortis depuis le congrès mondial. Cet aspect de la décomposition politique de notre direction est d'autant plus important qu'allusion est faite dans cette lettre à Shachtman, au POUM et aux Yougoslaves. Ceux de nos camarades qui ont participé au Ier Congrès mondial ont pris position contre la proposition de considérer le WP comme « section sympathisante ». Depuis cette date, nous n'avons pas écrit ni prononcé un mot qui pourrait justifier un amalgame avec Shachtman. Il n'existe aucune base de comparaison entre notre position et celle du POUM, à qui la Vérité a répliqué lors de ses attaques contre notre IIIe Congrès mondial. Aucune de nos positions n'est identique à celle des Yougoslaves contre qui nous avons mené l'offensive depuis dix-huit mois sur tous les terrains où ils se sont montrés (brigades, syndicats, jeunesse). En quoi, directement ou indirectement, l'argumentation utilisée par la direction française ressemble-t-telle aux positions prises par Shachtman, le POUM ou les Yougoslaves ? En rien. Et il y a là un amalgame sans principe qui ne condamne que ceux qui en font usage.

Quant à la décomposition de la direction de notre parti d'un point de vue organisationnel, quels sont les symptômes qui la révèlent ? Des membres ont-ils démissionné ? Le journal n'a-t-il pas pu paraître ? Les directives ne sont-elles pas sorties pour lancer telle ou telle action, à tel ou tel moment ? Si la direction comme force motrice du parti se décompose, quel meilleur test que le dernier mouvement de grève du 12 février pour le vérifier ? Mais là encore, comme par le passé, notre direction, instruite par l'expérience et consciente de la situation créée dans le parti par le coup de force du SI s'est montrée à la hauteur de sa tâche.

Tout cela tend à démontrer qu'une mauvaise cause demande, pour être défendue, l'utilisation de mauvaises méthodes. Et ceci, de la même manière, explique pourquoi, pour nous, le combat contre le pablisme n'est pas un combat d'une importance secondaire. La majorité française a acquis la conviction au cours des nombreux mois où elle s'est opposée au pablisme, que ce dernier signifie la destruction du trotskysme, au moins en Europe occidentale. L'acuité du combat, d'un côté comme de l'autre, ne s'explique ou ne se justifie que dans cette perspective.

Si nous revenons au travail syndical, nous trouvons dans la résolution française du congrès mondial, résolution que notre CC a adoptée, la perspective suivante exposée dans ces termes : « Les accords qui ont servi de base pour l'Unité (élément essentiel du travail syndical de la section française) ont lieu sous la garantie de la libre expression pour les différents courants rassemblés autour du journal. L'activité d'ensemble du parti dans l'Unité continue sans aucun changement. » Ceci est clair et sans la moindre ambiguïté. Quatre mois après que ces lignes aient été écrites, on peut lire la phrase suivante sous la plume du SI : « Il est nécessaire de ne pas tenter de nous constituer en tendance distincte », opposée aux staliniens. Quelle signification a cette phrase, sinon de nous livrer pieds et poings liés aux bureaucrates staliniens. Pour nous, cependant, la perspective est claire : la situation du mouvement syndical français est telle qu'elle nous impose l'exigence de n'abandonner d'aucune manière l'orientation définie par la résolution française du congrès mondial. Que les variations de la politique stalinienne nous demandent d'utiliser telle ou telle tactique est évident. Mais il s'agit d'une question tout autre dans le texte de renoncement du SI. Si nous reprenons la question de l'entrée dans le PC, notre perspective est claire. Nous ne sommes pas hostiles à en examiner la possibilité, ce que nous avions déjà formulé bien avant la lettre du SI du 14 janvier aux membres du CC. Mais pour nous, il s'agit avant tout d'un travail de fraction qui ne peut modifier le travail du parti indépendant et par-dessus tout ne peut en aucune manière modifier le caractère indépendant du programme trotskyste par rapport au stalinisme. Non seulement nous pensons que le travail de fraction dans le PC est nécessaire et indispensable, mais nous disons que cette idée d'entrer dans le PC doit être considérée par tout le parti comme l'éventualité à laquelle il nous faut nous préparer clans la perspective des grands bouleversement sociaux, et de bouleversements permanents de l'appareil stalinien. Pour Pablo, il s'agit de tout autre chose. Il s'agit d'une intégration pure et simple au stalinisme, s'en remettant à lui pour réaliser un certain nombre de tâches historiques que le trotskysme est incapable de remplir.

La politique a sa logique propre, et spécialement la politique de Pablo. N'a-t-il pas déclaré au CC des 19 et 20 janvier que le Programme de transition était un instrument inadéquat pour juger réellement de ce qu'est le stalinisme aujourd'hui ? Ceci pouvait passer pour une erreur momentanée de Pablo, mais depuis cette déclaration, l'idée a fait son chemin et à la dernière réunion de la région parisienne, le camarade Frank, membre du SI, a déclaré que l'idée du Programme de transition selon laquelle « la IIIe Internationale était passée définitivement du côté de l'ordre bourgeois » était une idée incorrecte. Et le camarade Corvin, membre du comité central, a également déclaré que parler des oscillations de la bureaucratie stalinienne revenait à remettre en cause le caractère ouvrier de l'URSS, ajoutant que nous ne verrons bientôt plus d'oscillations, mais des hésitations du stalinisme à accomplir les tâches de la révolution. La camarade Mestre, membre du bureau politique, n'a-t-elle pas déclaré que l'entrisme sui generis est devenu nécessaire parce que « le stalinisme a changé » ? Tout ceci n'est évidemment pas le fruit du hasard. Tout ceci exprime seulement dans nos rangs la pression du stalinisme sur la petite bourgeoisie de l'Europe occidentale, qui trouve son écho dans notre organisation.

Ceci explique pourquoi j'ai personnellement déclaré que, confronté à de telles positions, le parti devait se dresser unanimement et condamner de tels crimes. Ce qui me préoccupe n'est pas de créer une atmosphère d'hostilité dans la section française « à l'égard de l'internationale » comme l'implique la lettre du SI. Ce qui me préoccupe, c'est de défendre les fondements programmatiques essentiels de notre mouvement, qui constituent sa richesse et le plus sûr garant de la victoire.

La position que j'ai prise dans cette bataille est le produit de l'expérience accumulée pendant des années d'appartenance au mouvement ouvrier et en particulier de mon combat pour le trotskysme à l'usine Renault. Inventer la notion que notre opposition à la ligne pabliste procède d'un anti stalinisme infantile, c'est cacher le caractère réel du pablisme, tel qu'il se révèle lui-même chaque jour davantage, chaque jour plus clairement. Aujourd'hui, Pablo est contraint de remettre en cause les idées fondamentales du Programme de transition afin de soutenir sa ligne. Qu'arrivera-t-il demain

La méthode utilisée par Pablo m'a amené à réfléchir beaucoup et j'ai en particulier revécu le combat mené par Trotsky contre Shachtman, Burnham et Abern en 1939-1940 dans la section américaine. La méthode utilisée par le SI est absolument l'inverse. Trotsky et tous les camarades américains à ses côtés ont combattu politiquement et tenté de convaincre les camarades du SWP par la discussion la plus large possible et la plus fondamentale. En particulier, Trotsky s'est constamment tourné vers la base ouvrière du parti, s'est adressé à elle, utilisant les meilleures formes de pédagogie à cet effet, pour qu'au moins la discussion serve à éduquer le parti. Ici, il y a dédain de la base ouvrière du parti parce qu'elle est la majorité. Nous voyons les questions fondamentales évacuées sous de faux prétextes. A toute une direction opposée â sa ligne, le SI répond « suspension » et se justifie par des insultes.

A tout cela, le parti (et quand je dis parti, je veux dire toute l'internationale) ne peut que perdre. Il n'est pas possible de détruire une section trotskyste sous prétexte qu'elle ne partage pas les idées de Pablo sur le rôle de la bureaucratie soviétique et sur les « siècles de transition ». Détruire n'est pas le rôle d'un dirigeant de l'internationale : son rôle n'est pas de détruire les fondements humains de toute politique, entriste ou autre.

Ma lettre n'a d'autre but que de t'avertir de ce danger, d'expliquer la situation et de te demander ton avis. J'espère avoir accompli ma tâche. Reçois, cher camarade, fraternellement, mes meilleurs vœux bolcheviks-léninistes.

Daniel Renard

Paris, 16 février 1952

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 319–325 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

Une erreur sur cette page ?