Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960)

Manifeste du 5e Congrès mondial de la IVe Internationale aux travailleurs et aux peuples du monde entier

octobre 1957 · Ve Congrès mondial · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 5 358 mots

Algérie et Maghreb Construction de l'Internationale Révolution coloniale et libération nationale

In English: Manifesto of the Fifth World Congress — texte anglais publié à l’époque.

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aux (ravailleurs et aux peuples du monde entier

Camarades,

La crise structurelle qui, depuis 40 ans, ébranle le monde capitaliste s'approche de sa phase finale. Miné par ses contradictions économiques, talonné par la révolution coloniale qui poursuit inlassablement sa marche en avant, confronté avec la puissance croissante des Etats ouvriers, le capitalisme a perdu tout espoir de reconquérir le globe. S’accrochant aux dernières positions solides qu’il occupe, en Amérique du Nord et en Europe occidentale, il ne compte cependant pas abdiquer sans combat devant les vagues montantes des forces révolutionnaires. Au contraire, il ne cesse de se préparer pour mener une dernière bataille décisive, jetant dans la balance l'énorme potentiel technique et militaire des Etats-Unis. De là le danger qui menace toujours l'humanité, danger d’une guerre mondiale nucléaire dont les conséquences pour la survie du genre humain seraient incalculables.

AU SEUIL DE L’AGE D'OR

Jamais le capitalisme n’avait mieux montré son rôle foncièrement réactionnaire dans le monde d’aujourd’hui. Jamais il n’avait ainsi donné la preuve que tout progrès humain exige impérieusement sa destruction.

Depuis dix ans, la science et la technique humaines ont progressé à pas de géant. L’automation, la multiplication des techniques industrielles nouvelles, l’utilisation productive de l'énergie nucléaire, voire demain lutili-sation productive de l'énergie solaire, permettraient de réaliser dans des délais relativement brefs le vieux rêve d’abondance de l'humanité. Débarrassés à tout jamais des soucis matériels, les hommes se lanceraient. à la conquête de l’espace et des ultimes secrets de la vie, vaincraient les intempéries et les maladies, feraient fleurir les déserts et assureraient à tous les habitants de la planète une existence enfin à la hauteur de la grandeur humaine.

De l'avis des savants, il n’y a plus de barrières insurmontables qui nous séparent de ces objectifs merveilleux. Les moyens matériels et les techniques ne font pas non plus défaut. Ce qui manque, c’est l'organisation rationnelle de la société qui doit éliminer les conflits entre des groupes sociaux. Ce qui manque, c’est la répartition rationnelle des ressources d’ores et déjà à la disposition de l'humanité, dans un but de bien-être et de progrès et non dans un but de destruction ou de gaspillage.

Tel est le paradoxe fondamental de notre époque: au moment où des richesses immenses sont employées à la fabrication d’engins de suicide de l'humanité; au moment où des richesses tout aussi colossales sont employées pour conquérir l’espace, un milliard et demi d'êtres humains ne mangent pas à leur faim, sont à peine habillés décemment, vivent dans des demeures indignes et restent la proie de la maladie, de la misère et de l'ignorance. Au moment où l’homme s'apprête à devenir le maître de l’univers des milliers d'êtres v compris dans les pays capitalistes avancés, n’ont pas encore résolu le problème d’un logement décent.

Pour mettre les acquisitions de la science et de la technique au service de l'humanité tout entière, il faut abolir le système économique absurde qui subordonne la production au profit, et la consommation des larges masses aux revenus que veulent bien leur distribuer les maîtres des trusts et des monopoles. Il faut abolir l'exploitation de l’homme par l’homme et le système d'échanges internationaux basé sur des relations marchandes. Il faut mettre les moyens de production entre les mains de la collectivité, assurer le contrôle des producteurs sur les entreprises, dresser l'inventaire des besoins

Q U A TRI E M E LENS ERER Ne A TE TION ATIUNE réels de 2 milliards et demi de consomnmateurs et élaborer un plan mondial de développement économique et de bien-être qui, tout en améliorant le niveau de vie des travailleurs des pays: avancés, permettrait dans le plus bref délai possible aux habitants des pays colloniaux et semi-coloniaux de vivre enfin au niveau du 20° siècle.

Pareille planification mondiale dé& l’économie est aujourd’hui la tâche la plus brûlante de l’humanité, sinom l’évolution des prochaines décades accentuera la tendance monstrueuse qui fait que les pays riches deviennent plus riches et les pays pauvres relativement plus pauvres. Cette planification n’est pas utopique ; elle n’exige pas de lourds sacrifices des travailleurs d'Occident. Au contraire: si l’on ne part que des richesses annuellement gaspillées dans des buts d’armement, c’est-à-dire de destruction, on arrive à la somme fantastique de 100 milliards de dollars par an qui pourrait être consacrée intégralement à l’industrialissation et à la modernisation des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, sans que les travailleurs des pays industriellement avancés n’abandonnenit une parcelle de leur sfanding actuel.

Encore cette hypothèse ne se fondie-t-elle que sur le simple maintien des richesses actuellement produites par le (capitalisme. Mais, en réalité, l'exemple de l’Union soviétique démontre année après année qu’une organisation tant soit peu rationnelle permettrait aux pays industriellement avancés de doubler au moins le rythme de leur progression économique, favorisant ainsi une nouvelle et substantielle élévation du niveæu de vie en Occident, tout en libérant de nouvelles ressources pour l’essor de l’économie et de la culture dans les pays que l'impérialisme avait jusqu’à maintenant enchaïnés à une détresse quasi médiévale.

Le règne de l’abondance et de la paix universelles sont ‘aujourd’hui à la portée directe de l'humanité. Il n’y a qu’un seul obstacle sérieux: la survie du capitalisme. Balayer le capitalisme de la terre est devenu une tâche de salut public pour l'humanité; si cette tâche n’est pas résolue, le capitalisme risque de mobiliser les ressources infinies de la science et de la technique dans un but d’effroyable destruction.

IL FAUT DESARMER LE CAPITALISME AUSSITOT QUE POSSIBLE !

Sentant que les rapports de forces ont définitivement tourné à ses dépens, l'impérialisme américain s’est lancé dans une course aux armements dont la seule issue ne peut être aue la guerre, si les travailleurs du monde entier et les travailleurs des Etats-Unis ne réussissent pas à désarmer à temps les maîtres de Wallstreet et du Pentagone, en s’emparant du pouvoir.

Les progrès économiques et techniques réalisés par l'Union soviétique, loin de calmer les ardeurs guerrières de limpérialisme yankee, ne font que les pousser au paroxysme. Dans la phase actuelle, décisive, de l’agonie du capitalisme, l’impérialisme n’a en effet que le choix entre l’abdication sans combat ou une dernière lutte désespérée afin de repousser l’échéance. Tout nouveau progrès décisif de la révolution, toute crise économiaue maieure qui le menacerait, toute avance technique sensationnelle de PU.R.S.S. le pousse à se pencher sur le bord de labîme, selon l’expression même de Foster Dulles, théoricien et leader de la politique de guerre de l’impérialisme.

Pendant quelques années, il a pu sembler que limpérialisme freinait quelque peu sa marche vers la guerre. La conjoncture économique était favorable au profit. La révolution coloniale restait canalisée pendant une période par des directions enclines à conclure des compromis avec Washington. Le Kremlin était en butte aux forces contradictoires internes de la société soviétique. Ainsi avons-nous connu la conférence de Genève et les interminables négociations de la sous-commission de désarmement à Londres.

Mais il a suffi d’une nouvelle progression de la révolution coloniale au Moyen-Orient et d’un sensationnel bond en avant de la technique et de l’armement soviétioues pour que le caractère factice de cette « détente » éclate au grand jour. Des accords partiels sur tel ou tel aspect de la course aux armements restent, bien sûr, possibles. Mais un véritable désarmement signifierait la signature par Vimpérialisme de sa propre condamnation à mort.

Plutôt que de leurrer les peuples avec des pronostics hyper-oplimistes la IV*° Internationale les met solennellement en garde contre les dangers aui menacent l'humanité. Si le prolétariat international ne désarme pas à temps l'impérialisme, avant tout l'impérialisme américain, celui-ci

Es

Q U A TRIE ME PEN TUE RSNMAST TO ENTASTES précipitera l'humanité dans une guerre nucléaire plutôt que de capituler sans combat devant la Révolution!

Pour défendre la politique mensongère de la « co-existence pacifique », certains affirment que, comme la guerre mondiale nucléaire risque de détruire la civilisation tout entière, et comme tout nouveau progrès de la révolution risque de pousser l'impérialisme à déclencher la guerre, il vaut mieux freiner les progrès de la révolution! Ils excusent de cette façon le comportement traître du Kremlin et des partis communistes envers des mouvements révolutionnaires comme la révolution algérienne. Mais, en réalité, ces partisans de la « résistance passive » ne vont pas jusqu’au bout de leur pensée. Les derniers événements ont démontré que non seulement l'avance de la Révolution, mais encore des bonds en avant de l’économie, de la technique ou de la science soviétique peuvent « provoquer » l'impérialisme. La logique de la capitulation devant le chantage atomique exigerait donc non seulement l'arrêt de la révolution coloniale mais encore l'arrêt des progrès de l’économie soviétique!

Aucune force au monde n’est cependant capable aujourd’hui d’arrêter Pune ou lautre de ces tendances fondamentales de notre temps. La tâche qui s'impose à l'humanité n’est pas de capituler devant le chantage atomique de Washington mais de désarmer aussitôt que possible les fauteurs de guerre nucléaire, Les mouvements qui se développent actuellement à ce sujet en Grande-Bretagne, en Norvège, en Islande et ailleurs indiquent que le prolétariat international, après un moment de stupeur, comprend de mieux en mieux la question de vie ou de mort qui est posée devant l'humanité.

La IV° Internationale appelle les travailleurs et tous les peuples du monde à l’action concertée contre la folie de la course aux armements nucléaires. Qu'une conférence mondiale réunisse les représentants de toutes les organisations ouvrières, politiques, syndicales et coopératives, dans le but d'établir un plan d'action concerté contre les bombes A et H! Que le 1* mai soit proclamé dans le monde entier journée de lutte commune contre les armes nucléaires! Que la voix du prolétariat international retentisse puissante, dans des milliers de meetings, de manifestations, de grèves, à travers le monde:

Arrêt immédiat des expériences nucléaires!

Interdiction immédiate sous contrôle des organisations ouvrières des armes nucléaires et destruction de tous les stocks accumulés de ces armes!

Halte sur la route qui conduit les fous au pouvoir vers l'abîme de la guerre nucléaire!

En même temps la IV*° Internationale avertit les travailleurs et les peuples de tous lés pays qu’il n’y a en définitive qu'un seul moyen efficace pour désarmer l'impérialisme: c’est de lui arracher les richesses et le pouvoir, de renverser ses Etats et de construire des Etats ouvriers dans les grands pays du monde.

POUR LA VICTOIRE DE LA REVOLUTION COLONIALE !

La force principale qui a modifié les rapports de force globaux entre les classes, ce fut la révolution chinoise et la formidable vague de la révolution coloniale à travers le monde. Inspirée par la soif élémentaire de liberté et de dignité humaine des masses réveillées après un sommeil séculaire; alimentée par une misère sans nom qui contraste avec le confort et le luxe que les pays impérialistes assurent à une partie de leurs, propres habitants; encouragée par les défaites successives subies par l'impérialisme en Chine, en Corée et au Vietnam, la révolution coloniale embrase aujourd’hui tous les pays arabes, du Pakistan à Casablanca, détermine une puissante montée du mouvement des masses dans de nombreux pays d'Amérique latine (Bolivie, Argentine, Colombie, Cuba...), sape la stabilité apparente du régime bourgeois de Nehru en Inde et de Sukarno en Indonésie, commence à s’infiltrer par mille crevasses dans lédifice impérialiste construit en Afrique noire. ! L D à

La structure sociale des pays coloniaux et semi-coloniaux ; la faiblesse numérique extrême du prolétariat; la trahison des grands partis ouvriers métropolitains envers la révolution coloniale ; la politique opportuniste du Kremlin d'appui sans réserve accordé à la bourgeoisie coloniale, à laquelle les partis communistes sont appelés à se subordonner servilement — tous ces phénomènes favorisent pendant une première phase de la révolution le maintien à leur direction d'équipes bourgeoises ou petites bourgeoises, manœu-

Q U A TR I E M E LÉNPEUE)R:N ANT T''OLNIATIL:E vrant entre les masses d’une part et l'impérialisme de l'autre, recherchant des appuis diplomatiques sans discrimimation du côté de Washington ou du côté du Kremlin.

L’impérialisme américain, compremant les conséquences désastreuses pour son régime d’une alliance tant soïüt peu durable des bourgeoisies coloniales et du Kremlin à l'échelle mondiale, s’est efforcé d’acheter la sympathie de celles-là en leur promettant une aide financière et en les appuyant dans une certaine mesure contre les impérialiismes européens. L’attitude des impérialistes américains au moment de la crise de Suez, où ils agirent avec les bourgeoisies coloniales et avec le bloc des Etats ouvriers contre Paris et Londres a marqué le point culminant de cette manœuvre.

Celle-ci se heurte cependant à une série d’obstacles objectifs. En Amérique latine, où l'impérialisme contre lequel se lèvent les masses est précisément l'impérialisme américain lui-même, elle n'a qu’un champ d’application limité (par exemple l’appui donné actuellement à la droite du MN R. en Bolivie). De par sa nature sociale et malgré des réserves financières infiniment plus larges que celles de lU.R.S.S., l'impérialisme américain est incapable de stimuler une industrialisation véritable des pays coloniaux. Sa propre richesse, qui en fait un pays exportateur de produits agricoles autant que de produits manufacturés, l'empêche de propulser l'accroissement de la production marchande de nombreux pays coloniaux et semi-coloniaux (par exemple du coton en Egypte!). Finalement, la logique propre de la révolution coloniale la fera dépasser sa phase actuelle à directions bourgeoises ou petites bourgeoises vacillantes ou traîtresses. Plus le mouvement de masse s’amplifie, et plus des équipes plébéïennes, d'inspiration ouvrièreesinon marxiste, disputeront aux vieilles directions la conduite de la révolution coloniale. La constitution de partis ouvriers indépendants, nés du mouvement national ou du mouvement syndical, est à l'ordre du jour dans tous ces pays. Elle éliminera rapidement les manœuvres de l'impérialisme yankee.

De toutes les manifestations de la révolution coloniale qui se sont produites au cours des dernières années, depuis Dien-Bien-Phu, c’est l’héroïque soulèvement révolutionnaire du peuple algérien qui représente à l'heure actuelle la menace la plus directe pour l'impérialisme mondial. Remettant de plus en plus en question les compromis instables conclus entre l'impérialisme français et les bourgeoisies marocaine et tunisienne ; sapant la stabilité de l’économie, des finances et de l'Etat de la France métropolitaine même; ouvrant le flanc de toute l'Afrique noire à un nouvel élargissement de la révolution; détruisant les derniers espoirs de « grandeur » de l'impérialisme français basés sur les sables pétrolifères du Sahara, la révolution algérienne mérite le respect et l’admiration de tous les travailleurs du monde pour l'esprit de sacrifice et d’abnégation sans pareil des masses qui s’y sont engagées, pour l'audace et la volonté inébranlable de victoire de ses combattants.

Devant les profonds remous que l’éclatement de la révolution algérienne avait provoqués en France; devant les refus d’obéissance et les premières mutineries de jeunes recrues de l’armée française, le mouvement ouvrier français aurait pu à la fois apporter une aide importante à la révolution algérienne et profiter de cette occasion unique pour frapper un coup décisif à son ennemi n° 1, le grand capital français. Au lieu d’agir ainsi, les organisations de masse du mouvement ouvrier français se sont couvertes de honte par leur couardise, leur hypocrisie, leur passivité sinon leur trahison ouverte envers la révolution algérienne.

La direction réformiste de Guy Mollet, jetant au vent ses promesses électorales et capitulant devant lémeute des colonialistes à Alger, s’est glorifiée d’avoir organisé la répression contre-révolutionnaire en Algérie. Élle a sur sa conscience des massacres ayant pris l’ampleur du génocide, une terreur et des tortures qui valent celles d'Hitler, l'établissement d’un régime concentrationnaire que la loi dite des « pouvoirs spéciaux » a déjà transféré en France. Quant au Parti Communiste, prêt il n'y a pe si longtemps à mobiliser ses militants contre le général « américain » Ridgway ou contre le général « allemand » Speidel, il n’a pas su organiser une seule action de classe, une seule grève, une seule manifestation d’envergure pour arracher le retrait des troupes françaises et de limpérialisme d’Algérie. Il ne peut invoquer pour se justifier la vague chauvine qui a déferlé sur la France, car il l’a lui-même nourrie sinon déclenchée, en complicité avec la S. F. I. O. I1 ne peut pas non plus invoquer la passivité relative des travailleurs dont il porte lui-même la responsabilité de pros ses crimes passés. Et tout de même, le P.C.F. bien plus faible de 1925, dans des conditions à U À T R I E ME DENT NRA RENAUD RE NONMEN PAIN" infiniment plus défavorables, a mené une campagne autrement dynamique contre la guerre au Maroc.

Il a appartenu à la section française de la IV° Internationale, comme seule organisation ouvrière du pays, de lever fièrement le drapeau de Lénine, le drapeau de la lutte commune des travailleurs français et du peuple algérien pour la défaite de l’impérialisme français. Ce faisant, elle a sauvé l'honneur de la classe ouvrière devant le bain de sang dont se sont rendus coupables les maîtres versaillais du Palais-Bourbon.

En Amérique latine, la révolution bolivienne est entrée dans une phase décisive. Sans base sociale tant soit peu importante, le gouvernement réactionnaire de Siles, appuyé à fond par l'impérialisme yankee et encouragé par la couardise de la direction officielle de la gauche, les Lechin et autres ex-ministres « ouvriers », se prépare à enlever aux masses toutes les conquêtes de la révolution d'avril 1952 et à instaurer une sanglante dictature militaire.

Mais l'esprit combatif des héroïques masses boliviennes, des mineurs de Catavi et Siglo XX, des paysans, de leurs organisations et de leurs milices, est aussi élevé que jamais. Guidées par le P. O. R. (section bolivienne de la IV° Internationale), elles sauront bientôt imposer la convocation d’un Congrès extraordinaire de la C.0.B. qui décide la formation d’un véritable Gouvernement ouvrier et paysan, libérant les masses du pays du cauchemar économique dans lequel elles vivent actuellement et de la menace de dictature.

Toute victoire en Bolivie retentirait dans toute l'Amérique latine, traversée à nouveau d’un bout à l’autre par la fièvre révolutionnaire, devant l'instabilité extraordinaire de gouvernements bourgeois débiles et le chaos économique qu'ils maintiennent. De l'Argentine à la Colombie et jusqu’à Cuba, les masses latino-américaines salueront les succès de la Révolution bolivienne et sauront suivre tumuliueusement la même voie victorieuse!

Vive la victoire de la révolution coloniale!

Indépendance pleine et entière de tous les peuples !

Retrait des troupes d'occupation impérialistes de tous les pays coloniaux et semi-coloniaux!

Gloire à l'héroïque révolution algérienne !

Pour la défaite de l'impérialisme français, ennemi commun du prolétariat JEOeUIE u peuple algérien et de tous les peuples opprimés de l'Union française!

POUR UN NOUVEL ASSAUT CONTRE LES CITADELLES OCCIDENTALES DU CAPITAL

Grâce à la trahison des directions réformistes et staliniennes, qui ont appelé les travailleurs à reconstruire l’économie et l'Etat capitalistes déla-brés à la fin de la deuxième guerre mondiale, alors que la prise du pouvoir était à leur portée, le capitalisme a réussi à traverser une nouvelle période de haute conjoncture dans la plupart des pays d'Europe occidentale. Certes, aucun problème structurel n’a été résolu. L'Italie méridionale n’est pas industrialisée ; l'Espagne reste courbée sous le poids de salaires de famine et d’une propriété terrienne semi-coloniale ; la décadence de l’économie britannique se précise de plus en plus ; la France n’a pas réussi à moderniser ses industries de transformation ni à équilibrer ses finances, l’Allemagne n’a pas réussi à recouvrer son unité. Cependant, au cours des dernières années, l’industrie capitaliste a connu sans aucun doute un essor remarquable et les salaires réels ont été modestement augmentés dans la plupart des pays.

Mais comme cette haute conjoncture s’est réalisée en régime capitaliste, elle a été caractérisée par tous les phénomènes qui l’accompagnent traditionnellement. La capacité de production s’est développée bien davantage que la capacité de consommation des larges masses. Des fortunes rapides ont été acquises grâce à la spéculation et aux trafics louches, alors que des millions de salariés, de femmes et de jeunes avant tout, gagnent moins que le minimum vital le plus strict tout en travaillant plus intensément que jamais. I1 y a surabondance de constructions luxueuses, alors que des millions de familles souffrent d’une crise de logement, source de démoralisation et de catastrophes individuelles. Dans la course générale aux profits, la conjoncture s’est échauffée, l'inflation a commencé par se manifester, le déficit en dollars a reparu en Europe, le déséquilibre des échanges internationaux s’est accentué. Ainsi se trouvent réunis tous les éléments d’une nouvelle récession qui a déjà commencé dans plusieurs pays.

Aux États-Unis, où la haute conjoncture se maintient essentiellement

Q U AT RI E M E DENTS RENTALTIIMONNTANLE grâce aux énormes dépenses militaires, des fluctuations régionales ont créé dans ce pays le plus prospère du monde des situations sociales tragiques et des déséquilibres économiques sans cesse accentués. L'industrie textile est depuis des années en déclin. La récession dans l’industrie de l’automobile dure depuis deux ans, créant une massæ de chômeurs dans les régions les plus industrialisées. À ces chômeurs s’ajouteront les travailleurs licenciés des usines d’aviation par suite de la révision des programmes d’armement. L’industrialisation dans le Sud, loin de résoudre L façon harmonieuse la question raciale, a exacerbé la tension entre la masse noire, exigeant de facon de plus en plus pressante son émamcipation et l’égalité réelle des droits, et le « noyau dur » des racistes qui s’accrochent à tous prix à leurs privilèges. Ainsi est née une crise politique d’une gravité exceptionnelle pour l’équilibre du gouvernement bourgeois américain, erise qui n’est que le reflet, à l’intérieur des Etats-Unis, des progrès réalisés par la révolution coloniale à l'échelle mondiale.

C’est dire que, malgré la haute conjoncture, aussi bien en Europe occidentale qu'aux Etats-Unis, le mouvement ouvrier était de nouveau en mesure de porter des coups très durs sinon décisifs à son adversaire de classe. C’est dire que les moments de crise n’ont pas manqué, moments que le mouvement ouvrier aurait pu mettre à profit pour présenter hardiment aux peuples, comme solution de rechange devant le gâchis du désordre et de l’exploitation capitaliste, la réorganisation de la société sur une base socialiste. Si ces occasions n’ont pas été exploitées, la faute en incombe non aux « conditions objectives >» mais à l'impuissance et à la couardise des directions traditionnelles « socialistes » et « communistes » plus que jamais terrorisées par l’idée de devoir dépasser à un moment donné le cadre sacro-saint de la démocratie bourgeoise.

Aujourd’hui, au seuil d’une, nouvelle récession dont l'ampleur sera déterminée en dernière analyse par l'importance d’une nouvelle vague de dépenses militaires qui saperont encore plus la stabilité des monnaies, la IV*° Internationale appelle les travailleurs de tous les pays capitalistes avancés à s'élever à la hauteur des possibilités socialistes ouvertes par l’agonie du capitalisme.

Ne permeltez pas au patronat de fermer des entreprises construites avec votre labeur et vos peines. Ne permettez pas que le jléau du chômage s’élende. Nationalisation des banques et de toutes les industries de base et leur gestion sous contrôle ouvrier! Expropriation d'office par l'Etat de toutes les entreprises fermées par leurs propriétaires! Etablissement de plans d'ensemble pour le dévelop ement économique, élaborés sous le contrôle des syndicats! Contre « l'Europe » des trusts, pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe qui élaboreront un plan économique commun et offriront l'intégration, sur une base socialiste, aux pays de « démocratie populaire » et à l'U.RS.S.! Réduction de la semaine de travail à 40 heures dans tous les pays où elle est effectivement de 48 ou de 45 heures, et à 35 heures où elle est effectivement de 40 heures! Application de toute technique d'automation sous contrôle ouvrier, et dans le cadre d'un plan économique d'ensemble garantissant le plein emploi!

POUR LE RETABLISSEMENT DE LA DEMOCRATIE SOVIETIQUE EN U.R.S.S.

Au moment où l’agonie du capitalisme entre dans sa phase décisive, commence celle de la bureaucratie soviétique. Les mêmes forces qui ébranlent les assises mondiales du Capital font voler en éclat la dictature monolithique du Kremlin. La montée de la révolution coloniale et les progrès remarquables de la technique et de l’économie soviétiques sapent les bases objectives et subjectives de cette dictature, à savoir la faiblesse relative du prolétariat et sa peur d’un rétablissement du capitalisme en U.R.S.S. Assurée de la victoire mondiale du socialisme, confiante dans l’avenir et fière de ses réalisations industrielles incomparables, la classe ouvrière soviétique relève la tête, fustige l'oppression policière, l'inégalité sociale croissante, les privilèges exorbitants des bureaucrates et la médiocrité de la vie quotidienne, en contradiction criante avec les énormes progrès de l’économie du pays.

Cette pression croissante des masses s'était déjà fait sentir avant la mort de Staline. Celle-ci a accentué la tendance. Pris de panique devant les vagues montantes du mécontentement populaire, les successeurs de Staline

QU ALT R 1° E ME LÉN TO RNA TUTO NN ASLEE ont lâché du lest, accordé successivement des concessions économiques et politiques aux masses, renié le culte de Staline, admis fût-ce à demi mot la plupart des crimes du dictateur haï et promis de revenir à la voie de Lénine. Loin d’avoir calmé les voix qui grondent, les concessions du Kremlin autant que les nouveaux succès réalisés par la société soviétique ont stimulé et stimuleront encore plus l’appétit et les aspirations du peuple.

Dans les pays de « démocratie populaire », à l’ensemble de ces raisons qui expliquent la pression croissante des masses sur les directions bureaucratiques en pee s'ajoute leur sentiment d’être victime d’une oppression nationale et de voir le pays exploité par le Kremlin. La puissance de ces sentiments et une situation économique intolérable des travailleurs ont provoqué les grandes révoltes ouvrières de Berlin-Est et de Poznan. S’intégrant dans un courant d'opposition politique au sein du mouvement communiste contre la dictature Penh elles ont abouti aux révolutions polonaise et hongroise.

En Pologne, le mouvement des masses, victorieux de la résistance stalinienne grâce à l'alliance avec une aile libérale de la bureaucratie, s’est momentanément arrêté à mi-chemin de la victoire. En Hongrie, devant la résistance acharnée de l’appareïl stalinien mobilisant à son aide l’armée soviétique, la révolution a pris rapidement un déroulement classique, opposant la quasi-totalité de la population aux instruments haïs de la dictature bureaucratique. A peine la révolution était-elle déclenchée que les prolétaires hongrois, renouant avec les traditions de toutes les révolutions prolétariennes, ont construit leurs soviets, leurs conseils ouvriers réclamant tout le pouvoir dans RS Devant cet exemple qui risquait d’allumer tout son « glacis », voire l’U.R.S.S. même, la bureaucratie soviétique a frappé impitoyablement. Mais elle n’a pas pu briser la résistance héroïque d’une classe ouvrière avec laquelle les travailleurs de tous les pays, y compris les travailleurs communistes, se sont sentis solidaires. Les effets de la révolution politique dans les « démocraties populaires» européennes et en U.R.S.S. se font sentir déjà également en Chine et même en Yougoslavie.

Avec ses hauts et ses bas inévitables, subissant des temps d’arrêt et des reculs momentanés, la révolution politique contre la bureaucratie soviétique, en U.R.S.S. même et dans les « démocraties populaires », est d’ores et déjà une des forces motrices principales de la révolution mondiale. Elle s’épanouira en interaction intime avec celle-ci, stimulée par la reconstruction d’une nouvelle avant-garde bolchevik-léniniste, reconstruction que le mouvement révolutionnaire international doit aider de toutes ses forces. Se mettant hardiment à la tête des masses, les bolcheviks-léninistes d’U.R.S.S. et d'Europe orientale éviteront des phases intermédiaires de confusion et réduiront au minimum les faux frais de la révolution politique, ainsi que les profits temporaires que la contre-révolution pourrait, ici ou là, en tirer.

Vive la révolution hongroise qui se redressera, invincible, jusqu’à ce que le pouvoir appartiennne aux comités démocratiques du peuple travailleur!

A bas la sanglante intervention contre-révolutionnaire du Kremlin en Hongrie!

Vive l'Octobre polonais qui finira par triompher de toutes les hésitations, reculs et trahisons des centristes gomulkistes!

Vive la révolution politique en U.R.S.S. qui y rétablira la démocratie soviétique, réorganisera l'économie planifiée, la libèrera de la mainmise bureaucratique, stimulera l'enthousiasme créateur des prolétaires et des intellectuels et fera de l'U.RS.S. le bastion invincible du socialisme dans le monde!

Vive le pouvoir des soviets, le pouvoir des conseils d'ouvriers et de paysans pauvres, sans lequel la régénération des Etats ouvriers est impossible.

Vive la démocratie soviétique qui marquera pour toute l'humanité un énorme progrès par rapport aux formes les plus avancées de la démocratie bourgeoise!

Vive l'alliance de tous les Etats ouvriers sur un pied d'égalité!

CAMARADES TRAVAILLEURS, CAMARADES COMMUNISTES !

Le 5° Congrès Mondial de la IV° Internationale s’est réuni à la veille du 40° anniversaire de la Grande Révolution d'Octobre. La IV° Internationale vous parle comme lhéritière légitime des idées de cette révolution, des Q:U-A TT R:1 EME DENETEE ER NIrA DUT OMNANLEE idées du Parti bolchevik de Lénine et de Trotsky, des idées de l’Internationale Communiste. Aujourd’hui, lorsque les dirigeants du Kremlin avouent eux-mêmes les crimes de Staline, ils recomnaissent implicitement ue la lutte inlassablement menée par les vieux bolcheviks en U.R.S.S., par l'Opposition de Gauche russe et internationale, par le mouvement trotskyste mondial contre la dégénérescence de l'Etat ouvrier était pleinement justifiée.

C'est dans cette dégénérescence bureaucratique, dans la présence à la tête de l'Etat ouvrier d’une puissante caste privilégiée qu’il faut chercher le secret de tous les échecs et de toutes les défaites qu'a subis le mouvement ouvrier international au cours des trente dernières années. Si, aujourd’hui, les partis communistes sont en crise, en plein recul sinon en décomposition en maints pays d'Occident, ce n’est pas dù à un renforcement du capitalisme dont l’agonie éclate aux yeux de tous. C’est dû au fait de la politique fausse, criminelle, traîtresse, imposée aux Partis Communistes par le Kremlin. Cette politique n’a pas coniribué à la défense de l'Union soviétique. Elle a au contraire contribué à dresser contre celle-ci une alliance de pays dont plusieurs auraient pu être aujourd’hui des Etats ouvriers.

Prenez au mot les affirmations des dirigeants du Kremlin selon lesquels ils veulent retourner à la voie de Lénine! Exigez une révision totale et contradictoire de la politique communiste de l'époque stalinienne de ces dernières années! Exigez qu'on rétablisse la liberté de discussion, la liberté de tendance au sein des Partis Communistes. Exigez la reconstitution d'une Internationale communiste au sein de laquelle, sur un pied de stricte égalité, tous les partis communistes élaboreraient ensemble la ligne commune qui conduirait au triomphe mondial du communisme!

En formulant ces revendications, vous vous heurterez une fois de plus à la résistance, à l’obstruction sinon à la répression de vos dirigeants bureaucratiques. Vous verrez bientôt que, s’ils ont lâché du lest, ils s’apprêtent à défendre durement leurs positions et leurs privilèges.

Organisez contre eux, pour le redressement du mouvement communiste, une opposition de gauche nationale et internationale. Etudiez les écrits de Lénine, des vieux bolchéviks, de Trotsky et du mouvement trotskyste international: vous y trouverez la seule explication marxiste révolutionnaire des crimes de Staline et des erreurs de vos partis. Prenez contact avec les sections de la IV° Internationale. Elles préparent patiem-ment, avec acharnement, la construction d'une nouvelle direction du prolétariat international au sein de laquelle vous avez une place essen-lielle à occuper.

Ce qui a permis la victoire de lOctobre russe permettra demain la victoire de lOctobre mondial: une révolution poussée jusqu’à son ultime logique; le pouvoir des conseils d'ouvriers et de paysans pauvres; un parti au service désintéressé du prolétariat, armé de tous les enseignements de cette science de la société et de la révolution qu'est le marxisme révolutionnaire.

Réunis en ce Congrès Mondial qui reflète le renforcement considérable de leur mouvement, les 100 délégués et assistants d’organisations révolutionnaires de près de 30 nations, représentent une cohorte de militants d’avant-garde qui agissent déjà, chacun dans son pays et tous ensemble à l'échelle mondiale, comme éducateurs, coordinateurs, unificateurs et moteurs du mouvement réel des masses dans lequel ils se sont définitivement intégrés. Avec eux, autour d’eux, les prolétaires les plus conscients construiront le parti bolchevik mondial qui assurera la victoire de l’Octobre mondial.

Vive l’immortelle Révolution d'Octobre, qui ouvrit à l'humanité l'ère du communisme victorieux!

Vive le programme de Lénine et de Trotsky, guides lumineux du prolétariat international!

A bas la bureaucratie stalinienne qui a taché de boue et de sang ce drapeau cher aux travailleurs, et en a détourné une partie importante du prolétariat international!

Vive la IV° Internationale qui a sauvé l'honneur du communisme et qui regroupera demain tous les communistes honnêtes dans le combat final pour la défaite du capitalisme, pour la victoire de la révolution socialiste mondiale!

Le 5° Congrès Mondial de la IV° Internationale.

Octobre 1957.

Source : Quatrième Internationale, Vol.15 N°7-10, octobre-novembre 1957 · scan (Radar, 16-014-00079).

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