Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Motion et résolution préalables de Munis, Chaulieu et autres

avril 1948 · Le IIe Congrès mondial (2-21 avril 1948) · 1 453 mots

Gallienne, Antony, Pedro et Armstrong (repoussées)

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Motion préalable

L'assemblée demande à chaque délégation de section nationale d'indiquer brièvement si la discussion sur les problèmes internationaux a été suffisante dans sa section pour qu'elle puisse prendre position au nom de sa section sur les problèmes du congrès.

Rejetée

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Résolution préalable sur le caractère de l'assemblée internationale

A.

La nécessité pour l'internationale de tenir rapidement un congrès mondial sérieusement préparé est déterminée avant tout par le caractère extrêmement grave de la période de dix ans qui s'est écoulée depuis le congrès constitutif. Du point de vue des événements objectifs, la Seconde Guerre mondiale, l'occupation allemande, la destruction de l'Allemagne et du Japon, la décadence actuelle de l'Europe, l'expansion inouïe du stalinisme non seulement sont des faits sans précédent dans l'histoire mais mettent en question des points essentiels de la perspective sur laquelle la IVe Internationale s'était orientée. Du point de vue politique, ces événements ont mis en question plusieurs points du programme de l'internationale (défense de la Russie, nationalisations, gouvernement PC, PS, CGT, etc.). Les réponses que la tendance qui dirigé l'internationale a données à ces problèmes ne sauraient être caractérisées comme satisfaisantes ; ceci est prouvé, indépendamment de toute critique politique :

a) par la stagnation et le recul de l'organisation internationale ;

b) par l'apparition d'un nombre croissant de tendances divergentes au sein de

l'internationale ;

c) par le fait que la direction internationale non seulement n'a pas su réunifier le

mouvement de la IVe Internationale dans une série de pays où il était divisé (USA,

Amérique latine, Chine, Indochine, etc.) mais a provoqué (Mexique) ou rendu

possible une série de nouvelles scissions (Angleterre, France, Grèce).

La solution à cette crise ne pourrait être donnée que par un congrès mondial venant après une large discussion politique, démocratiquement organisée et exprimant la volonté politique de la base des organisations de la IVe Internationale.

B. Or, ce congrès mondial ne peut absolument pas être considéré comme préparé à

l'heure actuelle :

a) du point de vue des documents mis en discussion : malgré la publication d'une série

de documents, les positions les plus importantes des oppositions principales sont

inconnues dans la presque totalité des sections :

1. En langue allemande, on n'a publié que les positions officielles excepté un très

court article d'Armstrong. Les positions des autres tendances sont inconnues en

Allemagne, Autriche et Tchécoslovaquie.

2. En langue espagnole, seuls les documents de la direction ont été publiés, et cela

tout à fait récemment.

3. Aucune section de L'internationale (sauf celles de langue anglaise) ne

connaît ni la politique du SWP pendant la guerre, ni les documents du

groupe espagnol de Mexico contre cette politique.

4. Le BI du SI sur la question russe n'a été traduit qu'en anglais et à moitié.

5. Les documents du WP et de la tendance Johnson-Forest sont inconnus dans

toutes les sections de l'internationale qui ne sont pas de langue anglaise,

excepté un article de Shachtman publié dans Quatrième Internationale et un

article de R. Stone récemment publié dans le BI du SI.

6. Il n'y a pas une seule section de l'internationale qui connaisse les

divergences qui ont conduit à la scission en Chine ou qui déterminent

l'existence de deux groupes séparés en Indochine. Cependant les documents

de la section chinoise ont été envoyés en mars 1947. Personne non plus ne

connaît les documents de la section des Indes sur cette même question

chinoise qui existent depuis 1942.

7. Personne, ni même la direction internationale, ne connaît les divergences

politiques qui séparent les groupes trotskystes qui abondent en Amérique

latine.

8. Personne ne connaît les nouveaux documents anglais sur la question russe.

9. Personne ne connaît les documents du groupe espagnol sur la question

nationale.

10. Les documents « définitifs » du SI n'ont été publiés qu'en février 1948 ; il

fut ainsi impossible non seulement de répondre à ces documents, mais

même de les discuter simplement dans les sections. Ces mêmes documents

sont caractérisés par la section suisse — qui politiquement est en gros

d'accord avec le SI — comme « si compromettants pour la IVe Internationale

et pour la cause révolutionnaire en général, qu'il n'y a pas d'autre voie pour

le SI que de retirer formellement ses projets de thèses ».

b) Du point de vue de la discussion dans les sections : même les documents publiés

n'ont pratiquement servi à rien, car on n'a pas eu le temps d'organiser une

discussion politique dans les sections. Aucune discussion autour des problèmes

politiques et organisationnels du congrès mondial n'a eu lieu jusqu'ici dans la

presque totalité des sections — excepté le problème russe, partiellement discuté

dans quelques sections. Même les documents du SI n'ont pas été discutés, à cause

de leur publication extrêmement tardive. Pour ne citer que deux exemples : la

section vietnamienne en France n'a jamais discuté des problèmes du congrès

mondial. Quant à la section française, qui passe pour une des plus politisées et

pour laquelle la discussion est objectivement la plus facile puisque tous les

documents sont d'abord publiés en français, elle n'a pas discuté non plus : à sa

conférence nationale des 28 et 29 mars n'étaient représentés que les 20 % du

parti ; les délégués qui venaient des quelques régions de province représentées

ont tous affirmé qu'on n'avait pas discuté dans leurs régions des problèmes du

congrès mondial ; la région parisienne a élu ses délégués après trois heures de

discussion en tout et pour tout sur l'ensemble des problèmes. Dans les autres

sections, la situation est pire, si possible. La conception selon laquelle « la

discussion pour le congrès mondial n'est pas quelque chose de nouveau mais la

continuation de la discussion qui avait eu lieu jusqu'ici dans les sections » est

absolument erronée, étant donné surtout le caractère exclusivement national des

problèmes qui avaient été discutés jusqu'ici dans les sections.

c) Du point de vue de la représentation : pratiquement aucun des délégués ne sort

d'un congrès ou d'une conférence nationale représentant une discussion politique

dans la base des sections. Le mode de représentation préconisé par le SI, avec la

division des pays en trois catégories, le classement arbitraire des pays dans une

catégorie ou une autre, l'interdiction du transfert des mandats — interdiction sans

précédent dans l'histoire du mouvement communiste — n'a comme résultat que

de forger une majorité à priori dans ce congrès.

C. En conséquence, cette assemblée ne peut siéger que comme une conférence internationale, avec le but :

a) du point de vue politique, de déblayer la discussion sur les points qui sont à l'ordre

du jour de la discussion internationale pour préparer la convocation d'un

véritable congrès mondial résultant d'une discussion politique approfondie ;

b) du point de vue organisationnel, de désigner une commission organisationnelle

pour la préparation du congrès mondial, avec représentation adéquate des

tendances oppositionnelles, chargée de la publication des documents et de

l'organisation de la discussion dans les sections.

Toute tentative de transformer cette assemblée en congrès mondial serait seulement la preuve d'une légèreté et d'une irresponsabilité absolues face aux problèmes extrêmement graves auxquels le mouvement révolutionnaire doit répondre aujourd'hui.

Rejetée par 4 pour, 28 contre.

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Déclaration

Les délégués Munis (section espagnole), Chaulieu et Gallienne (PCI français), Antony (groupe Octobre d'Indochine), Armstrong (section irlandaise) et Pedro (États-Unis) :

— constatent que, pour les raisons mentionnées dans la « Résolution préalable sur le

caractère de la conférence internationale » présentée par eux, cette conférence ne peut

nullement être considérée comme un congrès mondial de la IVe Internationale ;

— que sa transformation en « congrès mondial » ne reflète que la volonté de la direction

actuelle de l'internationale à faire entériner sa politique par tous les moyens ;

— réaffirment leur opposition fondamentale à ces procédés qui n'ont comme résultat

que de dépolitiser l'internationale ;

— déclarent qu'ils ne reconnaissent pas cette assemblée comme congrès mondial de la IVe

Internationale, qu'ils lui refusent le droit de décider souverainement des questions

politiques et organisationnelles qui sont à l'ordre du jour, et qu'ils défendront ce point de

vue devant leurs sections ; s'opposent à toute « discipline » que ce prétendu « congrès

mondial » voudrait imposer aux sections de l'internationale et affirment qu'ils ne se

soumettent qu'à la discipline de leurs sections nationales, de leurs congrès et de leurs

comités centraux jusqu'à la convocation d'un congrès mondial ;

— décident qu'ils ne participeront aux discussions et aux votes de ce prétendu « congrès »

que dans le but unique de défendre leurs conceptions politiques et de permettre à la

base de l'organisation de voir plus clair dans les divergences politiques qui existent

actuellement au sein de l'internationale.

(Les camarades Pedro et Armstrong ont refusé de participer aux commissions.)

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 3, p. 243–246 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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