Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Procès-verbal de la conférence de fondation de la IVe Internationale

3 septembre 1938 · La conférence de fondation de la IVe Internationale (3 septembre 1938) · 6 715 mots

In English: Title: Minutes of the Founding Conference of the Fourth International — traduction assistée par machine.

(Reproduit dans Documents of the Fourth International)

La conférence a eu lieu à Lausanne, le samedi 3 septembre 1938. Elle commence à siéger à 9 h 30 du matin. Les camarades Hic, Gould et Sumner sont désignés comme secrétaires.

Le camarade Naville, dans une déclaration préliminaire, annonce la présence des représentants de onze pays, à savoir : les États-Unis, l'Angleterre, la France, la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne, la Grèce, l'Italie, l'Allemagne, la Russie et le Brésil ; en outre, certains délégués sont mandatés par l'Espagne, la Tchécoslovaquie, le Canada et le Mexique.

Étant donné que le congrès se tient dans une situation d'illégalité, le Secrétariat international a décidé d'organiser le travail de sorte que l'assemblée n'ait à siéger en séance plénière qu'une seule journée. Une série de commissions de travail se sont déjà réunies pour traiter des diverses questions nationales, et elles sont chargées de rapporter devant le congrès. Aujourd'hui se tient la séance plénière qu'on espère clore vers 10 h du soir. En plus, il est prévu, si nécessaire, des commissions supplémentaires. L'ordre du jour proposé par le Secrétariat international pour la séance plénière est le suivant :

Bilan du SI depuis la conférence de Genève de juillet 1936.

Discussion du projet du Programme de transition :

a. La question des syndicats ;

b. La question russe ;

c. Les questions de l'Espagne, de la guerre, etc.

La résolution sur la guerre sino-japonaise.

La résolution sur le rôle de l'impérialisme américain.

— Les statuts de la IV° Internationale, incluant la question de la proclamation de

l'Internationale.

Les rapports des commissions de travail.

Boitel. — Considérer que les dispositions prises pour la séance plénière accorde

trop peu de temps pour la discussion des questions importantes.

Naville. — Fait remarquer que, dans les circonstances présentes, il sera

pratiquement impossible de tenir encore d'autres séances plénières.

Lebrun. — Propose que cette séance soit prolongée jusqu'à minuit.

Après discussion, les propositions du SI sont adoptées, en laissant la possibilité de reconsidérer la question plus tard si nécessaire. Le camarade Shachtman est élu président. Les camarades Léon Sedov, Erwin Wolf et Rudolf Klement sont élus présidents honoraires.

Rapport du Secrétariat international

Naville. — En raison de la mort tragique de Klement, il n'y aura pas de rapport en bonne et due forme ; Klement préparait un rapport écrit et détaillé qu'on devait diffuser, mais ce rapport a disparu avec le reste de ses papiers. Le rapport présenté ne sera qu'un simple résumé.

En dépit d'énormes difficultés — illustrées par le destin de Klement — l'Internationale, au cours des deux années qui ont suivi la conférence de Genève, a connu des progrès réels, progrès dont témoignent la série de documents sortis à plusieurs reprises par l'Internationale et le travail des commissions mises en place. La principale raison de ce progrès est que les diverses sections nationales ont eu, durant cette période, une intervention politique. Cette activité s'est reflétée dans la préparation de ce congrès mondial. Les événements des deux dernières années ont enrichi les sections nationales et l'ensemble de l'Internationale d'une expérience politique incalculable. Les événements en Union soviétique, surtout les procès de Moscou, ont marqué et influencé le travail et les discussions dans nos sections. En France et en Espagne surtout et, à une moindre échelle, dans d'autres pays, l'expérience du Front populaire et le cours nouveau de l'Internationale communiste ont été d'une valeur éducative énorme pour nos cadres. L'invasion de l'Éthiopie par l'Italie et de la Chine par le Japon, l'antagonisme croissant des grands impérialismes et le danger toujours plus menaçant de guerre ont donné à nos sections de tous les pays une formation et une éducation politique réelles. L'expérience acquise dans tous ces domaines se reflète clairement dans les thèses élaborées avant le congrès.

En ce qui concerne le fonctionnement pratique de l'Internationale : à la conférence de Genève, un conseil général de ... membres [en blanc dans l'original] avait été désigné et devait se réunir périodiquement. En fait, ce conseil ne s'est jamais réuni, essentiellement pour deux raisons. Tout d'abord, plusieurs membres du conseil quittèrent l'Internationale : à savoir : Serge, Muste, Sneevliet, Chen Du-Xiu, Feroci, Zeller. Deuxièmement, la répartition géographique des membres du conseil rendait pratiquement impossible la tenue de réunions régulières. Ainsi, le conseil général n'eut jamais d'existence réelle. Le travail de l'Internationale fut assumé de fait exclusivement par le Secrétariat international (SI). Mais même le fonctionnement de celui-ci fut considérablement entravé par de fréquentes rotations et par le fait que la section américaine était dans l'incapacité de contribuer ou de participer au travail international. L'activité du SI fut en outre gênée par la position équivoque de la section hollandaise et le manque de coopération de Sneevliet, membre du Secrétariat international, qui, par la suite, rompit ouvertement avec l'Internationale. Feroci, autre membre du SI ne participa pas non plus à ses travaux et plus tard nous quitta. Donc, le véritable travail du SI fut assumé presque exclusivement par Naville, Clart, Wolf et Klement, ces deux derniers faisant fonction de secrétaires administratifs. L'enlèvement de Wolf par la Guépéou en Espagne frappa durement le SI et nous venons d'éprouver une autre perte irréparable avec le meurtre de Klement. Ces derniers mois, Lebrun et Busson, cooptés membres du SI, ont accompli un travail considérable. Le siège du SI avait à l'origine été fixé à Bruxelles ; mais à cause de la spécificité de l'organisation de la section belge, il se révéla impossible d'assurer son fonctionnement là-bas, et on dut donc le transférer à Paris.

C'est confronté à ces difficultés que le SI dut mener sa tâche. Son travail a été marqué par un manque de centralisation, une absence de contact étroit entre le centre et les sections nationales, sauf pour la France et la Belgique, et de façon générale par une mauvaise organisation. Ce sont là de très sérieuses critiques ; mais en dépit de ses défaillances et en dépit des difficultés extrêmes dans lesquelles il a travaillé, le SI a cependant accompli au moins ses tâches les plus fondamentales. Il a dès le début de la guerre civile, envoyé un délégué en Espagne et donné tout son concours à l'organisation d'une section espagnole ; il a officiellement condamné les déviations de la section hollandaise sur la question espagnole et il a collecté de l'argent et organisé le secours à l'Espagne dans la mesure des moyens à sa disposition. Il a sorti une résolution sur la guerre sino-japonaise et a mené un débat sur cette question. En outre, il a publié une série de bulletins internationaux précieux. Il est intervenu dans divers débats et litiges au sein des sections nationales et, en particulier, il a contribué au règlement des problèmes anglais, polonais, tchèque et grec. Si on tient compte de ses conditions de travail, ces succès ne sont pas minces.

Il y aura un rapport détaillé sur le travail du Bureau des jeunes lors de la conférence des jeunes qui va suivre. Pour le moment tout ce qu'on peut dire, c'est que le Bureau des jeunes n'a pas non plus fonctionné comme il aurait dû ; trop peu de travail a été réalisé, et il se caractérise aussi par une mauvaise organisation. Il a cependant produit une série de Bulletins et a maintenu ses contacts avec les jeunesses françaises, belges, anglaises, américaines et allemandes.

Depuis la conférence de Genève, le Secrétariat international n'a eu aucun contact officiel avec le Bureau de Londres. Cependant, le Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) et le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) ont proposé d'envoyer un observateur à ce congrès. En raison de la situation d'illégalité du congrès, il n'a pas été possible d'accepter cette proposition. Il faut remarquer que, lors de sa conférence nationale, le PSOP ne s'est pas affilié au Bureau de Londres en dépit du fait que Brockway soit venu spécialement pour faire pression dans ce sens. Si l'Independent Labour Party (ILP) se joint au Labour Party, le Bureau de Londres cessera pratiquement d'exister. Il est donc incorrect, comme la section tchèque a tendance à le faire, d'attacher une grande importance au Bureau de Londres qui est visiblement en voie d'extinction.

Le rapport condensé du SI est terminé et une discussion générale s'engage sur la question de l'organisation internationale, étant entendu que les nouveaux statuts proposés feront l'objet d'un point séparé de l'ordre du jour.

Stefan. — Pose deux questions :

1. Les effectifs des sections nationales ont-ils augmenté depuis la conférence de Genève ?

2. Le SI a-t-il donné les directives nécessaires sur les questions politiques ?

Naville. —

1. Ne possède pas de statistiques sûres pour toutes les sections mais peut affirmer

que certaines sections, au moins, se sont considérablement accrues, ainsi en

Amérique et en Angleterre ;

2. Rappelle les résolutions sur l'Espagne, sur la Chine, etc., et l'aide constante

apportée par le SI à la section française.

Boitel. — Estime que c'est une grave erreur de n'avoir pas admis un observateur du

PSOP et du POUM.

Clart. — Est globalement en accord avec le rapport. La disparition, à la suite de

départs de la IVe ou d'assassinats par la Guépéou de plus de la moitié des

membres du conseil, conjuguée aux erreurs, à la fois organisationnelles et

politiques des différentes sections nationales avaient entraîné une période

de stagnation dans l'Internationale. On distingue aujourd'hui des signes de

redressement dont les fusions de groupes en Angleterre et en Espagne sont

des exemples. En outre, nos adversaires sont en difficulté : le Bureau de

Londres se voit même obligé d'envoyer des observateurs à notre congrès.

L'heure est venue de concentrer nos énergies sur trois objectifs principaux :

1. Une politique énergique d'unité d'action autour du programme de la IV°

Internationale qui attirerait à nous les meilleurs éléments centristes, surtout

parmi le PSOP et d'autres groupes du Bureau de Londres ;

2. Le renforcement systématique des sections nationales, particulièrement — en

raison de son importance politique majeure — de la section française ; dans ce

but, il est absolument essentiel que le SI soit activement soutenu par la section

américaine, et en particulier que le camarade Shachtman reste en Europe en

tant que membre américain permanent du SI ;

3. Une campagne résolue de propagande révolutionnaire s'adressant aux larges

masses de la classe ouvrière.

Clart est d'accord avec Boitel que des observateurs du PSOP et du POUM auraient dû être admis.

Résolution : une commission sera désignée pour rencontrer ces observateurs, leur exposer les circonstances du congrès, leur en faire un rapport et entendre leurs observations. Résolution adoptée. Sont désignés : Cannon, Shachtman, Clart, Lebrun, Lesoil, James, Stefan et Busson.

Lebrun. — Critique l'absence d'une liste des sections affiliées et de groupes nationaux

dans le rapport.

Speros. — Estime qu'il fallait accorder du temps à une discussion approfondie sur les

questions politiques et organisationnelles relatives aux sections

nationales.

Shachtman. — Puisque, en raison de la mort de Klement et de la disparition de ses

papiers, les éléments nécessaires ne sont pas disponibles pour une telle

discussion, suggère qu'un rapport écrit sur le travail des sections

nationales soit joint au procès-verbal. Une résolution dans ce sens est

adoptée.

Stefan. — Propose qu'une liste des sections nationales et de leurs effectifs

approximatifs soit lue.

Naville. — On peut diviser les sections en trois groupes environ : les partis affiliés, les

partis et groupes sympathisants, les très petits groupes et les contacts .

États-Unis : 2 500 ; Belgique : 800 ; France : 600 ; Pologne : 350 ; Angleterre : 170 ; Allemagne : 200 ; Tchécoslovaquie : 150-200 ; Grèce : 100 ; Indochine ; Chili : 100 ; Cuba : 100 ; Afrique du Sud : 100 ; Canada : 75 ; Australie : 50 ; Brésil : 50 ; Hollande : 50 ; Espagne : 10-30 ; Mexique : 15 ; Suisse, Norvège, Danemark, Roumanie, Autriche, Russie, Bolivie, Argentine, Porto-Rico, Uruguay, Venezuela, Chine, Italie.

Discussion du programme de transition

Shachtman. — Il a été suggéré que la discussion du programme de transition soit, par commodité, divisée en trois parties : la question des syndicats, la question russe, les questions de la guerre, de l'Espagne, etc. Propose qu'une heure soit attribuée à chaque question et dix minutes à chaque intervention. Proposition adoptée.

Naville. — Le SI a reçu officiellement trois séries d'amendements : les amendements polonais sur les questions des syndicats et de la guerre qui ont été publiés dans un bulletin, un amendement mineur sur la question russe du Bureau politique de la section américaine et l'amendement de Craipeau sur la question russe, également paru dans un bulletin. Ces amendements ainsi que tout autre qui pourrait être proposé seraient pris en considération dans la partie de la discussion à laquelle ils se réfèrent.

La question des syndicats

Stefan. — En présentant l'amendement polonais sur la question syndicale, déclare

que la caractérisation de la grève avec occupation dans le Programme de

transition est erronée ou pour le moins inappropriée. S'il est vrai que la

grève avec occupation représente parfois un mouvement révolutionnaire

de la part des travailleurs, c'est loin d'être toujours le cas. En Pologne, par

exemple, les grèves avec occupation ont eu lieu dans des périodes ou la

réaction battait son plein et exprimaient non pas un défi révolutionnaire,

mais simplement le désespoir des travailleurs. De telles grèves

s'accompagnaient fréquemment de grèves de la faim, les travailleurs

refusant de recevoir de la nourriture dans les usines qu'ils occupaient. Dans

ce cas, le rôle assigné aux comités d'usine et le mot d'ordre de création

immédiate de ces comités est une erreur dans le Programme de transition.

La création de comités d'usine dans une période de réaction ou dans une

période dite normale serait non seulement difficile mais désastreuse. Dans

une telle période, les comités passeraient sous le contrôle des réformistes ;

l'influence des révolutionnaires en leur sein serait minime, et, loin de

conduire les travailleurs à l'action révolutionnaire ou militante, ils

sèmeraient la confusion et seraient un frein. Donc il est incorrect d'avancer

le mot d'ordre de comités d'usine sauf dans une situation nettement

révolutionnaire ou prérévolutionnaire.

Boitel. — Estime que la proposition polonaise est une concession au gauchisme...

Speros. — Critique l'absence de mots d'ordre spécifiques pour la paysannerie dans le

projet...

Julien. — Intervient contre l'amendement polonais, en soulignant l'importance des

comités d'usine. Que leur direction soit réformiste ou pas, leur création

même représente un grand pas en avant. C'est une arme nécessaire pour

lutter et ils reflètent à travers leur direction et leur orientation le

développement de la prise de conscience des travailleurs. Craipeau. — Estime que les comités d'usine ne sont possibles qu'en période de

soulèvement révolutionnaire.

Speros. — Intervient brièvement en faveur des comités d'usine et contre

l'amendement polonais [notes incomplètes]

Naville. — Pense que l'amendement polonais résulte d'une incompréhension...

Clart. — Estime que la question est très bien formulée dans le Programme de

transition...

Gould. — Déclare que l'importance des comités d'usine réside précisément dans le

fait que, à cause de leur organisation démocratique et de leurs liens de

classe avec les travailleurs, ils reflètent le niveau politique général des

travailleurs, réformistes à un moment donné, puis, la situation évoluant,

devenant

plus

révolutionnaires,

pour

éventuellement

redevenir

réformistes. Étant donné qu'ils reflètent directement l'état d'esprit des

travailleurs, les comités d'usine sont des instruments très précieux pour

nous dans des moments décisifs et critiques.

Lebrun. — Intervient contre l'amendement polonais...

Stefan. — Réitère son opposition au projet et insiste sur le fait que les grèves avec

occupation

n'expriment

pas

nécessairement

un

état

d'esprit

révolutionnaire ou militant de la part des travailleurs, mais peuvent être,

comme en Pologne, une pure expression de désespoir, sans représenter en

aucune manière une menace pour la propriété.

Boitel. — Même si, subjectivement, la grève avec occupation peut ne pas être une

menace révolutionnaire pour la propriété, objectivement, c'en est une. Il est

vrai que les travailleurs ne comprennent pas toujours pleinement les

implications d'une telle grève ; même lors des grèves de juin 1936 en

France, les travailleurs, pour la plupart, n'avaient pas conscience de leurs

implications ; mais c'était précisément ces implications qui nous

importaient et c'est notre rôle de les exposer aux travailleurs.

Julien. — D'accord avec Boitel, ajoute que dans une grève avec occupation, même si

elle exprime le désespoir des travailleurs, nous ne pouvons leur dire de

quitter l'usine, mais nous devons les encourager à continuer en montrant la

signification révolutionnaire de leur action.

Vote sur l'amendement polonais : pour : 2 (Stefan et Karl 0 ; contre : 17 ; abstention : I (Craipeau).

La question russe

Shachtman. — Lit l'amendement du Bureau politique de la section américaine.

Craipeau. — Lit son amendement.

Étienne. — En introduisant la discussion sur la question russe, soutient le projet du

Programme de transition tel qu'il est. Contrairement à la thèse de

Craipeau, il n'est pas vrai que la bureaucratie soit déjà devenue une

classe ; c'est une caste qui est en train de devenir une classe. Ce n'est que

de cette manière qu'il est possible de comprendre et d'expliquer les

procès de Moscou. Quant à l'amendement américain, Trotsky n'y a pas

encore répondu, mais sa réponse sera, selon lui, que, puisque la

bureaucratie est une caste thermidorienne, les conseils ouvriers ne

peuvent surgir que dans la lutte contre la bureaucratie, et la bureaucratie

sera donc nécessairement exclue de ces structures de lutte dressées

contre elle.

Shachtman. — Veut faire une mise au point ; l'amendement américain n'est pas

nécessairement opposé au texte du projet ; il propose simplement de

repousser le vote sur ce point après le lancement d'une discussion

internationale. La réponse prêtée à Trotsky est satisfaisante dans la

mesure où la lutte des soviets serait évidemment dirigée contre la

bureaucratie. Mais c'est autre chose de dire que toute la bureaucratie

serait exclue des soviets, avec la privation du droit de vote, etc., que cela

entraînerait. Il est fort probable que la bureaucratie n'entrerait pas dans

les soviets ; mais il est impossible de dire à l'avance qu'elle serait

nécessairement privée du droit de vote. Cela peut se révéler nécessaire,

mais cela dépendra de la situation concrète de la lutte. Lénine, par

exemple, dans son livre contre Kautsky, avait dit qu'il ne serait peut-être

même pas nécessaire de priver la bourgeoisie de ses droits. De toute

évidence, la question exige une discussion approfondie, et c'est bien le

sens de l'amendement américain.

Craipeau. — S'étonne que Shachtman juge nécessaire la poursuite de la discussion

sur un point si mineur. Si le congrès ne peut régler cette question, il peut

encore moins régler la question beaucoup plus fondamentale de la nature

de la bureaucratie. Mais c'est le précisément un argument en faveur de

son amendement. Pourquoi propose-t-on de priver la bureaucratie de ses

droits civiques ? Précisément à cause de son pouvoir économique,

autrement dit, son pouvoir de classe. Le congrès a été organisé de telle

sorte qu'on n'a pas le temps de mener une discussion approfondie sur

cette question vitale ; mais, pour répondre à Étienne, c'est une contre-

vérité d'affirmer que les procès de Moscou ne pouvaient s'expliquer que

dans l'hypothèse où la bureaucratie n'était qu'une caste parasite.

Fischer. — L'argument de Shachtman est incorrect ; ce n'est pas un problème de droit

de vote. L'argument serait correct si la bureaucratie était une classe, mais

puisqu'il ne s'agit que d'une caste criminelle, là n'est pas la question... (?)

Speros. — D'accord avec les camarades américains sur la nécessité d'un débat sur

cette question. Cette phrase est en contradiction avec d'autres parties du

programme... (?) Julien. — Tout en soutenant l'amendement américain, est en désaccord avec

l'argument de Shachtman. Quant à la citation de Lénine, la bourgeoisie de

toute façon n'avait pas sa place dans les soviets, donc le problème n'était

pas de l'en chasser. Mais il en va autrement pour la bureaucratie, contre

laquelle une lutte interne peut être menée à l'intérieur des soviets. Il est

inexact de dire que la bureaucratie serait expulsée des soviets.

Clart. — Dans la mesure où la bureaucratie est le principal ennemi auquel

s'opposerait la résurgence des soviets, elle ne peut être admise dans les

soviets. Le projet est donc correct sur ce point.

Karl. — Le texte de Craipeau doit être rejeté comme non marxiste. Son analyse de

la bureaucratie en tant que nouvelle classe n'est pas juste, parce qu'elle ne

tient pas compte du fait que la classe ouvrière n'est pas elle-même

homogène. La IIe Internationale, par exemple, a dégénéré non parce

qu'elle est devenue capitaliste, mais parce que sa direction est tombée aux

mains des couches les plus privilégiées de la classe ouvrière. De même

qu'il y a des couches réactionnaires de la classe ouvrière, de même il y a

des couches réactionnaires de la bureaucratie. Une classe ne se définit pas

par sa richesse ou sa pauvreté, mais par sa situation dans le système

économique. Même si en Union soviétique il reste des éléments de

capitalisme, on ne peut appeler l'Union soviétique un État capitaliste.

Personne n'a jamais pensé qu'il serait possible d'introduire le socialisme

d'un seul coup. Le mot d'ordre de redivision de la richesse n'est pas une

idée marxiste mais bakouninienne. Il est absolument nécessaire de rejeter

le défaitisme révolutionnaire en Union soviétique. C'est la position de

Marx au début de la guerre franco-prussienne qu'il faut adopter. Il faut

aussi rejeter l'amendement américain. La lutte contre la bureaucratie

n'est pas une lutte abstraite, il faut la mener ouvertement et

nominalement et exclure la bureaucratie des soviets.

James. — Résolument contre l'amendement Craipeau, mais pour l'amendement

américain, car il n'est pas correct de décréter à l'avance que la

bureaucratie sera nécessairement privée de ses droits.

Lebrun. — La thèse de Craipeau n'est absolument pas fondée. Il n'y a rien à redire à

la proposition américaine. C'est le problème du mot d'ordre à avancer au

cours d'une lutte intense. Le mot d'ordre « chasser la bureaucratie des

soviets » doit mener à l'insurrection. Après la chute de la bureaucratie, les

bureaucrates pourraient être réadmis individuellement dans les soviets.

Shachtman. — La grande variété des points de vue exprimés sur la bureaucratie et

les soviets montrent à l'évidence qu'une nouvelle discussion et qu'une

nouvelle clarification s'imposent : c'était bien là le sens de l'amendement

américain.

Stefan. — Intervient contre l'amendement Craipeau et aussi contre l'amendement

américain. Gould. — Déclare qu'il n'a pas assisté au bureau politique qui a discuté l'amendement,

qu'il est plutôt en désaccord avec les thèses de Shachtman, mais que la

question semble exiger d'être discutée davantage et donc il soutient

l'amendement américain.

Cannon. — S'associe à l'intervention de Gould.

Naville. — Estime que si on repousse le vote sur cette question, on peut tout aussi

bien repousser le vote, sur toute une série de points mineurs dont traite

le programme, qui n'ont pas été discutés à fond et sur lesquels de légères

divergences peuvent parfaitement être admises. Il faut donc rejeter

l'amendement américain.

Vote sur les amendements : Amendement Craipeau : pour : 1 (Craipeau) ; contre : tous les autres.

Amendement américain : pour, 5 ; contre, 15 ; abstentions, 2.

(Note : en dépit de ce vote enregistré dans mes notes, j'avais pourtant bien l'impression que l'amendement américain avait été adopté : le 5 et le 15 ont-ils été intervertis ?).

La question de la guerre, etc.

Rousset. — Soumet un amendement au nom de la minorité du Comité central de la

section française (suppression d'une phrase du paragraphe I, p. 15 :

Pacifisme et patriotisme) ...

Clart. — Défend le Programme de transition tel qu'il est.

Boitel. — Soutient l'amendement. Maintenir Te projet tel quel peut donner lieu à de

dangereux glissements vers le stalinisme.

Naville. — Intervient contre Boitel...

Julien. — En désaccord avec Boitel. En s'adressant aux travailleurs, il faut admettre

le principe de la défense de la nation, tout en soulignant que la défense de la

nation implique d'abord de se débarrasser des parasites, la bourgeoisie.

Busson. — Le point de vue de Julien est très dangereux. Il faut distinguer clairement

entre notre propagande générale adressée aux travailleurs et nos thèses

politiques qui doivent être claires et précises. La proposition de Julien est

remarquable pour la propagande générale, mais peut prêter à trop de

malentendus et de déviations pour nos thèses. Il faut simplifier et clarifier la

thèse.

Craipeau. — Le congrès doit modifier la thèse suivant l'amendement proposé et aussi

sortir un manifeste sur la question de la guerre.

Naville. — Le congrès va sortir ce manifeste ; ce point est prévu à l'ordre du jour.

Craipeau. — Prend bonne note de cette réponse, mais estime que d'autres

expressions, outre celles critiquées dans l'amendement, sont défectueuses,

prêtent à confusion et doivent donc être modifiées (phrase du paragraphe 6,

p. 14). D'autre part, le mot « progressiste » qui apparaît à plusieurs reprises

dans le texte doit être éliminé.

Rousset. — Nouvelle intervention...

Speros. — Intervient pour soutenir Rousset et Boitel.

Lesoil. — Intervient pour soutenir le projet [c'était une intervention importante et

forte ; mais je n'ai pas de notes].

Gould. — La position de Rousset et Boitel, loin de nous garantir contre le stalinisme

comme ils l'espèrent, nous en rapproche plutôt en masquant la distinction

décisive qui existe entre le pacifisme bourgeois et le pacifisme et le

patriotisme prolétariens. Chez les trotskystes, le danger n'est pas de verser

dans le patriotisme, mais bien de ne pas saisir et ne pas exploiter cette

distinction. Speros a dit qu'il n'y avait rien de progressiste dans le pacifisme

prolétarien ; mais l'expérience de la section américaine a montré que

l'agitation causée par l'amendement Ludlow, si imparfait que soit cet

amendement, exprime un sentiment résolument progressiste, et nous offre

une excellente occasion d'orienter cette opposition instinctive à la guerre

sur la voie de l'opposition révolutionnaire à la bourgeoisie et à ses projets

de guerre.

James. — En accord avec le projet sur ce point, mais estime qu'on a consacré trop de

temps à cette discussion. D'autres points méritent qu'on s'y arrête. La phrase

sur l'antisémitisme dans la version anglaise ne correspond pas à la

traduction française. La version anglaise est une exagération grossière et

doit être corrigée pour être fidèle au texte français. Dans le paragraphe

consacré à la victoire de Hitler en Allemagne, la défaite du Parti communiste

allemand est imputée à la lâcheté et autres traits psychologiques ; il faut

amender ce texte et affirmer clairement que les staliniens ont mené une

politique délibérée qui a conduit à la victoire de Hitler. Au nom du comité

central de la section anglaise, il soumet un amendement pour la trans-

formation de la revendication du droit au travail en revendication pour

l'emploi ou la prise en charge à 100 %

Sumner. — Au nom du Comité central de la section anglaise, soumet un amendement

pour la suppression de la phrase concernant « Lord Mosley » en donnant

comme argument que les faits sont inexacts.

Johre. — Pour en revenir à l'amendement Rousset, soutient le projet sur la question

du patriotisme et approuve notamment l'intervention de Lesoil.

Stefan. — Intervention en faveur du projet sur le patriotisme...

Shachtman. — D'accord avec Craipeau sur la suppression du mot « progressiste » ;

d'accord avec certains des amendements de détail anglais et avec James sur

la question allemande.

Résolution : une commission de rédaction, à savoir le nouveau bureau qui sera élu reverra le projet du programme de transition, pour en améliorer le style et intégrer les amendements, etc. La résolution est adoptée.

Vote sur l'amendement Rousset - Boitel : pour : 6 ; contre : 16. Vote sur l'ensemble du projet du Programme de transition : pour : 21 ; contre : I (Craipeau).

Les statuts de la IVe Internationale

Naville. — En raison de l'assassinat de Klement et de la surcharge de travail, un texte

définitif des nouveaux statuts n'a pu être mis au point. Cependant, il y a une

esquisse de projet de statuts que l'on peut discuter point par point, la

rédaction du texte définitif étant confiée au nouveau bureau à partir des

décisions du congrès.

Le premier article contient la proclamation de la IVe Internationale, sous

l'appellation

de

Parti

mondial

de

la

révolution

socialiste

(IVe

Internationale).

Karl. — Au nom de l'ensemble de la section polonaise, s'oppose à la proclamation de

la IV° Internationale pour le moment. Les autres Internationales avaient été

créées dans les périodes de soulèvement révolutionnaire. Marx, par

exemple, n'avait pas essayé de créer la 1er Internationale en 1848, alors qu'il

en avait déjà reconnu la nécessité, à cause de la réaction qui suivit

immédiatement les révolutions de 1848. De même, après la défaite de la

Commune, Marx avait dissous l'Internationale tout en proclamant la

nécessité d'en fonder une deuxième, ce qui ne fut d'ailleurs fait que quinze

ans plus tard durant une période de soulèvement révolutionnaire. Il y avait

eu aussi un intervalle de plusieurs années entre les conférences de

Zimmerwald et de Kienthal et la constitution formelle de la IIIe

Internationale après la révolution russe. Même à cette époque, Lénine ne

voulut proclamer la IIIe Internationale que si le Spartakusbund y adhérait.

Aujourd'hui, on connaît une période de réaction et de dépression intenses,

situation tout à fait défavorable à la proclamation de la IV°. En outre, les

forces qui constituent la IV° sont très disproportionnées par rapport à

l'ampleur de ses tâches. La création des autres Internationales avait

représenté une menace indéniable et visible pour la bourgeoisie et inspirait

la terreur. Il n'en serait pas de même pour la IV° Internationale, car notre

manifeste ne trouverait d'écho auprès d'aucun secteur important des

travailleurs. Il faut donc attendre un moment favorable et ne pas précipiter

les choses. Trotsky a dit : « la IIe et la IIIe Internationale ont disparu ; il faut

organiser la IV° ! » C'est un fait que la IIe et la IIIe ont disparu, mais, malgré

tout, ce sont encore des organisations de masse. La IV° n'est absolument pas

une organisation de masse, et ce serait folie de la proclamer avant qu'elle ne

le devienne. Naville. — Les analogies historiques avancées par Karl sont toutes erronées. Il n'y a

aucun rapport entre la IV° Internationale et les autres du point de vue de

l'opportunité de leur proclamation. La situation politique présente est

unique et justifie pleinement la création de la IV°. Le vrai problème n'est pas

de savoir s'il faut la proclamer, mais si les sections nationales qui existent

ont vraiment besoin d'une organisation internationale formelle. La réponse

à cette question est qu'en fait les sections nationales ont absolument besoin

d'avoir une organisation internationale bien définie et peu importe sa taille.

Il est essentiel de mettre fin à cette situation d'indécision et d'avoir un

programme bien précis, une direction internationale et des sections

nationales bien définies.

Stefan. — Soutient la proposition polonaise et affirme qu'il est parfaitement possible

d'avoir un programme déterminé — on vient juste d'adopter le Programme

de transition — une direction et des sections nationales bien définies sans

aller jusqu'à proclamer formellement la IVe. D'ailleurs telle a été notre

position depuis 1936, et il n'y a pas de raison de ne pas continuer tant que

nous n'avons pas gagné en force et tant que la situation ne serait pas plus

favorable. La proclamation d'une internationale est un geste qui, étant donné

les circonstances perdrait toute sa signification.

Shachtman. — Les analogies historiques mises en avant sont fausses et n'ont rien à

voir avec la situation présente. La Ier et la IIe Internationale ont été créées

dans des conditions complètement différentes de celles que nous

connaissons dans le monde contemporain. Quant à la IIIe, Lénine a posé le

problème bien avant la révolution russe ; il ne l'a pas proposée à

Zimmerwald parce qu'il espérait rallier les centristes et autres groupes

d'hésitants. Ce sont ces mêmes considérations qui nous ont empêchés de

proclamer la IV° en 1936. On espérait encore le ralliement des organisations

centristes. Mais depuis 1936 toutes les organisations centristes se sont

désintégrées ou éloignées de nous. Aujourd'hui, la voie à suivre est

clairement celle de la proclamation de la IVe Internationale et sa création

formelle s'impose.

Busson. — Face à la défaite totale qui menace le prolétariat européen, il est

doublement nécessaire d'avoir une internationale révolutionnaire bien

définie qui représente la seule chance de salut...

Lebrun. — Les arguments de Karl sont complètement erronés et dignes des

mencheviks...

Boitel. — D'accord sur la nécessité politique de proclamer la IV° Internationale ; on

ne l'a pas proclamée en 1936 parce qu'il était encore possible de travailler à

l'intérieur de la social-démocratie. Cela n'est plus possible aujourd'hui. Les

arguments organisationnels ont plus de poids (notre faiblesse, etc.), mais

même ces handicaps peuvent être surmontés... (?) James. — D'accord sur la nécessité de proclamer la IV° Internationale, mais pas

d'accord avec les raisons données par Shachtman pour ne pas l'avoir

proclamée en 1936. L'idée de gagner les centristes en ne proclamant pas la

IVe ne figure certainement pas parmi les considérations qui ont pesé à

l'époque.

Karl. — Outre les considérations politiques générales, l'extrême faiblesse numérique

de nos sections doit nous dissuader de proclamer la IVe Internationale. Lors

du premier congrès du Komintern, il existait déjà des partis importants en

Pologne, en Autriche, en Bulgarie, etc. Nous ne disposons de rien de

semblable. Les conditions aujourd'hui sont beaucoup plus difficiles et

défavorables que lors de la proclamation des trois autres Internationales...

Vote sur la proclamation de la IV° Internationale (1er article des statuts) : pour : 19 ; contre : 3 (Karl, Stefan et Craipeau dont les réserves n'ont pas été exprimées).

Naville. — Procède à la lecture du reste des statuts. Il y a un débat sur l'article 10

selon lequel les membres du Bureau international devaient tous appartenir

au Comité exécutif international. Il est finalement adopté que trois des

membres du bureau doivent appartenir au CEI, mais pas nécessairement les

deux autres.

Vote sur l'ensemble des statuts : pour : 19, abstentions : 3 (Karl, Stefan et Craipeau).

Déclaration de la délégation polonaise

Bien que fermement et unanimement convaincue que la proclamation de la IV° Internationale dans la conjoncture actuelle est une grave erreur politique, néanmoins, la section polonaise, battue sur ce point au congrès mondial, s'engage à respecter loyalement la discipline de la IV° Internationale et à appliquer de son mieux les décisions du congrès mondial.

Élection du Comité exécutif international de la IIIe Inter nationale

La discussion sur cette question commence en l'absence du secrétaire désigné...

Étienne. — Dans la répartition des sièges au CEI qui est proposée, aucun siège n'est prévu pour la section russe. Pourtant, cette section devrait avoir un représentant au CEI.

Busson. — Un seul siège est réservé à la section grecque. Étant donné la fusion des deux organisations grecques et l'hostilité toute récente encore qui les opposait, il devrait y avoir deux représentants au CEI, un de chacune des anciennes organisations grecques ou bien pas du tout.

Gould. — Les Jeunesses internationales doivent désigner un membre supplémentaire au CEI qui doit avoir le droit de vote.

Cannon. — Pour les mêmes raisons données par Busson concernant la section grecque, la section anglaise doit avoir deux membres au CEI.

Naville. — Ça commence à faire beaucoup de monde au CEI ; propose de donner deux sièges à la section anglaise et aucun à la section grecque ; Busson lui-même, cependant, serait membre du bureau sans être au CEI.

Shachtman. — Si deux des trois sièges accordés à la section américaine doivent être occupés par Cannon et lui-même, le troisième doit être laissé au choix du Bureau politique de la section américaine.

James. — S'élève contre cette proposition comme étant une dérogation des pouvoirs du congrès mondial ; le congrès doit mandater Cannon et Shachtman eux-mêmes pour désigner le troisième membre américain.

Proposition de James repoussée par 7 voix contre 5.

Clart. — De l'avis unanime du Secrétariat international, il est absolument essentiel que Shachtman reste en Europe pour participer activement au travail du CEI et du Bureau politique. La section française considère la présence de Shachtman comme une condition sine qua non du maintien du siège de l'Internationale à Paris. Sinon, la section française demanderait le transfert de l'Internationale à New York. Le Congrès mondial doit prendre clairement position sur ce sujet.

On procède aux nominations et la liste suivante fut proposée pour le Comité exécutif international :

France : Clart, Naville, Boitel ; États-Unis : Cannon, Shachtman, le troisième devant être nommé par le BP du SWP ; Belgique : Lesoil, Dauge ; Angleterre : James, Harber ; Italie : Julien ; Pologne : Karl ; Amérique latine : Lebrun ; Indochine : Ta Thu-Thau ; Russie : Trotsky (comme membre secret) ; internationale de la Jeunesse : à désigner par la conférence des Jeunes. Vote sur le Comité exécutif : unanimité. Vote pour le maintien de Shachtman en Europe : unanimité.

Rapports des commissions

Commission polonaise

Naville. — Rapporte qu'il y a divergence entre les deux délégués polonais, et qu'il

y a donc deux résolutions, l'une exprimant la position de Stefan qui est

la résolution officielle de la commission, l'autre étant une résolution

personnelle de Karl.

Lecture des résolutions.

Julien. — Estime qu'il faut rejeter les deux résolutions, celle de Karl comme tout à

fait incorrecte, celle de la commission comme trop prudente. Il faut saisir

l'occasion offerte par la récente dissolution du Parti communiste polonais

pour créer immédiatement un nouveau parti communiste. Il ne faut pas

rater cette occasion...

Fischer, Lebrun, Busson. — D'accord avec Julien.

Stefan. — La section polonaise a déjà publié l'appel à la création d'un nouveau parti

communiste ; mais il est inutile et dangereux de se précipiter vers sa

création effective sans avoir les forces nécessaires.

Karl. — Rejette les accusations de pusillanimité lancées contre la section polonaise

qui progresse régulièrement dans une situation très défavorable. La

majorité de la section polonaise ne sera certainement pas favorable à la

création d'un nouveau parti communiste pour le moment. Ce n'est pas une

question de lâcheté. La section polonaise est implantée dans les syndicats ;

elle a une appréciation concrète de ce qu'est un parti politique et n'est

donc pas pour créer une fiction...

Julien. — Répète sa proposition...

Shachtman. — Pas d'accord avec la proposition de Julien. Il faut que la section

polonaise quitte immédiatement le Bund et consacre désormais les trois

quarts de son énergie à la création d'un nouveau parti communiste. Mais

elle ne doit pas pour autant précipiter les choses en proclamant le

nouveau parti sans la préparation nécessaire. Propose que la commission

polonaise remanie la résolution dans le même sens mais avec plus

d'audace et en insistant davantage sur la nécessité de créer un nouveau

parti.

Vote sur la question polonaise. Résolution Karl : pour : 1 ; contre : 21. Proposition Julien : pour : 6 ; contre : 8 ; abstentions : 8.

Résolution de la commission non remaniée : pour : 2 ; contre : 17 ; abstentions : 3. Proposition Shachtman (adoptée) : pour : 11 ; contre : 6 ; abstentions : 2.

Commission grecque

Busson. — Rapporte que la commission a finalement procédé à la fusion des deux

groupes, bien qu'il subsiste de légères divergences sur lesquelles la

commission a décidé d'ouvrir une discussion internationale. Il demande que

le Comité exécutif international prenne position officiellement sur ces

divergences. Rapport approuvé.

Commission française

Clart. — Rapporte provisoirement sur les travaux de la commission française qui ne sont pas encore terminés.

Le congrès souscrit à l'orientation générale du travail de la commission.

Commission anglaise

Rapport sur le pacte d'unité et de paix entériné par le congrès.

Clart. — Propose qu'une dernière tentative soit faite pour rallier le groupe Lee tout

en faisant savoir qu'après échec on le traiterait comme un adversaire

politique. Proposition adoptée.

La question mexicaine

La résolution de la commission panaméricaine est entérinée par le congrès.

La question coloniale

James. — Étant donné que ni la conférence de Genève ni le présent congrès n'ont traité explicitement de la question coloniale, le congrès doit charger officiellement la section anglaise d'élaborer un programme sur la question coloniale et de soumettre au Comité exécutif international un projet complet pour un bureau colonial international que le CEI serait habilité à mettre sur pied.

Proposition adoptée.

Il est décidé que le congrès mondial adresserait son salut au camarade Trotsky.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 208–224 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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