Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution du bureau politique désigné par le CEI, sur le cadre de la discussion préparatoire au congrès

Shortly after the 10th Plenum of the IEC, février 1952 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 2 272 mots

In English: Title: Resolution of the Political Bureau appointed by the IEC, on the framework of the discussion preparatory to the congress — traduction assistée par machine.

Le Xe Plénum du CEI a ouvert la discussion dans le PCI en vue de son congrès de mai 1952. Cette discussion doit être, selon les statuts de l'internationale et le sens du centralisme démocratique à l'échelle internationale qui est à la base du fonctionnement de notre parti mondial, essentiellement basée sur l'application pour la France des décisions du congrès mondial. Le sens général de cette application est précisé par le rapport politique adopté au Xe Plénum du CEI.

Par la résolution suivante, le bureau politique veut préciser à son tour, à tous les membres du parti quels sont les problèmes qu'il faut considérer résolus par le IIIe Congrès mondial et le Xe Plénum du CEI et quels problèmes se trouvent aujourd'hui posés au centre de la discussion.

Le Congrès mondial et le Xe Plénum du CEI ont précisé les questions suivantes, qui ne font pas l'objet de la discussion pour le congrès du parti :

1. L'impérialisme se trouve engagé « dans la préparation accélérée, militaire et politique

d'une nouvelle guerre mondiale », seul moyen de résoudre à brève échéance les

contradictions internes du système, d'empêcher l'éclatement d'une crise économique

de grande envergure et surtout seul moyen de s'opposer à l'extension mondiale de la

montée révolutionnaire et du soulèvement des peuples coloniaux et semi-coloniaux

contre l'impérialisme. Étant donné l'ampleur prise par l'économie d'armement, cette

course vers la guerre est devenue irréversible ; seule une crise sociale aux États-Unis

mêmes pourrait empêcher Wall Street de régler ses comptes avec toutes les forces

anti-impérialistes du monde par la voie de la troisième guerre mondiale.

2. Étant donné la situation mondiale sociale dans laquelle cette guerre est préparée et

dans laquelle elle éclatera, étant donné le rapport de forces entre la bourgeoisie et les

forces anti-impérialistes aussi bien à l'échelle mondiale qu'à l'échelle des différents

secteurs de la politique mondiale (Extrême-Orient, Moyen-Orient, Europe occidentale,

Afrique du Nord, sans doute même Amérique latine), cette guerre qui, par sa propre

nature est une guerre de classe (guerre contre-révolutionnaire de l'impérialisme

contre l'URSS, les démocraties populaires, la Chine, et le mouvement ouvrier interna-

tional) prendra dès le début la forme concrète d'une guerre civile internationale,

aboutira dans la plupart des pays dans le cours de son déroulement au choc armé entre

les forces impérialistes et les forces anti-impérialistes. C'est cet aboutissement de la

montée révolutionnaire internationale qui donnera à la troisième guerre mondiale

son caractère de règlement de compte final entre la bourgeoisie et le prolétariat.

3. La bureaucratie soviétique continue à chercher « par une politique de harcèlement et

de pression sur la bourgeoisie » à obliger celle-ci à un compromis. Mais la base

objective pour un tel compromis global a disparu : la rupture mondiale de l'équilibre

relatif entre les classes a pour conséquence que d'une part l'impérialisme est décidé

d'engager la lutte à mort contre l'URSS et ne veut plus de compromis, que d'autre part

la bureaucratie soviétique n'a plus la possibilité d'imposer un tel compromis aux forces

anti-impérialistes mondiales décidées à leur tour de régler leurs comptes avec

l'impérialisme. De ce fait, la bureaucratie soviétique se trouve placée dans une

situation entièrement nouvelle. Ses possibilités de manœuvrer entre les classes sont

réduites à l'extrême et tendent de plus en plus à disparaître, d'autant plus que les

partis communistes de masse subiront de plus en plus la pression de la radicalisation

ouvrière dans leur pays. Devant la menace directe contre les bases matérielles sur

lesquelles se développent ses privilèges — la propriété nationalisée et l'économie

planifiée la bureaucratie soviétique est obligée de défendre l'URSS à sa façon. Elle

sera obligée de le faire politiquement dans des conditions entièrement différentes

de celles de la Seconde Guerre mondiale : sans la possibilité d'obtenir une alliance

avec une quelconque bourgeoisie importante, et sous la pression croissante d'une

montée révolutionnaire extraordinaire s'élargissant sans cesse. Dans ces conditions,

sa politique développera nécessairement une orientation à gauche déjà dessinée

maintenant, seul espoir pour elle de maintenir son contrôle sur des secteurs impor-

tants des forces anti-impérialistes mondiales. La montée révolutionnaire aboutira

nécessairement à la destruction de ce contrôle. La bureaucratie cherchera bien,

comme dans le passé, à réprimer par la force les foyers révolutionnaires qu'elle ne

peut plus contrôler, mais la généralisation de la montée rendra en définitive vains

ses efforts pour se survivre. Le sort de la bureaucratie sera réglé par le règlement de

comptes qui vient : elle succombera soit sous les coups de l'impérialisme, soit sous

celui des masses soviétiques encouragées par les victoires mondiales de la

révolution.

4. Cette perspective se place dans le cadre de l'analyse programmatique faite par la

IVe Internationale de la nature de l'époque dans laquelle nous vivons et de l'analyse

du stalinisme dans ses documents programmatiques (Programme de transition, IIe

et IIIe Congrès mondial) et dans l'œuvre de Léon Trotsky. La crise de l'humanité

reste la crise de la direction révolutionnaire. La solution relativement rapide de

cette crise par la fusion de l'avant-garde révolutionnaire avec de grandes parties

du mouvement de masse, est rendue pour la première fois possible par l'ampleur

de la montée révolutionnaire internationale actuelle. La nature de la bureaucratie

soviétique est celle d'une caste bonapartiste attachée à la base matérielle de l'État

ouvrier dégénéré et s'efforçant de mener une politique d'équilibre entre les classes

en Russie même et à l'échelle internationale. C'est pourquoi elle est foncièrement

opposée à l'extension mondiale de la révolution et la subsistance du capitalisme

dans une partie du monde est sa condition d'existence au même titre que la

subsistance de l'État ouvrier. La politique de la bureaucratie soviétique et de son

appareil international exprime cette contradiction.

La course de l'impérialisme vers la guerre et l'amplification de la montée

révolutionnaire détruiront toute possibilité pratique d'une telle politique d'équilibre

et acculent la bureaucratie à la défense de la base matérielle sur laquelle elle vit. Les

partis sociaux-démocrates et staliniens restent des partis dégénérés à direction ne

représentant plus les intérêts historiques du prolétariat de leurs pays respectifs. Mais

l'exacerbation extrême de la lutte de classe oblige ces partis partout où la majorité de

la classe ouvrière les suit à subir la pression de cette situation et à exprimer de façon

déformée la volonté de lutte révolutionnaire des masses. À cela s'ajoute, pour les

partis staliniens, l'attachement de leur direction et de leur base à l'URSS et leur

décision, en cas de guerre, de jeter inconditionnellement leur poids dans la balance

pour la défense de l'URSS, des démocraties populaires, de la Chine et des révolutions

coloniales. Dans ces conditions, la stratégie de construction des partis

révolutionnaires doit s'appuyer à fond, dans les différents secteurs du monde, sur le

potentiel révolutionnaire enfermé dans les organisations qui y représentent la

majorité du prolétariat et des masses opprimées. Elle doit permettre à nos

organisations d'avant-garde d'obtenir dans le peu de temps qui nous sépare du

règlement de comptes final le maximum d'intégration dans ces organisations de

masse, afin de pouvoir, au cours des luttes grandioses dans lesquelles se jouera le sort

de l'humanité, conquérir la direction politique de ces masses.

5. La bourgeoisie française, entraînée dans la course aux armements dans le cadre du

front unique inter impérialiste, saignée à blanc par la guerre coloniale du Viêt-Nam,

devient rapidement le chaînon le plus faible de la chaîne capitaliste en Europe. « Sous

l'effet combiné de l'évolution économique, des difficultés dans le domaine colonial et

du renforcement de la réaction dans le nouveau Parlement issu des élections de juin,

la lutte de classe en France s'achemine vers un point culminant. » La bourgeoisie doit

s'efforcer d'instaurer l'État fort. Le gaullisme reste son instrument essentiel sur cette

voie ; c'est par la combinaison de moyens d'action parlementaire et dictatoriaux qu'il

cherchera à atteindre son but. Cet effort se heurtera à une résistance croissante de la

part des masses et place les luttes les plus larges à l'ordre du jour.

6. La tâche historique de construire la nouvelle direction à la classe ouvrière française

se trouve placée de ce fait dans de nouvelles conditions. Le peu de temps qui nous

sépare des luttes finales ne nous permet pas en tant que pôle d'attraction

indépendant de rassembler suffisamment de forces pour pouvoir jouer un rôle

décisif dans l'explosion révolutionnaire. D'autre part, l'essentiel des forces du parti

révolutionnaire de demain, les militants communistes ouvriers du PCF aujourd'hui

déjà plus attachés à leur parti se resserreront dans la période devant nous autour de

celui-ci devant la préparation accélérée de la guerre, les grandes victoires de la

révolution en Asie, la menace qui pèse sur l'URSS, les démocraties populaires, la

Chine et la révolution coloniale, la menace de l'État fort en France et le fait que le PCF

apparaît comme la seule force efficace capable de contrer cette menace. En même

temps cependant que ces ouvriers se resserreront de plus en plus autour de leurs

organisations traditionnelles, ils auront une attitude de plus en plus critique à

l'intérieur de leurs organisations envers la politique stalinienne et surtout ses

thèmes inspirés par le Kremlin (cohabitation pacifique, pacte de paix entre les « Cinq

Grands », collecte et signatures comme activité principale, absence d'une perspective

clairement révolutionnaire à l'échelle internationale et surtout à l'échelle française,

absence d'une claire perspective gouvernementale, etc.). La direction stalinienne et

même le Kremlin seront obligés de tenir compte de cette évolution. Ceci accentuera

le cours à gauche du PCF (déterminé aujourd'hui surtout par les besoins de la

politique générale de harcèlement de la bourgeoisie décidée par le Kremlin). Cette

accentuation du cours à gauche des PC réagira à son tour sur l'orientation

révolutionnaire des militants communistes en accentuant celle-ci et en accentuant la

radicalisation générale de l'avant-garde ouvrière.

7. L'orientation du PCI doit être toute entière déterminées par la volonté de fusionner

coûte que coûte avec les forces révolutionnaires explosives qui s'accumulent à

l'intérieur des organisations staliniennes, dans le but de participer d'une façon

organiquement liée à ces forces aux soulèvements révolutionnaires de demain qui

permettront de briser l'emprise du Kremlin sur le mouvement ouvrier. C'est là le sens

profond de la formule : s'orienter vers les ouvriers communistes. La forme concrète

de cette orientation ne peut être qu'une combinaison du travail indépendant et du

travail entriste dans l'ensemble des organisations staliniennes ou sous le contrôle des

staliniens (CGT, UJRF, UFF, comités Henri Martin, Comités de défense de la paix,

syndicats uniques, sections syndicales uniques, PCF, etc.). Il ne s'agit nullement de

liquider le trotskysme en tant que courant indépendant dans le mouvement ouvrier

politique ; au contraire, une juste compréhension de la situation peut lui permettre

de jouer un rôle important dans les mois à venir. Mais il s'agit de comprendre que

l'organisation indépendante doit avant tout aider le travail entriste en parlant un

langage adressé essentiellement aux ouvriers communistes, et que le travail entriste

s'amplifiera au fur et à mesure que nous approcherons de la guerre.

Ce cadre général de la discussion étant fixé, celle-ci s'appliquera plus particulièrement aux problèmes suivants :

1. Les étapes concrètes que traversera la décomposition de l'empire colonial français, la

crise économique du capitalisme français et la crise de son régime politique au cours

des mois à venir, les réactions ouvrières qui sont à prévoir sur ces événements et le

sens que prendront les conflits sociaux dans ces conditions.

2. La situation dans le PC, l'ensemble de sa politique, les formes concrètes que prend

l'évolution à gauche de cette politique stalinienne, nécessairement contradictoire,

disparate et sinueuse. L'état concret des rapports entre PCF et masses dans le cadre

des perspectives définies plus haut. Les réactions sur cette évolution de la classe

ouvrière et des ouvriers communistes à l'intérieur des organisations staliniennes.

Les possibilités concrètes qui s'ouvriront pour le parti d'intégrer ses militants dans

telle ou telle situation particulière, dans les différentes organisations staliniennes, et

de préparer ainsi la réalisation de sa politique à longue échéance.

3. Les formes que prendra ce travail entriste, nécessairement préparé par une période

d'intégration individuelle sans délimitation ouverte, période pendant laquelle nos

camarades se montreront les meilleurs militants de l'organisation où ils entrent. Ces

formes seront particulières pour chaque secteur de travail (syndicats, jeunes,

femmes, PCF).

4. La politique et le mode d'activité de l'organisation indépendante, défendant le

programme trotskyste et se délimitant ainsi ouvertement de la ligne stalinienne, mais

de façon à favoriser la différenciation à l'intérieur des organisations staliniennes à

aider ainsi le travail entriste.

31 mars 1952

Adoptée à l'unanimité.

Déclaration de vote des membres majoritaires du BP sur la résolution-cadre

Les membres soussignés du bureau politique : Bleibtreu, Garrive, Lambert, Renard, déclarent voter pour la résolution du BP sur le cadre de la discussion préparatoire au congrès, dans le sens d'un document conforme à l'orientation définie par le Xe Plénum du CEI.

Ils regrettent que cette résolution n'ait pas réaffirmé explicitement l'affirmation centrale du programme transitoire « Le passage définitif de l'internationale communiste du côté de l'ordre bourgeois, son rôle cyniquement contre-révolutionnaire dans le monde entier (...) a créé d'extraordinaires difficultés supplémentaires au prolétariat mondial », affirmation contestée au cours des récentes discussions. Cette réaffirmation explicite n'aurait dû faire l'objet d'aucune objection puisque la résolution exprime implicitement la même idée lorsqu'elle affirme : « La nature de la bureaucratie soviétique et celle d'une caste bonapartiste attachée à la base matérielle de l'État ouvrier dégénéré et s'efforçant de mener une politique d'équilibre entre les classes et en Russie même. C'est pourquoi elle est foncièrement opposée à l'extension mondiale de la révolution et la subsistance du capitalisme dans une partie du monde est sa condition d'existence au même titre que la subsistance de l'État ouvrier. La politique de la bureaucratie soviétique et de son appareil international exprime cette contradiction. »

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 313–317 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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