Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution : Reconstruction et renforcement de la IVe Internationale

19 juillet 1943 · Documents du Secrétariat européen et du Secrétariat provisoire européen · 3 747 mots

In English: Resolution: Reconstruction and Strengthening of the Fourth International — traduction assistée par machine.

1. La nécessité d'une organisation internationale se fait sentir dès les premiers pas

du mouvement ouvrier, même sur le plan de ses revendications économiques.

Elle résulte du fait que l'émancipation de la classe ouvrière n'est plus un problème

local ou national mais un problème social embrassant tous les pays où le régime

capitaliste existe et dont la solution dépend des efforts pratiques et théoriques

combinés des pays les plus avancés.

2. L'internationalisme de la classe ouvrière est le reflet nécessaire de l'universalité

des conditions économiques et politiques générales qui caractérisent le

développement historique du régime capitaliste par la fusion progressive des

différentes économies nationales dans un ensemble organique.

3. À l'époque impérialiste actuelle, l'universalité de l'économie et de la politique,

dirigées par le capital financier mondial, est un fait accompli et, plus que jamais,

dans chaque pays capitaliste, l'analyse de sa propre situation ne peut se déduire

que de l'analyse de la situation mondiale générale.

4. Tous les efforts historiques du mouvement ouvrier portent, par conséquent,

malgré la forme nationale que prend nécessairement dans chaque pays

séparément sa lutte émancipatrice, le sceau d'une politique et d'une organisation

essentiellement internationale.

5. À une époque où l'universalité de l'économie et de la politique était encore une

tendance plutôt qu'une réalité, la Première Internationale, tout en déclarant la

nécessité d'une coordination du mouvement ouvrier dans tous les pays

capitalistes, insistait particulièrement sur l'importance des conditions spéciales

de chaque pays et recommandait vivement l'élaboration d'un programme

politique adéquat.

Plus tard, la IIe Internationale poursuivit l'œuvre de la Première Internationale,

tout en développant l'organisation syndicale et politique des masses dans les

pays capitalistes et en élaborant un programme d'action internationale

conforme à la fusion progressive des économies nationales dans un tout, et aux

perspectives générales de la guerre qui menaçait le monde capitaliste entier.

La IIIe Internationale, enfin, constituée après la fin de la guerre 1914-1918 et

après le triomphe de la Révolution russe, exprima, dans ses quatre premiers

congrès, les nécessités politiques et organisationnelles du mouvement ouvrier

pendant l'époque impérialiste dominée par l'économie et la politique mondiale

du capital financier.

6. La Première Internationale sombra dans les vagues de la passivité et de

l'indifférence politique des masses qui suivirent la défaite de la Commune et

l'incompréhension théorique des éléments avancés du prolétariat dominés

encore par les idées anarchistes et blanquistes.

La IIe Internationale a péri pendant la guerre de 1914-1918, minée par

l'opportunisme et terrassée par la trahison de ses chefs passés dans le camp de

la bourgeoisie.

La IIIe Internationale, ayant lié son sort à l'évolution de l'État soviétique, a

rapidement dégénéré avec lui et disparu même formellement au moment où les

intérêts de la diplomatie de la bureaucratie soviétique, dans ses rapports avec le

clan impérialiste anglo-saxon, l'ont exigé.

7. À la base de la crise de l'organisation internationale du mouvement ouvrier, il y

a l'incapacité de ce dernier à prendre jusqu'à maintenant dans ses propres mains

sa destinée et à empêcher l'immixtion des tendances ennemies qui le font, avec

l'aide des circonstances favorables, dévier de sa mission historique. Le manque

de continuité de sa propre expérience, dû à la disparition massive — pendant la

guerre de 1914-1918, la Révolution russe, la guerre civile, la terreur exercée

dans les autres pays capitalistes et par Staline en URSS — des éléments politi-

ques les plus mûrs, en est une des causes principales dans les dernières vingt-

cinq années.

8. Le mouvement pour la IVe Internationale a été suscité en 1934 par l'Opposition

de gauche de la IIIe Internationale. Il a abouti, en 1938, à la création de la IVe

Internationale. Ce mouvement a été déterminé par l'absence, sur l'arène

politique révolutionnaire, d'une organisation internationale capable de diriger la

lutte de classes, dans l'époque impérialiste actuelle, vers son dénouement

historique : le triomphe du socialisme. La IVe Internationale est l'expression

d'une nécessité historique du processus révolutionnaire de notre époque qui ne

tolère pas d'interruption.

Sa proclamation n'était pas un fait arbitraire. Elle s'imposait, non seulement

objectivement mais aussi subjectivement, comme ligne politique nécessaire de

tout courant révolutionnaire qui ferait son chemin à travers les pires obstacles.

Au moment de sa proclamation, la IVe Internationale était déjà forte de sa doc-

trine. Cette dernière prolonge et développe la doctrine léniniste des quatre

premiers congrès de l'Internationale communiste, dans les nouvelles conditions

caractérisées par la dégénérescence de l'État soviétique et de la IIIe

Internationale, l'aggravation de la crise du régime capitaliste, le fascisme et la

préparation de la nouvelle guerre impérialiste. La IVe Internationale possédait

d'autre part, dans plusieurs pays du monde, un nombre —restreint, il est vrai —

de cadres organisés qui, malgré leur faiblesse, défendaient en général une

politique révolutionnaire juste.

9. L'approche de la guerre impérialiste mondiale détermina dans une large mesure

la proclamation de la nouvelle internationale. Fournir aux masses désorientées

— entraînées pour la seconde fois, dans un intervalle de vingt ans, dans le cercle

infernal du brigandage et du carnage impérialiste — une ligne de conduite

révolutionnaire et créer un pôle d'attraction qui pouvait faciliter le

regroupement idéologique et organisationnel, telle était la pensée directrice qui

dicta l'acte de proclamation de la IVe Internationale.

10. La guerre impérialiste, survenue peu après, prit les masses populaires à

l'improviste et, grâce à la coalition des partis social-démocrate et stalinien avec

la bourgeoisie, les poussa, désorientées, du côté gouvernemental et du

chauvinisme.

Dans l'atmosphère mondiale empoisonnée jusqu'à maintenant par les

exhalaisons de la haine nationale et raciale, de la propagande abrutissante de la

bourgeoisie internationale, de la caste bureaucratique de l'URSS et de leurs

agents dans le mouvement ouvrier, la politique révolutionnaire reste encore sans

écho appréciable. Les faibles sections nationales de la IVe Internationale se

sentirent inévitablement isolées et ne répondirent en général que médiocrement

aux tâches immenses que leur imposait la situation.

11. Cependant, le flux révolutionnaire est inévitable et proche. Cette guerre,

aboutissement nécessaire des contradictions entre les impérialistes, aggrave

davantage la crise générale du régime capitaliste, ronge et sape ses fondements

économiques et rend impossible tout équilibre social durable. Seules les défaites

nouvelles et la passivité qui s'ensuit du prolétariat peuvent permettre aux classes

possédantes de prolonger leur règne sanglant sur les ruines matérielles, le chaos

économique et la misère sociale qui succéderont au carnage impérialiste actuel.

Les masses, dégrisées dans le feu de la réalité cruelle telle qu'elle apparaît de plus

en plus clairement à la lumière des événements qui préparent dès maintenant la

phase ultime de la guerre, se mettront bientôt en mouvement pour éviter leur

écrasement total sous le poids d'une liquidation capitaliste du conflit

impérialiste actuel. Une période de révolutions, de guerres civiles et de nouvelles

guerres, plus ou moins localisées, prolongera inévitablement ce dernier. La IVe

Internationale puisera ses forces dans les eaux torrentielles de cette prochaine

montée révolutionnaire.

12. La réalité des nouveaux partis révolutionnaires et de la nouvelle

internationale jaillira de l'esprit révolutionnaire des masses qui se mettront

en action. La IVe Internationale, qui vit aujourd'hui dans la conscience d'un

nombre restreint de cadres révolutionnaires, sera demain le confluent de tous

les processus révolutionnaires qui s'accompliront dans les masses. Par des

voies diverses, selon les traditions, les expériences, les conditions

économiques et politiques de chaque pays, se cherchant, se regroupant en

petits ou grands noyaux, se reconstituant en tendances, en fractions ou en

partis distincts, le mouvement ouvrier fera siennes les idées fondamentales de

la IVe Internationale et construira ses organisations de masse.

13. Dans le but de hâter le moment du regroupement idéologique et

organisationnel du prolétariat et d'accélérer le rythme des processus

révolutionnaires qui s'accomplissent, dès maintenant, dans les masses

travailleuses, le Secrétariat provisoire européen de la IVe Internationale

propose la convocation, d'ici quelques mois, d'une conférence internationale.

14. Cette conférence réunira toutes les tendances, fractions ou partis

révolutionnaires qui acceptent ou qui évoluent dans le sens des principes de la

IIIe Internationale de Lénine et Trotsky ainsi que des idées fondamentales

énoncées par le noyau primitif de la IVe Internationale dans son programme de

transition et qui reconnaissent la nécessité de nouveaux partis et de la nouvelle

internationale.

15. La conférence internationale aura pour but d'élaborer une plate-forme

concrète d'action commune immédiate qui résumera l'appréciation, les tâches

et les perspectives de la situation actuelle, ainsi que les méthodes

organisationnelles indispensables à la construction et au renforcement des

partis et de la nouvelle internationale. Dans l'élaboration de cette plate-forme,

chaque tendance, fraction ou parti apportera son propre point de vue, et aucune

question politique posée par la situation actuelle ne sera considérée comme

étant définitivement tranchée d'avance et à l'abri de toute critique ou révision.

16. La conférence internationale choisira, proportionnellement à la force des

tendances idéologiques compatibles avec les principes généraux de la IVe

Internationale, un comité exécutif élargi et un secrétariat national restreint

exprimant la ligne politique de la majorité de la conférence.

17. Le Secrétariat provisoire éditera, pour l'organisation de la conférence

internationale, un bulletin spécial qui ouvrira ses colonnes à tous les

groupements révolutionnaires qui adressent au secrétariat une confirmation

écrite de leur décision de participer à ladite conférence. Ce bulletin publiera

tous les documents émanant des groupes révolutionnaires organisés qui se

rapportent aux problèmes relatifs au but de la conférence.

18. Le Secrétariat provisoire estime que seules les idées politiques actuelles de

chaque tendance, fraction ou organisation susceptible de participer à la

conférence doivent être prises en considération et que, par conséquent, aucune

divergence et aucune décision antérieure ne saurait être évoquée pour justifier

une exclusion, sauf dans des cas d'incompatibilité avec la morale et l'honnêteté

prolétarienne.

Le Secrétariat provisoire européen

19 juillet 1943

In Quatrième Internationale, nouvelle série n ° I, août 1943

Manifeste : Aux ouvriers, paysans et soldats italiens

Le régime haï des chemises noires vient de disparaître de la scène politique italienne. C'est le plus grand événement politique qui se produit depuis le déclenchement du deuxième grand massacre mondial. C'est le premier anneau de la chaîne capitaliste qui se brise, ouvrant les perspectives les plus grandioses au prolétariat italien, au prolétariat européen, et au prolétariat mondial.

Après avoir opprimé et exploité, brimé et spolié, sacrifié et saigné le peuple italien pendant vingt ans, après avoir conduit l'Italie à la guerre impérialiste, au désastre militaire, à la veille de la banqueroute économique, le fascisme, dernier espoir du capitalisme décadent, prouve par sa chute lamentable toute la faiblesse de ce régime social dont il fut le valet, et son incapacité à donner au peuple autre chose que misère, guerres, crises et esclavage.

Devant les conséquences terribles de la défaite militaire, devant l'annonce d'un désastre économique, mais surtout effrayée par le réveil des masses exploitées, dont les luttes héroïques des ouvriers de Turin, de Milan, de Gênes furent les premiers signes avant-coureurs, la bourgeoisie italienne se débarrasse du fascisme en vingt-quatre heures. Elle démontre ainsi que le fascisme n'était rien d'autre qu'un instrument entre ses mains. Elle réduit à néant tous les bavardages sur l'État nouveau, sur le socialisme mussolinien, sur la quatrième Italie. Mais, en même temps, elle démontre qu'elle était prête à se débarrasser d'un serviteur devenu gênant, à renoncer au super-gendarme fasciste, pourvu qu'elle continue à régner, opprimer et exploiter, comme classe. Mais tant que subsistera la domination de la bourgeoisie, tant que les Montecatini et les Ansaldo, tant que la Fiat et les agrariens resteront les maîtres de l'Italie, tant que les généraux et les politiciens bourgeois gouverneront en leur nom, rien ne sera changé pour le peuple italien. C'est pour leurs intérêts que le pantin royal lance des appels à l'union des Italiens, c'est pour leur profit que Badoglio, hier encore fidèle serviteur de Mussolini, proclame la loi martiale et envoie les gendarmes tirer sur les grévistes.

Mais les événements qui ébranlent maintenant la péninsule italienne ne peuvent en aucun cas s'arrêter au gouvernement de ce traîneur de sabres, aussi réactionnaire que son prédécesseur, serviteur du capitalisme aussi fidèle que Mussolini.

Les masses qui ont fait leur première entrée dans l'arène politique ne s'occupent pas des problèmes qui touchent aux intérêts propres de la bourgeoisie italienne. Les ouvriers, les soldats, les paysans demandent avant tout la paix, la paix immédiate. Chaque heure, chaque minute que la guerre continue, c'est du sang ouvrier et paysan versé au profit des exploiteurs. Les mères exigent le retour de leurs fils, les femmes le retour de leurs maris, les enfants celui de leurs pères. La paix, le pain, la liberté, voilà leurs aspirations, voilà le but de leur lutte. Et cette lutte, les masses la continueront aujourd'hui contre Badoglio, demain contre tout autre gouvernement « libéral » que l'oligarchie financière essaiera de mettre à sa place. Elles la continueront contre Churchill et Roosevelt et leurs armées « libératrices » dont la tâche consiste à maintenir l'ordre capitaliste, en noyant dans le sang la révolution italienne, avant-garde de la nouvelle révolution prolétarienne mondiale. Churchill a tenu, sur ce point, à ne laisser aux ouvriers, paysans et soldats italiens la moindre illusion. Il a défini la mission des alliés comme une immense tâche de police. Il a expliqué que les Anglais et les Américains se garderaient bien, par des méthodes brutales, de susciter le désordre et l'anarchie, c'est-à-dire le mécontentement populaire, qu'ils agiraient au contraire, par la pression et le chantage, pour amener un gouvernement fort à mettre à leur disposition les ressources de l'Italie et permettre de continuer dans de meilleures conditions la guerre contre l'Allemagne.

Vous entendez cela : continuer la guerre, maintenir l'ordre, assurer la police. C'est le langage de Badoglio, c'est le langage de Mussolini qui continue. Le général Alexander, en Sicile, n'a-t-il pas demandé aux fascistes de venir se placer sous sa protection ? Il faut préserver les précieuses troupes de la réaction et de l'ordre capitaliste.

À Alger déjà, les Anglo-Américains ont montré comment ils entendaient libérer les peuples. Ils n'ont ouvert les prisons que pour verser les condamnés politiques dans l'armée ou dans les bataillons de travail ; ils n'ont substitué au régime de Vichy qu'un autre régime de Vichy où règnent les mêmes réactionnaires, les mêmes généraux et les mêmes agents de la haute finance. Le rationnement, les salaires de famine, le marché noir, tout cela continue.

Mais ce n'est pas cela que veulent les masses populaires. Ce qu'elles veulent, c'est manger enfin à leur faim, c'est être libres enfin de parler, de lire et de chanter. Ce que veulent ces soldats, c'est rentrer chez eux ; ce que veulent ces paysans, c'est être débarrassés des agrariens ; ce que veulent ces ouvriers, c'est voir cesser une exploitation éhontée, c'est retrouver le droit de revendiquer et de se défendre par l'action syndicale et par la grève.

Mais cela, les ouvriers italiens ne l'obtiendront que par leur propre action. Ni la guerre de Badoglio ni celle de Churchill ne sont leur guerre. La seule guerre qu'ils veulent mener, c'est la guerre aux capitalistes, aux agrariens et aux fascistes, c'est la guerre à tous ceux qui entreprendront de défendre les gardiens et les profiteurs de l'ordre, c'est la guerre qui se mène à l'usine, à la ville, au village, contre le patron, le propriétaire foncier, les chemises noires. Vingt années de souffrance, d'humiliation, de terreur doivent être vengées. Elles seront vengées.

Ouvriers, paysans et soldats italiens, vous vous préparerez à l'action. Seules votre force organisée et vos luttes coordonnées vont enterrer définitivement le fascisme et ouvrir la voie à votre émancipation totale. Vous exigerez la signature immédiate de la paix et vous vous opposerez à toute participation directe ou indirecte de l'Italie à la guerre impérialiste. Les prolétaires européens lutteront à vos côtés pour exiger une paix sans indemnité ni sanctions. Vous exigerez la démobilisation immédiate de toute l'armée, le rapatriement de tous les prisonniers, le désarmement et le licenciement immédiat de la police et de la milice. Vous les remplacerez par votre force armée, par la milice ouvrière et paysanne.

Vous exigerez que Mussolini et Ciano, que les hiérarques du parti, de la milice et de la police fascistes soient immédiatement traduits devant un tribunal du peuple. Vous exigerez l'augmentation immédiate des salaires et la réduction des heures de travail. Vous imposerez le respect du droit de réunion, du droit syndical, du droit de grève. Vous exigerez la libre parution de la presse ouvrière sans contrôle ni censure. Vous imposerez le contrôle populaire sur le ravitaillement, sur les stocks, sur les marchés, la fermeture des restaurants de luxe, etc.

Badoglio vous promet des élections. Il essaie ainsi de vous endormir. Il espère que vous mettrez tous vos espoirs dans un nouveau parlement bourgeois comme celui qui a ouvert, il y a vingt ans, la route à Mussolini. Les travailleurs italiens n'auront aucune confiance et aucune illusion en ce qui concerne le rôle véritable du parlement bourgeois où domineraient encore les représentants de la classe des Fiat et des Ansaldo.

Avec les élections et le parlementarisme, la bourgeoisie italienne veut donner une forme démocratique à sa domination de classe, une fiction de représentation populaire exprimant en apparence la « volonté du peuple ». Elle veut vous détourner de votre action directe dans les usines, dans les rues, dans les villages, qui est la seule capable de résoudre vos problèmes.

Mais en même temps, Badoglio veut empêcher que vous exprimiez maintenant votre volonté de paix et de liberté réelle, votre haine du capitalisme. Il veut freiner le plus possible votre agitation. Il vous promet des élections pour quatre mois après la fin de la guerre pour avoir le temps de régler tous les problèmes importants au bénéfice des riches et de la réaction.

C'est immédiatement que vous demanderez des élections, ouvertes à tous, hommes et femmes d'Italie âgés de plus de dix-huit ans, à l'exception de tous les anciens dignitaires du régime fasciste. C'est dès maintenant que vous déchirerez le voile hypocrite de l'union sacrée qui sert seulement la réaction et la guerre.

Ces revendications sont celles de l'ensemble des masses laborieuses italiennes. Elles ne sont pas celles des exploiteurs capitalistes, des généraux, des agrariens, des cléricaux. Elles ne sont pas davantage celles de Churchill et de Roosevelt qui mènent une guerre impérialiste contre l'Italie et non une guerre de libération du fléau capitaliste. Il faudra lutter durement pour les imposer.

Dès maintenant, il faut, dans chaque usine, dans chaque quartier, dans chaque village, préparer la grève générale pour ces objectifs. Il faut que dans chaque usine, dans chaque quartier, dans chaque village, le plus grand nombre possible d'ouvriers, de paysans travailleurs, de travailleurs citadins antifascistes et de soldats se réunissent, confrontent leurs idées, leurs opinions, serrent les coudes, se préparent en commun à l'action. Il faut qu'ils désignent les meilleurs d'entre eux, les plus dévoués, les plus audacieux pour élaborer un plan concret d'action et coordonner les efforts. Il faut que des comités d'action couvrent l'ensemble du pays, prennent contact d'usine à usine, de quartier à quartier, de village à village, de ville en ville, de province en province. Il faut dresser dans tout le pays un puissant front de tous les ouvriers, paysans travailleurs, soldats. Il faut créer une direction nationale des luttes.

Dans cette voie, vous ne vous heurterez pas seulement aux politiciens séniles d'une bourgeoisie décrépite, aux forces armées de la police et de la réaction. Vous trouverez en face de vous l'armée anglaise et l'armée américaine. Ne jetez pas vos armes pour les accueillir. Souvenez-vous cependant que si Churchill et Roosevelt sont des ennemis, les simples soldats anglais et américains doivent devenir vos alliés. Fraternisez avec eux, ainsi qu'avec les soldats allemands, montrez-leur à tous qu'en se faisant les instruments de la réaction en Europe, ils préparent le triomphe de la réaction dans leur propre pays. Invitez-les à lutter à vos côtés contre les exploiteurs et les oppresseurs capitalistes. Au-delà des champs de bataille, par-delà les frontières, tendez la main aux prolétaires de l'Europe et du monde. Montrez-leur la voie. Que l'Italie lève le flambeau de la révolution socialiste véritable, car c'est de cela en définitive qu'il s'agit : reprendre la lutte interrompue en 1923 et la mener jusqu'à la victoire.

Ouvriers, paysans et soldats italiens, l'expérience de vos luttes du passé vous enseigne que seule la prise du pouvoir par vous-mêmes peut vous assurer la paix, le pain, la liberté. Parce que vous n'avez pas pu trouver, en 1920, suffisamment de forces au point culminant de votre lutte héroïque pour vous emparer du pouvoir, la bourgeoisie, en la personne du fascisme, réussit bientôt à vous faire mordre la poussière et à établir sa dictature sanglante. Osez cette fois aller jusqu'au bout.

À travers votre lutte pour les libertés démocratiques et chaque fois qu'il sera possible, organisez et passez dès maintenant à l'occupation, au contrôle de la production, à l'expropriation et à la nationalisation de la propriété capitaliste. Engagez-vous résolument dans la voie de la prise révolutionnaire du pouvoir et de la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan, sorti d'un congrès national des comités d'action des ouvriers, des paysans et des soldats. Seul un tel gouvernement expropriera les expropriateurs, nationalisera les usines, donnera la terre aux paysans, réglera la production non pour le profit capitaliste mais pour le bien-être de tous, garantira le règne des masses travailleuses, tendra la main au prolétariat mondial, pour que naissent les États-Unis socialistes du monde.

Prolétaires italiens, pour mener victorieusement cette lutte, vous ne pouvez pas avoir confiance ni dans les partis de la démocratie libérale ni dans les bavards socialistes, qui n'ont su que capituler honteusement devant le fascisme. Vous ne pouvez pas davantage faire confiance au Parti communiste dont le rôle n'est plus aujourd'hui que de se servir de la classe ouvrière pour défendre par tous les moyens la domination en URSS d'une bureaucratie qui a usurpé l'héritage d'Octobre et trahi les intérêts de la révolution prolétarienne.

Vous ne pouvez avoir confiance qu'en vous-mêmes, qu'en les forces révolutionnaires qui surgiront de vous dans le feu des luttes prochaines et qui forgeront le nouveau parti révolutionnaire italien. La pensée de Marx, de Lénine et de Trotsky vous guidera. Le programme de la IVe Internationale éclairera votre voie.

Prolétaires italiens, vous n'avez à perdre que vos chaînes. Vous avez un monde à gagner. La voie de la révolution socialiste vous est ouverte. Marchez-y librement, les prolétaires du monde entier n'attendent que votre exemple. La IVe Internationale les mobilisera à vos côtés.

Vive la révolution socialiste italienne.

Vive les États-Unis socialistes de l'Europe et du monde.

Vive la IVe Internationale !

Le Secrétariat provisoire européen de la IVe Internationale

Début août 1943

In Quatrième Internationale, nouvelle série, n° 1, août 1943

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 2, p. 143–151 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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