Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution sur le mouvement des partisans

décembre 1943 · Documents du Secrétariat européen et du Secrétariat provisoire européen · 1 033 mots

In English: Resolution on the Partisan Movement — traduction assistée par machine.

1. Devant le caractère, en partie spontané, du mouvement des partisans,

expression de la révolte ouverte et inévitable des larges couches travailleuses

contre l'impérialisme allemand et contre l'ordre et l'État de la bourgeoisie

indigène qui personnifient à leurs yeux les responsables de leur misère et de

leurs souffrances actuelles, les bolchéviques-léninistes sont obligés de

prendre en considération cette volonté de lutte des masses et de tâcher,

malgré les multiples dangers consécutifs aux formes nationalistes que revêt

cette lutte, de l'orienter vers des buts de classe.

2. Quand il s'agit de groupes de coups de main montés par des organisations

nationalistes ou stalino-patriotiques, l'attitude des B-L est fonction des

objectifs et résultats de leur action : action militaire, nationaliste,

essentiellement réactionnaire au service du capitalisme national et des

impérialismes anglo-saxons. Cette attitude est valable même si cette action

de partisans prétend avoir pour objectif la défense de l'URSS par

l'organisation exclusive du sabotage, la guérilla, la désorganisation des

transports vers l'Est, etc. Les B-L ne sont pas naturellement contre l'aide

militaire à l'URSS, y compris par le sabotage. Mais l'aide militaire fournie par

ces groupes à l'armée soviétique reste insignifiante. Par contre, en détruisant

l'esprit de classe des ouvriers, en développant et en excitant le chauvinisme,

en détournant les ouvriers de leur lutte propre sur le terrain de l'usine, en les

divisant, en les jetant pieds et poings liés dans l'union sacrée, en les dressant

contre les soldats allemands, ils désarment la classe ouvrière, soudent le

prolétariat allemand à sa bourgeoisie et à Hitler, préparant l'assassinat de la

révolution allemande et l'étranglement de la révolution mondiale. C'est-à-

dire que pour leur aide militaire insignifiante, ils entravent le seul soutien

réel de l'URSS et renforcent sa dépendance à l'égard des impérialismes.

Tel a été le caractère exclusif des mouvements de francs-tireurs, notamment

dans les pays occupés de l'Ouest (Belgique, France, etc.) jusqu'en 1942. Les

BL ne pouvaient que combattre ces mouvements, tout en saluant l'héroïsme

individuel des combattants de ces groupes qui croyaient lutter pour la

défense de l'URSS et de la liberté.

3. Mais une telle attitude s'est révélée absolument insuffisante chaque fois que le

mouvement des partisans a pris un vaste caractère de masse. Tel a été le cas :

a) dans les pays balkaniques où, par suite des conditions géographiques,

économiques, et historiques, de larges couches de paysans pauvres et en

partie d'ouvriers ont gagné la montagne et engagé la lutte contre l'occupant ;

b) en Occident, à partir de la déportation massive de la main-d’œuvre en

Allemagne, les groupes de partisans se renforçant alors d'importantes

couches ouvrières et petites-bourgeoises, notamment de la jeunesse,

décidées à lutter contre l'esclavage du travail forcé, pour leurs libertés,

contre l'oppression impérialiste, pour la défense de l'URSS.

La participation des masses ne change pas le rôle objectif des organisations militaires à la remorque de l'impérialisme anglo-saxon dans lesquelles se canalisent pour la plupart les mouvements des partisans. Mais elle modifie plusieurs caractères de la lutte :

a) elle peut rendre effective l'aide militaire à l'URSS (Yougoslavie) ;

b) elle détermine l'entrée dans la vie politique de masses armées qui tendent

à agir selon leurs propres intérêts objectifs de classe ;

c) mobilisant une partie importante des forces vives de la jeunesse ouvrière

et petite-bourgeoise, elle pose de manière brûlante le problème suivant

cette jeunesse ira-t-elle nourrir la révolution ou les forces les plus

réactionnaires de l'impérialisme ?

d) dans les événements révolutionnaires qui viennent, dans le chaos qui se

prépare, ces petites armées orientées vers les points stratégiques joueront

un rôle important pour ou contre la classe ouvrière et la révolution.

4. Ainsi les B-L ne peuvent pas se contenter aujourd'hui de dénoncer ces

organisations comme travaillant au service de l'impérialisme. Ils ne se

contenteront pas de rappeler aux prolétaires la primauté du travail d'usine

et à faire tous les efforts possibles pour les retenir dans le cycle de la

production. Ils s'efforceront, en même temps, de faire pénétrer leur politique

dans les rangs des partisans, en vue de regrouper les forces révolutionnaires

latentes qui s'y trouvent sur une base politique et organisationnelle de classe.

Dans ce but, ils développent le programme suivant :

a) comprendre qu'ils doivent jouer le rôle des détachements armés au

service de la révolution prolétarienne, d'avant-garde des milices ouvrières

et non de succédané de l'armée impérialiste ;

b) s'organiser toutes les fois que cela est possible d'une façon autonome sur une

base démocratique à l'exclusion de tout élément bourgeois ou réactionnaire ;

c) se constituer dans les rangs des organisations militaires contrôlées par

l'union sacrée de la bourgeoisie anti-allemande et les staliniens, en fraction

camouflée ayant sa propre discipline et orientée résolument vers la rupture

avec ces organisations à chaque moment que cela devient avantageux ou

nécessaire ;

d) repousser toute politique d'assassinat des soldats allemands, toute action

de sabotage, même militaire, qui creuserait le fossé entre travailleurs

indigènes et soldats allemands ;

e) se mettre sous le contrôle et la direction politique du mouvement

prolétarien. Soutenir les luttes ouvrières par les moyens appropriés à la

situation générale et locale. Lier l'action des partisans aux luttes des usines.

Favoriser la formation des cadres militaires ouvriers et l'armement général

des ouvriers et des paysans ;

f) participer à la lutte de classes dans les campagnes en prenant part aux

travaux agricoles, en soutenant les paysans travailleurs contre

l'exploitation étatique et contre les paysans riches, les hobereaux, les

minotiers, etc., toute politique de brigandage contre la paysannerie

travailleuse devant être impitoyablement châtiée ;

g) organiser la propagande de fraternisation avec les troupes d'occupation, et

ouvrir leurs rangs aux déserteurs allemands ;

h) former des militants prolétariens par l'étude du marxisme et par les

discussions politiques, contrairement à la théorie bourgeoise : « Pas de

politique à l'armée. »

5, Les sections de la IVe Internationale doivent poursuivre cette politique aussi

bien en dehors des organisations de partisans qu'au sein de ces dernières, dans

le but de regrouper en définitive toutes les forces révolutionnaires du

mouvement des partisans sur une base idéologique et organisationnelle

autonome de classe, forces qui, en l'absence d'une politique juste, seront

inévitablement captées par des courants réactionnaires.

Le Secrétariat provisoire européen

In Quatrième Internationale, n° 2, décembre 1943

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 2, p. 156–158 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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