Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Des scissions à la réunification 1952-1963 › Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960)

Tendances et perspectives de l'économie mondiale (document présenté par le Secrétariat international pour le 6e Congrès mondial)

octobre-novembre 1960 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 15 224 mots

Europe et UE Grande-Bretagne Japon Construction de l'Internationale Révolution coloniale et libération nationale

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de la IV° Internationale)

1. — Introduction.

Au cours des dix dernières années, la situation économique mondiale à été dominée par les trois facteurs ci-après :

1) La croissance économique rapide des Etats ouvriers, avant tout de l'Union je soviétique et, plus tard, de plus en plus, de la République Populaire de Chine. L'industrie n soviétique n'est pas seulement devenue la deuxième du monde : la possibilité qu'elle dépasse la puissance industrielle des Etats-Unis\à un moment déterminé dans l'avenir est devenue, pour la première fois, tangible et est examinée sérieusement par la bour- { gcoisie américaine elle-même.

2) Bien qu'elle soit plus lente que celle des Etats ouvriers, la croissance écono-nique des pays industriéllement avancés d'Europe occidentale a été plus rapide et plus durable que prévue — surtout si on la compare avec la période qui a suivi la première guerre mondiale. C'est surtout le cas pour les pays du Marché Commun Européen et, dans une moindre mesure, pour l'Autriche. Contrairement à toutes les prédictions, tant de la part d'économistes marxistes que d'’économistes bourgeois, l'économie capitaliste des Etats-Unis et celle de l'Europe occidentale n'ont plus connu de crise économique très grave depuis 1938, c'est-à-dire depuis plus de vingt ans. Aucune des trois récessions d'après-guerre, celle de 1949, celle de 1953 et celle de 1957, n'a empêché une reprise relativement rapide et un nouveau boom après 12 à 18 mois.

3) Bien que l'industrialisation des pays coloniaux et semi-coloniaux ait fait des progrès dans les conditions favorables de la deuxième guerre mondiale et du «boom de la guerre de Corée», et malgré le fait que les Etats impérialistes autant que les Etats ouvriers leur aient accordé un volume croissant d'aide, de crédits et de dons de toute sorte (au total près de 22 milliards de dollars pendant la période 1954-1959), leur croissance économique non seulement n'a pas été proportionnelle à celle des pays | capitalistes d'Europe occidentale (sans parler de celle des Etats ouvriers), mais elle 1 a à peine suivi le rythme d'accroissement de la population et n'a même pas permis N de neutraliser l'évolution défavorable des termes d'échange. Il en résulte que l'écart

+ qui sépare le degré d'industrialisation et le niveau de vie des pays coloniaux et semi-coloniaux de ceux des pays industrialisés est aujourd'hui plus prononcé qu'il y a 10, 20 ou même 50 ans.

Certains cas particuliers — comme celui du Japon, qui connaît pour lé moment une expansion industrielle exceptionnellement rapide — n'entrent pas dans ce schéma. J1 n'en résume pas moins les grands traits de l’évolution économique mondiale et ses tendances fondamentales. Le document présent précise dans quelle mesure, au cours | des dix années à venir, ces tendances se maintiendront, dans quelle mesure elles seront modifiées et quelles en seront les principales conséquences économiques, politiques et sociales.

Un avertissement s'impose cependant. Pour étudier des tendances économiques à moyen ct à long terme, on doit nécessairement faire abstraction des transformations politiques et sociales, des irruptions de la violence révolutionnaire dans le domaine de l'économie. La IV° Internationale est plus convaincue que jamais que ces irruptions sont nécessaires et inévitables. Elle est convaincue que lez dix années à venir ne { connaîtront pas plus de statu quo dans le monde que les dix ou les vingt années qui l viennent de s'écouler. En ce sens, toute politique communiste axée sur l'idée de la 1 = « compétition économique entre les deux blocs » est à la fois utopique et démobilisatrice ; la stratégie du mouvement ouvrier international ne doit pas être d'assurer cette compétition pacifique, mais bien de renverser l'impérialisme et le capitalisme. Les conclusions de la présente résolution offrent d'ailleurs des raisons objectives et subjectives confirmant cette thèse.

Néanmoins, en tant que marxistes, nous devons étudier les tendances d'évolution du capitalisme et des Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou déformés, dans l'hypothèse que ces régimes subsisteront encore pendant une certaine phase historique. C'est seulement ainsi que nous pouvons connaître les forces objectives qui restent sous-jacentes à toute évolution politique. Sans cette hypothèse et sans cette étude, on né peut pas avoir une vision globale de la réalité et on ne peut pas élaborer une stratégie révolutionnaire efficace, notamment pour neutraliser certaines des forces cbjectives ainsi révélées, ou pour s'appuyer sur: certaines autres.

Les thèses sur les « Perspectives économiques et politiques internationales » adoptées par le V* Congrès Mondial affirmaient déjà vouloir « dégager les tendances générales dans les années à venir, aussi bièn de l'économie capitaliste que de l'économie des Etats ouvriers, telles qu'elles peuvent s'esquisser sur la base de l'état et de la dynamique actuels de l'une et de l'autre, et dans l'éventualité toute théorique d'absence de conflit majeur pendant cette période... ».

Elles précisaient en outre que «cette méthode de procéder d'une extrapolation en partant de l'état et de la dynamique actuels, abstraction faite de perturbations majeures, est la seule méthode possible si on veut définir les tendances et les perspectives générales ».

En appliquant la même méthode et en confirmant d'ailleurs dans leurs grandes lignes les conclusions du V* Congrès Mondial, nous soulignons la nécessité d'une compréhension scientifique des forces objectives qui déterminent en dernière analyse, et à long terme, l'évolution mondiale, compréhension sans laquelle tout jugement sur les perspectives de l’action révolutionnaire risque d'être teinté de subjectivisme.

En même temps, nous comprenons parfaitement — comme l'avaient d'ailleurs également précisé les thèses du V° Congrès Mondial — que l'évolution réelle n’est pas un simple reflet de ces tendances économiques à long terme, mais qu’elle résulte de l'interaction de ces tendances et de l'intervention consciente des hommes (l'action

? révolutionnaire des forces anti-capitalistes ainsi que l'action conservatrice des classes possédantes et des autres forces sociales qui craignent la révolution), interaction qui peut profondément modifier, et quelquefois même renverser totalement les tendances Gbjectives révélées par pareil procédé d'’extrapolation.

I. — LA CROISSANCE ECONOMIQUE DES ETATS OUVRIERS

2. - L'économie des E‘ats ouvriers croît plus rapidement que celle des Etats capitalistes

Au cours d2s dix dernières années, le taux de croissance des Etats ouvriers a été très rapide, méme s'il a été inégal de pays à pays, de période en période et de secteur économique à secteur économique. Il a dépassé le double de celui de l'économie capitaliste dans son ensemble. La comparaison avec les pays capitalistes ayant connu la croissance la plus élevée (Japon, Allemagne occidentale, France, Italie) est un peu moins {lattéeuse pour les Etats ouvriers ; elle n'en révèle pas moins une différence enccre très nette des rythmes de croissance, surtout à long terme.

es à 1959, le taux d'accroissement annuel moyen de la production industrielle arreté dé :

24,8 % en République Populaire de Chine

13,3 ‘ en Pologne

11,8 te en URSS.

10,8 % en République Démocratique Allemande

10,7 % en Tchécoslovaquie contre

14 % au Japon

10,9 % en Allemagne occidentale

8,5 % en Italie

58 % en France et

2,8 ‘o aux Etats-Unis

2,5 ‘o en Grande-Bretagne (Source : « Etude sur la Situation économique de l'Europe en 1956 » de la Commission Economique pour l'Eurcpe des Nations-Unies - «Trentième Rapport Annuel de la Banque des Règlements Internationaux, 1960).

De 1955 à 1959, le taux d'accr s'est établi ainsi :

issement annuel moyen de la production industrielle

13,5 % en Yougoslavie

10,4 % en U.R:S.S.

104 % en Tchécoslovaquie

100 % en Pologne

8,2 % en République Démocratique allemande contre 11,8 % au Japon 8,0 % en Italie ï ,9 % en Allemagne occidentale 6,7 % en France et

3,3 % aux Etats-Unis 2,1 % en Grande-Bretagne

3. - Causes de cette supériorité,

La supériorité de l'économie planifiée par rapport à l'économie capitaliste apparait ainsi de manière frappante. Les raisons de cette supériorité méritent d'être rappelées :

1) Contrairement à l'économie capitaliste, l'économie des Etats ouvriers connait une croissance qui n'est pas interrompue par des crises, des récessions, de brusques chutes de Ja production industrielle. Élle connaît le plein emploi permanent des travailleurs et des moyens de production (ce qui n'implique pas nécessairement leur emploi optimum). £

2) La centralisation des décisions d'investissement les plus importantes permet d'éviter les doubles emplois, la capacité excédentaire, les gaspillages et les faux frais généralement causés par la concurrence capitaliste et la «libre entreprise », nee l'époque du capitalisme des monopoles, bien que la gestion bureaucratique neutralise cn partie ces avantages.

FAO L ft , ie

3) La propriété nationalisée des moyens de production supprime les freins puis Sants au progrès technique que constituent, dans les pays capitalistes, les intérêts privés des propriétaires des capitaux fixes encore à amortir.

4) La propriété nationalisée des moyens de production permet également une standardisation plus rapide de la production, l'application de la production en série à des produits comme les machines-outils qui, en régime capitaliste, sont soumis à des surveïllances jalouses des bénéficiaires de brevets, etc.

5) L'économie planifiée et la propriété nationalisée des moyens de production Serantent une ton du revenu national qui réduit certains gaspillages du point de vue de la croissance économique (frais excessifs de distribution, dépenses de luxe excessives, etc..). Cependant, le régime bureaucratisé maintient encore ces dépenses improductives et inutiles à un niveau trop élevé.

e véritable révolution culturelle que l'URSS. et la plupart des autres Se oh effectuée, a payé des dividendes élevés dans le domaine de l'expansion économique. L'U-R.S!S. dispose aujourd'hui d’une armée d'ingénieurs, d'inventeurs, de technologues et de techniciens qui dépasse largement, en nombre, celle des Etats-Unis. Elle maintient de ce fait un rythme d'innovation industrielle supérieur à celui de tout pays capitaliste.

L'accès normal aux études supérieures de tous les éléments doués supprime Je gaspillage de talents inhérent au régime capitaliste. Les dépenses plus élevées pour l'enseignement et la soif de connaissances, systématiquement suscitée et encouragée, permettent la formation d'un nombre supérieur d’universitaires. Ainsi, du côté de la qualité comme de la quantité, l'innovation technologique se trouve stimulée bien plus fortement en U.R.S.S que dans les pays capitalistes avancés — sans parler des pays coloniaux et sémi-coloniaux. = Là Dans les années à venir, il n'y a pas de raison de prévoir une modification

Fe entale de ces taux de croissance, ni de leur avance par rapport à ceux des re ns les plus importants. Il est vrai que les taux de croissance industrielle ent été nettement réduits entre 1950-1955 d'une part, et 1955-1960 de l'autre (1), et que même ce taux d'expansion plus bas n'avait pu être réalisé en URSS. raison pour laquelle le 6° plan quinquennal avait dû être abandonné. D'une part, la pression des masses avait obligé la bureaucratie à faire un effort plus soutenu en vue d ARTS la consommation du peuple sans qu'une gestion plus démocratique ait pu, stimu er parallèlement l'expansion, ce qui aurait permis de conserver, ou même HUE” le taux de croissance. D'autre part, la gestion bureaucratique et Surtout ] pe contralisation de l'économie, avaient contribué à ralentir ces taux de croissance. Ces derniers obstacles ont été partiellement surmontés par les réformes de Khrouchtchev

= (1) Pourcentage d'accroissement de la production industrielle pour l'ensemble de la période envisagée :

1950-1955 1955-1960 (plans de 1955) Tchécoslovaquie .. .. 70 % 50 % R. D. allemande 90 % 55 % Hongrie US Au * 102 % 48 % Pologne ::.:. 118 % 53 % Union soviétiqu 85 % 65 %

(Source : « Etude sur la situation économique de l'Europe èn 1956», de la Commission Leonomique pour l'Europe des Nations Unies).

Fe

Y QUATRIEME INTERNATIONALE RS qui Ont permis de réaliser à nouveau les taux de croissance industrielle prévus par le 6° plan quinquennal, sauf dans quelques secteurs.

4. - La Chine en passe de devenir la 4 puissance du monde.

Dans ces conditions, le facteur nouveau le plus important qui modifiera l'économie des Etats ouvriers au cours de la prochaine décade sera l'apparition de la Répubiique Populaire de Chine comme une puissance industrielle de première importance. Même Si on conserve un certain scepticisme envers les statistiques chinoises (depuis la révision des chittres de résultats du «grand bond en avant »), on peut admettre que le taux de croissance du revenu national en Chine est actuellement de deux à trois lois plus élevé qu'en U.R.S.S. Ce taux très élevé s'explique naturellement en partie par le fait que la base de départ est beaucoup plus basse et que la création de nouvelles entreprises dans divers secteurs, surtout dans l'industrie lourde, permet d'y accroître d'un seul coup la production de pourcentages très élevés.

11 s'explique pourtant également par deux causes accessoires : l'aide de l’'U.R.S.S. et des autres Etats ouvriers qui, même si elle est encore manifestement insuffisante, n'en constitue pas moins un apport appréciable qui fit défaut à l'U.R.S.S. à l'époque de ses premiers plans quinquennaux: la possibilité d'éviter une série d'expériences négatives, surtout en ce qui concerne la bureaucratisation extrême de la direction des entreprises et la chute de la production agricole, qui avaient freiné l'essor de l'industrie soviétique. Le fait que l'agriculture chinoise ait pu éviter la longue phase de stagnation qui avait accompagné en U.R.S.S. la phase de l'industrialisation rapide, à cause de la collectivisation forcée, a permis d'éliminer un frein important à une croissance industrielle plus rapide dans la République Populaire de Chine.

Même si l'actuel taux de croissance de l'industrie chinoise est réduit dans les années qui viennent — phénomène inévitable, du moment qu'une première infrastructure d'industrie lourde aura été créée — il est probable qu'il restera supérieur à celui l'industrie soviétique, et largement supérieur à celui des pays capitalistes les plus avancés. comparaison avec l'Inde et les autres pays semi-coloniaux ou coloniaux en voie d'industrialisation, l'écart sera particulièrement frappant. Quels que soient les sacrifices évitables que certaines méthodes bureaucratiques ont imposés et continueront à imposer aux masses laborieuses chinoises, l'exemple chinois d’industrialisation rapide exercera, comme au cours des années écoulées, une force d'attraction exceptionnelle sur tous les peuples coloniaux et semi-coloniaux.

On peut prévoir que, dans la décade qui vient, la production industrielle chinoise dépassera largement celle du Japon et celle de la Grande-Bretagne. La R. P. de Chine deviendra donc la 4 je industrielle du monde. Elle restera cependant encore inférieure à celle de la Communauté Economique Européenne (Marché Commun), de J'U.R.S.S. et des Etats-Unis. Dans ces conditions, il ne semble guère réaliste de prévoir que la production globale des Etats ouvriers dépasse la moitié

Ja production industrielle mondiale en 1965, Pour autant, bien entendu, que le Capitalisme ne soit pas aboli dans de nouvelles et importantes puissances industrielles.

Il ne faut pas oublier par ailleurs que, malgré tous les succès obtenus dans la voie de l'industrialisation, la Chine qui compte plus de 600 millions d'habitants, reste un pays très pauvre si la production par tête d'habitant est prise en considération. Pour qu'elle atteigne le niveau d'industrialisation actuel du Japon, il faudrait que sa production d'acier, sa production d'électricité, sa production de machines, sa production de machines, sa production textile dépassent six fois celle du Japon (c'est-à-dire atteignent le niveau prévu par l'Union Soviétique pour 1970-72. Il est peu probable que cet objectif puisse être atteint avant au moins deux à trois décades (2).

5. - Problèmes spécifiques de l'économie des Etats ouvriers.

La croissance plus élevée de l’économie des Etats ouvriers par rapport à celle des pays capitalistes, est la caractéristique fondamentale, dominante de cette économie. Elle n'en est cependant pas la seule. La progression de l’économie des Etats ouvriers est caractérisée par un rythme inégal de nent des différents secteurs qui, avec les défauts de structure dûs à la déformation ou à la dégénérescence bureaucratique de ces Etats, pose une série de problèmes à résoudre, crée des difficultés ou des tensions au cours de la croissance économique ou provoque même l'apparition d’une série de goulots d'étranglement.

Le développement inégal entre les différents secteurs de l'économie est avant tout un développement inégal entre l’industrie et l'agriculture. Plus que jamais, l'agriculture reste le talon d'Achille de l’économie soviétique. Ce problème n'est toujours pas résolu, pas plus par la tentative de Khrouchtchev de « contourner » le paysan grâce à la culture des « terres vierges » que par les concessions très importantes accordées à la paysannerie (vente des tracteurs et machines agricoles aux kolkhoz). Les conditions agronomiques et climatologiques particulières de la Sibérie centrale font qu'il n'y a sur les terres vierges qu'une bonne récolte sur deux, ce qui fait fluctuer énormément, d'année en année, la production soviétique de céréales.

(2) La Chine produit actuellement 14 millions de tonnes d'acier l'actuelle production japonaise par tête d'habitant, (6 fois 17 millions).

; pour atteindre elle devrait en produire 102 millions s QUATRIEME INTERNATIONAL en millions de tonnes engrangées Û

Les deux obstacles majeurs à une solution définitive du problème du retard de l'agriculture sur l'industrie en U.RS.S. sont l'intérêt insuffisant porté par les kolkhoziens à un accroissement continu de la production, et l'insuffisance des investissements dans l'agriculture (surtout la consommation réduite d'engrais). Il en résulte une productivité moyenne du travail agricole qui est très inférieure à celle des Etats-Unis, sans parler de celle des pays d'Europe occidentale et centrale à agriculture intensive.

Les réformes de Khrouchtchev, surtout la révision des prix reçus par les kolkhoz en ‘échange des produits fournis à l'Etat, et la vente des tracteurs et des machines agricoles aux kolkhoz, ont incontestablement permis une certaine augmentation de la production agricole. Elles ont en même temps fait naître un nouveau problème, celui de l'accumulation entre les mains des kolkhoz de sommes d'argent très élevées. Leurs revenus sont passés de 50 milliards de roubles, en 1953, à 95 milliards en 1956, et à 150 milliards en 1959, c'est-à-dire qu'ils ont triplé en l’espace de six ans. Comme l'approvisionnement du village en moyens de consommation n'a certainement pas “augmenté dans la même proportion, les kolkhoz ont en fait accumulé une énorme pouvoir d'achat sans contre-partie. Khrouchtchev l'a en partie épongé par la vente des tracteurs et machines agricoles. Il permet également, de plus en plus. la vente de certains moyens de production industriels aux kolkhoz, qui établissent des usines d'industrie légère, développent une industrie de matériaux de construction et, quelquefois même, se mettent à en revendre les produits aux citadins. Un élément nouveau est ainsi introduit dans la structure économique de l'U.R.S.S.S., les usines d'Etat perdent le monopole de fait de la production industrielle. Il va sans dire qu'il s'agit d'un phénomène purement marginal, qu ne touche guère l'industrie lourde, et ne représente qu'une fraction infime de la production courante.

L'inégalité du développement entre différents secteurs de l'industrie — et entre J'industrie et le système des transports — reste également très prononcée. En général, dans les nouveaux plans élaborés depuis 1955, les taux de croissance de l'industrie légère sont fortement rapprochés de ceux de l'industrie lourde, sans toutefois les égaler. Mais, dans l'exécution des plans, la priorité continue à être accordée aux secteurs de l'industrie lourde, ce qui provoque un retard dans le développement de l'industrie textile et de l'industrie des biens de consommation durable par rapport aux prévisions, aussi bien en U.R.S.S. que dans la plupart des « démocraties populaires».

L'inégalité de développement des secteurs de base (énergie et minerais) et des secteurs manufacturiers avait provoqué de dangereux goulots d'étranglement dans la plupart des pays: d'Europe orientale, surtout dans la période 1953-1956. Ces goulots ont été surmontés, grâce au développement forcé du lignite en Allemagne orientale et à l'approvisionnement massif de F zone orientale en produits pétroliers, de provenance soviétique (le réseau de pipe-lines en construction doit accentuer la tendance à la substitution du pétrole au charbon dans là plupart de ces pays).

6. - L'intégration économique des Etats ouvriers et la pression des consommateurs.

Le problème de l'intégration des économies de tous les Etats ouvriers (ou même des Etats ouvriers européens), n'est pas encore résolu. Le COMECON n'est pas un instrument d'intégration économique. Il Se contente d'opérer la spécialisation et la division de travail dans certaines branches (autos, machines et machines-outils) et dans le commerce extérieur. Il ne coordonne même pas les investissements (voir la plainte récemment énoncée à ce propos par Gomulka) et ne prévoit aucune planification d'ensemble de tous les Etats ouvriers. Cette déficience est due à la fois à l'égoïsme ‘et à la routine des bureaucraties « nationales » et aux intérêts particuliers de la bureaucratie soviétique qui préfère négocier bilatéralement avec chaque « démocratie populaire », ou avec un petit nombre d’entre elles, plutôt que de constituer un véritable pool des ressources communes, répartis d'après l'intérêt commun.

La pression de forces objectives (par exemple 5 risques de concurrence des ressources énergétiques) et de forces subjectives (pression des consommateurs) deviendra cependant telle, dans les années à venir, que la bureaucratie soviétique sera obligée d'avancer sur la voie d'une plus grande intégration économique de l'ensemble de sa « zone d'influence », ce qui provoquera de nouveaux conflits en Son Sein et sapera davantage encore le mythe du « monolithisme » dans la direction de l'économie.

Cette pression des consommateurs augmentera d'ailleurs sans cesse, aussi bien en URS.S. même que dans la plupart des autres Etats ouvriers. Ce fut déjà le cas depuis le début des années 1950. Mais maintenant que la première vague des réformes de Khrouchtchev a eu ses effets, que les peuples sont mieux nourris €t mieux habillés, cette pression s'accroitra de nouveau fortement. Elle se concerñtrera sur trois domaines : la qualité (surtout des vêtements, mais aussi de la nourriture); les biens de consommation durables, et la solution de la crise du logement.

Compte tenu de l'accroissement de la. population, cette production est inférieure > d'habitant à celle de 1937 !

se ne « grèves de acheteurs » se viétique vient d'en admettre un exemple récent dans |! i i x n e domaine des produit: = tiques), et la pression des consommateurs est aujourd'hui la menace ÿe Se De produisent de plus en plus fréquemment (la presse à l'égard de la dictature bureaucrati k 2 que, comme l’a montré l'exemple des é a Kasakstan en 1959, lorsque des milliers de jeunes se révoltèrent Ponte l'ébsctee un minimum de confort et de biens de consommation. :

La propagande de Khrouchtchev. ’attei : ] a ev, promettant « d'atteindre et de dé C pe res Etats-Unis, se opae d’ailleurs de plus en ane -même, vendications des masses en matière d'a isic en biens de consommation durables. Si cette Îi Re et EE bRE . de a irables. pression, notamment en K: i se propriété des voitures particulières, devenait trop forte dans la décade ne qe oserate LED entièrement nouveaux à Pindisinie Sidérurgique soviétique, eule une fraction négligeable de la production est pour le moment destinée à l'industrie de l'automobile (contrai à i Ë i PR ER CRUE ( irement à ce qui est le cas aux Etats-Unis et en

Quant à la pression des producteurs en vue d'une icipati à

Ç s participation plus grand sgsstion des entreprises, elle augmente plus lentement. Mais aa du so d EN horus RUCHon de la que du travail (introduction générale de la e relèvement du niveau moyen ificati

Ée renforceront dans les années à venir. VU don id

7. - Quelques cas particuliers.

Quelques Etats ouvriers @ i s ë 4 : ticuliers : en Europe connaissent des problèmes économiques par-

Yougoslavie. — Ce pays jouit aujourd'hui du taux de croi élevé aussi bien pour la production industrielle que pour le Sn ana Due les Etats ouvriers d'Europe. Ceci s'explique par les particularités de sa politique économique : affaiblissement de la bureaucratie grâce à l’auto-gestion des entreprises qui devient progressivement plus authentique; politique agricole évitant à la

- fois la collectivisation forcée et le marché mondial’ qui lui permet de profiter davantage de la division mondiale du travail. La quantité et la qualité ï sommation durables mis à la disposition des travailleurs ae qe ie vite que dans la plupart des autres Etats ouvriers. Cependant, l'économie yougoslave se heurtera à deux dangers : l'extension excessive de l’économie de marché dans le secteur industriel qui implique un danger d'accroissement de l'inégalité sociale (cf. l'alignement récent des loyers sur les « prix de revient réel », qui a abouti à une redistribution des bons logements en faveur des couches privilégiées et aux dépens des ouvriers); l'intégration excessive dans l'économie mondiale qui peut impliquer une dépendance croissante par rapport à l'économi. itali i i édi FR EE PP: mie capitaliste internationale (en crédits

République Démocratique Allemande. — Bien que les habitants i me vraisemblablement dès maintenant du en de vie le TE ae dette Fee tats ouvriers en Europe, l'écart avec le niveau de vie de l'Allemagne occidentale, tout en se réduisant peu à peu, y reste très sensible. Etant donné le taux de croissance relativement élevé de l'économie de l'Allemagne occidentale, la résorption totale de cet écart est peu probable dans un proche aveni ï { i i Re De Les P. nir, à moins d'une crise économique grave

Cet écart joue aujourd’hui un rôleclé, non seulement © S t sur le plan ti Sr | pee que de ane TE il fait Fe la R.D.A. une véritable RER ANA sos es. ies populaires ». Il est une des causes qui provoque l'exode d'éléments qualifiés (ouvriers et intellectuels ARE RS ares nage des ressources économiques de la RD D Fo de Ne

La pression d'Ulbricht en vue de « résoudre la i i ' i à de question de Berlin expl en grande partie par sa volonté d'arrêter ce drainage. Le dogmatisme Étoit FAT IR brutalité bureaucratique de la direction du S.E.D. aggravent cependant encore cette Situation, notamment par la collectivisation forcée de toute l’agriculture (fût-ce une

« collectivisation » qui maintient formellement 1 iété pri È ï ee pa ne) nt la propriété privée d'une bonne partie

Tchécoslovaquie. — L'économie tchécoslovaque a la structure i ifi et la mieux équilibrée de tous les pays de a démocratie En one ralentissement autour des années 1953-55, elle a repris son essor rapide, Mais comme la demande de certains produits semble largement saturée dans ce pays, On y connaît actuellement, pour la première fois dans un Etat ouvrier, des problèmes d’ajuste-ments de l'offre à la demande de biens de consommation durables. Pour pouvoir être résolus de manière harmonieuse et progressiste, ces problèmes nécessiteraient une participation beaucoup plus active des producteurs et des consommateurs à l'élaboration des plans, tant au sein des entrepris. qu” sel ivi i LR prises qu'au sein des collectivités locales (villes

II. — LA CROISSANCE ECONOMIQUE DES PAYS CAPITALISTES

Contrairement à ce que les économistes marxistes et non marxistes avaient prévu avant la fin de la deuxième guerre mondiale, celle-ci n'a pas été suivie par une grave crise capitaliste de surproduction, du type 1929 ou 1937, mais par une riode de reconstruction, puis par une période d'essor économique, interrompue seulement par des récessions d'assez courte durée et d'une gravité plus réduite que les crises d’entre les deux guerres. Cet essor économique se poursuit actuellement en Europe cccidentale et au Japon, bien qu'il ait fait place aux Etats-Unis à une quasi stagnation de l'économie depuis quelques années.

8. - Causes de cet essor relatif et de l'absence de crises graves. Les causes de ce nouvel essor de l'économie capitaliste dans les pays industrialisés ne peuvent pas être ramenées à un seul facteur principal. L'essor résulte plutôt d'un concours de circonstances, d'une série de transformations soit dans la politique de la bourgeoisie (et de l'Etat bourgeois), soit dans la structure des entreprises capitalistes. Les principaux facteurs qui expliquent cette stabilité relative et qui stimulent cette croissance imprévue sont :

a) Le rôle croissant de l'Etat qui limite le processus cumulatif des crises économiques, et arrête celles-ci à un premier palier (les statistiques américaines indiquent qu'en 1957, la première phase de la récession était presque aussi dramatique que la première phase de la crise de 1929; ce qui l'a distinguée de la crise de 1929, c'est le fait qu'elle se soit arrêtée à cette première phase, alors que la crise de 1929 s'est constamment aggravée de ses propres effets pendant trois ans) (4).

Il faut distinguer à la fois le rôle croissant que l'Etat bourgeois joue de manière permanente dans l'économie capitaliste, et ses possibilités d'intervenir brusquement afin d’amortir le choc des crises.

Les dépenses publiques absorbent aujourd'hui de 15 à 35 % du revenu national dans la plupart des pays capitalistes industrialisés. L'Etat est de ce fait une des sources principales des investissements (surtout dans le secteur militaire et, subsidiairement, dans celui des transports et de l'énergie), et une des sources principales des revenus des consommateurs ouvriers et employés (l'armée des fonctionnaires publics, des ouvriers des entreprises nationalisées ou municipalisées, etc-). Il effectue en même temps des paiements de transferts importants qui réduisent les pertes de pouvoirs d'achat subies par les travailleurs du fait de l'insécurité fondamentale de la condition prolétarienne (paiement de pensions, d'allocations de chômage, couver ture des frais de maladie et d'accidents de travail, etc.). Il est vrai que ces payements sont couverts en bonne partie par des versements provenant des travailleurs eux-mêmes (cotisations, impôts indirects, etc.). Néanmoins, la plupart des Etats capitalistes industrialisés y contribuent également par des subsides.

L'ensemble de ces dépenses publiques, pratiquement indépendantes de la conjoncture économique momentanée, tend à assurer un volume plus stable des investissements et des revenus des consommateurs, et joue donc un rôle anti-cycle permanent.

En outre, l'Etat bourgeois dispose de tout un arsenal d'instruments pour résorber le choc des crises dès le moment où elles se produisent : accroissement des dépenses de transferts et des dépenses publiques en général (financement de déficit); réduction du coût du crédit; subsides et primes aux investissements privés et à l’exportation, etc. ;

En dernière analyse, ce rôle croissant de l'Etat bourgeois dans la vie économique des pays capitalistes signifie que, dans la crise mondiale sociale et politique que traverse aujourd'hui le système capitaliste, les facteurs extra-économiques jouent et nt un rôle croissant dans l’économie. Cela implique que la bourgeoisie sacrifié, collectivement, les intérêts de la stabilité de sa monnaie et l'avenir de son projet à long terme (ainsi que les intérêts immédiats de certains secteurs), aux intérêts de l'auto-défense immédiate du système, indépendamment de ses conséquences à plus longue échéance.

Loin de diminuer d’acuité, ce facteur jouera un rôle de plus en plus important dans les années à venir, surtout aux Etats-Unis, du fait du changement continuel des rapports de forces à l'échelle mondiale aux dépens du capitalisme.

Il n'est pas inutile d'ajouter que cette analyse, loin d'approuver la thèse révisionniste selon laquelle le capitalisme serait actuellement capable d'« éviter les crises », confirme au contraire la thèse marxiste selon laquelle la succession des conjonctures bonnes et mauvaises, des booms et des crises, est un mal inhérent et incurable de l'économie capitaliste. La seule chose que l'Etat bourgeois puisse réaliser, c'est de limiter l'ampleur de ce mal dans l'immédiat (au prix d'une aggravation à long terme), mais non pas de supprimer le mal lui-même.

(4) Pendant les neuf premiers mois de la récession de 1957-58: aux Etats-Unis, la production industrielle diminua de 13,1 % contre une diminution de 15,9 & pendant les neuf premiers mois de la crise de 1929. Les commandes de biens durables diminuèrent de 20,1 % contre une diminution de 26,5 % pendant la période équivalente de la grande crise ‘économique.

11 faut, en outre, ajouter que ete poritine n'est elle-même pas illimitée, qu'elle ne peut ni éviter l'éclatement même de la récession, ni éviter que, malgré l'intervention étatique croissante, les récessions deviennent progressivement plus graves.

b) La grande explosion d'innovation technologique (essentiellement préparé ar la deuxième guerre mondiale) a déterminé un par d'investissement fixe ce Tin [us-tie privée beaucoup plus élevé que dans l'entre deux guerres, et a contribué à un raccourcissement du cycle capitaliste (les récessions éclatent tous les 45 ans, et non pas tous les 7-10 ans comme les crises de jadis). Cette révolution technologique, qui continue à être stimulée en partie par l'économie d’armements (techniques nucléaires et électroniques), trouve son expression la plus frappante dans les progrès de l'automation. Elle constitue en même temps la réponse fondamentale que les capitalistes peuvent donner au renforcement des syndicats ouvriers et au relèvement des salaires dans les premières années d’après-guerre : augmentation de la plus value relative, et accroissement de l'armée de réserve industrielle grâce à une augmentation frénétique de la productivité, et du chômage technologique.

Aux Etats-Unis, cet aspect social de la poussée technologi éj ; } p ue est le plus nettement : le chômage ne descend plus endessous. de 3 IRON es ÉD one de bonne conjoncture. En Grande-Bretagne et dans le Marché Commun, ce pl ue la retarde quelque peu (dans le Marché Commun surtout du fait d'un Rec core re plus élevé ue RUE tout substantiel de la prolé. ï ui Se passe aujourd’hui aux Etats-Uni i ment l'évolution future des pays capitalistes d'Europe. PP MN CE c) La demande de biens de consommation par les masses laborieuses s* structurellement. Le centre de gravité passe de plus en plus des produits HE pe et d'habillement aux logements et à des biens de consommation durables.

Cette évolution est en partie le résultat d'une première phase prolongée de plein cos et d'une élévation relative des salaires réels. Elle résulte également du développement de plus en plus effréné du crédit à la consommation et de la pression publicitaire (c'est-à-dire qu'il s'agit aussi d'une certaine substitution des dépenses de la deuxième catégorie aux dépenses de la première, par exemple d'une certaine détérioration qualitative de la consommation nie dans certains cas).

De ce fait, le pouvoir d'achat disponible pour les biens di i k : , nible 1 e consommation durables AuRens beaucoup plus vite que celui disponible pour l'industrie textile, alors que e pouvoir d'achat pour les produits agricoles diminue relativement, sinon de manière ne Fe pre situ sa Le Fe èvement du niveau de vie, la consommation de r lourds. comme les céréales, les pommes de terre, la viande d d’aflleurs à diminuer de manière absolue. RE

.La modification de la demande des travailleurs, d'abord résultat d'une certai période de prospérité relative et d'un niveau élevé de l'emploi, devient par la it un soutien principal de cette prospérité, par le «boom» de l'industrie des biens de consommation durables qu'elle provoque. Ceci se traduit bien par l'inégalité des indices de croissance des différents secteurs de l’économie, par exemple du Marché Commun :

(production 1953 — 100)

en 1959 : PrOUNCHOEN d'A. eee autce eee nee 340 production industrielle totale .. .. .. .. .. ae és 158 progucton textiles 2500 le aa és Pos sels at Ne Creuse 122 HOUR EAETICOIS ES. CE RER mn en ne ge en los mare nan 104

Le taux de croissance très élevé des secteurs « nouveaux » (biens de consom: i

À ï d 1 D mation durables, produits pétroliers, produits plastiques, appareils électroniques, machines automatiques, etc...) explique en définitive le taux d'expansion moyen assez élevé de Féconomie capitaliste industrialisée, surtout en Europe occidentale et au Japon.

Le déplacement du pouvoir d'achat s'exprime par ailleurs dans une crise de surproduction agricole plus ou moins permanente dans les pays capitalistes avancés. Pour maintenir une rente, même décroissante, devant la tendance générale au fléchissement des prix agricoles dû à la stagnation des ventes, surtout pour les céréales, les pommes de terre et la viande de porc, les paysans ont ns dabe nent augmenté la productivité agricole, par une mécanisation poussée des travaux, un investissement accru sous forme d'engrais et une technique agronomique de plus en plus perfectionnée. Cet accroissement de la productivité aurait dû normalement éliminer les fermes les plus faibles et conduire à l'abandon de l'exploitation des terres les plus médiocres. Mais la politique de soutien artificiel des prix suivie par tous les gouvernements capitalistes dans des buts essentiellement électoraux et sociaux (la paysannerie constitue cn général la couche sociale la plus conservatrice des pays capitalistes avancés) a maintenu actificiellement l'exploitation de ces terres, limité l'exode rural et l'accroissement de la productivité, sous des conditions de demande stagnante s'est ainsi traduit en surproduction plus ou moins permanente. Seuls les produits les plus « nobles » (viande de qualité, agrumes, etc.) échappent encore à cette tendance.

.d) L'aide aux pays coloniaux et semi-coloniaux a joué jusqu'ici un rôle modeste mais en lente augmentation en tant que domaine d'investissement des capitaux disponibles, permettant une accumulation ininterrompue. Les profits importants que ces capitaux rapportent ont contribué dans une proportion importante à la prospérité relative de l'économie As (revenus du pétrole, de l'étain et du caoutchouc dans le cas de la Grande-Bretagne ; du pétrole dans le cas des Pays-Bas; du cuivre, du cobalt et des diamants dans le cas de la Belgique ;: du pétrole, du cuivre, du minerai de fer, des autos dans le cas des Etats-Unis ; des produits pharmaceutiques et des produits laitiers dans le cas de la Suisse), tout en lui assurant un approvisionne-ment régulier en matières premières (même les Etats-Unis ont en effet perdu leur autarcie (self-sufficiency) pour des produits aussi importants que le minerai de:.fer et le pétrole, du moins en période de boom). ET fi 9. - Perspectives de l'économie capitaliste dans la décade à venir. ” Quelle sera l'évolution à court et à moyen terme de ces quatre facteurs 2 Quélles conclusions peut-on en tirer quant à l'avenir de la croissance économique des pays capitalistes industrialisés ? "

L'intervention de l'Etat — des facteurs extra-économiques — dans l'économie capitaliste se poursuivra plus forte que jamais ; elle aura tendance à s'accentuer. Les impératifs de la «compétition économique » avec les Etats ouvriers obligeront les grandes puissances capitalistes à accroitre la capacité de production des secteurs-clés, grâce à des garanties étatiques, même lorsque cet accroissement paraîtra « non rentable » (en présence d'une capacité déjà largement excédentaira). C'est notamment déja le cas dans l'industrie sidérurgique et pétrolière aux Etats-Unis. La tendance des grands monopoles à élaborer des «programmes d'investissement » à long terme, plus indépendants de la conjoncture précise à court terme, facilite cette intervention.

L'évolution des rapports de forces entre les classes déterminera la mesure dans laquelle l'intervention croissante d l'Etat sera du type « austérité» (financement des investissement aux frais exclusifs des travailleurs, comme en France sous le gouvernèment Debré-Pinay) ou du type « paternaliste-inflationniste » (partage inégal des fruits de la croissance entre profits et salaires), comme ce fut le cas aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne dans la première décade d’après-guerre.

La vague d'innovation technologique se poursuivra, mais à un rythme ralenti aux Etats-Unis (sauf dans certains secteurs, comme la sidérurgie). En Europe, le retard technologique par rapport aux Etats-Unis permet encore un accroissement élevé pendant la première partie de la décade à venir. L'histoire du capitalisme montre cependant que ces «explosions technologiques » ne peuvent pas se prolonger indéfiniment, un intervalle devant s'intercaler entre deux « explosions » pour permettre la mise en valeur pleine et entière ainsi que l'amortissement des nouvelles installations fixes. Vers la seconde moitié de la décade à venir, la vague pourra s'épuiser progressivement, Cela se fera sans doute sentir dès la deuxième récession des années 1960.

La modification de la structure de la consommation des masses a cessé de jouer un rôle de stimulant aux Etats-Unis. Au contraire, l'importance prise par le secteur des biens de consommation durables y est aujourd'hui un facteur croissant d'instabilité, la demande, pour ces produits, fluctuant de manière beaucoup plus forte que la demande pour des biens de consommation non durables. C'est dans ce secteur que l'excédent de la capacité de production existe de la manière la plus frappante, et augmente même de cycle en cycle.

En Europe, il reste sans doute encore un délai avant que cette situation ne soit atteinte. Mais si l’on constate que la capacité de production automobile atteint actuellement 5 millions de voitures par an en Europe occidentale (y compris la Grande-Bretagne, la Suède et l'Autriche), et que cette capacité en pleine expansion sera portée à une production annuelle de 7 à 8 millions de voitures dès 1963 — et ce pour une population à peine supérieure à Se des Etats-Unis qui ont produit au maximum 7 millions de voitures par an en 1955, pour des consommateurs ayant en moyenné un revenu supérieur de 250 % au revenu moyen d'Europe occidentale — il est à prévoir que soit atteint en Europe occidentale, au cours de la prochaine décade, dans le domaine des biens de consommation durable, le même état de saturation qué celui des Etats-Unis aujourd'hui. Ce facteur perdra donc graduellement son rôle stimulant d'une croissance industrielle relativement rapide en Europe occidentale. !

Par contre, le quatrième facteur — l'aide aux pays coloniaux et semi-coloniaux, l'investissement des capitaux à l'étranger, soit par l'intermédiaire de l'Etat (ou d'organismes semi-publics) soit sous la garantie de l'Etat — prendra de plus en plus d'ampleur, tant pour des raisons politiques évidentes rappelées plus loin que par nécessité de trouver de nouveaux domaines d'investissement pour les capitaux disponibles. Ce sera donc ce facteur qui devrait, en quelque sorte, cnrs la disparition graduelle des deux autres stimulants. Mais il est plus qu'improbable que l'exportation des capitaux puisse neutraliser complètement cette disparition, et ce, avant tout, parce qu'elle se heurtera à toute la vigueur de la révolution coloniale (qu'elle cherche d'ailleurs essentiellement à canaliser sinon à ralentir ou à arrêter).

Pour toutes ces raisons, la variante la plus probable, à court terme, est douce un taux de croissance beaucoup plus rapide en Europe occidentale et au Japon qu'aux Etats-Unis, et à moyen terme, un ralentissement général de la croissance de l'économie capitaliste, croissance par ailleurs interrompue par des récessions fréquentes, qui auront tendance à devenir de plus en plus profondes, et à laisser subsister des résidus crois-san:s de chômage technologique d'une part, et de capacité excédentaire de l'autre.

Le rythme et l'ampleur avec lesquels se manifestera ce ralentissement de la croissance économique dans les pays capitalistes, et les phénomènes de concurrence accrue et de pression sur les salaires auxquels il aboutit détermineront dans une large mesure les conditions objectives de la lutte de classe ouvrière, tant en Europe occidentale qu'en Amérique du Nord, sans être pour autant des conditions sine qua non d'une reprise du mouvement ouvrier dans cette partie du monde.

10. - La modification des rapports de forces inter-capitalistes.

.. C'est dans ces perspectives qu'il faut placer la modification très importante des rapports de forces inter-capitalistes au cours des dernières années.

Par suite de l'écart croissant entre les rythmes d'expansion économique aux Etats-Unis et en Europe occidentale, et par suite de la constitution dé la Communauté Economique Européenne, la suprématie absolue, acquise par l'impérialisme américain dans le monde capitaliste, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, et conservée pendant toute la première période d'après-guerre (période de reconstruction, puis période dite de «boom de la guerre de Corée ») commence à être remise en question. Ce déclin relatif de la suprématie de l'impérialisme américain à J'intérieur du camp capitaliste se traduit par un grand nombre d'indices et fut révélé brusquement par l'apparition d'un déficit de la balance des paiements des Etats-Unis.

Voici quelques exemples : Production sidérurgique (millions de tonnes) :

A 1929 1946 1953 1959 États Use A Circle 57,3 él 101,3 84,7 Marché Commun :. :: .. .. 4 .. 35,6 11,8 39,7 62,3 Grande-Bretagne + .. :. .. … .. 98 12,9 17,9 20,

Production d'autos (millions d'unités) : h

ÉFATSUMIS) 2e RMC MENT 0530 6,7 6,1 7,95 5,6 Marché Commun .. .. .. 0,51 0,58 0,9 15 3,1 Grande-Bretagne 0,38 0,52 0,6 09 12

Exportations (milliards de dollars) :

FLATEURIS US LE DA SON ST 10,1 15,3 209 174 Marché Commun .. .. .. .. .. 5,1 73 48 9,5 18,2 224 252

Comme le taux de croissance de la production industrielle est à présent au moins deux fois plus élevé dans le Marché Commun qu'aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, l'écart entre la production de la C.E.E. et la production des Etats-Unis se réduira assez rapidement, vu le niveau de départ déjà assez élevé du Marché Commun. Dans la décade à venir, la C.E.E. pourrait atteindre et même dépasser la capacité de Production américaine pour la plupart des biens de consommation durables. Mais £e mouvement sera en partie freiné par la défaillance relative du pouvoir d'achat des travailleurs européens.

En même temps, il ressort des chiffres mentionnés ci-dessus qu'à côté des « Trois Grands » de la production industrielle mondiale (Etats-Unis, U.R.S.S. et Marché Commun), la Grande-Bretagne risque de n'être plus que la 4 puissance, bien que ses Æxportations par tête d'habitant dépassent encore légèrement celles du Marché Commun. Dans la décade à venir, la République Populaire de Chine et méme le Japon, pourraient dépasser la production industrielle britannique. On comprend dès lors ià pression que certains milieux capitalistes exercent sur le gouvernement conservateur, pour que la Grande-Bretagne rejoigne le Marché Commun. On comprend en même térnps pourquoi l'impérialisme américain, favorable surtout pour des motifs politiques à la création du Marché Commun, s'oppose à une entrée de la Grande-Bretagne dans celui-ci : la puissance industrielle qui naîtrait d'une telle fusion exercerait une presSion énorme sur le marché mondial (elle achèterait plus de 50 % des exportations pou et pourrait égaler bientôt, sinon dépasser la puissance industrielle des tats-Unis.

Une importante réaction de l'impérialisme américain devant cette modification des rapports de forces inter-capitalistes a. été l'exportation croissante de capitaux vers les pays d'Europe, en premier lieu vers la Grande-Bretagne et l'Allemagne occidentale. Cette tendance vise deux objectifs à la fois : utiliser les salaires européens plus bas que les salaires américains pour battre les concurrents européens, notamment en tirant partie de procédés technologiques plus avancés : accroître l'armée de réserve industrielle aux Etats-Unis, ce qui permettrait d'exercer une pression croissante sur les salaires américains (5). Cette tendance se maintiendra pendant plusieurs années :; elle contribuera d'ailleurs à donner à l'économie de l'Europe occidentale un taux d'investissement et un rythme de croissance supérieurs à ceux des Etats-Unis.

Il est vrai que des crises politiques ou sociales très graves en Europe (nouvelle crise de Berlin, nouvelle montée, toujours possible, du mouvement de masse, révolution dans la péninsule ibérique avec ses répercussions internationales, chute du régime gaulliste, etc...) pourraient modifier cette situation, ralentir l'accumulation des capitaux en Europe occidentale, et provoquer même un vaste exode de capitaux vers des pays d'outre-mer. De nouveaux bonds en avant de la révolution mondiale — par exemple des victoires d’ampleur historique en Inde, en Argentine, au Japon — pourraient également ébranler la confiance croissante que la bourgeoisie d'Europe occidentale manifeste pour le moment dans sa destinée. Cependant, en cas de tels changements des rapports de forces, catastrophiques du point de vue du capitalisme, le danger de guerre deviendrait majeur, et une nouvelle vague accrue de production d'armements pourrait neutraliser partiellement cette perte de confiance des capitalistes et des entreprises privées.

11. - Possibilités et limites du Marché Commun Européen.

Le document européen présenté pour le 6* Congrès Mondial, a déjà esquissé les raisons essentielles de la naissance et du développement du Marché Commun Européen. Celui-ci correspond à la fois aux nécessités de développement des forces productives en général, qui se sont depuis longtemps rebellées contre les limites des petits Etats nationaux en Europe, et à la logique du développement des grands monopoles capitalistes, qui, depuis longtemps, avaient étendu leur pouvoir au-delà des frontières nationales et recherchaient des voies pour normaliser et légaliser une nouvelle expansion.

Mais à cette double origine correspond aussi une double dynamique. D'une part, la libération des échanges et la création d’un marché plus large contribuent à une expansion plus rapide — bien que plus différenciée — de l'industrie en général. D'autre part, les alliances et les interpénétrations de monopoles accaparent les bénéfices capitalistes de cette expansion, accentuent la concurrence dans les branches et les groupes d'entreprises laissés pour compte et préparent même, pour une étape ultérieure, des batailles d'envergure au sein du groupe des monopoles pour la domination sur l'Europe des Six, ce qui provoquera des interruptions brutales de l'expansion généralisée.

‘est l'économie ouest-allemande qui était la mieux placée pour profiter des possibilités d'expansion créées par le Marché Commun. Cependant, le régime gaulliste en France incarne la fraction dynamique et agressive du patronat français qui cherche elle aussi à s'assurer une vigoureuse expansion au sein du Marché Commun. Dans de nombreux domaines, une co-direction franco-allemande est ainsi constituée qui trouve en pratique son expression dans l'axe politique Paris-Bonn dominant aujourd’hui le Marché Commun. En Italie, la tendance Fanfani-Mattei représente également la fraction la plus dynamique de la bourgeoisie qui s'efforce d'exploiter au maximum à son profit les possibilités du Marché Commun.

Cette situation restera foncièrement acquise aussi longtemps que le taux d'expansion élevé de l'ensemble de l'économie européenne ne posera le problème que sur le terrain du partage des bénéfices. Mais déjà dans plusieurs branches industrielles « en rétard » — charbonnages, textiles, demain diverses branches de la métallu et de la chimie lourde — la capacité de production paraît excédentaire dans l'ensemble du Marché Commun. Ce sont dès lors les secteurs et les pays travaillant avec les prix de revient les plus élevés qui subiront d'abord les pertes : charbonnages belges et allemands, textiles français et belges, construction navale française, sidérurgie de la Loire, mines de fer italiennes, etc. Lorsque les investissements de modernisation auront perdu leur élan, et que le marché sera progressivement saturé de biens de consommation durables, la tendance « concurrence et rationalisation » prendra le dessus sur la tendance « expansion et bonne entente ». Les luttes que les divers groupes monopoleurs mèneront entre eux, et les répercussions de ces luttes sur le niveau de vie des travailleurs, faciliteront des luttes d'abord défensives puis — en cas de succès — offensives de la classe ouvrière en Europe occidentale, luttes qui doivent aboutir à une reprise générale du mouvement ouvrier pour les revendications transitoires ésquissées dans le document européen.

Toute cette perspective suppose, du moins pendant la phase transitoire, le maintien, au sein du Marché Commun, d'une structure économique encore caractérisée par l'existence de la propriété privée à prédominance « nationale » dans chacun des six pays. Mais au bout de cette phase de transition, et dans le cas où ni le capitalisme ni le Marché Commun ne seraient remis en question, l'interpénétration des capitaux prendrait le dessus sur la seule alliance — qui prévaut aujourd’hui — et une nouvelle puissance capitaliste européenne réellement intégrée verrait alors le jour.

12. - Quelques situations particulières. Etats-Unis. — L'évolution politique, économique et sociale de plus en plus défavorable, à l'échelle mondiale, place la bourgeoisie américaine devant une série d'options

(5) Déjà, des firmes américaines, comme Remington Rand, Ford et General Motors, ont décidé d'effectuer l'ensemble de ‘leur production, pour certains produits, en Europe, d'où ils seront réexportés vers les Etats-Unis.

oi > De _

INTERNATIONALE 73 qu ont été nettement délimitées au cours de la campagne électorale présidentielle de

Pour faire face à la concurrence croissante des autres puissances capitalistes sur lé marché mondial, la bourgeoisie américaine devrait exercer une pression croissant Sur les salaires, refuser toute nouvelle réforme sociale, se concentrer sur un efiort d’accroissement de la productivité, employer la masse croissante de chômeurs afin de réserver les bénéfices de cette productivité exclusivement au patronat et au renforcement de la stabilité du dollar. Afin de défendre ses intérêts à long terme, elle devrait également rationaliser à l'extrême les nouveaux investissements, s'opposer à toute nouvelle augmentation des dépenses publiques et, en cas d’accroissement — à son point de vue inévitable — des dépenses militaires, réduire dans la même proportion les dépenses civiles.

L'attitude des patrons de la sidérurgie a démontré qu'une fractien de la bourgeoisie est prête pour pareille politique. Mais la réaction de l'administration républiCaine a cependant clairement indiqué que la majorité des dirigeants responsables de la bourgeoisie américaine, tant dans le parti démocrate que dans le parti républicain, comprend que cette politique tuerait le régime à moyen terme sous prétexte de le consolider à long terme.

Ii est clair en effet qu'une attaque virulente contre les droits des syndicats, accompagnée d'un blocage ou d'une réduction des salaires, au même moment où l'U.R.S.S. est pour la première fois dans son histoire prête à introduire des réformes sociales nouvelles et audacieuses (journée de 7 heures, puis semaine de 35 heures), provoquerait immédiatement une riposte des travailleurs (comme l’a d’ailleurs montré la grève de l'acier), ébranlerait l'apathie et l'indifférence politique qui paralysent depuis de longues années le mouvement ouvrier américain, et préparerait une grave crise sociale dans ce pays.

D'autre part, une politique axée sur la « stabilité budgétaire » avec des dépenses militaires maintenues à un niveau très élevé ne limite pas seulement les dépenses sociales à l'intérieur des Etats-Unis, mais encore l’aide aux pays sous-développés, ralentit dangereusement le taux de croissance de l’économie américaine et risque de faire perdre à brève échéance à l'impérialisme amércain le reste de l'influence dont il dispose encore auprès de la bourgeoisie coloniale.

. L'administration Eisenhower a en partie suivi pareille politique; elle est pour cette raison entièrement discréditée. Après la récession de 1957, il n'y a eu qu'un semblant de « boom », et déjà en 1960 les économistes inquiets se demandent si l'on assiste à un plafonnement de l'économie ou à une nouvelle récession.

Par la bouche de Rockefeller comme par celle de Kennedy, les milieux les plus représentatifs des grands monopoles américains réclament et réaliseront dès 1961 un renversement de politique. À la politique conservatrice de « stabilisation du dollar » — politique non pas anti-crise mais anti-cycle, qui provoque une quasi-stagnation de l'économie — ils substitueront à nouveau une politique d’accroissement des dépenses publiques considérées comme principal stimulant d'une croissance économique plus rapide. Ils augmenteront aussi bien les dépenses publiques militaires que l'aide aux pays coloniaux et semi-coloniaux, dans un dernier effort de grande envergure pour renverser une évolution mondiale qui condamne le système capitaliste mondial à sa perte dans un laps de temps qui n'est plus très éloigné. Un pays disposant d'un revenu national de 500 milliards de dollars et pouvant encore puiser dans d'immenses réserves peut risquer pareïlle aventure sans craindre un effondrement immédiat:

Ce faisant, la bourgeoisie américaine sacrifiera délibérément la stabilité à long terme à des palliatifs à court et à moyen terme, Mais dans la situation mondiale d'aujourd'hui, elle n'a en réalité pas d'autre choix.

. Cependant les impératifs de la concurrence obligeront en même temps le patronat américain à durcir de plus en plus son opposition à des augmentations des salaires réels, l'accroissement des dépenses sociales de l'Etat pouvant amortir le choc de cette politique pour certaines couches de la classe ouvrière. L'hostilité au mouvement svn-dical, et les tentatives d'effriter ses forces, s’accroîtront. Les conditions objectives deviendront donc plus favorables pour une certaine politisation de l'avant-garde ouvrière dans les syndicats. À ces conditions s'ajoutera l'influence que la révolution coloniale exerce sur certaines couches de la population américaine laborieuse (la révolution africaine sur les Noirs, la révolution cubaine sur les Portoricains et les intellectuels, etc.). La tentative de fonder au Canada un parti travailliste appuyé cr syndicats, pourrait, en cas de réussite, servir d'exemple aux travailleurs des ais-Unis.

Japon. — L'économie japonaise est caractérisée par la combinaison d'un secteur de grande industrie très moderne, qui fabrique des biens d'équipement et des biens de consommation durables pour les marchés intérieur et extérieur, et d'un secteur d'industrie à domicile et artisanale travaillant avec des méthodes archaïques et primitives, et subsistant exclusivement de l'exploitation féroce d’une main-d'œuvre très bon marché. La coexistence de ces deux secteurs explique à la fois la force et la faiblesse du capitalisme japonais, pour lequel la réforme agraire de MacArthur, malgré

74. QUATRIEME INTERN.

sés limites et ses insuffisances, a incontestablement créé un marché intérieur plus Hi vaste.

Dans les périodes de haute conjoncture internationale, ce capitalisme dispose de réserves de main-d'œuvre pratiquement illimitées (à côté de la main-d'œuvre employée dans l'industrie artisanale, il peut également mobiliser la masse souffrant d'un sous-emploi de fait dans l'agriculture). La pression de l'armée de réserve potentielle sur jes salaires maintient ceux-ci à un niveau fort bas, même en période de boom. Delce fait, le taux d'accumulation peut dépasser tout ce qu'on connaît normalement en Europe occidentale ou aux Etats-Unis.

Mais, par aïlleurs, la contradiction entre la puissance industrielle en rapide développement et le pouvoir d'achat presque stagnant de la population rend le capitalisme japonais encore plus dépendant de ses exportations qu'avant la deuxième guerre mondiale. Or, il a perdu quelques-uns de ses marchés classiques, et ses tentatives d'élargir sa place sur le marché mondial se heurtent à l'opposition violente de concurrents anciens (Grande-Bretagne, Allemagne occidentale) ou nouveaux (Inde, Hong Kong, et R.P. de Chine, notamment pour les textiles), De ce fait, l'économie japonaise est plus instable que celle du Marché Commun Européen ou celle de la Grande-Bretagne, davantage sujette à des récessions importantes, et obligée d'opérer de vastes reconversions structurelles (développement d'une puissante industrie exportatrice de biens d'équipement; déclin relatif de l'industrie textile; début de déclin de l'industrie charbonnière, etc.).

Cette instabilité ne favorise pas automatiquement le mouvement ouvrier. Dans des conditions de division syndicale, de peur croissante du chômage de la part des ouvriers des grandes usines, et de manque de conscience de la part des ouvriers de l'industrie primitive, elle peut même temporairement provoquer un déclin relatif du mouvement ouvrier. Mais le réveil inévitable de la masse la plus exploitée, jointe à l'instabilité économique plus grande, finira par créer au Japon la situation la plus explosive de tous les pays capitalistes,

XIE — LE RETARD ECONOMIQUE CROISSANT DES PAYS : COLONIAUX ET SEMI-COLONIAUX

Alors que les Etats ouvriers et les pays capitalistes avancés ont connu et connaissent encore — à des degrés divers — une croissance économique rapide, les pays coloniaux et sous-coloniaux voient augmenter leur retard par rapport au niveau de production et de consommation des pays avancés. Ils traversent de ce fait une véritable crise économique et sociale sous-jacente à la révolution coloniale qui, fait dominant de la dernière décade, dominera sans aucun doute encore la décade à venir.

En parlant de crise économique, il faut préciser qu'il s'agit d'une crise sui generis, crise de croissance insuffisante et non pas crise de surproduction classique, même si certains symptômes (mévente de certains produits, chômage massif, chute des revenus réels des travailleurs, etc.) sont communs aux deux types de crise. Malgré cette crise sui generis, l'augmentation de la production industrielle, c'est-à-dire le processus d’industrialisation se poursuit, mais à un rythme à la fois inférieur à celui des pays avancés, totalement insuffisant pour modifier la structure du pays, et surtout impuissant à améliorer le niveau de vie des masses.

insi la production industrielle de l'Amérique latine est passée de l'indice 91 en 1950 à indices 100 en 1953 et à l'indice 136 en 1958. Cette augmentation reste cependant très inférieure à celle de l'Europe des Six, sans parler à celle du Japon ou à celle de l'URSS. et de la Chine. La plupart des zones sous-développées dans le monde ont d'ailleurs connu une augmentation de la production inférieure à celle de l'Amérique latine; c'est surtout le cas pour la péninsule indienne et le sud-est asiatique.

La croissance de moins en moins satisfaisante qui a caractérisé l'économie des pays coloniaux et semi-coloniaux au cours de la période 1952-1959 à des causes à la fois conjoncturelles et structurelles. Les premières ont trait à la tendance à la dépression des prix (et quelquefois même des volumes) des matières premières exportées, principal élément d'exportation de ces pays. Les secondes se rapportent aux principales conséquences d'une structure féodo-capitaliste, qui agit comme freim puissant à une rapide industrialisation.

13. - L'évolution défavorable des termes d'échange.

La plupart des pays coloniaux et semi-coloniaux sont presque exclusivement cuius tateurs de matières premières, et même la plupart du temps exportateurs d'une seule ou d'un petit nombre de matières premières (mono-production). Les fluctuations des prix des matières premières sur le marché mondial exercent donc traditionnellement une influence prépondérante sur la conjoncture économique de ces pays. Lorsque les prix à l'exportation augmentent, l'emploi est relativement plus. élevé, le pouvoir d'achat se consolide (du moins par rapport aux périodes de crise), les ressources en devises pour l'importation de biens d'équipement augmentent, et l'industrialisation elle-même entraîne une inflation relativement modérée.

Par contre, lorsque les prix des matières premières exportées fléchissent, l'emploi se réduit, le marché intérieur se rétrécit, les ressources disponibles pour importer des biens d'équipement font défaut. Si l'effort d’industrialisation se poursuit malgré tout, il produit un déficit de la balance de paiements qui se traduit en une inflation de plus en plus grave, Source de privations continuelles pour les masses laborieuses et Cause d'une réduction nouvelle de leur niveau de vie déjà si bas.

Or, si la période allant du début de la deuxième guerre mondiale au « boom de la guerre de Corée » (1940-1952) a en général été marquée par une hausse des prix des matières (brièvement interrompue au lendemain de la deuxième guerre mondiale et au moment de la récession de 1949), à partir de la récession de 195, -53, les prix des matières premières ont été généralement déprimés (à quelques exceptions près). Aussi, la valeur des exportations des pays coloniaux et semi-coloniaux est-elle pratiquement Stagnante à partir de ce moment, bien que le volume exporté ait encore fortement augmenté pendant la période du boom 1954-1957.

Valeur des exportations en millions de dollars

Inde Amérique latine Pays industrialisés (moins Venezuela) capitalistes (6)

RER EE RNCS" 11) 1.360 8.290

DEN ES ae Lie 2e 10 5280; 1.540 12.160

1e CUS) ARTE 300 — 16.420

NUS eut A Mate 330 1.500 17.380

Cette dépression tendantielle des prix des matières premières a diverses causes. Les énormes stocks de « produits stratégiques » accumulés par les Etats-Unis au cours de la guerre de Corée pèsent lourdement sur le marché. La concurrence entre la production, tant « naturelle » que « synthétique », des pays industrialisés et la production des pays coloniaux et semi-coloniaux s'est accentuée. C'est notamment le <as pour le cuivre et le zinc des Etats-Unis, le caoutchouc synthétique produit dans la plupart des pays industrialisés, les fibres synthétiques, etc. Le fort accroissement de la production agricole en Europe et aux Etats-Unis (notamment de produits animaux) a également pesé sur les prix de produits exportés par certains pays semi-coloniaux.

, Foncièrement, l'évolution défavorable des termes d'échange (rapports entre les prix à l'exportation et les prix à l'importation pour les pays coloniaux et semi-coloniaux) reflète les rapports de forces économiques défavorables entre pays industrialisés et pays producteurs de matières premières. Dans le cadre d'une économie capitaliste, l'échange « aux prix du marché mondial » est normalement toujours un échange inégal, la productivité plus élevée permettant aux pays métropolitains d'obtenir l'équivalent de plus de travail des producteurs coloniaux en échange de moins de travail de leur part. Cela s'est manifesté de manière particulièrement frappante dans la phase ascendante de l'impérialisme. Cela se manifeste de nouveau très fortement au cours de la dernière période. De 1953 à 1959, les orix à l'importation ont fléchi aux Etats-Unis de 100 à 98 et en Grande-Bretagne de 100 à 97, alors que les prix à l'exportation avaient en même temps augmenté respectivement de 100 à 107 et de 100 à 108.

Ainsi, de 1953 à 1958, les exportations de seize pays européens membres de l'O.E.C.E. vers les pays coloniaux et semi-coloniaux (y compris les dominions britanniques) sont passés de 10.837 à 15.366 milliards de dollars, soit une augmentation de 42 %, alors que les importations des pays européens en provenance de ces pays n'ont augmenté que de 13.19 milliards de dollars à 16571 milliards, soit de 25 %.

La seule exception frappante pendant la période 1953-57 a été celle des pays producteurs de pétrole, pour lesquels tant le volume que les prix des produits exportés avaient évolué de manière très favorable. Cette évolution avait atteint son point culminant au lendemain de la crise de Suez. Depuis lors, l'apparition d'une série de nouveaux producteurs et la concurrence soviétique ont créé des phénomènes de surproduction qui ont fini par aboutir récemment à leur tour à une baisse des prix.

On pourrait se demander si la stagnation relative des exportations des pays coloniaux et semi-coloniaux, entraînant une pénurie relative de devises et de moyens d'achat de produits manufacturés, n'a pas réduit les débouchés extérieurs des pays capitalistes industrialisés. Jusqu'à présent cela ne s'est pas vérifié, parce que les échanges accrus entre pays capitalistes industrialisés ont neutralisé la réduction relative du commerce avec les pays sous-développés. Nous reviendrons plus loin sur ce phénomène de substitution, qui est surtout frappant dans le cas de l'Europe occidentalé et du Japon.

Pour réagir contre l'inflation galopante et le déficit de la balance des pavements, les, gouvernements de divers pays Semi-coloniaux se sont efforcés d'appliquer des «plans de stabilisation » prévoyant la dévaluation, le blocage des salaires et des restrictions sévères des dépenses publiques et des importations. Ces plans se sont en général soldés par une réduction brutale des salaires réels, et ont à leur tour alimenté l'instabilité politique et sociale et la poussée révolutionnaire des masses.

(6) Etats-Unis, Canada, Japon, plus seize pays d'Europe.

14. - La structure féodo-capitaliste, obtacle à l'industrialisation rapide.

À côté du facteur conjoncturel que représente le retournement des termes d'échange aux dépens des pays coloniaux et semi-coloniaux à partir de 1952-53, la structure sociale féodo-capitaliste de ces pays reste le frein principal à une industrialisation rapide. En général — surtout en Afrique noire et dans le sud-est asiatique — la pauvreté extrême des paysans qui constituent l'écrasante majorité de la population et qui, soit vivent dans des conditions encore primitives, soit sont exploités jusqu'au sang par l'alliance des propriétaires fonciers, des usuriers et des commerçants, détermine l'absence d’un marché intérieur suffisamment ample pour stimuler un développement privé de la grande industrie. La balkanisation de ces régions — aussi bien l'Amérique latine, l'Afrique noire que les pays arabes — limite encore davantage ce marché intérieur. Il s'ensuit que les ressources disponibles pour l'accumulation, qui ne sont pas toujours limitées, s’investissent surtout dans la spéculation foncière, le commerce et l'usure, cu sont exportées.

Ainsi s'explique le mystère notamment de pays comme les grands producteurs de pétrole (Venezuela, Irak, Iran, Arabie séoudite, Koweït, Qatar) qui ont accumulé au cours de la dernière décade des milliards de dollars de royalties sans pour cela connaitre un véritable processus d'industrialisation. La majeure partie de ces capitaux considérables a servi à des travaux d'infrastructure où à des constructions de prestige (à Caracas, à Téhéran et ailleurs), à l'importation massive de produits de luxe ou à la création d'industries simplement complémentaires de la production de pétrole (raffineries, ports, chimie). Dans des pays comme le Sud-Vietnam, la Corée du sud, la Turquie et le Pakistan, qui avaient reçu pendant la même période plusieurs milliards de dollars d'aide américaine, pour des raisons essentiellement stratégiques, ce gaspillage s'est répété encore sur une plus vaste échelle.

Les initiatives de la bourgeoïsie nationale indigène, même dans les pays où elle est relativement la plus forte (Inde, Argentine, Brésil, Mexique) se sont limitées au secteur des biens de consommation. L'effort de création d'une industrie lourde nationale, en opposition directe aux pays impérialistes et en concurrence avec ceux-ci, a dû être généralement confié à l’Etat, et a été incarné dans des groupes plutôt petits bourgeois et militaires. Il se heurte à des obstacles sociaux et économiques de plus en plus puissants, au fur et à mesure que l’on passe des plans ou des travaux préparatifs à l'exécution réelle, et est fréquemment remis en question par des fractions des classes dominantes (Turquie sous Mendérès, Argentine sous Frondizi, etc.).

15. - Effets économiques de la révolution coloniale.

La révolution coloniale n’a pas manqué d'influencer le système économique capitaliste dans son ensemble, et elle continuera à le saper dans les années à venir. Ses effets se font sentir aussi bien directement dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, que dans les pays métropolitains eux-mêmes.

Dans les pays sôus-développés, la révolution coloniale en stimulant les aspirations des masses au bien-être entrave ou empêche la « stabilisation » financière et économique capitaliste, sape le taux de profit et rend tout investissement privé à long terme de plus en plus spéculatif et risqué. En exerçant une puissante pression en faveur de l'industrialisation de cette zone, la révolution coloniale tend à réduire les débouchés encore ouverts aux pays capitalistes métropolitains, débouchés par ailleurs déjà amputés par la destruction du capitalisme dans une vaste zone du monde. Elle suscite de même des concurrents nouveaux aux producteurs industriels métropolitains, et dans la mesure où elle tend spontanément à une alliance avec les Etats ouvriers, elle menace d'autres débouchés capitalistes qui seront pris par les exportations de l'U.RS.S., de la R.-D.A., de la Tchécoslovaquie, etc.

Dans les pays capitalistes avancés, elle réduit la possibilité de trouver dans l’exportation vers les pays d'outre-mer une soupape de sûreté contre la tendance à la surproduction, inhérente à la production capitaliste. En réduisant ou en supprimant les revenus provenant des investissements de capitaux exportés vers les pays coloniaux et semi-coloniaux, elle ébranle l'équilibre de la balance des paiements, réduit la marge de manœuvre de la bourgeoisie dans sa lutte contre le prolétariat et tend à obliger re bourgeoisie à une politique d’austérité qui risque de déclencher une crise sociale.

Cependant, ces effets économiques de la révolution coloniale ne se font sentir qu'à long terme, et ce, dans la mesure précisément où elle aboutit à détacher les pays coloniaux et semi-coloniaux de l'ensemble de l'économie capitaliste mondiale. Or, pendant toute la première phase, l'impérialisme s'est efforcé de conserver l'essentiel de ses positions dans les pays sous-développés en y passant de la domination directe à la domination indirecte, en y transférant le pouvoir à la bourgéoisie nationale. Pareil transfert ne porte un cOHE très dur à l'impérialisme que dans le seul cas où il est accompagné d’une nationalisation des capitaux étrangers investis dans le pays et d'une réorientation fondamentale du commerce extérieur, Malgré quelques nationalisations spectaculaires au cours de la décade passée (industrie du pétrole iranienne, canal de Suez), en général la plupart des pays entraînés dans la révolution coloniale ne se sont pas largement détachés de l'économie capitaliste mondiale. Voilà le facteur principal qui a jusqu'ici limité les effets économiques immédiats de la révolution coloniale sur l'économie des pays capitalistes métropolitains.

QUATRIEME INTERNATIONALE T

. L'expérience de la révolution cubaine ouvre à ce propos une phase nouvelie dans ia révolution coloniale. Pour la première fois, cette révolution, avant même de se donner une direction prolétarienne, a abouti à la nationalisation des principaux capitaux étrangers investis dans le pays, ainsi qu'à une réorientation fondamentale du commerce extérieur de Cuba vers les Etats ouvriers. Si les effets économiques imifié-diats de cette évolution sur l'économie capitaliste américaine ou européenne sont réstreints, ils n’en sont pas moins d'importance historique en tant qu'esquisse d'une terdance générale future. Dans la mesure où, au cours de la décade à venir, la révolution coloniale dépassera sa phase de direction démocratique-bourgeoise dans plusieurs pays, ses effets économiques sur les pays capitalistes métropolitains deviendront de plus en plus importants. Et si des blocs entiers (Inde, Brésil, Moyen-Orient) du « tiers-monde » devaient échapper au marché mondial capitaliste, ces effets de: viendraient désastreux pour celui-ci.

La révolution coloniale exprime aujourd'hui sous une forme aiguë la crise mondiale du système capitaliste. Mais cette crise ne'se transforme en une crise de l'éco. . nomie capitaliste mondiale que dans la mesure où elle sape l'économie des pays capitalistes les plus importants du point de vue industriel : Etats-Ums, Marché Commun, Grande-Bretagne, Japon. L'expérience permet d'affirmer que ce retentissement à court terme est déterminé plus ou moins exactement par le degré dans lequel la direction démocratique-bourgeoïise est dépassée par la révolution coloniale,

16. - Facteurs qui on! jusqu'ici limité les effets économiques de la révolution coloniale.

Le paradoxe principal de la décade passée réside précisément dans le fait que, malgré un marché mondial capitaliste qui unit la zone sous-développée à la zone industrialisée, malgré les progrès énormes de la révolution coloniale, et malgré l'évolution globale des rapports de forces défavorable pour le Capital (ce qui sape de plus en plus la sécurité à long terme des investissements), les pays capitalistes avancés ont pu connaître une croissance industrielle relativement rapide. En dernière analyse, celle-ci ne peut s'expliquer que par l'entrée en jeu d’une série de facteurs qui limitent momentanément l'effet économique de la révolution coloniale sur l'économie capitaliste métropolitaine. La plupart de ces facteurs ont déjà été signalés par les thèses sur les perspectives économiques et politiques du V* ee Mondial :

a) Le maintien d'importantes positions impérialistes dans les pays où la révolution coloniale a commencé. Ceci s'applique autant aux investissements des capitaux qu'aux débouchés pour les produits industriels. Le cas le plus frappant est celui de l'Irak où, malgré le début de la révolution, les dividendes importants s'écoulent toujours vers la City. En tout, la Grande-Bretagne continue à toucher chaque année en revenus quelque 350 millions de livres sterling pour ses investissements à l'étranger. Quant aux débouchés, en 1959, 53 % des exportations britanniques, 44 % des exportations françaises, 27 *% des exportations italiennes et 25 % des exportations de l’Allemagne occidentale allaient encore vers les pays coloniaux, semi-coloniaux et les dominions britanniques.

b) La substitution, à l'intérieur de la zone sous-dével , de débouchés nouveaux aux débouchés perdus. Ainsi, des pertes de débouchés subis par la Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas dans leurs anciennes colonies ont été en partie neutralisées par un essor des exportations avec des territoires « associés » (pour la Grande-Bretagne : surtout l'Australie, l’Afrique du sud, le Canada et la Fédération d'Afrique centrale; pour la France, surtout l'Afrique noire et l'Algérie; pour les Pays-Bas, les Antilles néerlandaises) ou avec les zones coloniales ou semi-coloniales des partenaires.

c) La substitution d'échanges entre pays industrialisés aux échanges avec les pays coloniaux et semi-coloniaux. D'une manière générale, depuis 1953, les échanges entre Pays capitalistes industriellement avancés se développent plus rapidement que les échanges entre pays capitalistes avancés et pays sous-développés. Deux phénomènes ont été frappants à ce propos.

— Les Etats-Unis sont devenus un marché important pour la plupart des puis sances coloniales qui y ont retrouvé une partie des débouchés perdus ailleurs :

Pourcentages des exportations totales vendues aux Etats-Unis :

Grande-Bretagne .. .. .. .. .… .. 6 % 4 % 5 % 11 % ÉTNCE. MAUR a CE Late 6% 6 % 4 % 8 % EURE. ue 11 % 8 % 6 % 12 % Pays-Bas Re AN LE 4 % 3 % 5 % 6 % BATRIE RREE CR PLACE PR AN RE % 7 % 9 % 14 %

Quant au Japon, il expédie actuellement 30 % de ses exportations aux Etats-Unis — Les échanges à l'intérieur du Marché Commun se développement beaucoup plus rapidement que le commerce entre le Marché Commun et le reste du monde, ) La substitution de produits (et de débouchés) intérieurs aux produits jadis importés. Ceci s'applique autant au développement d'industries de matières premières LE Lui synthétiques ou nationalement nouvelles (pétrole en Italie, France, Allemagne, Pays-as; gaz méthane en Italie et en France; uranium aux Etats-Unis, au Canada et en France, etc.) qu'à la substitution progressive d'achats de produits alimentaires ou textiles à l'étranger, de fabrications nationales de textiles synthétiques et d'industries de biens de consommation durable.

IV. — LA COMPETITION ECONOMIQUE ENTRE ETATS OUVRIERS ET ETATS CAPITALISTES

De l'analyse des tendances économiques fondamentales des pays coloniaux et semi-coloniaux, développée dans la résolution sur la révolution coloniale, il apparaît clai-rément que ces pays continuent pour le moment, et continueront sans doute pendant toute une prose à évoluer en sens inverse du reste du monde. Alors que dans la zone mondiale industrialisée, la production et le revenu par tête d'habitant a déjà atteint un niveau élevé, ou est en croissance très rapide (Etats ouvriers) ou rapide (Europe occidentale et Japon), dans les pays coloniaux ét semi-coloniaux revenu et produit par tête d'habitant continuent à stagner ou à s'élever très lentement à partir d'un niveau très bas.

., Les pays capitalistes industrialisés et les Etats ouvriers, confrontés avec cette Situation, s'efforceront d'y faire face selon les ressources dont ils disposent et selon les forces de classe qu'ils incarnent.

17. - Compétition dans l’aide aux pays sous-développés.

Du point de vue purement économique, les pays capitalistes disposent aujourd'hui encore de ressources largement supérieures à celles des Etats ouvriers pour pouvoir déclencher un vaste mouvement d'aide à la bourgeoisie coloniale. Non seulement ils sont encore beaucoup plus riches, peuvent faire fructifier à cette fin des réserves en machines et en hommes et peuvent puiser dans une production courante de biens d'équipement plus abondante, mais ils ne subissent pas, comme l’U.R.S.S. la pression constante d'un puissant allié des dimensions de la R:P. de Chine qui désire drainer la majeure partie des ressources disponibles au profit de son propre développement.

11 est vrai que l'administration républicaine aux Etats-Unis, effrayée par l'évolution défavorable de la balance des paiements américaine, a depuis un certain temps freiné même le mouvement de dons et de crédits aux pays sous-développés, sous prétexte d'acculer par ce chantage ses alliés d'Europe occidentale — et avant tout l'Allemagne occidentale — à de plus grands sacrifices. Mais cette politique qui aboutit en définitive à la passivité et à l'immobilisme politiques, et ne laisse le choix à la bourgeoisie américaine qu'entre l'intervention militaire systématique devant toute nouvelle extension de la révolution coloniale, ou la capitulation pure et simple, provoque de plus en plus d'irritation dans les milieux dirigeants du capitalisme mondial, aussi bien aux Etats-Unis même qu'en Europe occidentale.

Il est probable que, dans un proche avenir, cette politique sera modifiée, et qu'on assistera à une aide américaine aux pays sous-développés beaucoup plus ample que par le passé. Cette aide sera vraisemblablement sélectionnée selon les zones que Washington jugera les plus critiques et les plus A te : Amérique latine (avant tout Brésil, Mexique, Venezuela et peut-être Argentine), Inde, Turquie, Iran, peut-être Indonésie. Après les élections présidentielles américaines, il faut S’attendre à voir lancé un véritable plan Marshall pour l'Amérique latine qui accordera 4 ou 5 milliards de dollars à ce continent et des crédits beaucoup plus élevés que par le passé aux autres zones sus-mentionnées.

Tout en accroïssant encore sa politique d'aide à la bourgeoisie coloniale, l'U.RSS.S. ne pourra pas suivre ce train, par suite de ses ressources plus limitées et de la pression de la Chine. Elle se verra en outre handicapée, plus que les U.S.A., par la non-complémentarité de son économie et de celle de certains pays semi-coloniaux (notamment les producteurs de pétrole, de minerai de fer, d'aluminium, d'étain, d'or et de diamant, matières premières que l'U.R.S.S. exporte elle-même en quantités croissantes). Il est vrai que pour d’autres pays coloniaux et semi-coloniaux, l'économie soviétique jouit des avantages de la complémentarité, et qu'en tout cas jusqu'à maintenant, les conditions financières et économiques dans lesquelles l’aide soviétique est offerte sont plus avantageuses pour l'économie de ces pays que les conditions posées par les puissances capitalistes ou par les organismes internationaux. Mais pour des raisons politiques, cette différence pourrait être supprimée par l'impérialisme américain. *

Mais ce « plan Marshall pour les pays sous-développés » se heurte à différents obstacles sociaux qui en limiteront en définitive fortement les effets :

a) Le capital privé est peu enclin à créer dans les pays coloniaux et semi-coloniaux des industries de transformation qui entrent en concurrence avec l'industrie métropolitaine. L'aide accordée dans ce but sera en bonne partie une aide étatique (et limitée par les ressources des Etats), le gouvernement américain pouvant, dans l'intérêt collectif de la classe capitaliste, passer outre les intérêts économiques étroits de

JATRIEME INTERNATIONALE certains secteurs de cette classe, comme il l'a déjà fait après 1945 en Europe occidentale.

=D) L'ampleur même d'un tel plan n'est pas suffisante pour modifier à brève échéance la misère et le mécontentement des masses et arrêter la montée révolutionnaire daris les pays coloniaux et semi-coloniaux. Ce n’est que dans ‘certains cas limités, et après un certain temps, qu'elle pourrait relever le niveau de vie dés masses, Sans que d'ailleurs cela ait automatiquement des effets démobilisateurs sur celles-ci.

c) Dans la plupart des pays coloniaux et semi-coloniaux, il n'y a pas de couche sociale bourgeoise suffisamment large pour pouvoir canaliser productivement l'ensemble de cette aide vers un véritable essor économique. Les exemples non seulement anciens (Tchang Kaï-chek, Syngman Rhee, Ibn Séoud, Nouri es-Saïd) mais même plus récents (Iran, Turquie, Sud-Vietnam) sont significatifs à ce sujet. Même dans les pays où la bourgeoisie nationale est relativement développée (Argentine, Brésil, Mexique, Inde) elle est trop divisée par des intérêts contradictoires pour pouvoir répéter l'exploit de la bourgeoisie ouest-allemande.

Dans ces conditions, l'éventualité la plus probable est donc la suivante : dans les années à venir, aussi bien l'aide américaine, capitaliste, que l’aide soviétique aux pays sous-développés iront croissant, et l'impérialisme américain fera un effort exceptionnel pour se lier ainsi certains secteurs de la bourgeoisie coloniale, en leur faisant d'importantes concessions. Mais cette aide ne suffira pas pour freiner à court ou à ne terme la révolution coloniale, dans le contexte social et politique actuel de ces pays.

18. - La compétition sur le marché mondial.

La course à l'aide vers les pays coloniaux et semi-coloniaux n'est qu'un des trois. domaines dans lesquels se joue déjà et se jouera de plus en plus la compétition économique entre États capitalistes et Etats ouvriers. Les deux autres domaines de cette compétition sont : le marché mondial, et la comparaison directe entre la production, et les niveaux de vie relatifs des deux camps en présence.

Le seul fait qu'on puisse parler actuellement d’une concurrence entre Etats ouvriers et Etats capitalistes sur le marché mondial exprime l'énorme progrès réalisé au cours de la dernière décade par l'économie planifiée et socialisée de ces derniers Etats. Déjà au cours des dernières années, cette concurrence à fait son apparition, surtout dansle domaine des matières premières. Elle vient de se révéler spectaculairement au monde, par les incursions du pétrole soviétique dans les « chasses gardées » des grands monopoles capitalistes : Afghanistan, Inde, Pakistan, Cuba. De manière progressive, l'U.R.S.S. et la R.P. de Chine ont pénétré profondément sur le marché de pays comme la Finlande, l'Islande, l'Autriche, Ceylan, la Grèce, l'Afghanistan, la R.A.U., et même l'Iran et la Turquie, et en sont devenus à la fois des fournisseurs. et des clients des plus importants. Cette évolution se poursuivra sans doute, favorisée par les progrès de la révolution coloniale et la tentative des classes dominantes de ces pays de « monnayer » à leur profit la compétition américanp-soviétique. Elle sera par contre quelque peu freinée par une amplification des dons et crédits impérialistes à prévoir. ‘G

La compétition passera peu à peu du domaine des matières premières à celui des produits finis. Déjà l'URSS. est un gros exportateur de machines et de biens d'équipements dans divers pays semi-coloniaux. Elle pourrait développer énergiquement ces exportations même vers des pays capitalistes avancés, et y joindre sous peu l'exportation massive de biens de consommation bon marché (montres, machines à coudre, bicyclettes et motocyclettes, matériaux de construction, appareils de radio et de télévision, etc.). Elle pourra également mettre en question le monopole anglo-ce d'instruments et appareillages pour l'industrie nucléaire sur le marché mondial.

19. - L'URSS, rattrapera-t-elle les Etats-Unis au cours de cette décade ?

Quant à la compétition directe entre l'U.R.S.S. et les Etats-Unis, et entre les Etats ouvriers et les Etats capitalistes dans leur ensemble, en supposant que les tendances actuelles se maintiennent en gros, on peut conclure qu'il est extrêmement i le que la production soviétique dépasse en 1970-1972 la production américaine actuelle par tête d'habitant, et qu'il est encore plus improbable que la production des Etats ouvriers dépasse celle des Etats capitalistes dès 1965, ainsi que Khrouchtchev l'avait affirmé dans son rapport au XXI' Congrès du P.C. soviétique. Ces deux prévisions ne pourraient se réaliser qu'à la condition très improbable d'une Stagnation totale de l'économie américaine et de l'économie des autres pays capitalistes: Les sources soviétiques elles-mêmes admettent par exemple qu’en 1959, la production d'énergie de tous les Etats ouvriers ne s'élevait qu'à 20 %, et la production d'acier qu'à 31 %, de la production mondiale. Ces chiffres donnent la mesure de ce qui devrait être accompli au cours de six années pour réaliser la prévision peu sérieuse de Khrouchtchev.

. Certes, il n'est pas exclu que, dans tel ou tel domaine, la production de l'U.RS.S. puisse rattraper la production américaine par tête d'habitant, surtout si l'année en n-"iial : À) à: es questien (soit 1965, soit 1970, 1971 ou 1972) est une année de récession grave. Mais ce serait se leurrer d'en déduire que soit les rapports de forces économiques entre les deux pays, soit le niveau de vie des deux peuples seraient déja égaux.

En ce qui concerne les rapports de forces économiques, c'est la capacité de production et non pas la production courante qui doit entrer en ligne dé compte. En ce qui concerne le niveau de vie, c'est la masse des biens de consommation durables accumulées au cours d’une ou de plusieurs décades qui s'ajoute à la production courante. Pour toutes ces raisons, les 10 à 20 années à venir s’annoncent comme la dernière période historique pendant laquelle les Etats capitalistes conserveront une certaine avance sur l'économie des Etats ouvriers.

Mais cette avance ira constamment en se rétrécissant. Et au fur et à mesure que les récessions s’amplilieront, que l'écart entre la capacité de production et la production courante s'élargira dans une série croissante de branches industrielles capitalistes et que la révolution coloniale aura arraché de plus en plus de pays au marché mondial capitaliste, cette supériorité pourra être interrompue par de brèves phases pendant lesquelles les Etats ouvriers se hisseront déjà au même niveau de production icouranta que les Etats capitalistes.

I1 faut ajouter que la bourgeoisie américaine est consciente de l'enjeu décisif de cette compétition. Élle mettra en jeu toutes les ressources à sa disposition pour accroître le taux d'expansion de l'industrie américaine, pour maintenir une certaine supériorité technique et technologique de son industrie par rapport à celle de l'URSS. et pour déclencher une épreuve de force avant ‘qu'elle ne perde ce dernier atout.

20. - Conclusions politiques.

Le nouvel essor de la révolution coloniale et la réduction de l'avance économique dont les Etats capitalistes jouissent encore par rapport aux Etats ouvriers signifie une nouvelle et importante modification des rapports de forces entre les forces capitalistes et les forces anti-capi:alistes dans le monde, en faveur de ces dernières et aux dépens des premières. Cette modification des rapports de forces passe successivement du plan social au plan politico-militaire et finira par passer également sur le plan économique. Notre mouvement qui, le premier, avait mis l'accent sur cette modification fondamentale dès 1950, n’a aucune raison d'abandonner cette appréciation parce que les dirigeants de la bureaucratie soviétique et les chefs des pue staliniens de par le monde la reprennent à leur tour — avec des années en retard. ,

Ce qui distingue cependant notre sppreiten de celle — mécaniste — de Khrouchichev et des P.C., c'est qu'elle est dialectique, c'est-à-dire qu'elle inclut l'ensemble des éléments contradictoires de la réalité d'aujourd'hui. Nous comprenons, que, malgré cette modification des rapports de forces en faveur des forces anti-capitalistes dans le monde, l'impérialiste américain dispose encore d'une supériorité économique réelle et de réserves potentielles énormes, et que le capitalisme a vécu et vit un nouvel essor en Europe occidentale qui se traduit par une confiance accrue de la bourgeoisie en elle-même (dépassant même quelquefois la confiance de certaines couches. de la bourgeoisie américaine).

Dans ces conditions, il est absolument iliusoire et dangereux d'attendre un changement radical de la situation mondiale de par la réduction (ou même la suppression) de l'avance économique des Etats-Unis par rapport à l'URSS.

La réduction de cet écart — et même sa suppression, très improbable au cours des 1020 années à venir — n'enlèverait à l'impérialisme américain aucune des armes qui lui permettent et lui permettront de déclencher une guerre de défense-suicide à Fe moment quelconque jugé décisif du processus de modification des rapports e forces.

En outre, étant donné le développement économique que connaît l'Europe capitaliste, il est tout aussi improbable que les progrès économiques de l'URSS. y modifient automatiquement les rapports de forces Sociaux en faveur du prolétariat, sans même parler des Partis Communistes.

La stratégie dite « de ccexisterce pacifique », qui attend des seuls progrès économiques des Etats ouvriers des résultats mirifiques, s'appuie donc sur deux hypothèses totalement irréalistes. Elle exprime moins la volonté de « paix à tout prix » de larges couches de la société soviétique (volonté qui existe incontestablement après des déca-des de souffrances et de sacrifices ininterrompues) que la peur de la bureaucratie soviétique devant de nouvelles avances de la révolution mondiale. Elle est profondément conservatrice et démobilisatrice, car elle tend à réduire plus que jamais le rôle du mouvement ouvrier international (y compris celui des masses des pays coloniaux) à celui d’une simple force de pression sur l'impérialisme et sur la bourgeoisie coloniale, afin de l'amener à accepter la « coexistence ».

Certes, il ne peut être question d'exiger du gouvernement soviétique d'user à son tour d'une « stratégie nucléaire », de mettre à profit sa supériorité momentanée en fusées nucléaires pour abattre le capitalisme dans tel ou tel pays monde entier. Une telle politi i ’ ST HoHAile dé Connu politique aventuriste n'aboutirait sans doute pa ue dans le . is; ñ iti ERA TOC) S à la victoire nité tout entière. me, mais à la disparition de la civilisation ou même de l’huma-

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C'est cette stratégie à la fois révolutionnaire, réalis respoi , t . Internationale oppose au mythe de la « coexistence Saciflns » aan re lisation et la passivité dans les rangs des tra! leurs alism les forces pour les précipiter tôt ou tard de Use di es é

Source : Quatrième Internationale, 18e année n°11, octobre-novembre 1960 · scan (Radar, 16-014-00091).

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