Les batailles qui décideront de la guerre en Europe sont commencées. La partie occidentale du continent est devenue de nouveau le théâtre de monstrueux massacres, de dévastations et de souffrances inouïes pour les populations.
Avec une violence extrême, les forces accumulées des impérialistes américains et anglais, volontairement laissées longtemps dans l'inaction, pour affaiblir à la fois l'Allemagne et l'Union soviétique, et rendre l'Europe épuisée incapable de résister à leur domination, se lancent aujourd'hui à l'assaut pour emporter la victoire.
Après avoir longtemps alimenté la machine de guerre nazie contre l'Union soviétique en lui procurant par la voie des « neutres », du Portugal, de l'Espagne, de la Turquie, de la Suède, de l'Argentine, le pétrole, le wolfram, le chrome, le manganèse et autres matières indispensables à la conduite de la guerre moderne, après avoir assisté en spectateurs souriants à l'écrasement de tous les peuples de l'Europe sous la botte hitlérienne, à l'épuisement des richesses du continent, à l'affaiblissement physique de ses populations sous-alimentées, après avoir détruit par des bombardements massifs ses villes les plus populeuses, les financiers yankees et anglais, les hommes des grandes banques et de la grosse industrie jugent maintenant le moment opportun de consolider leurs gains.
Les buts des « libérateurs » alliés
Écarter l'Union soviétique de l'Europe, briser la force expansive de l'impérialisme allemand, ouvrir dans toute l'Europe la voie à leurs capitaux et à leurs marchandises, en l'absence de tout autre concurrent, mettre les populations du continent à la portion congrue pour qu'elles arrivent à payer, par leur travail forcené, les énormes dettes que les États capitalistes ont contractées pendant la guerre, ainsi que les sommes qu'elles doivent aux fabricants de canons et de bombes yankees et anglais, grâce auxquels elles doivent leur « libération », voilà les buts essentiels que les rois de la finance de New York et de Londres cherchent à atteindre aujourd'hui en Europe.
L'avance de l'Armée rouge et l'agitation grandissante des masses dans tous les pays occupés, de la Norvège à la Grèce, de la Pologne à la France, mettaient en danger la réalisation de ces plans de rapine. Il a fallu agir et agir vite.
Travailleurs de l'Europe !
Pendant cinq ans vous avez cruellement souffert sous la tyrannie hitlérienne. Vous avez connu la terreur, la famine, le froid, la mort. Vos organisations ont été détruites, vos libertés les plus élémentaires ont été foulées aux pieds.
Entassés dans les usines de guerre, vous avez peiné jour et nuit, sans repos, sous-alimentés, brimés, exposés aux pires risques pour fabriquer les armes que la dictature nazie a tournées contre l'URSS, contre les peuples de l'Europe et contre le peuple allemand lui-même.
On vous a déracinés de votre sol natal, on vous a déportés, on vous a utilisés comme des bêtes de somme, sans égards pour votre condition humaine. Des centaines et des milliers des vôtres sont tombés sous les coups de la Gestapo et des prétoriens SS. Les prisons et les camps de concentration regorgent des innombrables victimes de la tyrannie hitlérienne. L'ampleur que la terreur fasciste a prise pendant cette guerre n'a fait qu'esquisser la situation terrible qui attend les travailleurs s'ils n'arrivent pas à abattre le capitalisme générateur du fascisme et de la guerre. Mais le sort qui vous est réservé sous la domination des impérialistes américains et anglais ne sera pas meilleur.
La victoire des « alliés », c'est l'asservissement de l'Europe
C'est un monstrueux mensonge de dire que ceux qui oppriment dans leurs colonies plus de cinq cents millions d'hommes, que ceux qui refusent la liberté à l'Irlande, qui ensanglantent et affament l'Inde, qui convoitent la Chine, qui veulent mettre à nouveau sous leur joug les Indes néerlandaises et les Philippines, qui dépouillent l'impérialisme « ennemi » italien et l'impérialisme « allié » français de leurs colonies, à leur propre profit, puissent apporter la liberté aux peuples de l'Europe.
C'est un monstrueux mensonge de dire que ceux qui combattent leurs propres ouvriers en grève par la police, l'armée et la prison, puissent assurer aux prolétaires européens les « libertés » démocratiques.
C'est un monstrueux mensonge de dire que Churchill et Roosevelt qui défendent ouvertement Franco, le sinistre bourreau du prolétariat espagnol, qui embrassent le fasciste Badoglio et le réactionnaire Giraud, qui continuent à entretenir des relations amicales avec les plus réactionnaires représentants de l'entourage de Vichy, combattent contre le « fascisme » et pour la « démocratie ». Avant qu'ils arrivent à occuper militairement l'Europe et à instaurer leur domination, leurs propres déclarations et leurs propres actes ont déjà fait tomber leur masque.
Roosevelt et Churchill, ces champions de la « démocratie » qui, à les écouter, n'ont pris les armes que pour écraser la « dictature hitlérienne », vous refusent aujourd'hui le droit de choisir vous-mêmes votre gouvernement et vos représentants municipaux. A la place de Hitler, des Quisling et des Laval, de leur Gestapo, de leurs SS, de leur police et de leur Milice, ils vous envoient Eisenhower et ses généraux, qui se proposent d'assumer pendant toute une période le gouvernement des pays « libérés ». De Gaulle lui-même s'est vu obligé de protester contre ce traitement humiliant que lui ont infligé ses « alliés » ingrats. Seule, votre action peut les faire reculer.
Travailleurs de l'Europe !
Vous espérez la paix et la liberté immédiates. Ils vous préparent la mobilisation sous les drapeaux et les ordres d'Eisenhower contre leurs adversaires.
Vous espérez respirer enfin après cinq ans d'écrasement sous le joug fasciste et reprendre vos luttes pour l'amélioration de vos conditions sociales. Ils se préparent à vous opposer le même appareil policier qui vous opprime aujourd'hui et des hordes prétoriennes aussi féroces que les SS hitlériens.
Vous aspirez à une vie moins chère, à un ravitaillement normal, à des salaires suffisants, à une diminution sensible des heures de travail. Ils commencent par vous répondre en introduisant l'inflation au moyen de la fausse monnaie qu'ils frappent dans leurs banques, pour vous obliger à payer vous-mêmes les frais de votre « libération ».
Vous désirez une paix stable, une Europe unie, libre et prospère. Ils projettent sa balkanisation par un nouveau traité de Versailles, en morcelant l'Allemagne, en multipliant les frontières artificielles, en s'opposant à toute entente entre ses peuples, en excitant les antagonismes, les haines nationales. Ils projettent une nouvelle super Société des nations armées, gendarme de l'impérialisme yankee et anglais sur le continent.
Travailleurs de l'Europe !
Vous comprenez au moins maintenant à quoi seraient destinés à aboutir vos peines et vos sacrifices immenses si vous laissez aux impérialistes les mains libres. Vous apercevez au moins maintenant quelle duperie énorme est cette « libération ».
Que fait l'URSS ?
À cette heure critique où le sort de l'Europe et de l'humanité se décide au moins pour quelques dizaines d'années, les yeux des travailleurs du monde entier se tournent avec anxiété vers l'URSS et l'Armée rouge. Quel jeu mène, dans cette guerre de brigands, l'URSS, l'État ouvrier sorti de la première révolution socialiste victorieuse de 1917 ? Quelle résistance oppose-t-elle aux plans de rapine et d'asservissement des masses travailleuses des impérialistes ?
Les travailleurs doivent regarder les masses soviétiques et l'Armée rouge comme leurs meilleurs alliés dans leur lutte contre l'impérialisme mondial, mais ils ne doivent avoir aucune confiance dans la politique que mène dans cette guerre la bureaucratie stalinienne. Cette politique est une politique de soumission et de retraite devant la marche menaçante de l'impérialisme yankee. C'est une politique de trahison envers les masses travailleuses du monde capitaliste et de l'URSS même. Par ses reculs, ses concessions aux impérialismes, malgré les victoires éclatantes de l'Armée rouge, par les coups surtout qu'elle porte au mouvement révolutionnaire en dissolvant l'Internationale communiste et en engageant les partis communistes des pays capitalistes dans la voie de l'union sacrée et du chauvinisme, cette politique se dresse chaque jour plus nettement contre la révolution prolétarienne en Europe et dans le monde. La défaite de la révolution signifierait inéluctablement la chute des dernières conquêtes socialistes en URSS. Laisser triompher l'impérialisme yankee et anglais en Europe signifie laisser se resserrer autour de l'URSS le nœud qui l'étranglera dans un délai beaucoup plus bref que celui qu'il a fallu depuis la dernière guerre au capitalisme pour se lancer contre elle.
Travailleurs de l'Europe !
Au moment où la guerre des impérialismes entre dans sa phase finale en Europe, les partis dits ouvriers, réformistes et staliniens, ne trouvent rien de mieux à vous dire que de vous ranger derrière les drapeaux des brigands yankees et anglais, pour conquérir ainsi votre « libération ». Pendant des années, les partis communistes s'étaient efforcés de conquérir votre confiance par leur attachement à la révolution. Mais aujourd'hui, au moment décisif où le pouvoir de la bourgeoisie en Europe, miné et rongé par cinq ans de guerre, se décompose, les partis communistes entrent dans les gouvernements bourgeois des de Gaulle et des Bonomi et mettent leur autorité au service des exploiteurs.
Vous avez d'autres tâches à accomplir que de jouer le rôle misérable que vous proposent les cyniques agents de la bourgeoisie et les méprisables bureaucrates staliniens. Vous avez la tâche d'opposer à la solution impérialiste de la guerre votre solution : celle qui vous donnera la paix, la liberté, le pain par le triomphe de la révolution socialiste et les États-Unis socialistes d'Europe et du monde.
Travailleurs de l'Europe !
Cette guerre, qui a détruit des millions de vies humaines et des richesses matérielles immenses, qui a marqué l'apogée de la barbarie dans l'histoire humaine, n'aurait jamais dû avoir lieu. Cependant, l'impuissance du mouvement ouvrier l'a permise. Si vous laissez, cette fois encore, le régime capitaliste debout, vous connaîtrez une courte période de « paix » dans les crises économiques, le chômage, la misère, l'oppression fasciste et, très prochainement, les horreurs de la troisième guerre mondiale impérialiste dont a déjà parlé le porte-parole patenté de l'impérialisme yankee Wallace. Seule la révolution prolétarienne triomphante peut vous sortir de l'enfer capitaliste.
Travailleurs, soldats allemands !
La prolongation de la guerre impérialiste me vous apportera que de nouvelles souffrances, de nouveaux deuils, de nouvelles dévastations. Il faut en finir avec la guerre et le nazisme. Renversez par votre propre action Hitler, ouvrez, par la révolution socialiste allemande, la voie à la révolution socialiste européenne et mondiale ! Fraternisez avec les masses travailleuses des pays occupés ! Fraternisez avec les soldats « alliés » !
Soldats « alliés » !
Les financiers de New York et de Londres vous envoient, non pas pour « libérer » l'Europe meurtrie, ruinée, dévastée, mais pour la soumettre à leur exploitation. Refusez de servir leurs plans de pillage et d'asservissement des masses laborieuses de l'Europe ! Fraternisez avec elles dans toutes leurs luttes pour leur émancipation sociale ! Fraternisez avec les soldats allemands !
Travailleurs de l'Europe, soldats allemands et « alliés » !
Assez de sang, de ruines et de deuils. Il faut en finir avec la guerre des impérialismes, la lutte fratricide des travailleurs. Dressez-vous ensemble dans un formidable front de classe contre votre ennemi commun : le capitalisme ! Dans les usines, les quartiers, les villages, l'armée, formez vos comités de représentants élus démocratiquement par la masse des ouvriers, des paysans, des soldats, opposez-les au pouvoir de la bourgeoisie ! Avec les mots de « libération », de « paix », de « démocratie » sur les lèvres, les malfaiteurs capitalistes vous désarment et s'efforcent d'écraser, à l'aide de leur machine militaire et leurs bandes prétoriennes, la révolution du prolétariat européen. La guerre des classes est inscrite par la bourgeoisie elle-même à l'ordre du jour. Armez-vous, formez vos milices ouvrières, désarmez les forces réactionnaires, opposez arme contre arme, force contre force !
Les impérialistes engagent leurs derniers combats pour le pillage et l'asservissement de l'Europe et du monde. Les travailleurs engagent le combat :
Pour la paix immédiate !
Contre les sanctions, contre les annexions !
Pour la révolution socialiste !
Pour les États-Unis socialistes d'Europe et du monde !
Le Comité exécutif européen de la IVe Internationale
Juin 1944