Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Conclusion du rapporteur

16-25 août 1951 · Le IIIe Congrès mondial (16-25 août 1951) · 1 070 mots

In English: Evolution of Eastern Europe — texte anglais publié à l’époque.

Après intervention de quinze délégués, le rapporteur mentionne les points suivants dans sa réponse

Le « glacis » a été un phénomène relativement nouveau pour lequel nous n'avions comme terme de référence que les occupations de territoires par l'armée soviétique au début de la Seconde Guerre mondiale. Le terme que nous avons employé en 1946, celui d'« assimilation structurelle », correspondait à la compréhension que nous avions alors du phénomène et des perspectives de développement que nous pouvions envisager à l'époque. Avec les développements qui se sont effectivement produits, on pourrait peut-être songer à un terme qui exprimerait le phénomène de plus près. Cependant, cela ne nous paraît pas nécessaire, à condition qu'il soit entendu que nous ne faisons pas dire aux mots plus qu'ils n'expriment. Dans la résolution, « assimilation structurelle » ne signifie pas que les États du « glacis » sont incorporés ou intégrés sous une forme ou sous une autre à l'URSS, ni que leur économie n'a plus d'indépendance par rapport à celle de l'URSS. Ce terme veut simplement dire que ces États ont fondamentalement la même structure, les mêmes rapports fondamentaux de propriété et de production que le premier État ouvrier, l'URSS. Il est vrai, comme la résolution le mentionne, que leurs rapports économiques avec l'URSS se sont accrus, mais cela n'est pas pour nous l'« assimilation structurelle ».

Je n'ajoute rien à ce qu'a dit le camarade Peng sur la question russe. Toutes nos sections ont connu cette question. Tous ceux qui viendront au trotskysme devront, dans leur formation, accorder une grande place à cette question.

Nous vivons une période de bouleversements incessants et c'est pourquoi, plus que jamais, notre théorie doit être un guide pour l'action et ne doit pas être figée en des règles qui se transforment en abstractions devant la réalité. On ne peut, comme il a été dit dans le rapport, appliquer la « norme », c'est-à-dire dans ce cas exiger de connaître la date à laquelle s'est fait le « saut ». Nous ne reviendrons pas sur l'explication fournie. Ajoutons qu'il y a une série de pays où l'on pourrait chercher à perte de vue la « date » à laquelle ils passent du féodalisme au capitalisme.

Un camarade a mentionné l'absence de nationalisation du sol pour dire qu'il se formait de nouvelles couches bourgeoises dans ces pays, créant ainsi une dualité de pouvoir et une accumulation de dangers pour ces pays. Nous avons mentionné dans le rapport que l'absence de nationalisation du sol était une question importante, mais nullement décisive pour caractériser la nature sociologique de ces États. Il est vrai que, dans les campagnes, les tendances à la reconstitution du capitalisme se manifestent en raison du bas niveau économique de ces pays. Mais de là à parler de nouvelles couches bourgeoises, il y a une marge qu'il n'est pas possible de franchir ; on peut encore moins valablement parler de dualité de pouvoir. Aucun fait ne permet d'étayer de telles affirmations. Des tendances ne forment pas encore une classe bourgeoise ni une dualité de pouvoir. Il est vrai qu'il existe des dangers menaçants la structure non capitaliste de ces États dans les développements possibles dans les campagnes. Cela a été vu en URSS avec la NEP et jusqu'en 1928 ; et on peut observer dans ce cas que le danger n'était nullement écarté par la nationalisation du sol. On voit également ce danger à présent en Yougoslavie ; cette question sera discutée au point suivant de l'ordre du jour. Mais on peut déjà dire que ce qui rend en Yougoslavie les phénomènes qui se passent à la campagne dangereux, c'est la pression considérable de l'impérialisme qui s'exerce actuellement sur ce pays. Dans les pays du « glacis », la pression dominante est actuellement en sens contraire.

Un camarade a soulevé la question de l'emploi du terme « exploitation » en relation avec la bureaucratie soviétique. Celle-ci, dit-il, n'est pas une classe et par conséquent son rôle dans la production n'est pas une exploitation dans le sens marxiste du terme. Nous sommes d'accord. Mais, sauf erreur, le IIe Congrès mondial avait employé le terme « exploitation » pour les entreprises mixtes que l'URSS avait alors imposées dans le « glacis ». Dans ces entreprises, l'État soviétique exerçait en fait un rôle de capitaliste, comme c'est aussi le cas de certaines organisations ouvrières qui montent des entreprises en relation avec leur activité générale. Dans le cas des entreprises mixtes, l'État soviétique agissait comme un capitaliste, et dans ce cas on a affaire effectivement à de l'exploitation.

La question la plus complexe à laquelle le camarade Pablo a répondu est celle soulevée par plusieurs camarades relativement au parachèvement de l'assimilation structurelle. Nous avons noté les tendances à l'assimilation structurelle à partir de 1945-1946.

Dès

cette

époque existait

potentiellement

la

possibilité

des transformations qui ont été opérées ultérieurement. Mais cette réalisation était fonction de facteurs nationaux et internationaux. On ne peut seulement prendre en considération l'ampleur des nationalisations pour apprécier les développements dans le « glacis ». En 1936, non seulement y subsistait une structure économique capitaliste, mais les États reconstruits étaient eux aussi des États à structure politique capitaliste. Avec une évolution différente des rapports internationaux, on aurait pu aboutir à une autre situation dans certains pays du « glacis ». Par suite de la Guerre froide, la bureaucratie soviétique n'a pas seulement été amenée à prendre une série de mesures économiques transformant fondamentalement la structure économique, mais elle a dû aussi procéder à une série de mesures transformant fondamentalement la structure politique de ces États pour les aligner sur la structure de l'URSS. La période au cours de laquelle ces transformations se sont faites, réalisant complètement les tendances à l'assimilation structurelle existante dès le début, commence sensiblement en 1949 et s'étend sur 1949 et 1950.

Nous devons aussi rectifier le projet de résolution en ce qu'il comporte d’erroné sur la question de l'Albanie. Il est tout à fait exact que s'est produit dans ce pays, pendant la Seconde Guerre mondiale, un développement très voisin de celui qui s'est produit en Yougoslavie.

La question du « glacis » n'a pas seulement servi à mieux nous armer politiquement au sujet de l'Europe orientale et au sujet de l'Asie, mais d'une façon plus générale pour comprendre la période de transition du capitalisme au socialisme, telle que nous en connaissons les premières étapes.

Bulletin intérieur du SI n° 2, septembre 1941.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 185–187 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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