Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Lettre ouverte au congrès, au comité central et aux membres du Parti communiste yougoslave (SI de la IVe Internationale, 13 juillet 1948)

13 juillet 1948 · 1948-1950 : la crise yougoslave, l’évolution du « glacis » soviétique et la révolution chinoise · 6 387 mots

In English: An Open Letter to the Yugoslav Communist Party — texte anglais publié à l’époque.

Camarades,

La résolution d'excommunication de votre parti et de sa direction, adoptée par la dernière réunion du Kominform, a profondément ému les militants communistes et tous les ouvriers révolutionnaires dans le monde entier. Comment, en effet, ne seraient-ils pas stupéfaits par cette brusque volte-face des dirigeants du Kominform qui leur fait brusquement dénigrer un pays proclamé hier encore comme le meilleur exemple de « démocratie populaire » ? Il y a trois mois, l'Humanité, l'organe central du Parti communiste français, chantait les louanges du « pays de Tito ». Aujourd'hui, l'Humanité ne sait plus à quelle calomnie recourir pour salir votre parti.

Il y a peu de temps, Enver Hodja, Premier ministre d'Albanie, déclarait à la IVe session de l'Assemblée populaire albanaise : « Notre peuple ne pourrait ni jouir des victoires de sa guerre ni assurer la reconstruction de son pays et aller vers une vie meilleure s'il n'avait pas l'appui fraternel et puissant accordé par la Yougoslavie nouvelle dans tous les domaines de la vie. »

Aujourd'hui, le même Enver Hodja déclare cyniquement : « Le comité central du Parti communiste yougoslave et son chef Tito ont faussé toutes les relations économiques et politiques avec notre pays. (...) Ils s'efforçaient de le transformer en une colonie yougoslave. (...) Ils se sont efforcés de supprimer son indépendance. »

La servilité avec laquelle la plupart des directions des partis communistes ont exécuté les ordres venus d'en haut est seulement dépassée par leur évidente malhonnêteté. Ils accusent votre parti de son « manque de démocratie », alors qu'ils orchestrent de grandes assemblées où votre parti est condamné sans que les militants communistes aient pu être informés objectivement sur les divergences existantes, sans qu'on vous ait donné la possibilité de vous défendre, sans qu'on ait même porté à la connaissance des membres de ces partis le texte de votre réponse à la résolution du Kominform.

La mauvaise foi de ces « dirigeants » apparaît plus encore dans leur refus d'accepter votre invitation d'assister à votre congrès. Ce refus signifie tout simplement que les dirigeants des partis communistes refusent de s'informer eux-mêmes et d'informer leurs propres membres sur la véritable situation en Yougoslavie et préfèrent tromper ignominieusement les ouvriers communistes de tous les pays plutôt que de « désobéir » à une directive venue de Russie.

Ces faits se joignent à votre expérience propre quant aux méthodes de « persécution » utilisées par la direction du Parti communiste de l'URSS. Intervenant dans la vie des autres partis communistes par des ukases brutaux et ultimatistes, voulant constamment imposer à tous les partis sa propre loi sans considération aucune pour la tradition, l'expérience et les sentiments propres des militants de ces partis, la direction du Parti communiste de l'URSS veille en même temps jalousement à ses propres privilèges, considère la moindre critique de sa propre politique comme une trahison et s'arroge le droit de jeter l'excommunication dans le mouvement communiste sur quiconque ne suit pas servilement les multiples tournants de sa ligne fort tortueuse.

Ce mal que vous venez brusquement de découvrir existe cependant depuis de longues années. Aussi bien durant la dernière décade d'existence de l'Internationale communiste que durant les cinq ans qui se sont déroulés depuis la dissolution de celle-ci. Ce malaise profond des partis communistes et la cause première d'innombrables échecs et de sanglantes défaites ont résidé dans ce monopole absolu de direction que le Parti communiste de l'URSS s'est arrogé, monopole qui a conduit à une subordination constante des intérêts de la révolution socialiste dans de nombreux pays aux besoins conjoncturels de la politique russe. Elle a voulu vous forcer aujourd'hui à abandonner votre politique d'industrialisation. De même elle a forcé Thorez à désarmer les partisans français au profit de De Gaulle en janvier 1945. Elle a forcé les communistes espagnols à déclarer durant la guerre civile que la saisie des usines par les ouvriers était « une trahison ». Elle a conduit le Parti communiste allemand de 1930-1933 à suivre une politique de suicide qui a permis à Hitler de prendre le pouvoir.

Toutes ces atteintes graves aux intérêts des travailleurs et au progrès du communisme étaient chaque fois expliquées par les besoins de la défense de l'Union soviétique. Mais les événements ont confirmé chaque fois que, loin de rendre l'Union Soviétique plus puissante en face des forces impérialistes, l'affaiblissement du prolétariat international isolait davantage l'URSS et permettait aux impérialistes de lui porter des coups terribles comme ceux de 1941.

Aujourd'hui encore, pour maintenir son autorité absolue sur le Kominform, la direction du Parti communiste de l'URSS n'hésite pas à employer à votre égard une politique qui peut être exploitée par l'impérialisme américain et par tous les ennemis de la classe ouvrière contre l'URSS elle-même.

Camarades,

Vous vous êtes déjà posés la question de la raison de ce comportement non communiste des dirigeants russes envers les partis communistes des autres pays. À ce sujet, le mot de « dégénérescence » aurait paraît-il été employé dans vos raisonnements. Il ne faut pas avoir peur de ce mot, ni de son véritable contenu. La première qualité d'un bolchevik, c'est le courage de regarder la réalité bien en face et de la prendre telle qu'elle est, si pénible que puisse apparaître et si douloureux que puisse être son examen. Il est criminel pour un communiste de tromper les ouvriers ou ses propres camarades et c'est là un véritable crime que les dirigeants communistes de nombreux pays viennent de commettre encore une fois —, mais c'est plus criminel encore de se tromper soi-même par peur de la triste réalité qu'on ne voudrait accepter.

Or, ce serait se tromper soi-même grossièrement que de supposer un seul instant qu'un pays dirigé par un parti dont le comportement envers ses partis frères est à ce point non communiste puisse encore se trouver à l'avant-garde du socialisme. C'est se tromper soi-même que de supposer qu'une politique qui a conduit à la crise de tant de partis communistes puisse être encore une politique léniniste. Oui, l'Union soviétique et la direction du Parti communiste de l'URSS ont dégénéré. Oui, ils ont cessé de représenter l'avant-garde des forces communistes dans le monde, et ils l'ont fait du jour où ils ont subordonné l'intérêt de la révolution internationale à leurs propres intérêts. Nous disons bien : à leurs propres intérêts et non pas à ceux du prolétariat russe. Car les travailleurs et les opprimés de tous les pays n'ont qu'un même et seul intérêt et l'intérêt du communisme dans le monde entier est un et indivisible. C'est pourquoi l'abandon par les dirigeants russes de la cause du communisme en dehors de l'URSS prouve indubitablement leur abandon de la même cause en URSS même, c'est-à-dire leur dégénérescence profonde.

Les raisons de la dégénérescence de l'URSS

Si pénible que cela puisse vous paraître, il faut maintenant mettre le doigt sur l'origine sociale de cette dégénérescence. Du temps de Lénine et après encore, les fonctionnaires communistes du parti et de l’État étaient strictement tenus à la règle que leur salaire ne devait pas dépasser le salaire moyen d'un ouvrier qualifié. Les spécialistes et techniciens, non communistes, dont la jeune république soviétique avait besoin devaient par nécessité recevoir un salaire plus élevé et étaient placés sous le strict contrôle des ouvriers pour qu'ils ne puissent abuser de l'avantage que l’État était forcé de leur accorder. Les ouvriers étaient les maîtres à l'usine, dans les soviets, dans le parti. La discipline communiste était une discipline librement consentie, dans l'enthousiasme de la lutte et de la victoire révolutionnaires. La vie intérieure du parti et, dans cette période aussi, de l'Internationale communiste était régie par des discussions aussi passionnées que libres. Les décisions les plus importantes étaient prises sur la base des convictions effectives, c'est-à-dire de l'expérience et du niveau de conscience des militants. Le parti était intimement lié à la classe et, à travers ces liens, faisait participer le prolétariat tout entier à la gestion de l’État et de l'économie.

Aujourd'hui en URSS, tout cela a changé. Les soviets ont été dissous. Les ouvriers n'exercent plus le moindre contrôle à l'usine mais y sont soumis à l'arbitraire du directeur. L'éventail des salaires est plus large que dans les pays capitalistes mêmes. Les fonctionnaires communistes gagnent des salaires aussi élevés que les spez petits-bourgeois. Un abîme sépare les conditions de vie de la masse ouvrière de celles de la bureaucratie qui dirige l'économie et l’État. Cette bureaucratie a complètement étouffé la démocratie dans le parti, elle a éliminé et assassiné toute la vieille garde bolchevique, elle a transformé le parti en un instrument pour protéger ses propres privilèges et a détruit le parti en tant qu'instrument du communisme international.

Cette bureaucratie est maintenant une caste fermée qui défend sa position aussi jalousement contre les ouvriers de son propre pays qu'elle les défend contre vous.

Une de vos réalisations les plus remarquables en Yougoslavie comme une des réalisations les plus remarquables de la révolution d'Octobre en Russie, ce fut l'extension de l'enseignement moyen et supérieur gratuit à tous les fils d'ouvriers et de paysans pauvres. Vous ne pouvez ignorer qu'il y a huit ans déjà le gouvernement russe a aboli cet énorme progrès et a réintroduit le système de paiement pour l'enseignement moyen et supérieur, réservant ainsi en pratique cet enseignement aux fils de fonctionnaires et de petits-bourgeois richement rémunérés et rejetant l'écrasante majorité des enfants vers une semi-ignorance. N'est-ce pas là la meilleure preuve que les dirigeants de l’État et du parti russes ont cessé de marcher de l'avant vers le socialisme, mais qu'ils font machine arrière vers une inégalité sociale de plus en plus grande ?

C'est l'existence en Russie de ces privilèges bureaucratiques que la direction du Parti communiste de l'URSS, loin de les combattre, s'est mis à protéger systématiquement, qui explique en même temps la forme idéologique revêtue par la dégénérescence de cette direction. Du temps de Lénine, la direction du Parti bolchevik et de l'internationale communiste, même quand elle était engagée dans des pourparlers avec des puissances impérialistes, proclamait toujours publiquement face au prolétariat mondial que le capitalisme et le socialisme sont deux régimes incompatibles. Elle ne cessa un seul instant d'appeler les travailleurs de tous les pays capitalistes à renverser la domination de leurs propres exploiteurs, et de les y préparer activement. Elle plaça toujours la politique intérieure et extérieure de l'URSS dans le cadre d'une stratégie de révolution socialiste mondiale et considéra comme sa première tâche d'aider au maximum les partis communistes des autres pays à utiliser toute situation révolutionnaire qui s'offrait à eux pour renverser le capitalisme.

Bien entendu, Lénine et la direction d'alors du Parti bolchevik et de l'Internationale communiste ne pouvaient exclure la possibilité, la nécessité de compromis temporaires avec l'impérialisme. Tout révolutionnaire de bon sens comprend que toute guerre, et certainement la guerre sociale de la classe ouvrière contre la classe capitaliste, est nécessairement interrompue par des périodes d'accalmie, des trêves ou des armistices. Mais, comme Lénine l'a si lumineusement expliqué dans la Maladie infantile du communisme, si des compromis dans la lutte des classes sont permis, c'est seulement à condition « de savoir appliquer cette tactique de manière à élever et non à abaisser le niveau général de conscience d'esprit révolutionnaire, de capacité de lutte et de victoire du prolétariat ».

Cette conception de Lénine découlait logiquement de la doctrine du Parti bolchevik et de l'Internationale communiste, selon laquelle la révolution socialiste ne pouvait être que l'œuvre des masses laborieuses, conscientes et souveraines.

Les conséquences de la dégénérescence

La dégénérescence sociale de l'URSS a conduit celle-ci à une révision complète de ces principes fondamentaux du léninisme. Elle proclame aujourd'hui, et fait proclamer à toutes les directions des partis qui la suivent, que le capitalisme et le socialisme sont deux systèmes qui peuvent parfaitement vivre côte à côte en toute paix et tranquillité. Elle interdit totalement aux directions des partis communistes dans les pays bourgeois de parler de « révolution » ou du renversement du capitalisme dans leur pays, mais leur ordonne au contraire de limiter leur propagande à la « défense de l'indépendance nationale » de leur propre patrie capitaliste ! Ces mêmes dirigeants, qui vous accusent aujourd'hui de « méconnaître la conception marxiste-léniniste de classe et de l’État », ont eux-mêmes maintenu les travailleurs communistes des pays capitalistes dans la plus grande ignorance de ces questions, Ils ne se sont pas contentés d'entrer dans les gouvernements capitalistes de France, d'Italie, de Belgique etc., de 1945 à 1947 et d'oublier tout ce que Lénine a écrit contre la social-démocratie réformiste sur l'impossibilité de « conquérir » l'appareil de l’État bourgeois de l'intérieur, sur la nécessité de le détruire et de le remplacer par un nouvel appareil d'État ouvrier et soviétique. Ils sont allés jusqu'à interdire pendant cette période aux ouvriers d'utiliser la grève pour améliorer leurs misérables conditions de vie et cela dans les pays bastions du capitalisme européen !

Toutes ces manœuvres n'ont nullement induit en erreur la bourgeoisie impérialiste, comme le prétendent les émissaires et agents à l'étranger de la direction du Parti communiste de l'URSS. La bourgeoisie n'a pas cessé un seul instant de voir dans l'Union soviétique un ennemi mortel. Mais elles ont trompé, désorienté et induit en erreur les travailleurs des partis des pays capitalistes qui, voyant les dirigeants des partis communistes s'opposer hier à leurs mouvements de classe et les déclencher brusquement et bureaucratiquement aujourd'hui, ont l'impression d'être les dupes d'une politique étrangère à leurs propres intérêts et d'être uniquement utilisés comme une « masse de manœuvre » par leurs dirigeants.

Cette politique a brisé l'élan révolutionnaire des masses qui, en 1944, égalait en France, en Italie et ailleurs celui que vous avez connu dans votre pays. Elle s'explique précisément par la révision fondamentale de la conception même du socialisme effectué par les dirigeants du Parti communiste de l'URSS. Alors que Lénine et l'Internationale communiste dans sa période initiale considéraient la 'révolution socialiste dans le monde capitaliste comme le produit de l'action des masses, la direction actuelle du Parti communiste de l'URSS n'est préoccupée exclusivement que de l'expansion militaire, économique et territoriale de l'URSS. Alors que Lénine et l'Internationale communiste dans sa période initiale considéraient comme leur tâche la plus importante l'aide à fournir aux partis communistes des autres pays sur la voie de la mobilisation révolutionnaire des masses de leur propre pays, la direction actuelle du Parti communiste de l'URSS, qui considère avec le plus grand mépris les partis communistes et les travailleurs étrangers

— vous en avez fait la triste expérience n'hésite

nullement

à

barrer

la

route révolutionnaire socialiste à ses partis frères parce que cela est exigé par ses propres calculs sordides. Cette rupture avec la conception léniniste de la révolution mondiale est la preuve idéologique la plus concluante de la profonde dégénérescence de la direction actuelle du Parti communiste de l'URSS, de sa rupture complète avec les intérêts du prolétariat mondial.

Dans ces conditions, il apparaît particulièrement cynique que les dirigeants actuels du Parti communiste de l'URSS et du Kominform vous accusent de méconnaître « l'internationalisme prolétarien » et de suivre une politique nationaliste. Cela est dit par ces mêmes dirigeants russes dont la propagande chauvine durant la guerre, qui se refusait à faire une différence entre les travailleurs allemands et leurs bourreaux nazis, est grandement responsable de l'absence d'une révolution en Allemagne, alors qu'en Yougoslavie le mouvement des partisans sut attirer dans ses rangs des milliers de soldats-prolétaires des années d'occupation. Cela est dit par un Togliatti qui n'a pas hésité à se lancer, à côté des véritables fascistes du Movimento Sociale el Italia (MSI), dans une campagne chauvine pour le retour à la patrie capitaliste de ses anciennes colonies. Cela est dit par un Thorez dont l'hystérie nationaliste dans la question des réparations pour la France impérialiste remplit d'aise les politiciens bourgeois héritiers de Poincaré. Vraiment ces gens sont mal placés pour donner des leçons d'internationalisme prolétarien à qui que ce soit.

Il n'en reste pas moins vrai, Camarades, que le nationalisme introduit dans les partis communistes correspond précisément à cette dégénérescence que vous décelez maintenant en Russie. Aucun progrès ne peut être fait vers le socialisme si toute trace de nationalisme n'est extirpée de la mentalité des militants communistes. Lutter pour le droit de chaque nation à disposer d'elle-même, lutter contre l'oppression nationale introduite et étendue constamment sous l'impérialisme dans sa phase décadente, est une tâche primordiale pour le mouvement communiste. Mais les communistes se distinguent précisément des nationalistes petits-bourgeois par le fait qu'ils mènent cette lutte dans un esprit internationaliste, en distinguant toujours entre la bourgeoisie et le prolétariat du pays impérialiste, en conduisant la lutte dans le cadre d'une lutte révolutionnaire pour le renversement du capitalisme dans leur propre pays. Il est particulièrement nécessaire d'extirper de la propagande tout appel à une tradition nationaliste qui peut heurter les travailleurs d'autres pays, toute attaque contre des nations comme telles, toute revendication territoriale basée sur des arguments chauvins. Les bourgeoisies d'Autriche et d'Italie espèrent aujourd'hui que les partis communistes de leur pays, sur les directives du Kominform, se rangeront dans le camp capitaliste pour donner une « solution » au problème de la Carinthie et de Trieste dans l'intérêt de l'impérialisme. Vous devez comprendre qu'il n'y a qu'une seule voie pour déjouer les manœuvres calomnieuses de la bourgeoisie et des dirigeants du Kominform contre votre parti : c'est d'en appeler hardiment à la solidarité internationale des travailleurs, de proclamer bien haut le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et de proposer une solution dans ce sens des problèmes en suspens.

Vous avez réglé avec un certain succès la question nationale dans votre propre pays. Une attitude vraiment communiste et internationaliste envers les problèmes internationaux ne manquerait pas de renforcer immensément votre position dans la conscience et les sentiments de millions de travailleurs du monde entier.

Quelle voie allez-vous suivre ?

Camarades,

Votre congrès qui est sur le point de se réunir, les délégués qui le composeront et les milliers de militants communistes qu'ils représenteront se trouvent, au lendemain de la résolution du Kominform contre votre parti, devant des décisions d'une portée vraiment historique. Trois voies s'ouvrent devant vous, entre lesquelles vous devez choisir. Votre choix décidera pour des années, sinon des décades du sort de votre pays et de son prolétariat, et exercera une influence extrêmement profonde sur l'évolution et l'avenir de tout le mouvement communiste mondial.

Une première voie consisterait à considérer qu'aujourd'hui, bien que la direction du Parti communiste de l'URSS ait des torts très graves à votre adresse, il est avant tout nécessaire de maintenir dans la situation mondiale présente un monolithisme complet avec la politique et l'idéologie du Parti communiste de l'URSS. Il se trouve certainement des militants parmi vous pour proposer un cours pareil et même pour suggérer qu'il est préférable, dans ces conditions, de faire publiquement amende honorable, de déclarer accepter la « critique » du Kominform et même de changer votre direction, en attendant une « meilleure occasion » pour défendre vos conceptions particulières à l'intérieur de la « grande famille communiste ».

Une telle décision serait, à notre avis, une erreur tragique irréparable et ferait le plus grand tort, non seulement à votre propre parti et à votre propre classe ouvrière, mais au prolétariat et au mouvement communiste international, en particulier aux travailleurs de l'URSS. Vous devez aujourd'hui connaître suffisamment les méthodes et les conceptions du comité central du Parti communiste de l'URSS pour savoir que celui-ci ne se contentera nullement de déclarations publiques et de décisions politiques. Il exigera que tout le pouvoir dans le parti et le pays passe entre les mains de ses propres « agents civils et militaires » et de ceux que, parmi vous, il pense pouvoir manipuler comme bon lui semble. Il éliminera complètement avec votre direction actuelle tous les cadres qui ont une pensée indépendante, tous les militants qui oseront lever la voix pour protester. Il subordonnera complètement les intérêts des ouvriers et des paysans pauvres de Yougoslavie aux besoins de ses propres manœuvres diplomatiques avec l'impérialisme. Il brisera votre parti en tant que force indépendante et portera un coup terrible à la conscience socialiste des travailleurs de votre pays. Il finira par liquider physiquement tous ceux qui ont osé lui résister un instant car l'exemple tragique de tant de vieux leaders bolcheviks en Russie montre qu'il ne pardonne jamais l'opposition d'un moment, même si elle est mille fois « rachetée » par l'autocritique et l'autoflagellation la plus humiliante.

Une telle décision porterait un coup encore plus rude au mouvement communiste international. Dans tous les pays, les militants communistes les plus courageux et les plus indépendants, aujourd'hui stimulés par votre geste, seraient réduits au silence. Les éléments les plus serviles triompheraient partout. Le principe pernicieux que « quiconque critique le gouvernement soviétique est un agent de l'impérialisme », et qui a déjà coûté si cher au mouvement communiste international, serait plus solidement implanté que jamais. Des milliers d'ouvriers honnêtement révolutionnaires, mais à juste titre révoltés par la politique anti léniniste suivie par les dirigeants du Kominform, retomberaient dans la passivité et le scepticisme, isolant partout davantage les forces communistes, renforçant de ce fait les forces de la réaction et de l'impérialisme. La route serait déblayée vers de nouvelles défaites du prolétariat international.

Une seconde voie vous sera certainement suggérée, consistant essentiellement à se replier sur la Yougoslavie, à repousser les attaques et les éventuelles violences ou provocations du Kominform et de ses agents et à essayer de « construire le socialisme » dans votre pays en nouant des relations commerciales aussi bien avec les puissances de l'Europe orientale qu'avec celles de l'Occident impérialiste. Nous ne vous cacherons pas, Camarades, que nous considérons cette seconde voie comme tout aussi pernicieuse que la première.

Il est tout à fait utopique de considérer qu'il est possible de « manœuvrer » pendant toute une période entre l'URSS et les USA sans subir en même temps une pression grandissante de ces deux colosses. Les succès des « manœuvres » dépendent en dernière analyse des rapports de forces et, sur le plan de la puissance économique, politique et militaire, les rapports de forces jouent évidemment contre vous. L'impérialisme américain voudra bien vous faire quelques avances, cela augmentera le poids de ses arguments dans son dialogue avec Moscou. Mais ce qu'il cherche fondamentalement, ce n'est pas à vous soutenir contre l'URSS, c'est à conclure un compromis avec la Russie, si nécessaire sur votre dos. Les dirigeants actuels du Parti communiste de l'URSS, non seulement n'hésiteront pas à accepter un tel compromis, ils s'acharneront même à vous créer des difficultés économiques grandissantes pour vous forcer ou à capituler ou à vous livrer à l'impérialisme yankee afin de « démontrer » de cette façon à l'opinion ouvrière mondiale qu'effectivement toute rupture avec Moscou signifie un passage dans le « camp américain ».

D'autre part, vous ne pouvez ignorer que l'impérialisme ne tardera pas à être de plus en plus exigeant envers vous, surtout s'il est encouragé par Moscou sur cette voie, comme il est à craindre. Sa pression se concentrera d'abord sur vos relations commerciales. Vous inclure dans la zone du Plan Marshall, tel sera son premier objectif. À travers sa réalisation, il visera ensuite à détruire toutes les réformes sociales réalisées depuis trois ans en Yougoslavie. Au fur et à mesure que la Russie vous isolera et que vos difficultés économiques augmenteraient et que la pression impérialiste s'accentuerait, la réaction dans votre pays lèverait la tête. Le koulak chercherait à faire sa jonction avec le marché international. Le capital américain pénétrerait par toutes les fentes de votre économie mixte pour l'y aider. Vos jours seraient comptés.

Toute politique qui ignorerait les contradictions internationales dans le cadre desquelles se posent tous les problèmes de politique yougoslave ; toute politique qui poserait les questions de l'industrialisation indépendamment du problème de l'équipement par la voie d'échanges internationaux et par suite de la pression du marché mondial capitaliste ; toute politique de ce genre doit être radicalement rejetée. Sur cette voie, l'œuvre entreprise par votre parti ne pourrait connaître qu'une ruine complète. Face aux accusations calomniatrices des dirigeants du Kominform, il est nécessaire d'être lucidement conscient du danger de pression impérialiste qui vous guette pour que vous ne preniez aucune mesure sans peser judicieusement ses conséquences sur ce plan. Ce sera là une garantie essentielle d'un véritable progrès révolutionnaire et socialiste de votre parti.

Il reste, enfin, une troisième voie, la plus difficile, la plus hérissée d'obstacles, la voie véritablement communiste pour le parti et le prolétariat yougoslaves. Cette voie est celle d'un retour à la conception léniniste de la révolution socialiste, d'un retour à la stratégie mondiale de la lutte de classe. Elle doit partir, à notre avis, d'une compréhension claire du fait que les forces révolutionnaires yougoslaves ne peuvent s'affermir et consolider leurs positions que grâce à un appui conscient des masses laborieuses de leur propre pays et du monde entier. Il s'agit avant tout de comprendre que sur l'arène mondiale, la force décisive, ce n'est ni l'impérialisme avec ses ressources et son armement, ni l’État russe avec son formidable appareil, mais c'est l'immense armée des travailleurs, des paysans pauvres et des peuples coloniaux, dont la révolte contre leurs exploiteurs monte sans cesse et qui exige seulement une direction consciente, un programme d'action approprié et une organisation efficace pour mener à bien l'énorme tâche de la révolution socialiste mondiale.

Nous n'avons pas la prétention de vous apporter des réponses définitives. Nous comprenons que vous vous heurtez à des difficultés énormes, dans un pays mal équipé et ravagé par la guerre. Nous voulons seulement vous indiquer quelles sont, à notre avis, les grandes lignes qui peuvent vous permettre de concrétiser cette politique révolutionnaire internationale qui seule vous permettra de tenir en attendant de nouvelles luttes des masses, de stimuler celles-ci et de vaincre avec elles.

S'engager sur cette voie signifie avant tout en Yougoslavie même de s'appuyer franchement et complètement sur le dynamisme révolutionnaire des masses. Les comités du Front doivent être des organismes véritablement élus par les travailleurs des villes et des campagnes, issus d'un réseau serré de comités d'ouvriers et de paysans pauvres. Ils doivent devenir de véritables organes d'État et prendre la place des organismes hybrides actuels, reliques de l'appareil d'État bourgeois. Ils doivent être des organes de la démocratie soviétique, au sein desquels tous les travailleurs auront le droit d'exprimer leur avis et leur critique sans ménagement pour personne et sans crainte de représailles. Il faut admettre en principe pour les travailleurs le droit à l'organisation d'autres partis ouvriers, à condition que ceux-ci se placent dans le cadre de la légalité soviétique. Il faut réviser l'hybride Constitution actuelle et faire rédiger par une assemblée des délégués de comités d'ouvriers et de paysans pauvres une nouvelle Constitution s'inspirant de la Constitution léniniste de 1921.

Ces transformations politiques décisives, il faut les concevoir comme l'aboutissement d'une véritable mobilisation de masse réalisée par votre parti portant ces idées léninistes jusque dans les villages les plus reculés de votre pays, expliquant à tous les ouvriers et paysans, comme Lénine le faisait en 1917 avec une si admirable simplicité, la différence et la simplicité de l’État soviétique par rapport aux autres formes d'État. Il faut déclencher non seulement une vaste campagne de rééducation, mais encore une période de discussion et de libre expression pour tous les travailleurs. Ceux-ci exprimeront dans leurs assemblées toutes leurs critiques de l'actuel état de choses. Le parti saura enfin directement quelles sont les aspirations sincères, les suggestions constructives de la masse ouvrière, dont l'immense énergie créatrice est l'atout le plus sûr du socialisme. Votre parti n'a rien à craindre d'un pareil développement. La confiance des masses en lui s'accroîtra énormément et il deviendra effectivement l'expression collective des intérêts des sentiments du prolétariat de son pays.

Il ne suffirait cependant pas de rétablir la pleine souveraineté des comités, de transformer l'armée permanente en véritables milice des ouvriers et paysans, de mettre des tribunaux effectivement élus par les masses à la place des juges nommés, de rétablir et de maintenir sévèrement le principe de la rétribution de tous les fonctionnaires au niveau du salaire moyen d'un ouvrier qualifié. Le problème de la transformation révolutionnaire de votre pays est un problème essentiellement économique qui pose en premier lieu la question de la paysannerie.

Il n'y a qu'une voie léniniste pour s'attaquer à ce problème : c'est celle qui, s'appuyant sur les couches pauvres et exploitées de la campagne, cherche non à violenter les lois de fonctionnement de l'économie, mais au contraire à les faire jouer au profit du socialisme. Il faut nationaliser la terre et combattre la concentration des revenus et des propriétés entre les mains des koulaks. Mais ce n'est pas' administrativement ni par décrets ni par la force que ces mesures peuvent être efficaces. Ce qu'il faut, c'est que l'immense majorité des paysans y voie son propre intérêt. Pour cela, il faut réviser le plan quinquennal et les rapports entre l'agriculture et l'industrie. Le plan d'industrialisation doit pouvoir avant tout garantir une masse croissante de produits de consommation aux paysans. Grâce à la stabilisation du dinar et à un système rigoureux de répartition des produits industriels de consommation, l’État doit pouvoir offrir davantage au paysan petit et moyen que ne lui offre le koulak. En même temps, il faut soutenir par tous les moyens les coopératives paysannes formées volontairement par les petits paysans, leur réserver tous les instruments de travail modernes, leur donner des crédits à bon marché, les placer dans des conditions telles qu'elles vivent mieux et gagnent davantage que les paysans moyens continuant à exploiter leurs terres individuellement. Ce sera le plus sûr moyen pour isoler le koulak au village et pour développer et accélérer la coopération sur place volontaire.

Ces progrès ne pourront être réalisés qu'avec une transformation de la méthode d'élaboration et de vérification des plans. Aucune assemblée de spez ne peut déterminer mathématiquement l'équilibre réel entre les besoins des travailleurs, les besoins des paysans et les besoins d'investissement de l'économie, équilibre dont dépend l'harmonie de la planification et du développement du pays. Il faut faire participer de la façon la plus large les masses au travail de planification, avoir l'oreille ouverte à toutes leurs plaintes, se baser en premier lieu sur les besoins qu'elles expriment.

Il faut établir la pleine souveraineté des comités d'usine à l'entreprise et instaurer un véritable contrôle ouvrier sur la production, rendre aux syndicats leur véritable fonction, qui est celle de défendre les intérêts des travailleurs, même contre ['État soviétique si nécessaire, comme l'affirma Lénine à maintes reprises. Il faut en un mot donner aux ouvriers et paysans pauvres la nette certitude qu'ils sont les maîtres dans le pays et que l’État et la marche de l'économie correspondent en premier lieu à leurs intérêts.

Nous ne nous cachons nullement que pareille politique se heurterait à de très grands obstacles dans votre propre pays et même dans vos propres rangs. Une rééducation complète de vos cadres dans l'esprit du véritable léninisme serait nécessaire. Nous vous cacherons encore moins que l'impérialisme mondial et l'actuelle direction de l’État russe se livreraient à des assauts furieux contre votre politique qui leur apparaîtra comme une menace mortelle à leurs positions acquises. Mais si vous appliquez en politique extérieure les mêmes principes du léninisme, vous serez assurés d'un soutien énorme de la part des travailleurs et des opprimés du monde entier, et votre cause ne saurait être perdue.

Il vous faudrait briser radicalement avec toutes les habitudes de la diplomatie traditionnelle et secrète et revenir à la diplomatie révolutionnaire pratiquée du temps de Lénine, devenir le champion et le soutien actif de tous les peuples coloniaux en révolte contre les maîtres impérialistes, proclamer à la face du monde les conditions d'une paix équitable, sans annexions ni réparations, exiger le retrait immédiat des troupes d'occupation de toutes les grandes puissances de tous les pays occupés et l'application stricte du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes à toutes les questions litigieuses. Du coup, vous gagnerez la sympathie de ces mêmes masses autrichiennes et allemandes qui se sentent aujourd'hui trompées et trahies par tous les partis. Il faudrait développer et accentuer votre propagande en faveur de la fédération danubienne en lui donnant la forme communiste classique et en lançant le mot d'ordre de la Fédération balkanique des républiques socialistes soviétiques aux ouvriers et paysans pauvres des pays limitrophes qui le reprendront avec enthousiasme. Il faudrait enfin placer cette propagande dans le cadre concret de la propagande pour les États-Unis soviétiques d'Europe, convoquer à Belgrade une conférence des représentants syndicaux et ouvriers de tous les pays d'Europe, y compris d'Allemagne et d'Autriche, élaborer avec eux un plan de reconstruction économique de notre continent sur une base socialiste, opposé au Plan Marshall, et faire de ce plan le point central de la propagande révolutionnaire en Europe et dans le monde.

Vos possibilités d'action sur la route du véritable léninisme s'avèrent énormes. Mais votre responsabilité historique dépasse de loin tout ce qui est esquissé plus haut. Des millions de travailleurs de par le monde sont aujourd'hui profondément dégoûtés par la politique et les méthodes utilisées par les dirigeants actuels du Kominform. Ne voulant passer sans aucune forme dans le camp impérialiste, ils cherchent en vain un nouveau pôle d'attraction, une nouvelle direction politique. Seule l'avant-garde de cette masse a pu trouver actuellement la voie vers notre organisation, la IVe Internationale. Vous pourriez devenir le centre de rassemblement pour cette masse d'ouvriers révolutionnaires et, ainsi, d'un seul coup, bouleverser les conditions actuelles de paralysie du mouvement ouvrier mondial dans lesquelles le maintiennent les agents de Washington et de la bureaucratie russe dégénérée. Les luttes sociales qui se développent et se développeront dans tous les pays recevraient ainsi une chance d'aboutissement révolutionnaire.

La troisième guerre mondiale, qui risque de précipiter l'URSS et toute l'Europe dans l'abîme, pourrait être évitée. L'avenir socialiste s'ouvrirait radieux à toute l'humanité.

Camarades,

Nous vous adressons cette lettre parce nous sommes conscients du dilemme terrible devant lequel vous vous trouvez, parce que nous apprécions exactement l'énorme responsabilité qui pèse sur vous et parce que nous considérons comme notre devoir de communistes de vous aider à résoudre la crise actuelle du communisme dans un sens prolétarien et léniniste. Nous avons avec votre politique passée et récente de nombreuses et importantes divergences. Nous sommes en désaccord complet avec la théorie et la pratique de la « démocratie populaire » car nous ne croyons pas à un chemin différent de la dictature du prolétariat entre le capitalisme et le socialisme. Nous pensons que l'utilisation et la propagation de mœurs bourgeoises (livrées, titres, galons, décorations) ne peuvent que provoquer la démoralisation de vrais communistes. Mais nous sommes conscients des difficultés énormes que comporte un dialogue entre vous et nous, vu l'écart considérable de nos mutuelles expériences depuis tant d'armées. Pour cette raison, nous considérons de notre devoir de vous exprimer ce que nous pensons dans les conditions d'une discussion longue et fructueuse, à travers laquelle nous chercherons à nous communiquer nos expériences mutuelles de lutte révolutionnaire et à aplanir nos divergences dans un esprit de fraternité communiste et prolétarienne véritable.

Notre organisation, la IVe Internationale, est issue de l'Opposition de gauche du Parti bolchevik qui a aperçu il y a vingt-cinq ans les germes de cette dégénérescence du Parti communiste de l'URSS et de l'Internationale communiste que vous découvrez aujourd'hui. Traquée, persécutée, exclue, elle a combattu pendant dix ans pour sa réintégration dans le mouvement communiste officiel. Ce n'est que quand la direction actuelle du Parti communiste de l'URSS livra le prolétariat allemand sans combat au bourreau Hitler, ouvrant ainsi une période de défaites sanglantes à la classe ouvrière mondiale, qu'elle a tiré la nécessité de construire une nouvelle internationale révolutionnaire. Depuis lors, les bureaucrates qui dirigent actuellement l’État russe ont déversé sur elle les flots de calomnies les plus ignominieuses et n'ont reculé devant aucun crime pour s'efforcer de la détruire. De même qu'ils vous appellent aujourd'hui agents de l'impérialisme, de même ils nous ont traités d'« espions fascistes » alors que des centaines de nos meilleurs cadres et dirigeants ont laissé leur vie dans la lutte contre le fascisme. De même qu'ils organisent aujourd'hui l'assassinat de votre direction, de même ils ont fait assassiner Léon Trotsky, l'organisateur de la victoire d'Octobre, le créateur de l'Armée rouge, le plus grand dirigeant du mouvement communiste depuis la mort de Lénine, Trotsky, qui, quelques jours avant sa mort, a encore exprimé tout son attachement inébranlable au communisme et à la véritable Union soviétique des ouvriers et des paysans dans son émouvante « Lettre aux soldats de l'Armée rouge » (Trotsky, « Lettre aux travailleurs de l'URSS », 23 avril 1940, Œuvres 23, p. 274-277).

Mais tous ces crimes n'ont pu briser la IVe Internationale parce que rien ne peut briser le véritable léninisme ! Aujourd'hui, elle a des sections dans trente-cinq pays différents dans tous les continents, composées de militants communistes révolutionnaires aguerris et expérimentés qui représentent ce qu'il y a de meilleur dans leur classe. Bien qu'elle soit faible en moyens matériels, son IIe Congrès mondial, qui s'est tenu en avril dernier à Paris, a montré qu'elle était forte par sa cohésion politique, par sa lucide compréhension de la réalité actuelle. Dans tous les pays, elle lance aujourd'hui une vaste campagne de protestation contre les mesures bureaucratiques que le Kominform a prises contre vous. Elle appelle les ouvriers communistes de tous les pays à envoyer leurs délégations en Yougoslavie, afin de se rendre compte sur place de la réelle politique suivie par votre parti. Elle fera connaitre demain vos documents dans vingt langues différentes parce que la démocratie ouvrière n'est pas un vain mot pour elle, parce qu'un communiste ne peut tolérer qu'on juge un militant sans l'entendre. Elle vous demande de permettre à une délégation de sa direction d'assister à votre congrès, pour prendre contact avec le mouvement communiste yougoslave et nouer avec vous des liens fraternels qui ne peuvent que servir la révolution communiste mondiale.

Camarades, la cause du communisme, de l'émancipation révolutionnaire du prolétariat est invincible. Aucune force au monde n'empêchera les véritables communistes de se débarrasser des calomniateurs et des candidats assassins pour s'avancer hardiment vers leur but révolutionnaire. Plus vite cette tâche sera réalisée et plus vite la révolution mondiale triomphera.

Communistes yougoslaves, unissons nos efforts pour une nouvelle internationale léniniste ! Pour la victoire mondiale du communisme !

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 3, p. 297–309 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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