La IVe Internationale, parti mondial de la révolution socialiste, s'est adressée aux travailleurs en mai dernier avec un manifeste où elle exposait les causes de la guerre et indiquait les tâches de la classe ouvrière en face de la catastrophe .
Depuis lors est survenu l'effondrement militaire de la France, et la bourgeoisie française a abandonné le camp des « démocraties » pour collaborer avec Hitler à la « reconstruction » de l'Europe. En face de ces événements, la IVe Internationale peut dire avec confiance que les faits ont confirmé son analyse de la présente guerre impérialiste, ont justifié sa critique des chefs traîtres à la classe ouvrière, ont donné une nouvelle force à notre programme de révolution socialiste.
Les causes de la défaite française
L'effondrement militaire de la France n'est pas un accident « technique » mais l'expression la plus claire du déclin de la démocratie bourgeoise en France. Toute la stratégie de l'état-major français était faite de passivité et d'attente. Son plan de guerre était de gagner du temps (en réalité, en perdre), plein de confiance aveugle derrière la ligne Maginot, gigantesque projection du système des tranchées de 1914-1918.
Sur le terrain diplomatique, la politique d'expectative et de retraite trouva sa culmination dans l'incapacité de la France à maintenir dans son orbite la petite Belgique, son alliée dans la Première Guerre mondiale, et de préparer avec elle un système commun de défense.
Avant la défaite, le monde apprit les luttes intestines au sein du gouvernement français, en particulier entre Daladier et Reynaud — clair symptôme du déclin de la démocratie, impuissante même à produire un nouveau Clemenceau et paralysée par des querelles byzantines.
L'attitude de la bourgeoisie française et de son état-major, après que les Allemands eurent percé le front à Sedan, confirme entièrement notre analyse, quand nous déclarions dans notre Manifeste de mai dernier : « La bourgeoisie ne défend jamais la patrie pour la patrie. Elle défend la propriété, les privilèges, les profits. Quand ces valeurs sacrées courent un danger, la bourgeoisie entre immédiatement dans la voie du défaitisme... Pour sauver ses capitaux, la bourgeoisie espagnole s'adressa à Mussolini et à Hitler afin d'obtenir d'eux une aide militaire contre son propre peuple. La bourgeoisie norvégienne aida Hitler à envahir la Norvège. Il en fut toujours ainsi et il en sera toujours ainsi ».
Après la percée allemande au nord, la situation militaire n'était nullement désespérée si la bourgeoisie française et son état-major avaient été prêts à mobiliser toutes les ressources du pays. Mais la bourgeoisie et ses généraux sentirent, comme Weygand le dit clairement, que pouvait surgir ce qu'il était advenu en Russie en 1917... « Cela ne sera pas », dit Weygand. Plutôt que de laisser ouverte au prolétariat la possibilité d'arriver au pouvoir, la classe dirigeante française préféra capituler devant Hitler.
La trajectoire de l'impérialisme français a été constamment descendante depuis la « victoire » de 1918. La situation en Europe et dans le monde que lui avait créée le traité de Versailles était extrêmement disproportionnée à sa force économique réelle. La France pouvait apporter à ses vassaux politiques en Europe (Petite Entente, pays balkaniques) une aide financière, mais se trouvait incapable d'en faire les clients de son industrie, qui ne pouvait rivaliser avec succès avec l'Allemagne, l'Angleterre ou les États-Unis. L'immense empire colonial français était aussi au-dessus des forces de l'appareil industriel de la métropole. La bourgeoisie française soumit les colonies à une exploitation féroce, mais relativement peu productive, car extrêmement arriérée par ses méthodes économiques.
Avant la guerre de 1914-1918, le développement du capitalisme français était déjà notablement en arrière de celui de l'Allemagne et de l'Angleterre, sans parler des États-Unis. La victoire militaire de 1918 fut incapable d'insuffler une vie nouvelle à cette économie relativement arriérée, mais, au contraire, engendra bien des illusions et donna l'impression de force là où il n'y avait que stagnation et déclin.
Les responsables de l'avance fasciste
Les combats de rues et les manifestations de février 1934 marquèrent l'approche d'une crise révolutionnaire, la polarisation du pays en deux camps opposés, fasciste et révolutionnaire. La décomposition de la démocratie bourgeoise n'était que le produit du déclin général de l'Empire français accéléré par la grande crise économique. Cette décadence de la démocratie bourgeoise trouva son expression dans la désagrégation de son parti traditionnel, le parti radical-socialiste. En juin 1936, le prolétariat français occupa les usines, plaçant ainsi le pays au seuil d'une situation révolutionnaire. La révolution socialiste était alors la seule voie à travers laquelle le pays eut pu sortir de la stagnation. Mais le mouvement des ouvriers français fut étranglé par l'appareil de ses propres organisations. Les chefs traîtres (Jouhaux, Blum, Thorez) firent tout ce qu'ils purent pour maintenir les ouvriers enchaînés au char de la démocratie parlementaire pourrissante, au nom de la défense de la « patrie » et de la « démocratie ».
La révolution prolétarienne en France aurait ouvert un nouvel avenir au pays. Une France soviétique aurait immédiatement ébranlé les régimes fascistes et changé la face de l'Europe. La défense de la « patrie » par les chefs des partis ouvriers paralysa les travailleurs dans la lutte pour leur émancipation, mais ne put empêcher le triomphe de Hitler. La défense de la « démocratie » bourgeoise empêcha la création de la démocratie soviétique prolétarienne mais ne put arrêter l'arrivée de la dictature bonapartiste de Pétain. L'« antifascisme » creux du Front populaire étrangla ainsi la révolution prolétarienne et mena au triomphe du fascisme dans toute l'Europe.
Si les peuples de l'Europe ont dû entrer dans un nouveau massacre, si le fascisme avance à travers tout un continent, la responsabilité directe retombe sur la direction des organisations officielles du prolétariat : le Parti socialiste, le Parti communiste, la CGT. La IVe Internationale doit expliquer patiemment aux ouvriers les leçons des dernières années à la lumière des récents événements, démasquer le rôle traître des chefs socialistes et staliniens et gagner le prolétariat au bolchevisme.
Le gouvernement Pétain
Au moment de l'insurrection fasciste du 6 février 1934, les champions de la démocratie, Daladier et ses amis, ne trouvèrent rien d'autre dans leur arsenal que la fuite. À leur place surgit le gouvernement du sénile Doumergue, prêt à remplacer le mécanisme parlementaire par la police et l'armée.
Après l'effondrement militaire de mai dernier, les vaillants défenseurs de la démocratie, y compris le même Daladier , s'enfuirent comme des rats en Espagne ou au Maroc, sans idées, sans perspectives, sans programme. L'avance rapide des troupes allemandes avait ébranlé tout le système administratif. Le seul groupe qui présentât une certaine stabilité relative, c'était les sommets de l'armée. Autour d'eux se rallièrent des politiciens anglophobes. La combinaison fut couronnée de l'octogénaire Pétain. Les nouveaux Bonaparte n'eurent même pas à employer le canon contre le Parlement, qui décida de lui-même de disparaître.
L'armée allemande occupa toute la partie de la France qui avait quelque importance militaire ou économique. Hitler espérait alors en finir rapidement avec l'Angleterre. Il laissa Pétain prendre soin des millions de réfugiés. Un gouvernement national français, pourvu qu'il fût docile, pouvait diminuer les problèmes de l'invasion. Enfin, son existence pouvait empêcher le passage immédiat de la flotte et des colonies dans le camp anglais. L'équipe Pétain-Laval se prêta docilement à la manœuvre.
Les buts de guerre de la France avaient été la libération de la Tchécoslovaquie, la défense de la Pologne, la destruction du nazisme et le rétablissement d'une Europe « libre ». C'est au nom de cette entreprise démocratique et humanitaire que la bourgeoisie (aidée par ses agents dans le camp ouvrier) poussa les ouvriers et les paysans français sur les champs de bataille. Après la défaite, la bourgeoisie découvre soudain que ce n'est pas la peine de lutter pour la démocratie, car celle-ci se meurt dans le monde entier. Laval conclut un accord avec Hitler pour participer à la « reconstruction » de l'Europe. Et comme Hitler ne repousse pas ceux qui rampent à plat ventre devant lui, un porte-parole de la bourgeoisie française parle de son « incontestable grandeur ». Hier la bourgeoisie française voulait libérer la Tchécoslovaquie, aujourd'hui elle ne veut plus se libérer elle-même. Elle passe dans le camp de « l'ennemi héréditaire » et traque ceux qui veulent aider son allié d'hier. Du jour au lendemain, le « national » devient « l'antinational » et vice-versa.
C'est là une grande leçon pour les travailleurs de France et du monde entier. La bourgeoisie (et ses agents dans le camp ouvrier) arrête toujours et partout, au nom de l'intérêt « national », la lutte du prolétariat pour son émancipation. Elle persécute les révolutionnaires pour leur défaitisme et les dénonce comme des agents de l'ennemi. L'expérience de la France montre une fois de plus que les considérations « nationales » servent seulement à masquer les intérêts de la bourgeoisie, qui est toujours prête à changer de camp quand il s'agit de sauvegarder ses privilèges. Puissent les ouvriers retenir la leçon que la bourgeoisie leur a donnée une fois de plus !
La « paix » hitlérienne
Hitler n'a pas encore réussi à envahir l'Angleterre. L'aviation ne peut rien décider sans une avance territoriale des armées. Mais ce n'est pas si simple. La guerre continue et peut se prolonger. Comme une spirale, elle s'étend de continent en continent et demain elle aura envahi tout le globe. L'armistice de Rethondes ne protégera pas la France des vicissitudes militaires de la guerre qui continue.
Laval espère que l'Angleterre sera bientôt écrasée et il voit déjà la bourgeoisie française collaborant avec Hitler à la « reconstruction » de l'Europe. Même en cas d'une victoire allemande, il est cependant douteux que Hitler puisse « reconstruire » beaucoup en Europe et il est encore plus douteux que la France prenne une grande part à cette tâche. Goebbels déclara récemment aux membres de la Jeunesse hitlérienne qu'après la victoire ils se souviendraient de la guerre comme d'un « âge d'or ». On peut le croire. Avant la guerre, l'économie européenne avait perdu, depuis la grande crise de 1929, tout équilibre et n'avait pu trouver un certain soulagement à ses maux que dans une formidable production d'armements. Après la guerre, toutes les disproportions d'une économie malade se révéleront au grand jour, sans parler des luttes nationales et sociales. Voilà ce que « l'organisation de l'Europe » par Hitler, en collaboration avec Laval, nous réserve : des temps pires que la guerre !
La lutte pour la démocratie sous le drapeau de l'Angleterre (et des États-Unis) ne conduirait pas à une situation sensiblement différente. Le général de Gaulle lutte contre la « servitude » à la tête de gouverneurs coloniaux, c'est-à-dire de maîtres esclavagistes. Dans ses appels, ce « chef » emploie, tout comme Pétain, le « nous » royal. La défense de la démocratie est en de bonnes mains ! Si l'Angleterre pouvait installer demain de Gaulle en France, son régime ne se distinguerait en rien du gouvernement bonapartiste de Pétain.
Churchill refusa récemment de discuter le régime de l'Europe après une victoire britannique. Il n'a, en effet, rien à proposer. La solution impérialiste imposée en 1919 a conduit à une nouvelle catastrophe vingt ans plus tard. Ni Hitler ni Churchill ne peuvent régénérer le capitalisme. C'est tout le système qui est dans une impasse.
La lutte des classes continue
Hitler a réduit l'Europe à un vaste camp de concentration de nations. À la lutte pour l'unité des Allemands a succédé celle pour l'unité des non-Allemands sous la botte nazie. Mais l'histoire est la sûre garante qu'il n'y a jamais eu d'oppression nationale sans luttes nationales.
La grande bourgeoisie française a déjà réussi à s'entendre avec Hitler. La résistance nationale se concentre dans les couches les plus pauvres de la population, la petite bourgeoisie des villes, les paysans, les ouvriers. Mais ce sont ces derniers qui donneront à la lutte son caractère le plus résolu et sauront la lier à la lutte contre le capitalisme français et le gouvernement Pétain.
Les ouvriers abordent leurs tâches présentes sans grand danger d'un fascisme français. Le gouvernement Pétain, loin d'être le régime fasciste que les démocrates épouvantés dénoncent, n'a sous lui aucun support de masse, fasciste ou autre. Les organisations fascistes n'ont actuellement aucune perspective sérieuse de progrès. Aux yeux des masses, y compris de la petite bourgeoisie, les fascistes français ne peuvent apparaître que comme des agents ou des amis de l'ennemi victorieux. Ni Hitler ni Pétain ne peuvent trouver une ferme base de masse dans la société française. On peut noter le même fait en Norvège, Hollande, Belgique, etc. Une atmosphère d'hostilité générale pèse sur le vainqueur nazi et ses collaborateurs, les démoralise et les isole.
Avec l'hiver, le blocus et la guerre dans la Méditerranée, les vivres deviennent et deviendront de plus en plus rares. Le fardeau pèse plus lourdement sur les villes que sur les campagnes, plus lourdement sur le pauvre que sur le riche : c'est-à-dire qu'en fin de compte ce sont les ouvriers industriels et les couches les plus pauvres de la petite bourgeoisie des villes qui souffrent le plus. Le gouvernement n'a pas d'autre solution qu'un contrôle bureaucratique de la répartition des vivres. Mais le riche trouve toujours moyen d'échapper au contrôle administratif. A la surveillance gouvernementale, il faut substituer le contrôle par le peuple lui-même. Chaque ville, chaque quartier doit avoir son comité de contrôle des vivres qui réglementera les prix et surveillera la répartition. Les fonctionnaires d'un gouvernement bourgeois sont toujours impuissants dans la lutte contre les profiteurs et les spéculateurs et, en fait, sont souvent leurs complices. Seul le contrôle par le peuple peut arrêter ceux qui sont prêts à affamer le peuple pour maintenir leurs profits.
Pour les ouvriers, spécialement dans la zone non occupée, la désorganisation économique se traduit par le chômage. Il scinde les rangs des ouvriers et ronge leur solidarité de classe. Contre ce fléau, les trotskystes proposent l'échelle mobile des heures de travail. Le travail disponible est divisé entre tous les ouvriers, avec un salaire minimum.
La vie devient de plus en plus chère. Demain, l'inflation peut survenir. Ici aussi ce sont les ouvriers qui seront le plus lourdement frappés. Leur lutte pour les salaires sera vaine s'ils ne savent lier leurs revendications à la montée du coût de la vie.
En face des difficultés économiques et la menace de la famine, la réglementation et le contrôle sont nécessaires. Les mesures bureaucratiques prises par le gouvernement sont stériles ou sont faites au profit d'une poignée de capitalistes et au détriment des larges couches de la population travailleuse. Pétain est prêt à régler la production des différentes branches de l'industrie à l'aide de « dictateurs » économiques à la tête de chacune d'elles. A ce contrôle étatique, les trotskystes opposent le contrôle ouvrier par les travailleurs eux-mêmes. Nul ne connaît mieux qu'eux les sources de gâchis et d'anarchie dans la production.
Aux mesures des fonctionnaires bonapartistes imposant partout le contrôle bureaucratique bourgeois par en haut, les ouvriers opposeront leur contrôle par en bas, exercé par les larges couches de travailleurs en tant que producteurs et consommateurs.
Après avoir « réglementé » les syndicats avec l'aide servile des chefs syndicaux, le gouvernement Pétain décréta la dissolution pure et simple de la CGT. C'est le devoir élémentaire des trotskystes de lutter coude à coude avec tous les travailleurs contre les attaques gouvernementales des syndicats.
En même temps, il est nécessaire d'expliquer aux ouvriers que les syndicats réformistes tels qu'ils ont existé jusqu'à maintenant sont le produit d'une autre époque, celle de la démocratie bourgeoise dans son déclin. Les syndicats que les ouvriers français rétabliront seront des organes de la lutte de classes révolutionnaire ou ne seront pas. Dans les luttes qui viennent contre les généraux allemands ou le ministère bonapartiste, la forme que l'organisation des ouvriers prendra sans doute, ce sera le comité d'usine élu directement par les ouvriers.
Les États-Unis soviétiques d'Europe
La situation actuelle ne sera pas de longue durée. Jusqu'à maintenant, les succès de Hitler sont dus avant tout à la faiblesse et au déclin des démocraties. La véritable épreuve du système nazi ne fait que commencer.
A la « reconstruction » fasciste de l'Europe, c'est-à-dire à la misère et à la ruine perpétuelle, nous opposons les États-Unis soviétiques d'Europe, une libre fédération des peuples avec une économie socialisée où le système du profit sera remplacé par la coopération des travailleurs.
En face de l'oppression et de la dictature, les ouvriers n'abandonneront pas la lutte pour les libertés démocratiques (liberté de presse, de réunion, etc.), mais ils comprendront que cette lutte ne peut faire revivre la démocratie bourgeoise décadente qui a engendré l'oppression et la dictature. La seule démocratie maintenant possible en Europe, c'est la démocratie prolétarienne, le système des soviets, organes élus du peuple travailleur.
L'État français de Pétain a remplacé la IIIe République de Daladier. Celle-ci est entrée dans le passé et rien ne pourra la faire revivre. Pour sortir de la servitude, de l'oppression et de la misère, il n'y a qu'une voie, établir un gouvernement ouvrier et paysan.
La IVe Internationale
Dans une Europe en proie à l'oppression sociale et nationale, des révoltes sont inévitables. Mais la condition essentielle de leur succès, c'est l'existence d'une direction révolutionnaire. Les récents événements en France sont la condamnation directe de toute la politique des organisations ouvrières officielles (le Parti socialiste, le Parti communiste, la direction syndicale).
Après la défaite, les chefs socialistes, qui appelèrent les ouvriers à verser leur sang pour défendre la démocratie bourgeoise, se rallièrent en majorité au gouvernement Pétain, c'est-à-dire collaborèrent avec Hitler. Ils ont montré, une fois de plus, qu'ils ne sont que les agents dociles de la bourgeoisie.
Le passage de Staline d'un camp à l'autre à la veille de la guerre révéla quelle réalité se cachait derrière la propagande du Parti communiste contre le fascisme et pour la défense de la démocratie : cette propagande avait pour seul but d'assurer à Staline l'aide des régiments français sans le moindre égard pour les intérêts révolutionnaires des ouvriers français. Depuis le changement de front diplomatique de Staline, le Komintern a remplacé la « lutte contre le fascisme » par des dénonciations des impérialismes, avant tout anglais. Mais la base de la politique du Komintern reste la même : la subordination de la lutte révolutionnaire aux intérêts de l'oligarchie stalinienne. En pratique, les partis staliniens vivent maintenant au jour le jour de petites aventures. En Norvège, le journal stalinien réussit à se maintenir légalement pendant plusieurs mois sous l'occupation allemande en dénonçant l'impérialisme britannique à la manière de Goebbels . Aux États-Unis par contre, le Parti communiste réclame l'alliance de Moscou et de Washington, lequel est le partenaire de Londres. En France, les staliniens sont prêts à lancer demain les ouvriers dans telle ou telle aventure que Staline jugera utile à son jeu diplomatique.
N'oubliez jamais, travailleurs de France, que Blum aurait été impossible sans Thorez ! La responsabilité de l'étranglement des grèves de Juin 1936 retombe aussi bien sur le Parti communiste que sur les chefs traîtres du Parti socialiste et des syndicats. Aujourd'hui, Jouhaux et Blum ne sont rien ; mais leur partenaire criminel de 1936-1938, la bureaucratie stalinienne, peut encore faire un terrible mal aux ouvriers français. Elle est maintenant le principal danger dans le mouvement ouvrier.
Une des tâches essentielles des trotskystes français est de se tourner vers les travailleurs communistes, de les aider à tirer les leçons des récents événements et à se libérer des agents de Staline.
La défaite militaire sans précédent et l'effondrement de la IIIe République ont introduit l'inquiétude et la fermentation dans toutes les anciennes organisations. Maintenant, la torpeur provoquée par la soudaineté de la catastrophe commence à se dissiper. Les discussions ne vont pas manquer, la confusion non plus. Seule parmi toutes les organisations, grandes et petites, la IVe Internationale peut dire avec confiance que son programme a résisté à l'épreuve des faits. C'est pourquoi elle peut le présenter avec audace. Ce programme, c'est la révolution socialiste obtenue par les méthodes de la lutte de classes implacable.
Une époque entière est entrée dans le passé, celle de la démocratie bourgeoise décadente. Elle a emporté avec elle ses partis démocratiques bourgeois et leurs chefs, ainsi que les partis et les chefs ouvriers qui avaient lié leur sort à cette « démocratie ». Nous sommes entrés dans une nouvelle époque, celle des luttes et des convulsions à l'agonie du capitalisme. Mais cette nouvelle époque, c'est aussi celle de la IVe Internationale et de son triomphe.
Le Comité exécutif de la IVe Internationale
Novembre 1940
in La Vérité, n° 1, avril 1941 (édition américaine)