Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution adoptée par le CC du PCI du 19-20 janvier 1952

19-20 janvier 1952 · Dossier sur la crise et la scission du PCI (1951-1952) · 954 mots

In English: Resolution adopted by the Central Committee of the PCI, 19-20 January 1952 — traduction assistée par machine.

Le CC du PCI (section française de la IVe Internationale), réuni le 19 janvier 1952 et saisi d'une lettre du SI en date du 14 janvier 1952, a décidé de prendre en considération cette lettre, avec priorité sur tout document du BP.

Après examen approfondi de cette lettre, il constate le caractère entièrement nouveau qu'y développe le SI, à savoir la nécessité pour notre mouvement d'adopter en France une tactique d'« entrisme sui generis » dans le PC. Il souligne le caractère inattendu de ces propositions pour le parti français et sa direction demeurée sur le terrain :

a) de la résolution politique du IIIe Congrès mondial qui traçait pour notre section

française la perspective d'un travail indépendant ;

b) de la résolution de la commission française du congrès mondial qui confirmait

pour la France la tâche de « construction de la nouvelle direction

révolutionnaire ». Le SI souligne d'ailleurs dans sa lettre qu'il ne concevait ce

document du congrès mondial que comme « un premier pas » pour le tournant de

la section française. Telle n'était pas évidemment l'appréciation du CC qui s'était

engagé à appliquer « avec discipline et compréhension » cette résolution du

congrès mondial. Le camarade Pierre Frank, membre du SI et de la minorité

française, a de son côté reconnu que le texte minoritaire sur le travail dans les

organisations para-staliniennes, rédigé par lui et soumis à cette session du CC,

était largement dépassé par le point de vue développé dans la lettre du SI. Ceci est

confirmé par l'absence de toute proposition concrète d'élargissement du travail

de fraction dans le PC de la part de la minorité du BP et du responsable de ce

travail, le camarade Frank.

Dans ces conditions, le CC estime qu'une discussion nouvelle se trouve en fait ouverte par la lettre du SI sur les problèmes de tactique et de la construction du parti. Cette discussion doit être menée jusqu'à sa conclusion dans le meilleur climat de compréhension réciproque et sans mesures d'impatience d'où qu'elles viennent. Le CC reconnaît pleinement au SI, direction la plus responsable de notre mouvement entre les sessions du CEI, le droit d'interpréter les résolutions du congrès mondial et de soumettre toutes propositions tactiques, si importantes qu'elles soient, à n'importe quelle section et à n'importe quel moment jugé opportun par lui. Le CC estime non moins nécessaire et légitime une discussion approfondie des problèmes soulevés par l'entrée, aussi bien par l'ensemble des militants directement intéressés (c'est-à-dire par la section française de la base au sommet) que par l'ensemble de l'internationale pour qui le problème de l'« entrisme sui generis » dans un parti stalinien constitue un problème collectif de la plus haute importance.

De l'avis du CC, ces considérations impliquent :

1) De faire de la lettre du SI au CC français en date du 14 janvier 1952 la base d'une

discussion internationale au moyen de bulletins intérieurs du SI.

2) D'entamer la discussion dans le parti français en vue d'un congrès extraordinaire sur

la base de cette même lettre et de tout texte émanant du parti français, le CC réservant

pour l'instant sa position sur les problèmes nouveaux soulevés par le SI.

Les longues discussions sur le tournant entriste qui, selon les déclarations du camarade Frank, au CC, ont été menées par les camarades de la minorité, doivent être menées par le parti tout entier. En ce qui concerne la demande du SI au CC de nommer « un BP qui assure que la ligne de l'internationale sera appliquée fermement », le CC estime que la condition préalable pour une réussite de l'entrée voulue par l'internationale devrait être une certitude ferme de sa nécessité tant par le parti que par sa direction ainsi qu'un plan préparé à l'avance pour l'exécuter, plan qui soit clair pour tous les membres du parti. Ces conditions n'existent pas actuellement, et ne peuvent être réglées que par un congrès extraordinaire du parti, congrès préparé par la direction actuelle avec l'aide de l'internationale et au cours duquel celle-ci pourrait faire la démonstration de la justesse de son point de vue et le faire triompher. Une telle discussion, par contre, si elle débutait par un renversement de la direction élue du parti (dont le SI reconnaît qu'elle jouit de la confiance des militants), comporterait, qu'on le veuille ou non, les plus graves dangers d'affaiblissement du mouvement.

Le CC est persuadé que le SI ne veut pas responsablement abandonner la possibilité d'amener le parti français sur son point de vue avant même que le parti français en ait discuté. Il est persuadé que le SI ne voudra pas anéantir cet instrument indispensable pour l'application d'une quelconque orientation en France : un parti trotskyste vivant qui n'a à son passif ni acte d'indiscipline ni divergences programmatiques. Il est persuadé que le SI qui a donné dans le passé tant de preuves de sa souplesse de direction quant à la tactique des sections (allant jusqu'à permettre à deux groupes officiels anglais à poursuivre simultanément une expérience entriste et une expérience indépendante) fera preuve d'autant de pédagogie vis-à-vis des militants trotskystes français, qu'il ne choisira pas la voie de mesures d'organisation qui, en tout état de cause, risqueraient d'entraîner la liquidation du trotskysme en France comme courant politique pour toute une période. Direction forgée dans la lutte que l'aile prolétarienne du parti mena en commun avec le SI contre les tendances petites-bourgeoises, forte des preuves de fidélité au trotskysme et d'attachement à notre mouvement mondial données à maintes reprises, le CC du PCI, section française de la IVe Internationale, fait confiance à l'internationale.

Adoptée par II pour (Baratier, Bleibtreu, Bloch, Dumont, Garrive [Berné], Lambert, Lefevre, Lequenne, Leroi jChéramyl, Renard, Righetti), 7 contre (Bouvet, Corvin, Frank, Mestre, Privas, Targuis, Marin IGibelin1).

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 306–307 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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